‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 3 sur 205 · CCCLXIV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes · texte numérisé non relu

CCCLXIV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes

Klle l'enlrelifnl sur r.ifiioiir do Dieu «'l du [irochniii. — Les clioses soliJes n'r»nl pas hcsoin d'éire cxpliciuéu?. [cjr d»'s puérilités.

y septembre IGGI.

A peine ètes-vous soulagée vous-même, ma très-chere m«'re,

que vous pensez à soulager l'inquiétude que votre mal avoit donnée à vos amis ; mais Dieu soit béni de ce qu'il n'a pas voulu affliger des personnes affligées d'ailleurs, et pour lesquelles je ne doute point que vous ne la soyez vous-même. Je ne vous dirai rien par cet ordinaire, parce que tout est en silence, on ne sait pas jusqu'à quand.

Vous êtes maintenant hors de peine pour messieurs vos neveux, qui sont revenus, comme je crois, avec le roi . Cette guerre avoit bien donné de la terreur pour êlre fort dangereuse, mais grâces à Dieu l'on en est dehors, et l'on en sera quitte pour une grande dépense; mais elle n'est pas considérable pour les personnes qui vous touchent, qui ont du bien à proportion de leur qualité. Il n'y a, ma très-chère mère, qu'un autre amour qui puisse réduire à une juste mesure celui que vous avez pour des personnes qui vous sont si chères. C'est principalement cette semaine que nous devons demander à Dieu cette divine charité qui se rend la dominante de notre cœur, de notre âme et de notre esprit, en sorte qu'il ne nous reste pour les créatures qu'un rejaillissement de cet amour; encore ne s'arrête-t-il pas à elles, mais il retourne à son principe, comme le rayon ne se sépare point du soleil encore qu'il éclaire là où il semble que le soleil ne soit pas, élant fixement allaché au ciel pendant que sa clarté se répand sur la terre. Et c'est ainsi que l'amour du prochain ne doit point détacher de Dieu, mais seulement désirer d'attirer avec nous ceux de qui la tendresse nous touche davantage, afin de les réunir à ce divin principe. On ne croiroit pas que l'oraison de la semaine fût propre à demander l'amour de Dieu que l'Évangile nous recommande, et il y a des oraisons à d'autres dimanches, comme celle du cinquième, qui y conviennent mieux. C'est ce qui m'a donné la pensée qu'il n'éloit pas besoin que l'Eglise nous excitât à demander cet amour, le commandement que Dieu nous en fait étant assez capable de nous l'inspirer; mais elle nous avertit de ce qui lui est contraire, qui est la contagion du monde et du diable qui sont ennemis de cet amour, en ce que le premier veut partager notre cœur, et que le second ne peut souffrir que nous possédions ce divin amour duquel il sera privé éternellement. Je ne trouve point de dévotion plus solide et

Cr.r.LXV. — A LA S(EIR MAR(.rERITE l»E SAIME-CiERTRlDE. o

l)lus utile que de s'occuper des Évangiles que l'Église nous propose, et d'en demander souvent l'effet à Dieu par quelque I»rière jaculatoire, comme celle-ci qu'on dit |>res(jue tous les. jours à Matines : Ignem sut amoris acccudal Demi in cordibus nostris.

L'on m'a promis des méditations sur le même sujet (jue celles que nous avons vues, mais je crois qu'elles ne seront pas si longues, les choses solides n'ayant pas besoin d'être expliquées avec tant de |)aroles, et, comme vous dites si à propos, par des puérilités, ce qui comprend toute la définition qu'on en l)eut faire; et cependant les ouvrages de cette nature trouvent des personnes qui les admirent, parce (jue les auteurs ont une conduite assez humaine (|ui flatte (pichiuefois les sens, encore que d'autres fois ils atterrent les iiersonnes par une sévérité qui n'est pas toujours assez discrète.

CCCLXV— A la sœur Marguerite de Sainte-Gertrude du Pré, à Port-Royal-des-Champs.

Dieu nous visite par les afllictions, et il se communique à nous aulant que nous avons d'espérance en lui. — IJIc lui parle de la nmladie de M. d'Andilly, cl des malades qui élaicnl à l*orl-Iloyal-des-Cliamps.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !

13 septembre 1661.

La foi nous oblige de dire, ma très-chère sœur, que Dieu est avec vous d'une laçon particulière puisqu'il vousaKlige en la personne de celle qui le représente parmi vous*. Il faut reconnoîtrelo tem[)s de cette visite, et la recevoir avec aulant de dévotion «pie si elle étoit plus favorable à nos besoins. Il nous veut faire éprouver s'il nous tient lieu de toutes choses, et si nous ne mettons point la chair pour notre bras, en esli-

• La mhe Marie de Sainte-Madeleine du Fargis, prieure de Porl-Hnyallirs-C.liaiiqts. — I,o premier mandement des grands-vicaires de l'aris produisit à Port-Koyal-des-C.liamits des a^ilntiuiis cl des peines, (pii causèrent des maladies à un grand nombre de religieuses. I,n nW-re prieure fut jusqu'aux pniies de la mort. 1, a sdiir Kiqdiémie Pascal, sims-piienre, fut emportée |)ar la violence cle son mal. //rsf. (/<.s i'crscc, cli. xv cl xm.

