D.MV. — A MADAME DE FOIX
quil a prescrit quand il nous ordonne de chenher premièrement le royaume de Dieu, el qu'ensuite il nous donnera toutes les autre? choses au degré qu'elles nous seront nécessaires pour notre salut. Je vous considère, ma très-chère mère, portant quasi seule la peine de ce que Dieu n'est pas autant servi en votre maison que vous le désireriez, et que ses hénédictions célestes n'y paroissent [)as avec ahondance. Mais pour les commodités temporelles, il est a croire qu'il y en a assez (pii se joignent à votre sentiment pour en désirer davauta;:e; mais peutêtre que ce n'est pas dans la tnéme intention, pour les rapporter seulement au hien des âmes, sans quoi ce désir seroit tout à fait contraire à rÉvan;:ile, (jui ne nous permet de les demander a Dieu qu'avec une soumission entière à sa providence, étant hien souvent meilleur den manquer, quelque hou usajïe qu'on en veuille taire. Dieu prometloii. aux Juifs les hiens de la terre; mais lorsqu'il est venu au monde, il n'a point soutlért que personne lui eu ait ilemaudé, m.iis seulement la saule des corps ; ce qui éloit la ligure que dans la loi nouvelle on ne demanderoit à Dieu que la guérison de son âme, tout le reste n'étant [)oint dans son intention, encore qu'il permette par condescendance (ju'on lui expose tous ses hesoins.
Vous avez toujours, ma très-chère mère, dans le cœur et dans la houche (ju'on demande à Dieu votre conversion ; nous avons aujourd'hui dans 1 Évangile * un motif de l'espérer, en imitant la foi de cette femme qui toucha Jésus-Christ, et qui sentit aussitôt la vertu (pii sortoit de lui, comme il le témoigna lui-même par la complaisance qu'il eut à ré[>andre sa grate ser cette àme. Je ne doute point qu'il nevousen communi(|ue plusi(.'urs que vous n'apercevez pas, parce qu'il veut (jue vous les désiriez toujours, et (jue vous les lui demandiez sans cesse, notre petitesse n'étant capahle de les posséder que peu à peu, encore (|U(.' notre hesoiii nous ohliL-^e d'avoir toujours cette faim et cette soif heureuse (|ui ne seront rassasiées que dan-^ 1 autre vie. Il ne me reste, ma chère mère, qu'à dire: Ainsi soil-il, et il vous assurer que je suis plus à vous dans la volonté (jiie dans
' hvangilc du Will' <limaiiclie .iiués l;i Pi iilfcolc.
7i LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
les effets, n'étant pas digne d'en produire qui égalent mes désirs et mes respects.
CDXV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Elle l'encourage an sujet des peines qu'elle avait à souffrir, et lui parle du sermon que M. Bail iil à Port-Royal le jour de saint Audré.
Ce 2 décembre; 1662).
En l'honneur du saint temps de l'A vent, durant lequel on se doit rendre plus parfaitement à ses obligations, je m'acquitte, ma très-chère mère, de celle que j'ai de vous rendre mes trèshumbles devoirs. Ma sœur N. reçut hier l'honneur d'une des vôtres, dans laquelle vous lui témoignez bien au long vos bontés ordinaires, sans faire aucune mention de votre coup de tête, qui nous auroit mis en une extrême peine si vous n'eussiez eu la charité de mander en même temps qu'on espéroit que ce ne seroit rien.
Vous avez bien d'autres choses à souffrir qu'un accident semblable, et je frémis en moi-même quand je fais réflexion sur la peine où vous êtes au sujet de Madame * ; je ne trouve rien de semblable dans notre état, où nous avons une si grande douceur que de nous trouver dans un même sentiment. Dieu vous donne le combat le plus fort, afin que vous emportiez une plus grande victoire , et que vous éprouviez combien sa grâce est plus puissante que toutes choses; si ce n'est qu'il plaise à Dieu de détourner cet orage par la communication des deux prélats ; et cependant vous ne laisseriez pas d'avoir la couronne pour avoir déjà combattu en la vue de Dieu et des anges. Mon Dieu, ma très-chère mère, que n'avons-nous toujours dans l'esprit ces signes terribles qui doivent arriver, qui donneront tant de frayeur aux honnnes qu'ils en sécheront de peur! S'il se présentoit en ce temps-là une chose pareille à celle dont il s'agit, l'on n'hésiteroit point à se rendre à ce que l'on devroit faire, l'on ne seroit touché ni du respect ni de l'affection d'aucune créature, etlon ne penseroit qu'a embras-
• L'abbesse de Saintes.