CDXXXVI.— A MAD.4ME DE FOIX
point d'apparence qu'elle revienne. Sa disposition doit bien toucher les personnes qui lui appnrliennent, si elles ne sont pas à Dieu autant qu'une jeune fille qui ne faisoit que commencer a goùler la douceur (ju'il y a d'èlre a lui, que d'autres qui sont engagées depuis longtemps dans son service ne reconnoissent pas bien souvent. Je prie Dieu qu'il vous en donne (jnelqu'autn; (jui soit digne de remplir sa place en la terre où l'on a tant besoin de bons exemples, cependant (p.i'elle en occupera une dans le ciel, coimne il y a tant de sujets de res[)érer. Mais c'est une chose étranue, (|u'encore (pie la foi nous assure (pi'on ne perd rien en perdant des personnes (]ui vont à Dieu, parce qu'elles nous servent plus devant lui qu'elles ne faisoient étant au monde, cette vérité est tellement imperceptible aux sens, qu'on agit de même que si on ne la croyoit pas et si l'on ne savoit pas que Dieu peut remplirions ces vides quand on ne diminue point la confiance qu'on a en lui, soit (ju'il nous ôte ce (pril nous a donné ou qu'il nous donne ce (jue nous n'avions i)as.
Il me semble qu'on peut dire quand on se plaint de ce que Dieu permet qui arrive, sous prétexte que c'est son intérêt et sa gloire (ju'oii regarde, que ces i)ensées sont comme ces faux prophètes de l'Kvangile, qui otil des vélcmens de brebis, mais qui sont en effet des loups ravissans, qui se reconnaissent par kurs œuvres, en ce (prils ravagent lout l'inlérieur, en excitant des troubles et des inquiétudes (jui emi)êchent l'entrée du royaume de Dieu que nous portons dans nous-mêmes, que saint Paul dit qui est composé de In justice, de la paix et de la joie au Sniiil-IJsprit; au lieu (|ue l'acceptalion de la volonté de Dieu et de ses ordres nous donne la possession de ce premier royaume et le gage de celui (pii sera éternel.
Je ne présuppose |)as, ma très-chère mère, «lu'il soit besoin de vous parler en ces termes, car je crois que vous êtes trèsisoumise a Dieu, et que votre douleur lui est agréable étant aussi bien réglée qu'elle est ; mais je parle eu général de ce qu'on ne rend pas à Dieu l'adoration suprême qui lui est due, quand il nous tente eu nous priNant des personnes que nous désirions plus legilinuiiitMil de posséder.
CDXXXVII.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur le bon usage des grâces de Dieu. — Elle lui renvoie un livre de méditations, dont elle lui dit son sentiment.
13 juillet 1663.
Vous entrez donc, ma très-chère mère, dans l'année de votre profession qui est une année sainte qui marque 1 âge de Jésus- Christ ; il faut espérer que cette année et les autres qui suivront répareront les premières, dans lesquelles vous n'aviez |)as les mêmes connoissances et les mêmes senlimens de vos devoirs. Le Fils de Dieu pleure inutilement sur les âmes qu'il ne fait pas pleurer elles-mêmes pour le peu d'usage qu'elles ont fait de ses grâces. Vous n'êtes pas de ce nombre, puisque vous regrettez tant d'avoir laissé passer avec peu de fruit les secours qu'il vous a présentés. Que ne doit-on pas attendre de Tefficace des larmes de Jésus-Christ, et combien le Père éternel a-t-il agréable qu'on les lui oiîre pour lui demander qu'il amollisse la dureté de notre cœur, et qu'il en fasse sortir des eaux qui purifient les taches de notre âme ! Je prie Dieu qu'il bénisse les années de madame voire tante', et qu'il dispose toutes choses pour son salut et pour le vôtre, qui prendra son origine de la vertu de la croix, et tout ensemble de celle qu'il vous fera porter pour lamour de lui et dont il aura fait le choix pour vous. Vous dites une fort bonne parole dans votre lettre en désirant que Dieu vous donne la patience et la pénitence, ces deux vertus ayant rapport ensemble, puisque tout ce qui est l'objet de la première doit être l'exercice de l'autre.
