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Que vous dirai-je, ma très-cbère sœur, lorsque Dieu vous parle d'une voix si [tuissante, sinon de vous conjurer de lui ouvrir voire cœur, nfin (ju'il en soit |)énélré d'une manière plus efficace (jue n'ont été toutes les autres (|ui vous ont touchée jusqu'à présent? Dieu a ses mo?iiens, et ce (|u'il n'a pas fait en un leuqts, il le i'.iit en un autre; et couuiie l'on ne sait point celui (piil a choisi pour nous faire miséricorde, il se faut toujours persuader qu(; son heure esl venue, et lui dire avec saint Paul : Seigneur, que vous plail-il que je fasse y Lors(|ue les sens Sf)nt plus troublés par la vue des objets (|ui les frappent et i|ui les teriasseiit de douleur et d'ethoi, c'est alors que la grâce de Jésus-Christ veut paroitre plus victorieuse, en s'assujettissarit une àuie qui a toujouis refusé de lui obéir.
Je ne vous dirai pas, ma chère sa'ur, (jue vous considériez l'état de madame votre tmte, car je crois que votre esprit est accablé de cette vue. Mais ce (|ue vous pouvez fiire de mieux et pour vous, et pour elle, c'est de reiiarder Dieu agissant
' La Vii: (L- Dom liarth'lcmi des .I/k» M/rs, par M. le Mullre do Sacy.
envers elle, comme il fera peut-circ bientôt envers vous, pour se faire rendre compte de tout l'état de sa vie, ce qui ne peut être sans une très-exacte justice, non plus que sans miséricorde pour ceux qui en auront eu pour le prochain. J'ap|)rends que madame votre tante a été miséricordieuse envers les pauvres: je crois qu'elle aura joint j)lusieurs bonnes œuvres à celle-là, et qu'ainsi elle ne se présentera pas seule, ni les mains vides devant Dieu, selon le langage de l'Ecriture qui dit que les œuvres des jusles les suiven(.
Soyez héritière de ses vertus , ma très-chère sœur, et faites l'aumône comme elle, non pas seulement aux pauvres, mais à votre i»ropre àme, qui a besoin de plusieurs choses que vous ne lui donnez pas : et il ne vous sera pas difficile de l'assister, ni même de l'enricliir, puisque vous n'avez qu'à prier celui qui relève le i)auvre de la poussière, de vous aider à la faire sortir de la pauvreté où elle est. Si vous ne le faites, il se plaindra qu'il na pas tenu à lui, et qu'il étoit tout prêt de vous exaucer si vous l'en aviez prié. Ne cherchez donc plus , s'il vous |)laît, d'excuses pour ditl'érer de croire, de demander et d'espérer le secours de Dieu, puisqu'il n'y a que votre défiance (jui l'éloigné, et qui soit cause qu'il ne rompt point vos liens, pour vous mettre dans la liberté de faire toutes les choses que vous croyez impossibles.Espérezcontrel'es[)érance, c'est-à-dire contre le peu d'apparence que vous voyez, que les choses que Dieu vous demande se pourront faire, puisque ce doitéire par sa vertu, et non [)ar la vôtre. Enfin, ma très-chère sœur, n'ayez plus de raison, mais seulement de la docilité, et rendez les armes pour vous laisser vaincre a Dieu , et ce sera alors que vous surmonterez toutes sortes de difficultés et d'empêchemens.
Nous otfrons madame votre tante à Dieu le mieux qu'il nous est possible, et nous esi)érons en lui, [)Our elle et pour vous, à la charge que vous demandiez a Dieu la grâce de faire ce qu'il faut pour vous rendre digne de sa miséricorde.
CDXXX. — A MUiAME DE FOIX. 93
CDXXX.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur la douleur <le la perle de ses proches, el sur lu préparation à recevoir le Sainl-l£!>(uil.
Cr f) mai 1663.
