‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 4 sur 205 · LETTRES DE LA MERE AGINES · texte numérisé non relu

LETTRES DE LA MERE AGINES

a (iiii les font enchâsser dans des croix d'or, d'argent et de cristal; et pour \os filles, de son voile et quelques images qui ont touché à son cœur. Votre dévotion est admirable en ce qu'elle ne veut point faire d'expérience, n'y en ayant point qui puisse égaler la créance qu'on peut avoir en la vertu d'une personne qui a tant donné de preuves qu'elle étoit parfaitement à Dieu, plus de cinquante ans durant.

Je me joins à Madame', mais par voie de supplication trèshumble, de vous conserver autant qu'il vous sera possible pour ne point devenir malade , et encore plus pour ne point faire de fondement sur votre mort, encore que je loue le désir que vous en avez, puisque personne n'est digne de vivre s'il ne préfère la mort à la vie, qui est le souverain bien d'une âme chrétienne qui ne doit agréer de demeurer en ce monde que pour obéir à Dieu qui l'y retient, mais qui l'y retient de sorte qu'il veut que sa conversation soit dans le ciel. Il y a longtemps que je vous plains, ma très-chère mère, et je continue de le faire, de ce que vous n'avez pas des sujets propres à vous soulager. Il se trouve assez de personnes capables de le faire par la tète, mais il y en a peu qui aient le cœur si plein de Dieu qu'ils en puissent faire une effusion sur les autres.

Nous sommes dans la crainte de perdre la mère prieure^ et la sous-prieure' de Port-Royal-des-Champs, qui sont fort malades depuis quelque temps et toujours en péril : que si Dieu nous les ôtoit, je ne vois personne qui puisse remplir la place aussi dignement qu'elle l'est par ces deux filles, qui sont excellentes en vérité.

Vous avez bien fait de décharger votre sous-maîtresse ; Dieu n'aime que ceux qui lui donnent gaiement, en se sacrifiant de bon cœur pour le service des âmes quand Dieu y appelle. Je le supplie de donner à madame votre sœur la grâce dont elle a besoin, pour se sanctifier elle-même en instruisant les autres.

' L'abljesse de Saintes.

* La mère Marie de Sainte-Madeleine du Fargis.

* La sœur Jacqueline de Sainie-Eupbémie Pascal.

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