Je vous ai renvoyé les Médilalions il y a huit jours ; il y a de bonnes choses dans celle qui traite des vertus, et celle de la clôture est fort agréable; il paroît que l'auteur entend bien les pratiques de la religion; mais pour les maximes de l'Évangile, ses lumières sont mélangées de raisonnemens fort humains, car il donne des motifs pitoyables pour persuader des vérités. Par exemple, sur le mot de soror, vous en remarque-
' I.'iiMiO'îço (lo Sniiiloiî.
CnXXXVIII. — < MAh\MK l»K F<>IX. |(l|
rez qui sont indijrnes d'être cousiilérés. en comparaison des vérités sur lesquelles l'union mutuelle doit être fondée; et je ne sais comment on peut expliquer ce qui est dit dans une autre, qu'une ]>ersonne séculière qui };arde les comuiandemens de Dieu sera sauvée, après avoir vécu dans les honneurs et les plaisirs du monde, ce qui ne s'accorde pas avec la parole du Fils de Dieu, (ju'il faut renoncer à soi-même et porter sa croix tous les jours, etc., et qu'une religieuse qui aura aussi gardé les conmiandemens de Dieu, mais qui aura manqué à ceux de sa rèjile, sera damnée ; comme si Ton pouvoit manquer à garder sa règle en gardant les commandemens de Dieu, dont le premier, qui est celui de l'amour de Dieu, enferme tonte la perfection chrétienne et religieuse. Enfin, il y a du haut et du l>;i>, des choses fort bonnes et d'autres (jui ne saccordent pas ensemhle, et ipii montrent (|uon ne possède pas le fond et l'intelligence des vérités solides et uniformes. H me semble que les Méditations de M. Feideau instruisent tout au trement de la vertu chrétienne, et (ju'il est aisé de faire d(;s réflexions sur les choses particulières ijue Dieu demande des religieuses.
Vous m'avez ordonné, ma très-chère mère, de vous dire mon sentiment sur cet ouvrage, c'est pounpioi j'ose vous dire tout simplement ce que j'en pense.
CDXXXVIII.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Au sujet de l'accouiiiiodemenl dont le succès élail encore incertain.
29 juUlft 1663.
Uue je vous suis obligée, ma très-chère mère, de prendre une part si sensible à la paix (|u'on nous promet ! J'ai cru (|ue j«; ne hasardois rien de vous en mander les premières nouvelles comme je; lis l'autre jour, encore (|ue je n'y aie pas une entière créance, parce (jik; la consolation (pie vous en recevriez et votre action de grâces a Dieu ne pourroit maïupiei de lui être agréable, étant comme elle est toute piue et produite par le mouvement de votre cteur tmit rempli de chu il«'
pour des personnes de qui vous avez la bonté de regarder les intérêts comme s'ils faisoient partie des vôtres. Vous êtes bien informée quand vous dites que le prélat que vous connoissez est fort mal satisfait de l'espérance qu'on a d'accommodement: ses saintes intentions vont si avant (pi'il n'y aura sorte d'empêchement qu il n'y apporte, autant que son pouvoir se pourra étendre. Il y a d'autres personnes qui sont de même et à qui c'est un scandale pour eux, que l'on juge dignes d'être unis à l'Église ceux qu'ils avoient tant de zèle d'en chasser. Je ne veux point blâmer les intentions des autres qu'on nous veut faire croire être sincères dans cette affaire, de laquelle le succès est certainement fori incertain. Mais quoi (ju'il arrive, les reconnoissances que nous aurons eues pour Dieu d'avoir justifié ses serviteurs en ce qui est de la foi, qui est la principale chose et qui devroit être l'unique si l'on avoit la justice de laisser libres les sentimens qu'on peut avoir sans cesser d'être orthodoxe et très-soumis au saint-siége ; ces remercîmens, dis-je, que nous aurons rendus à Dieu auront été très-justes, encore que la persécution dût recommencer, puisqu'il faut louer Dieu en tout temps et que celui de l'affliction est toujours le plus avantageux.
