CDXIX, — A MADAME DE FOIX
Nous en avons Texem pie dans notre Évangile, où ce pauvre crioit toujours, encore qu'on le menaçât pour le faire taire'; ce qui arrive aux âmes par la tentation de leur ennemi, et leur pro[»re décourairemenl, qui lem- fait croire (|ue c'est en vain qu'elles se proniellent que Dieu aura pitié d'elles, parce qu'elles n'en sont pas dijrnes. Mais au lieu d'écouter cette raison qui paroit vraisemblable, il faut crier encore plus liant et avec plus de confiance, puisqu'elle ne doit être fondée que sur l'extrême bonté de celui à (jiii nous nous adressons et sur la volonté qu'il nous donne d'être à lui. Hésolvons-nous, ma très-chère mère, de prendre cet exercice pour celui de notre Ciirême,où le Fils de Dieu surmonte le démon pour nous, ce qui nous oblige de ne le point craindre ayant un si grand défenseur, pourvu que nous nous st'parions de noire propre foibleste, en n'adhérant pas au découragement qu'elle nous cause.
Je ne doute point qu'on ne vous ait donné plusieurs fois cet avis, et qu'en relisant vos lettres vous ne vous trouviez obligée de résister à vos craiules pour vous abandonner davantage à Dieu, puisqu'il est si fidèle qu'il ne nous quitte point le premier, et vous êtes dans le dessein de ne vous éloigner jamais de lui.
Je ne trouve rien de si admirable que la parole de Job : Quand il in'auroit luéj'aurois espéranre en lui. H semble que Dieu nous tue; (juand il nous laisse tomber dans boaucoup de misères et de tentations, et même «ju'on y fait des fautes assez considérables; mais ayant le pouvoir de ressusciter les morts, ne Taura-t-il point pour conserver ce (|ui reste de vie à une âme qui demeure toujoius dans le dessein de lui être fidèle ? C'est donc, ma chère nu-re. la chose du monde la moins excusable (jue de s'aiVoiblir dans la défiance du coté de Dieu, puisqu'il n'en faut jamais avoir (lue de soi-même, en s'élablissant dans rexpérience et la foi de nos impuissances, et eu même temps dans une espérance inébranlable en la miséricorde de Dieu. Je lui demande celte grâce |iour vous (.'t |>oiir moi. (jui ne pourrois subsister si je ne tàchuis de me tenir furleuient
' Kvainjilc du «liiiinnclic <\o h Ouinrjin^M'sinM».
T. II
attachée à Dieu, qui relire le pauvre de la poussière, pour l'élever, quand il lui plaît, et le fai?'e asseoir avec les princes de son peuple '.
CDXX.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Réilexions sur l'évaDgile du IV' dimanclie de carême. — Elle l'avertit sur robligalion où elle est de servir le prochain.
Ce 4 mars 1663.
NousYoici, ma chère mère, à la Mi-Carême; l'Église choisit dans ce dimanche un évangile de consolation, dans lequel Jésus-Christ s'occupe du besoin de son peuple qui le suivoit dans le désert, sans avoir eu soin de ce qui lui étoit nécessaire pour subsister, ce qui obligea sa miséricorde d'agir en Dieu, en faisant un miracle, de peur qu'ils ne vinssent à défaillir dans le chemin ; ce qui nous doit faire espérer qu'il ne nous oubliera point dans le cours de notre pénitence, elquil fortifiera notre foiblesse pour nous la faire achever avec plus de ferveur que nous ne l'avons commencée. Mais il y a une chose remarquable dans ce miracle, qui est que Jésus-Christ ne veut point créer de pain ni de poisson pour nourrir ce peuple, ce qu'il auroit fait avec autant de facilité que de s'enquérir à ses disciples de ce qu'ils avoient ; pour nous apprendre qu'encore que Dieu n'ait point besoin de nos biens, il veut néanmoins que nous fassions une petite provision de ce qui est en notre pouvoir, pour donner sujet à sa puissance divine de faire infiniment plus en notre faveur.