Vous avez donc lait une ^M'ande épreuve de rusa<:e de la conduite, d'avoir supporté bien plus doucement la perte de deux frères, que vous n'aviez (ait celle de monsieur votre aîné? Mais, ma chère mère, n'avez-vous pas donné lieu au ressentiiuent excessif (|ue vous avez eu de sa mort, en vous l'imprimant dans res[>rit par des marques visibles, conmie est le cachet dont vous vous servez toujours ; et ce n'est pas se mettre en état d'obtenir de Dieu le calnie d'esprit qu'on désire, que de vouloir toujours tlatler sa douleur. S'il éloit mort avec un regret volontaire de quitter la \ie, on craindroit qu'il n'eut pas été bien préparé à recevoir la miséricorde de Dieu ; et de môme, l'on ne peut pas dire que ceux-là soient excusables <}Mi regrettent inconsolablement leurs proches, puisque c'est préférer {)Our eux la vie présente qu'on ne voudroit pas choisir pour soi-même, et de laciuelle nous demandons tous les joins à Dieu que nous sortions bientôt, en lui demandant qu'il nous délivre du mal.
Je désire, ma chère mère, que vous soyez si bien enfermée dans le saint lieu où les apôtres attendent le Saint-Es[»rit, que vous ne soyez point au hasard de n'être point trouvée avec eux dans le moment (lu'il leur sera donné; car le Tils de l)i(;u a exigé d'aux (ju'ils fussent dans un(; attente continuelle, (|ui est la préparation générale qu'on doit avoir pour se rendre digne de ses dons, (|ui n'ont aucune proportion avec notre indignité, sinon le grand désir et le grand besoin (|ue nous en avons, (jui est ce ((ue Dieu regarde en nous, a\ee l'inelination infinie qu'il a de nous les communi(juer. Feu M. de Saint- (lyran nous a appiis (pTil falloit leeevoir le Saint-Kspi il en la compagnie de tous ses amis, parée (|u'il e>l un don eonnuon et qu'il veut réunir de plus en plus ceux (|u*il a déjà attaché.»? 1«"5 un«J aux aidres. L'I^,glise nous v prépare en ?m»us [tropo^ant
aujourd'hui' un évangile qui no promet que des persécutions, qui ne sont pas toujours au dehors ; mais il en faut faire une continuelle à soinième, notre esprit propre et les inclinations qu'il nous donne ne pouvant compatir avec l'Esprit de Dieu, qui ne se reçoit qu'autant quon diminue le premier ; et cependant on ne se peut presque résoudre de faire une si petite perte, pour mériter qu'elle soit récompensée d'un trésor infini.
CDXXXL— A M. Arnauld de Luzancy-.
Elle l'exliorle dans une maladie.
Ce 9 mai 1663.
M. Hamon nous assure, mon très-cher neveu, que vous êtes beaucoup mieux, et peut-être ne vous en apercevez-vous pas, l'extrême foiblesse que les remèdes apportent réduisant dans un si grand accablement, qu'on ne sait si l'on est proche de la mort ou de la vie, et la nature est quelquefois plus incapable de supporter cet état que celui qui la nicttoit plus en péril; mais Dieu soutient dans l'un et dans l'autre ceux qui sont à lui, et qui savent bien qu'ils ne le peuvent pas par eux-mêmes.
Vous faites tout, mon cher neveu, en ne faisant rien, et Dieu travaille d'autant plus en vous que vous ne mêlez point votre action avec la sienne, et que, vous ayant dépouillé du pouvoir qu'on pense avoir de faire quelque chose pour son salut, il vous promet que vous serez revêtu de la vertu d'en haut qui suppléera à toutes vos impuissances, et qu'il remplira tous les vides qu'il trouvera dans une âme qui attend tout de lui. C'est le don particulier du Saint-Esprit que la confiance en Dieu, n'étant pas possible d'eu avoir un plus grand motif que celui qu'il nous en donne en nous envoyant son Esprit qui
* Dimanche dans l'octave de l'Ascension.
' Cliarips-Henri Arnauld de Luzancy, troisième fils de M. d'Andilly. A l'âge de vingt ans il quiua loul pour servir Dieu, et se relira à Porl-Hoyaldes-Cbaui|)S le 22 mai 1612 Les troubles dont celte maison lut allligée robligèrenl d'en sortir jusqu'à trois fois. Il esi mort à Pomponne le 10 févrierifisi, à l'âge de 61 ans. (T. t. I. p. 102.)