Vous découvrez de plus en plus dans les occasions, ma trèschère mère, les bons sentimens de votre cœur jiour toutes les choses de piété, ce que je remarque par l'estime que vous faites des lettres de la mère Angéhque, qui sont en effet toutes remplies de l'affection dont elle vous honoroit et qui me donnent sujet de m'étonner comment après celles-là vous daignez agréer les miennes qui sont si différentes; mais il ne faut pas que j'exprime plus particuHèremenl leur indignité pour ne pas satisfaire mon amour-propre, m'élant plus utile d'admirer que vous soyez si humble et si bonne que de me donner quasi la même place qu'avoit cette chère mère en l'honneur de votre amitié.
CDXXXIX. — A M. lit SKVIGNÉ. 103
CDXXXIX — A M. de Sévigné.
Au sujet d'un voyage qu'il aJlait faire à Purl-Royal-des-Champs.— Être fidèle à ce qu'on a promis.
Ce Vendredi matin 3 nom 4663.
Je ne pensois pas. Monsieur, vous avoir témoigné désapprouver le voynge que vous allez faire, encore que je vous aie fait de la dilfuullé lorsque vous me le proposâtes, parce que vous l'aviez engagé sans la permission de ceux de qui vous voulez dépendre; mais puisque le dessein en est pris, il ne faut plus mettre en doute si vous l'accomplirez, selon la maxime de M. de Saint-Cyran, qu'il ne falloit jamais retirer sa parole lorsque ce que Ton a promis se peut faire selon Dieu. Et c'est de quoi je ne doute pas, puisque vous n'avez point d'autre intention que de vous tirer à l'écart, pour suivre l'exemple de Jésus-Clirist, (jui se sépara non-seulement du monde, mais de la plus grande partie de ses disciples, pour opérer le mystère que vous voulez célébrer avec plus de recueillement, en y joignant la mémoire d'une âme' que vous croyez transfigurée en Dieu, et de la(|uelle il a dit, comme la confiance en sa miséricorde nous donne sujet de le croire : (l'est ici ma fille bien-aimée en laquelle j'ai pris mon bon plaisir, écoutez-la. C'est ce que vous faites, Monsieur, en vous souvenant sans cesse de ce (jn'elle vous a dit. Demandez à Dieu, je vous supplie, (pie sa voix se fasse enteruire toujours parmi nous et qu'elle soit, comme elle a toujours été, une voix de tonnerre qui nous réveille de notre assoupissement. Vous faites peut-èlr»' scUm son intention en reclieicbant le lieu qu'elle a tant aimé*, que nous en étions jalouses. .Mais Dieu nous a cons(dées dans notre allliction de sa perte, d'avoir voulu <|u'elle ait fini sa vie avec nous, ce qui leud les deu\ maisons égales, sinon que Dieu préférera celle qui possédera davantage l'esprit de notre sainte mère, a Luiuelle Je donne
' La m^rf Anf;<''liqii<'
» PorlKoYal-def-(^hamps.
lOi LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
Iiardiment le tilie de suinte, parce que c'est à vous seul, mon bon frère, à qui je parle.
CDXL.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur la retraile et la prière. — L'oraison est un langage du cœur que l'Esprit de Dieu forme en nous.
Ce 12 août 1663.
Je vous ai obligation, ma très chère mère, de m'avoir désiré quinze jours de retraite, pendant qu'on ne m'en a accordé qu'un seul jour. J'en suis donc revenue il y a longtemps, sinon que j'y accompagne quelques-unes de nos sœurs qui la font par un mouvement particulier, n'y ayant point d'ordre général dans nos constitutions pour la faire , parce qu'on présuppose que la vie religieuse est une retraite continuelle, et par conséquent qu'on n'a pas besoin d'en faire d'autre, sinon quand on est déchu de celle-là ; c'est pourquoi on n'y apporte point d'autre solennité que d'exhorter ces personnes de se reprendre avec une nouvelle ferveur, ce qui se peut faire au dedans, excepté la nécessité qu'il y a d'avoir recours à ceux qui ont la puissance des clefs, quand on veut faire quelque renouvellement devant eux. Voilà tout le compte que je vous puis rendre sur ce sujet, en y ajoutant qu'on ne prescrit point de temps pour des oraisons extraordinaires, afin de ne point lasser l'esprit, qui est quelquefois plus touché en faisant une lecture avec altention cpi'en méditant avec contention et travail, et quand il n'y auroit (pie le silence et la séparation où l'on est de toute autre chose, ce sont des moyens fort propres pour rentrer en soi-même et pour écouter Dieu qui parle par ses inspirations à ceux qui n'ont point d'autre fin que de se disposer à les recevoir.