Et pour nous enseigner la reconnoissance que nous devons avoir de ses bienfaits, il ordonna qu'on recueillit les restes, n'y ayant rien à quoi nous soyons plus obligées qu'à ne rien perdre des grâces qu'il nous fait, par un ressentiment et une action de grâces continuelle, estimant autant les petites que les grandes parce qu'il nous les donne avec un pareil amour. Que si nous sommes non-seulement dans l'indigence, mais encore dans un état plus dur, par l'oppression de nos ennemis, comme l'Église nous représente les enfans d'Israël dans ce
' Ps. cxii, V. 6 el 7.
CDXXI. — A M. DE 8ÉVIGNÉ. 83
même jour, nous n'avons <|ii'a {xoniir ilevant Dieu et à lui faire enk'iuire nos cris, cl il descendra pour nous délivrer en main forte d'une manière encore plus merveilleuse que celle de ce peuple, puisque ce sera une délivrance éternelle, les faveurs de Dieu au re^rard desjuifs n'él.tni que de petits dons, en comparaison de ceuv (juil jtromet aux chrétiens, qui sont tous spirituels et diurnes de la rédemption qu'il nous a méritée.
Je ne prétends rien, ma chère mère, en prenant la liberté de vous parler comme je fais, sinon de vous témoigner que je désirerais de vous entretenir plus agréablement, ou plutôt plus utilement, si jen élois capable. Faites-moi, s'il vous plaît, la grâce de recevoir ma bonne volonté, et de croire ce que vous ne voyez pas et ce que vous n'entendez pas, puisque mes désirs vont au delà de mon pouvoir.
Encore que nous soyons dans la solitude du Carême, je ne sais si Dieu approuve celle que vous faites, qui va jusqu'à ne point parler à vos filles, dont il me semble que vous ne pouvez vfius dispenser sans faire tort à vous-même, i>uis(jue la premicre disposition que Dieu veut trouver en nous pour nous faire des grâces, c'est que nous soyons dans les devoirs à (juoi nous sommes obligées selon notre vocation, et vous ne ixtuvcz pas, au moins pour le présent, vous dégager de l'obligation de servir aux autres : je dis pour le présent, non pas que j'aie la moindre pensée (jue Dieu veuille autre chose de vous â l'avcuii", mais parce (jue nous souuues obligées, ce me semble, d'être toujours dans l'ignorance de ce que Dieu voudra faire de nous durant le cours de notre vie.
CDXXI.-A M. de Sévigné.
Elle lui fuvoie l;i dt>s(ri|iii(jn cii vers du premier miracle de la mainte Kpiiie.
(Vers le 12nMirs IGf)3 )
Connue il n'y pt ut avoir d'obéissance |tlus prompte et plus |)oncliiell(.' <|Ui' la \ôlre, je crois aussi que vous eu reci'vr( z la récouqiense d'un bon religieux, encore (|ue vous m; le soyez pas. Je voudrois être bien riche des trésors que vous estimez précieux, pour remplir Ir vide ipn- j'ai fait «mi vous privant de
«i LETTRES DE LA MÈRE AGNES.
l'ouvrage de vos mains. Je vous envoie de quoi vous occuper agréablement une demi-lieure ; c'est la description du premier miracle de la sainte Épine. C'est de l'ouvrage de la pauvre sœur Euphémie ' à qui je dis de le faire, sans l'avoir demandé à personne, de quoi Ton me fit réprimande, parce que ce n'est point à une religieuse de Port-Royal de se produire; mais la loi n'est pas imposée aux justes, et à une juste consommée comme elle est maintenant.
CDXXII.— A M. de Sévigné.
Sur divers sujets.
(V^ers le 15 mur s 1663.)
