LETTRES DE LA M EUE AGNES
très, et il ne restera plus que la justice el la beauté de la vérité qui est Jésus-Christ même, pour être du nombre de ceux qui sont si heureux de mourir au Seigneur^ parce qu'ils sont morts auparavant aux intérêts de la vie présente, qui les pouvoient éloigner de lui.
Dieu vous demande, mon très-cher père, un double sacrilice. Je crois que celui que vous lui ferez de nous sera le premier, et le second dans la préparation de voire cœur pour tout ce qui pourra regarder votre personne. Nous avons eu jusqu'à présent quelque ressemblance avec Job dans le dépouillement de toutes clioses. Nous sommes à présent dans les angoisses où il a été; et je crois que la fin ne sera pas un rétablissement temporel comme celui de ce saint prophète, qui n etoit (jue la figure d( s récompenses éternelles que Dieu promet dans le Nouveau-Testament. Nous aurions à craindre le relâchement dans une prospérité extérieure; et nous avons tout à espérer de la souffrance, dans laqiielle Dieu nous protégera s'il lui plaît sous l'ombre de ses ailes, et nous portera, comme il le promet dans son Écriture, afin que nous ne nous lassions point.
Je me i)romets, mon très-cher père, que vous ne vous ennuierez point de ce discours, qui n'est qu'une effusion de mon cœur dans le vôtre.
CDXIV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur les désirs qu'elle avait de voir les choses spirituelles mieux établies dans «a maison.
5 novembre (1662).
Je VOUS plains, ma très-chère mère, de ce que vous n'avez pas la consolation de voir les choses S[)iritnelles aussi bien établies chez vous que vous le désirez, et qu'avec cela les temporelles qui vous manfjuent semblent s'op[)OSer aux premières. Mais puisque Dieu est le maître de toutes les deux, étant riche en miséricorde, elle Seigneur de toute la terre et de tous les biens qu'elle enferme, il lui sera bien aisé de remédier à l'un et à l'autre, vous ayant déjà fait la grâce de garder l'ordre