Je crois que vous aurez reçu les Méditations que je vous ai renvoyées, et que vous aurez excusé la lihcrté que j'ai prise de vous en dire mon sentiment. Saint Benoit nous apprend dans la règle à |)rier tout d'une autre sorte, sans pensées et sans considérations, mais avec larmes et ferveur d'esprit; et comme celte manière est sans méthode et qu'on ne l'a pas quand
CDXLI.— A MADAME DE FOIX. |0o
l'on vent, on a trouvé moyen de composer une oraison qui ne peut manquer parce qu'elle dépend du raisonnement, et ceux qui ont plus de mémoire et de subtilité d'esprit y réussissent le mieux.
Le pauvre lépreux de notre évangile * n'eut pas besoin d'être instruit de ce (pi'il devoil faire pour reconnoître la grâce qu'il avoit reçue de Jésus-Christ; il ne fit que se proslerner en terre et le remercier à haute voix, c'est-à-dire avec grande affection; mais les paroles dont il se servit ne sont point exprimées, parce que c'éloit le langage du cœur qui est inefl'able, l'Esprit de Dieu qui le forme étant au-dessus de notre intelligence; et cela ne se devroit point appeler une oraison extraordinaire, puisqu'il n'y en a point d'autre (jue celle-là, et que tout ce qui se fait par art est bon pour s'occuper et s'exciter soi-même, mais cela ne vu point jusqu'au cœur, si Dieu ne le remue et ne le convertit à lui par une grâce efficace qu'il donne plutôt aux petits et aux simples, que non pas aux plus capables.
C'est pourquoi Dieu a voulu (jtie la i)lus excellente do toutes les créatures, cjui est la sainte Vierge, ne servit à l'Éylise (|ue par son exemple, et non |)ar ses instructions qui auroient été plus divines que celles des apôlres ; mais elle devoit être le modèle des àmes(|ui n'entendent d(! la part de Dieu (pie des paroles secrètes, et qui goûtent cette manne cachée que nu! ne connoit que celui qui la reçoit. Priez-la jjour moi, je vous en sup[)lie Irès-humblenjent, comme je désire de me jeter à ses pieds pour lui demander que vous soyez des premières à recevoir ses faveiu's au jour de son triomphe dans le ciel.
CDXLI— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur le mauvais siicci'S de r.iccninnKKleint'iii iit'^iicié par i't''vt"'(|U(' «le Commin(,'('s. — Dieu pnil loiijoiirs rfnicdier aux inanx de l'Uglise; mais il en veul êlre |irii' avec larmes.
Ce 20 (wùt 16G3.
C'est avec regret, ma très-chere mère, (jue je suis oliligée devons dire que les allaires de vos amis Nonl plus mal «pic
' K\an;;ilc du Mil* diuianclic 3\<\c> la Pentecôte.
jamais, cet accommodement dont l'on a tant parlé n'ayant servi qu'à rendre les choses plus irrémédiables qu'elles n'éloient auparavant. Nous n'en sommes pas surprises et nous nous i)réparons à tout, et c'est pour cela que nous vous demandons le redoublement de vos prières et de celles de vos amis, et de vous assurer, s'il vous plaît, qu'après ce qui nous regarde, nous sommes touchées sensiblement de la peine que vous en aurez.