Toutes les Considérations - sont hors de la maison, c'est ce qui nous rend impossible de vous les pouvoir prêter, comme nous aurions é!é bien aises de le faire. Ceux qui les ont en dépôt sont moins que vous des personnes qu'on puisse soupçonner de conserver nos secrets, et il me semble que notre désolation se renouvelle tous les jours par la j)rivation d'une si sainte lecture. Nous avons reçu une lettre de M. l'abbé dont je vous ai fait faire copie, croyant que vous en serez consolé, voyant la manière toute sainte dont il regarde notre affliction. Nous avons beaucoup d'ennemi?, mais un seul de nos vrais amis nous doit être plus précieux que tous les autres ne nous sont pénibles.
Les beaux passages que vous avez envoyés font voir de quelles pjnsées vous remplissez votre esprit; j'espère que les effets suivront, et que vous ne serez jamais confus, puisque vous mettez toute votre espérance en Dieu.
L'on m'apprend que vous êtes tombé malade cette nuit, et que vous avez la fièvre. C'est un mal qui fait toujours peur ; ainsi je crois que vous adorez déjà la volonté de Dieu dans le cours de cette maladie, qui sera jieut-être longue et fâcheuse.
' Voyez Lettres, Opuaruleft et Mémoires de M<" Périer et de Jacqueline, sœurs de Pascal, par M. Faugère, page 148. * \.es Consiflérntimis Ho l'.'ilihô âo Sainf-Cymn.
i:OXXIII. — A MAUAME DE FOIX. S5
Pendant que nous ne vous entendrons point dans noire é{ilise, nous fAclnrons d'élever la voix de notre cœur vers Dieu, afin quii vous parle |)ar la consolation de son Saint-Esprit durant le temps que vous serez dans le silence.
CDXXIII. — A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur le peu de succès de raccomuiod''uienl relatif au formulaire. — Les souffrances nous paraissent longues, à cause de noire peu de foi.
Ce 19 mars 1663.
Le sujet (jui vous l'ail désirer de savoir de nos nouvelles, ma très-chère mère, n'étant qu'un mouvement de charité, n'a rien de contraire aux pensées saintes que nous devons avoir dans le saint tem|>s où nous sommes, non plus (jue celles que j'ai à vous dirt! ne vous apporteront point de distraction, mais vous donneront j>Uilôl sujet de cdutiriuei* vos prières [)Our les pcrsonnesque nous aimez (^ui sont dans l'état que vous avez prévu, c'est-à-dire, c|ue l'on condamne plus (|u'anparavant (|ue l'on eût parlé da'Cord. Ils ont de (juoi se lorlilier |)ar la parole de Jésus-Christ, que le disciple n'est point plus que le maître, et qu'il leur a donné l'exemple afin qu'ils fassent comme il a fait. 11 étoiten sou pouvoir de dire la vérité aux hommes d'une uianièie qu'ils n'aiiroienl pu y r('sister, maisc'i;loit le temps (|u'il vouJoit soutl'rir pour elle, et non pas l'établir. Ainsi, si le teinps n'est pas venu (|u'('lle doive être connue, ils feront assez jmur elle de s'exposer ù tout plutôt (jue de maïKjuer a ce ipiils (U ivent à Dieu. Il sembloit que c'eût été un triom|)he que ce dessein d'accommodement, mais il y a apparence (|u'il sera comme celui de Jésus-(^hrist en ce jour (|ui ilevoil être suivi d'un si prompt changement.
L'Église ne nous donne que deux semair)es pour honorer la passion de Jésus-(.hrist, enc(ne <|u'il se'.nhle (jue tout le Carême y devroit étie euq)loyé, n'y ayant point de plus jj:rand ohjel de dévotion, ni d'ohlijialion si pressanle que celle-là pour nous faire entendre (|U(! les soulVrai»ces de cette vie sont courtes, et (ju'eilcs doivent être suivies de la résurrection, ilonl on renou\elle la mémoire tous les dimanches de launée. .Mais
c'est pitié de notre infirmité qui trouve le temps de la souffrance si long, parce (ju'on n'a pas assez de foi pour se rendre présentes les promesses que Dieu nous fait, qu'il essuiera les larmes de nos yeux, (ju'il consolera quelque jour ceux qui auront été affligés, et qui l'auront soiitTerl avec i)alionce pour imiter l'exemple qu'il nous donne en sa mort. Je le supplie, ma très-chère mère, qu'il vous donne de nouvelles grâces dans ce temps oi^i il fait voir le comble de ses miséricordes envers nous
CDXXIV.— A M. de Sévigné. Il y a de la volupté à être patient dans les souffrances.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Ce 20 mars 1663.