CDÏXÎII. — A M DE 9ÉV1GNK. 95
rend témoignante au nôtre (|ue nous soninies sesenfans^ et par consétjuent ses héritiers du double héritaije que le Père a donné à Jésus-Christ, qui a été premièrement les souffrances, et la gloire ensuite, mais une gloire connue celle de son Fils unique, plein de grâce et de vérité, pour la répandre sur tous ceux qui seront incorporés en lui par la foi et l'imitation de sa vie sainte.
Ce que je ressens davantage avec vous, c'est de ce que vous êtes si seul sans être visité d'une personne qui fait toute voire consolation, ce qui est une dépendance de l'état de privation oîi Dieu nous met tous, puisijue vous ètts à présent dans une clôture encore plus étroite que la nôtre, votre lit étant votre monastère, dont vous ne pourrez de longtemps sortir sans violer l'ordre de Dii-u. (jui ne vous y roUeiidra pas pour peu de jours et de semaines, mais dont aussi vous sortirez tout renouvelé, après avoir donné à Dieu ce <|ue vous avez de plus cher au momie. J'esfière néanmoins (jU'.' cela ne sera pas toujours ainsi, j)uis(|ue Notie-Seigneur promet (|uil ne nous laissera pas orphelins, ce «juil fait par ceux (ju'il nous a donnés, aussi bien (jue par lui-même.
Je suis, mon très-cher neveu, entièrement à vous.
CDXXXII.-A M. de Sévigné.
.Souffrance pour l'uinour de la vérilé.
Gloire à Jésus au Tres-Saint-Sacrement !
12 mai 4G03.
Je loue Dieu, mon très-cher frère, de ce que vos grandes douburs sont apaisées; j'espere (|ue \ous ny perdrez rien, parce que vous mettrez à la place la persécution (|u'il se; tant faire à soi-même, (|ni cause bien des souffrances à l'amonrpropre; et <|u'eu y joignant, connue nous ("ailes, un si grand amour de la vérité, vous sécherez d»; zèle de la voir abandonnée par ses«'nneiiiis, et un peu moin< bien ib fendue qu'il ne faudroil par (|uelques-uiis de ceux <|ui lainniil. .Nos larmes sont les ainins avec les(|uelb's nous la deNons défendre, et nos
géniissemens envers l'Esprit de vérité qui a été donné à l'Eglise pour demeurer avec elle éternellement.
Je vous supplie très-humblement de faire tenir ce billet à M. Hillerin, où je lui rends mes actions de grâces de sa charité.
CDXXXIII. — A M. de Sévigné.
Klle avoit répondu pour lui à une religieuse qui regardoit l'abbaye dont elle éloil coadjulrice comme un bém-fice. (Titre du ms.J
Ce mercredi matin {mai 1663).
Je vous ai obéi en traçant quelques lignes sur un sujet que je n'ai compris que confusément; si j'avois eu plus de capacité, j'aurois mieux fait, tant par amour-propre que pour ne rendre pas inutile le désir que vous avez eu de vous décharger sur moi d'une chose qui ne vous agréoit pas; car je crois que vous n'avez guère d'ouverture de cœur pour une personne (jui a l'esprit tourné comme celle ci. Que si elle l'avoit bien évangélique, elle ne regarderoit personne comme ses ennemis, et ne regarderoit pas comme son bénéfice ce qui lui est lui fardeau bien pesant. Je crois que vous serez si satisfait de ma soumission, que ce sera la dernière fois que je vous la rendrai en pareil cas. II y en a une autre dont je me pourrai mieux acquitter, qui est de demander à Dieu qu'il vous fasse combattre à droite et à gauche^ dans la dévotion et dans la froideur, et aussi bien dans votre chaise lorsque vous êtes malade, que dans l'assistance à l'office.
CDXXXIV— A Madame de Foix, coadjulrice de Saintes.
Sur l'évangile du llle dimanche après la Pentecôte.
Ce 3 juin 1663.
Je n'ai rien à vous dire de vos amies, qui sont toujours au même élat. Ceux qui nous aiment nous veulent toute sorte de bien et ne nous en peuvent faire, et les autres ont toute sorte de pouvoir, avec une parfaite volonté de l'exécuter si Dieu ne les en empêche.