Quelque mal que soient les chose?, il ne faut pas laisser de se consoler en pensant que la main de Dieu n'est [)Oinl raccourcie en sorte qu'il ne nous puisse sauver. La rencontre de l'évangile' où le Fils de Dieu ressuscite un mort, nous fait voir que rien ne lui peut être impossible, et qu'il permet quel(juefois que les maux soient arrivés à leur comble pour y apporter du remède. Mais il en veut être prié avec larmes; comme cette veuve de l'Évangile n'eût point recouvré son fils si Jésus-Christ n'eût point été touché de l'abondance de ses larmes, ce qui lui fit avancer sa consolation avant même qu'il eût fait le miracle, en lui disant qu'elle ne pleurât plus. Que si cette mère et ceux qui étoient avec elle eussent accompagné ce mort sans pleurer, le Fils de Dieu Tauroit laissé porter dans Ja sépulture sans y avoir égard. Et c'est une figure de ce que Dieu ne remédie pas aux maux de l'Église, parce qu'il n'y a presque personne qui fléchisse sa miséricorde, et qui prie pour cette veuve qui se voit privée de tant d'enfans qui s'ensevelissent eux-mêmes, après avoir enseveli la vérité qui les auroit délivrés de ce qu'il y a de plus à craindre dans tous les maux qu'on voit. Et puis(|ue, par sa grâce, nous avons l'amour de cette même vérité dans le cœur, nous devons espérer que Dieu fera des miracles en notre faveur, soit en nous délivrant de l'oppression qu'on nous fait, ou nous donnant le courage de la souffrir.
' Évangile du XV dimanctie après la Pentecôte.
CDXLIl. — A M. l'ÉVÈQIÉ d'aNGERS. 107
CDXLII — A Mgr. Henri Arnauld. évéque d'Angers.
Elle lui icmoi^ne ses «♦'nliinenls et sps (lisposiliou* ;iii Mijel du Hicf du 29 juillet 1663, par lequel le pape exhortait les évéques à procurer la signature du furmuiaire.
6 ifcptembre <663.
Puisqu'il n'y a plus rien à espérer du côté des hommes, cVst maintenant que nous devons faire paroître que si nous avons désiré la paix jiour le bien de l'Église, ce n'a pas été pour nous exempter de souffrir pour la vérité que Dieu nous a fait la jzràce d'aimer et de préférera tout, puisque san? elle nous ne pourrions être délivrés des i)his t:rands maux ([ne ccu\ dont on nous menace. Je parle en commun, ayant le bonheur d'être attachée avec vous dans une si heureuse rencontre, pour parler dans les termes de la foi, (|ui nous oblige' d'avoir plus d'attention atix promesses de Dieu cju'aux menaces des hommes. Il n'airive rien de nouveau, puisijue de tout temps les vrais serviteurs de Dieu ont été éprouvés de Dieu par les afflictions; et ce ne sera aussi rien d'extraordinaire s'il lui plaît de nous fortifier comme il a fait les autres, et comme il veut (jue nous espérions cpiil le fera a notre égard. L'histoire des Machabées nous apprend a prier Dieu avant toutes choses, et a repousser l'effort de nos ermeinis(pii nous veulent empêcher de bâtir le temple de Dieu, dont le fondement est la vérité sans la(]uellc toute la piété chrétienne ne subsiste |>oJnt. Kl il nous seroit bien inutile de conserver notie monastère pour y servir Dieu en paix, si l'amour d'une paix temporelle nous faisoit perdre celle de n<»lre conscience, sans l.iquelle nous n'eu jiouvons avoir avec Dieu.
Je m'imagine, mon très-cher frère, que vous n'avez pas dés.igréable (|ue je vous [)arle de la sorte, p»)ur vous rendre compte de la disposition où nous nous trouvons en celte occasion si proche de voir éclater le tonnerre qui tait déjà tant d»' bruit, et pour vous supplier très-humblement de nous rendre participantes <le vos saints sacrifices pour nous animer dans le combat, comme nous espérons de l'être par votre fermeté, qui fera, s'il en est besoin, que vous renoncerez non-seule-
ment aux biens de la terre, mais à un emploi aussi saint, aussi utile et aussi avantaj^eux aux âmes que celui où vous êtes, lorsque Dieu vous présentera autre chose à faire pour son service.