J'apprends que vous avez des maux très-sensibles, et que Jésus-Christ vous associe à ses souffrances, afin que vous les honoriez, non-seulement par des pensées et par des actions de grâces, mais par des effets qui y ont bien plus de rapport que tous les sentimens qu'on en peut avoir. Je le su|)plie qu'il vous engraisse, comme un Père dit de lui, des voluptés de la patience qui se ressentent dans le fond du cœur, en même temps que les sens sont presque accablés de mal. Dieu me traite selon mon imperfection en ne me faisant point souffrir de douleur, ce qui me donne plus d'obligation d'en rechercher de celles qu'il veut que nous nous imposions à nous-mêmes, en prenant tous les jours notre croix pour le suivre au Calvaire, où il appelle tous ceux cpii prétendent d'être quelque jour où il est. Vous êtes si rempli, mon bon frère, de bons mouvemens et de saintes pensées, que je ne dois point désirer d'en avoir pour vous les communicpier. Que si Dieu vous privoit maintenant des unes el des autres, comme il arrive souvent dans les grandes douleurs, ce seroit pour y supi)léer d'ime manière plus secrète el plus solide , en vous cachant à vous même la grâce qu'il opère en vous, étant bien éloigné d'abandonner les âmes qui souffrent, puisqu'// sera avec elles dans l'affliction el qn'il les en délivrera, ce qu'il ne fait que
CDXXV. — A M. DE SÉVIGNÉ. «7
dans le moment qu'il lui plaît et qui leur est le plus profitable.
L'absence où vous êtes de rÉ{?lise avertit nos sœurs que vous êtes malade, puisqu'il n'y a (|ue ce sujet qui interrompe l'assiduité que vous avez à joindre vos prières avec les leurs. Mais je me trompe de dire que la maladie les internimpt, puisquelle les rend plus parlaites, et que ce seroit plutôt la satisfaclion vaine qu'on pourroit prendre dans les exercices de piété qui seroit une cessation de prières, |)uisqnc, comme dit le Fils de Dieu, si noua dcuieurons en lui cl lui en nom, par une adhérence à sa volonté dans tout ce qu'il dispose de nous, notre oraison sera continuelle et digne d'être exaucée.
CDXXV.— A M. de Sévigné.
Coniinenl il faul porler sa croix.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
Ce Vendredi Saint (23 mars I6G3).
J'ai cru que la pensée que je vous envoie, dont vous connoîtrez bien l'auteur, étoit capable de vous fortifler pour porter votre croix, non-seulement après Jésus-Christ, qui seroit un motif a>S(Z puissant pour nous la taire embrasser, mais avec Jésus-Christ, ce qui vous doit ôler toute crainte d'en être accablé, puis(jue sa lorce divine soutiendra la vôtre après (|ue vous serez bien persuadé de votre Ibiblesse, |)uis(iut' Jésus- Christ n'attend que cela pour nous faire éprouver le pouvoir de sa grâce. Il re^'arde aujourd'hui <aint Pierre, et ce seul regard fait plus (|ue toute la prophétie (|U°il lui avoit faite de son inconslaïue dans la fidélité (|u'il avoil protesté (ju'il anroit pour son mailre, parce (pi'il lui avoit fait éprouver sou infirmité, (^'esl a quoi se réduit pour l'oidiuaire la conduite de Dieu envers nous, a nous lairL' counoilre ce cpie nous sonuut'S, afin <jue nous devenions ce (|ue nous ne sounues pas, quau'l nous aurons entièrement perdu la confiance en nous-mênn'S, pour n'eu avoir plus(ju'en la vertu de Dieu. Il vous faut laisser, mon bon frère, au pied tie la croix île Jcsus-Christ pour \
g8 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
reccAoir Tefficncc de foii sanix qui découle sur ceux (jui s en approchent.
