‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 24 sur 205 · ociohrc I(i · texte numérisé non relu

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.Mon Ires-cher père, Kncore que je n'aie pas sujet de me lejouir en moi-même de ce que je suis revenue d»* la maladie que j'ai eue depuis peu, je ne laisse pas de icinercier Uieu de ce (jue je n'y sins pas demeurée, puiscju'il lui a plu ainsi et que vous desin'Z que je ne ineiue pas Jadore les desseins de

Dieu dans ce retardement, et je me joins aussi à vos intentions qui sont sans doute afin qne je profite du temps que Dieu me veut encore donner, et de la patience dont ilest parlé dans notre Évangile'.

Si j'étois morte il y a deux ans, il me semble que j'aurois beaucoup perdu, tout ce qui est arrivé depuis m'ayant fait connoître que la vie religieuse est peu de chose si elle n'est éprouvée, et que nous avions plus de besoin de la conduite que Dieu a tenue sur nous qu'il n'est nécessaire de faire passer l'or par le feu afin de le purifier de tout mélange. Il en reste encore beaucoup en moi, ce qui me fait juger que nous ne sommes pas au bout, si Dieu nous juge dignes del'avantage qui se trouve dans les afflictions.

Votre exemple, mon très-cher père, nous anime si fort que nous estimons peu ce que nous souffrons, pour l'employer à l'action de grâces que nous devons à Dieu des miséricordes qu'il vous fait; ce qui nous ouvre le cœur et les yeux pour comprendre un peu la béatitude que iNotre-Seigneur a clablie dans la haine des iiommes et dans leur malédiction ; et particulièrement il me semble que nous avons part à ce qui est dit à latin: Ils rejelleront votre nom comme mauvais, à cause de moi. C'est le prétexte qu'on prend, encore qu'on ne le dise pas, pour avoir en horreur le nom que nous portons, qui deviendra glorieux s'il est anéanti pour un tel sujet, puisque la bénédiction de Dieu succédera aux mauvais traitemens des hommes.

Je vous demande très-humblement la vôtre, mon très-cher père, que jai toujours eslimée, mais qui m'est beaucoup plus précieuse depuis que vous représentez notre divin Pontife qui a opéré notre salut par des afflictions. Vous savez que je ne suis pas seule, et qu'il y en a avec moi qui la méritent mieux que moi et pour qui je vous la demande très-humblement.

1 Évangile du XXI' dimanche après la Pentecôte. St Matthieu, ch. xviii, V. ^C.

CDXIII, — A M. l'ÉVÉQUE d'aNGERS. 71

CDXIII. — A Mgr. Henri Arnauld, évèque d'Angers.

Exposition des périls qui inenaçrtient Port-Royal : considérations sur ce sujet.

4 novembre 1662.

Vous apprenez de nous, mon très-cher père, les périls qui nous menacent, et je ne doute point que votre bon cœur n'en soit touché. Nous avons avec nous N., (jui a du cœur pour tous ceux qui en pourroient mauquer,etccla sans présomption; car nous savons que nous ne sommes que des roseaux, mais qui deviendront dans la main de Dieu comme des palmes qui se fortifient et se relèvent à mesure (ju'ou les charge. Ce sont les derniers effets que nous attendons de la miséricorde de Dieu. Nous en avons reçu beaucoup de sa bonté, d'avoir mis la maison en l'étal (|u"ell<! est, et de l'avoir fondée sur la pierre pour la faire résister à l'orage qui a soufflé justju'à présent contre elle. Que s'il [termet qu'elle soit détruite , pourvu que rédilicc spirituel subsiste dans nos cœurs, notre perte sera notre gain et une anticipation heureuse de ce qui arrivera quelque joinpar la misère humaine, qui fait décheoir les meilleures choses, au lieu que ce ([ui est bon recevra sa perfection par la ruine de ce qui n'est que temporel.

Je me fortifie, mon très-cher père, en écrivant ceci, pour ne pas écouter ceux <iui nous intimident par cette raison, (|ue nous serons causes du renversement d'une maison de Dieu, afin de ne rien craindre (jue ce (|ui blesseroit morlcllement nos âmes, qui sont son unique et véritable temple, où il demeure aussi longtemps (pic nons voulons demeiuer en lui. Je vous demande Ires-huniblenient vos prières et votre exemple, pour être soutenues dans la foiblesse qui nous est propre par nous-mènu.'S. Il y a peu de persomies cpii nous animent par celle voie; mais ce petit nombre porte la marcpie de ce petit troupeau (jui enlie |»ai' la porte étroite de rfjvangile. Si la vérité étoit proposée en elle-même sans être obscurcie par des terreurs et des menaces, il n'y auroit personne (pii ne la voulût suivre, étant si conforme à l'esprit et à la raison et encore plus au sentiment de la foi. Il n'y a donc qii'a écarter ces spec-

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