I.DXXXV. — A MADAME DE FOIX
Vous vous plnignez toujours de vous-même, ma très-chère mère, et vous avez raison de le faire, car de quels reproches ne sommes-nous pas dignes, de demeurer toujours dans la misère, au lieu de nous enrichir des hiens du Seigneur (ju'il nous a présentés avec tant de profusion dans les saintes l'êtes que nous venons de célébrer! Mais l'occasion n'est point perdue, puis(|ue, par une bonté qui n'a point de mesure, il nous offre encore aujourd'hui la grâce que nous avons peut-être refusée hier. C'est ce que Tévangile de ce dimanche nous veut persuader, en nous le re[)résentant cherchant une brebis qui s'étoit égarée, et qu'il cherche avec tant de soin que tous les détours quelle a faits pour se dérobera sa connoissance ne rempè<:henl point de la trouver et de s'en réjouir avec ses amis comme s'il avoit fait une grande conquête, au lieu qu'il n'y a que la brebis qui y gagne, les (iuatre-\ingl-dix-neuf étant bien capables de lui donner de la complaisance si sa miséricorde lui pouvoit faire oublier la centième. C'est donc un sujet (le le prier, et de lui dire avec le pi'opliMe : Je me sui.'i égarée comme la brebis qui est perdue ; cherchez, Sei(j}ieur, votre servante. VA avec saint Augustin : « Ne me cherchez pas « seulement, mais trouvez-moi, et après m'avoir trouvée, u recevez-moi et emportez-moi, afin que je ne me détourne f plus de vous. »
CDXXXV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur divers sujets. — Marcher el s'avancer dans la voie du salut. — Dieu a des ressources infinies de miséricorde.
24 juin 1663.
Je prie Dieu, ma très-chère mère, (|u'il conserve votre u<)vice comme un présent (ju'il vous a fait et (jiii est assez rare, car il se trouve moins qu'on ne peut dire de sujets de qui l'on puisse être en repos, y ayant assez de personnes de bonne volonté, mais il y a loujoius (piel(|iie chose à refaire, la litU-lilé à Dieu ne prenant pas entieieinent le dessus de l'ainour-propre el de la recherche de soi-même, ce t|ui fait qu'on ne demande pas à Dieu avec plénitude de eour la grà' e (pie l'Kglisc
T. II
désire dans l'oraison de saint Jean, qni est de marcher et de s'avancer dans la voie du salut, c'est-à-dire, dans la voie étroite. On veut bien y marcher, mais c'est lentement et avec des interruptions et des détours qui empêchent le progrès qu'on y doit faire; et ce n'est pas le moyen d'obtenir ce que l'on demande ensuite, qui est de parvenir avec sûreté à celui dont saint Jean a été le précurseur.
Mais cette réflexion ne doit servir que pour s'animer à sortir de la négligence où l'on est quelquefois, et non pas pour se défier du secours de Dieu qui a des ressources infinies de miséricorde, comme vous l'avez vu de vos yeux en la mort de vos deux religieuses qui étoient peut-être dans une vie fort commune, puisque vous ne dites point le contraire, et cependant elles vous ont donné grand sujet d'espérer que Dieu lésa disposées à une mort heureuse, et qu'il les rendra dignes de lui, après qu'il les aura purifiées dans les peines de l'autre vie où l'on ne pardonne rien, et où les âmes ne voudroient pas ne point satisfaire à ce qu'elles doivent à Dieu, ne pouvant plus s'aimer elles-mêmes, qui est la grande misère de cette vie et la racine de tous les péchés.
Je vous plains dans les grandes fatigues que vous avez de la longueur des offices que vous faites pour les morts. Nous avons retranché une partie de ce qui se faisoit devant la réforme, pour nous tenir à ce qui se doit pratiquer selon les anciennes coutumes de notre ordre; car il se trouve qu'à mesure qu'on a diminué l'esprit intérieur, l'on a ajouté au chant et à la longueur des prières; et comme les corps sont plus foibles qu'autrefois, on en demeure presque accablé, ce qui ouvre la porte à des relàchemens dans l'observance ordinaire, ])0ur reprendre ce qu'on a perdu dans ce grand travail.
CDXXXVL— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes. Au sujet de la maladie d'une novice qui lui éiail chère.
Ce 1er juillet 1663.
J'ai bien du regret, ma très-chère mère, que votre novice soit dans l'extrémité où vous mandez qu'elle est, d'où il n'y a