CDXXVI.— A M. de Sévigné.
Dieu purilie l'âme en ceUe vie par les souifrances du corps.
Gloire à Jésus au Très-Saint- Sacrement!
Ce n'est pas, mon cher frère, pour vous refuser ce que vous désirez, que je vous dirai que votre dessein n'est guère conforme à notre état qui n'est pas fixe, mais instable ; c'est pourquoi les cadres ne sont pas commodes quand on n'a pas la liberté d'exposer une image ; il vaudroit mieux que ce fût un rouleau ; mais faites selon votre bon plaisir, pourvu que la simplicité y soit gardée.
Je ne doute point que si vous aviez autant de maux que Job, Dieu ne vous donnât la même patience. J'espère qu'il la proportionnera à ceux que vous soutirez, et à la foi qu'il vous donne qu'il vous les envoie pour sauver votre âme. Feu M. de Saint-Cyran disoit une parole de consolation pour les malades, qui est admirable, (jue « Dieu purifie l'àme par les souffrances « du corps en cette vie, comme il purifiera le corps par la « gloire de 1 ame après la résurrection générale. »
Dieu a proportionné dans votre esprit l'idée que l'on doit avoir de la pénitence, qui doit être continuelle et universelle ; et parce que l'un n'a pas toujours la fidélité de se l'imposer à soi-même, il y supplée en envoyant les maux qu'on ne peut éviter, et qui sont bien plus salutaires que ceux que l'on choisiroil soi-même, afin (|ue les membres de Jésus-Christ ne soient point difîérens de leur chef qui a tant aimé la souffrance. Ne pouvant plus y être assujetti depuis qu'il est devenu impassible et glorieux, il en a retenu au moins les marques, qu'il expose à la vue de ses apôtres comme ses trophées, pour nous apprendre que la plus grande preuve de notre résurrection spirituelle, c'est qu'il paroisse en nous des plaies que nous nous soyons faites en combattant contre le péché.
La passion et la résurrection sont deux mystères inséparables
CDXXVU. — A MADAME DE KJIX S'.>
que l'Église nous ordonne d'allier ensemble, en ce quelle no nous représente pas Jésus-Christ à la croix eu ce temps de sa gloire, mais elle fait succéder la sainte Vierge quelle nous fait voir au pied de la croix, dans l'éNaugile (luVllc lait lire les samedis au temps de la résurrection. Je supplie cette divine Mère de vous associer à la force qui la faisoit tenir debout près de la croix, lorsciuelle devoit humainement succomber a l'extrême douleur qui pénétroit son àme.
CDXXVII.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Calomnies contre Porl-Royal. — Dispositions chrétiennes des religieuses.
16arrf7'1663).
Je ne m'étonne pas que votre prédicateur parle si honorablement des jansénistes; c'est un style commun parmi les dévots de joindre les calvinistes avec eux, et d'ajouter que les premiers sont encore pires. Il y a longtemps qu'ils sont rassasiés d'o[)|trobres, et peut-être <ju'ensuite on en viendra à des traitemens conformes aux qualités qu'on leur attribue, et (|u'il leur est impossible d'éviter, puisque tout ce qti'ils font de bon est pris pour des marques i|u'on les doit fuir et les persécuter. 11 y a eu un jésuite, ce Carême, qui a prêché en Bourgogne', que la solitude, la retraite, le désir de la pénitence, Tamour et le zèle |iour les canons péniteiitiaux, et pour voir rétablir dans l'Eglise lancienne pcuil(!uce, et l(jut le reste des maximes de la perfection chrétienne, éloient le véritable caractère de l'hérésie. Après cela ne faut il passe tenir bien heureux, selon l'Kvangile, quand les bouuues disent du mal de luius en meulant, et se confirmer de plus en plus dans l'amour de la justice et de la vérité, à mesure qu'ils client conire ceux qui aiment le bien et qui tàilient de i'acconq)lir?