fi LETTRES DE LA MÈRE AGNES.

niant que nous sommes sans appui lorsque les personnes desquelles il se servoit viennent à nous manquer. Il attend, ma chère sœur, que notre confiance en lui redouble par cette épreuve, pour nous faire expérimenter qu'il est lui-même le supplément de tout ce qui nous manque, et qu'il se communique à nous autant que nous avons d'espérance en lui; car bien souvent cette foi qu'il peut tout, qui est toujours dans notre esprit, ne se trouve pas dans notre cœur pour le fortifier et pour en éloigner toutes les craintes et les inquiétudes qui naissent de notre foiblesse. Nous méditons quelle consolation nous vous pourrons donner, et nous dépendrons pour cela de l'avis de celui à qui nous nous devons adresser K Cependant je vous supplie de tenir la main qu'on ne parle point des affaires de la maison à vos chères malades, Il faut que tout se fasse par un accord et une union d'esprit à quoi chacune contribue avec simplicité, n'y ayant point à craindre qOe personne s'ingère en un temps où l'on ne craint rien davantage que de déplaire à Dieu. Je suis fâchée que la mère prieure ait pris la peine de s'appliquer à répondre à ce que je lui avois mandé lorsque je croyois qu'elle se portoit quasi bien.

Mon frère - fut hier fort mal en suite d'une nuit fort fâcheuse dans laquelle il avoit eu bien fort la fièvre avec des rêveries et des inquiétudes, qu'on croit qui étoient causées parce qu'il avoit beaucoup parlé dimanche avec des amis qui l'étoient venu voir. L'on craignoit un transport au cerveau, ce qui fit faire une cinquième saignée, après laquelle il fut un peu mieux. Il se voulut confesser, ce qu'il fit à M. le cufé, dont il demeura fort satisfait. Il prit la peine de revenir sur le soir, et dit que s'il avoit la nuit mauvaise qu'on le communiât ce matin. Je suis dans le tremblement de savoir ce qui en aura été parce qu'il n'est encore que quatre heures : je vous le manderai avant que de fermer cette lettre. Nous sommes aussi fort en peine de M. de.... voyant que la fièvre s'opiniâtre, encore qu'elle ne soit pas forte. C'est une chose incompréhen-

» On envoya à Port-Royal-des-Cbamps la mère Madeleine de Sainte- Agnès de Ligny, prieure de Porl-Koyal de Paris. Elle revint à Paris au commencement de décembre suivant.

' Arnauld d'Andilly.

CCCLXVi.— A MADAME DE FOIX. 7

sible que mon neveu de Luzancy n'écrive point, et qu'il ne soit point en iiKjuiétude de lu maladie de mon frère : il faut nécessairement qu'il vienne, quand même il seroit mieux, dont je prie Dieu de tout mon cœur; si cela arrive, il pourra s'en retourner après l'avoir vu et s être offert à demeurer auprès de lui autant quil lui [)laira, car il y est obligé avant toutes choses. Ma sœur Angéli(|ue de Saint-Jean lui en écrira. Je me promets que M. Charles, s'il est en état, ou M. Bouilly tiendront sa place auprès du malade qui leur est si cher.

Je prie Dieu qu'il assiste nos pauvres sœurs qui sont si mal, et qu'il me rende digne de lui offrir pour vous toutes le sacrifice d'un cœur humilié et contrit, et de le supplier avec Joh qu'il nous corrige en sa miséricorde et non point en sa colère, de peur cpril ne nous réduise à rien. 11 ne faut point comiitcr les voyages que vous faites |)0ur aller savoir des nouvelles des principales malades, mais il faut (jue vous ne hougicz de leur chambre, autant que votre santé et vos occupations vous le pourront permettre. Je suis entièrement à vous, ma très-chère sœur, et à foules les malades, et à celles qui ne souillent que dans le canir, car je crois quil n'y en a point cpii n'ait une plaie de douleur et de crainte que Dieu n'appesantisse sa main sur nous.

Mardi à cinq fieures du matin.

L'on nous vient de dire que mon frère a eu la nuit aussi bonne que l'on eût pu désirer; il va prendre médecine.

CCCLXVI— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.

Elle lui envoie quelques reliiiues de la mère Angélique, el la prie de se conserver en santé. Nouvelles de la prieure et de la sous-prieure de Port- Royal -<les-CliaDips.

< 4 aeplemlirc 1661.

Ilfaiit donc, ma très-chère mère, vous traiter dans la dernière conliance en vous envoyant tout ce (juc vous desirez de notre chère mère, savoir du sang de son ca-ur el une petite croix faite de celle (pi'elle porloit sur son habit, ipii est le présent (jui est parfaitement bien reçu, et à (juoi ou peut moins trouver a redire, parce que c'est un objet de dévotion; il y eu

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