11 faulque je vous dise (ju'on menace fort vos amies, connue si on les vouloit rendre responsables de ce (jue l'acconnnodcnient ne s'est pas fait il y a peu de temps. Klles ikî laissent pas d'être dans leur tiau(|uillilé ordinaire, et n'a|»pitlieii(leut rien (|ue de n'être pas assez bien préparées pour soullrir tout ce
qu'il [)laira à Dieu de leur envoyer ; mais elles espèrent que sa bonté n'aura pas égard à leurs défauts, et qu'il leur fera la grâce d'en faire pénitence en acce[)tant tout ce qui leur arrivera.
CDXXVIII.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes. Au sujet des peines intérieures et extérieures qu'elle avait à souffrir.
Je vous confesse, ma très-chère mère , que je suis touchée très-sensiblement de la persécution intérieure et extérieure que vous souffrez. La première est heureuse puisque vous ne la ressentez que pour le zèle que a^ous avez pour le bien des âmes ; et la seconde, qui n'en est que le résultat et dont vous êtes pénétrée avec grande raison, vous sera encore avantageuse, n'y ayant donné nul sujet, si ce n'est en ayant trop de respect et de passion pour une personne qui vous accuse d'y manquer , ce qui ne vient que de l'excès de sa complaisance pour N., et fait voir qu'il y a autant à craindre d'être trop douce que d'être trop sévère.
Falloit-il, ma très-chère mère, vous priver de la sainte communion le jour du bon Pasteur, puisque votre trouble ne procédoit que de l'amour de votre troupeau, et que vous ne vous étiez point déchargée contre cette personne, que vous regardez avec sujet comme un mercenaire qui ne vient que pour détruire, encore que ce soit contre son dessein, car je crois qu'il y en a de bien intentionnés; mais par je ne sais quel malheur ils s'y prennent si mal, que tout ce qu'ils font réussit mal, n'y ayant plus aucune bénédiction dans leur conduite que Dieu a rendue à la hiérarchie selon le premier ordre. C'est un avantage que vous soyez avertie afin de prendre un bon conseil sur ce que vous avez à faire ; mais le principal, c'est, ma très-chère mère, que "\ous ayez Dieu de votre côté, comme il y est sans doute, puisque votre cause est la sienne, et que vous désirez de prendre pour devise les paroles de l'évangile d'aujourd'hui ', où Notre Seigneur ditqu'î/ s'en va
1 IV» dimanclie après Pâques. .
CDXXIX. — A MADEMOISELLE 01
à celui qui l a envoyé ; ce retour à Dieu étant la fin unique que nous nous devons proposer en cette vie, où Dieu ne nous envoie (jue pour y faire notre salul ; ce qui no se peut faire sans y rencontrer [)lusieurs attlittious , qui (loi\ent servir à nous ranienlevoir notre dernière fln, que l'on seroit capable d'oulilier si l'on trouvoit de la douceur en ce monde.
Vous trouverez dan? le W" livre de la Vie de Dom Barthélemi * de quoi vous consoler dans les souffrances qu'il faut que tous les bons pasteurs soulVreut. Ce livre fait beaucoup de bruit, c'est-à-dire qu'on lapplaudit fort; mais j'ai peur que le profil ne soit pas semblable, parce que la plupart ne pensent qu'à repaîlre leur esprit et leurs yeux, et non pas à imiter ce qu'ils admirent.
CDXXIX.— A Mademoiselle
pour l'exhorter à recourir à Dieu dans raffliction que lui causait la mort de sa lanle.