C'est ce que nous lui demandons incessamment prosternées au pied de son autel, n'ayant point d'autres armes que nos larmes et nos gémissemens dans la vue de noire foiblesse, mais qui n'empêche pas que nous n'attendions tout de Dieu qui se sert des choses les plus basses pour résister aux plus fortes*.
CDXLIII.— A Madame la marquise de Sablé.
Elle l'exhorte à faire servir à la pénitence la privation de l'odorat, et à modérer son appréhension des maladies et de la mort.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacre ment!
{septembre 1663)
Vous me faites grande pitié, ma très-chère sœur, d'être affligée, et que ce soit pour un sujet auquel je ne trouve aucun moyen de remédier, ni par effet, ni par désir, ni par imagination; car quoiqu'il soit impossible à une créature de rétablir un des sens s'il étoil entièrement perdu, au moins peut-on le désirer et offrir par imagination le même sens qu'on a pour le mettre à la place de celui d'un autre ; mais je n'ai garde de vous pouvoir faire ce compliment qui seroit, ce me semble, fort sincère puisqu'il y a cinquante-deux ans, comme je vous l'ai mandé, que j'ai entièrement perdu l'odoral; et je me
' L'évêque d'Angers s'excitait liii-mènie à la patience par ce billet qu'il écrivait le 8 octobre (1663) à sa sœur la mère Agnès, ancienne abbesse de Port-Hoyal, pour s'animer à soutenir l'orage qui était prêt de Tondre sur lui : 1 Voire lettre du 6, que je reçus hier ici, m'a donné une sensible consolation, « et me lorlilie exlréinement dansl'état où je me vois. J'espère que Dieu me « donnera par sa miséricorde la l'oice dont j'ai besoin dans le combat, que n selon toute sorte d'apparence j'aurai bientôt à soutenir. Continuez, ma " très-chère sœur, à le bien prier pour moi. Je ne puis vous en dire davan- ■' tage, étant jtressé d'aiïaires, mais je crois qu'en voilà assez. » {Mém. de M. Hvrmanl sur l'Hisl. ccclcs., ms. Supplcmeul fr., w 2671, t. I, p. 2687 et 2793.)
fDXLIII. — A MADAME T»E SABLK. 109
réjouis de ce qu'il y a tant d'années, qui vous doit être une preuve manifeste que celle perle n'intéresse point la santé du corps, et de ce qu'elle jteul encore moins abréger la vie. Ne vous en mettez donc point en peine, je vous en supplie, ma chère sœur, pour ce regard, et faites servir à la pénitence, selon votre pensée, la jirivalion où vous êtes de prendre de la satisfaction dans les bonnes odeurs.
Vous avez raison de regarder dans celte petite mort (que j'espère pourtant (|ui sera suivie de résurrection) la grande mort qui n'épargnera aucun des sens, et qui est sans doute Irès-afîreuse, si ce n'est qu'on considère qu'en nous tuant, elle tuera aussi le péché avec nous, à (jtioi toute notre vie doit être employée, sans (luon le puisse faire mourir entièrement. C'est, ma chère sœur, ce <|ui devroit tempérer la grande frayeur qu'on a de la mort, (jue la foi nous rend si avantageuse; et pour cela il faut prier Dieu (pril nous donne des sentiniens chrétiens, et qu'il nous délivre de ceux que la chair et le sang nous iiis|)irent. Hclasl ma chère sœur, que nous sert-il de crain<lre la mort que nous ne [)OUvons éviter? Et combien nous seroit-il utile de l'attendre en paix et de nous soumettre volontairement à Dieu qui a voulu, par sa justice, qu'elle fût la peine du péché, et qui veut aussi, par sa miséricorde, «lu'elle en soit le remède, en nous ùtant l'occasion d'en commettre de nouveaux? Enfin, c'est un précepte de l'Évanfiile de ne point aimer son âme, parce que relui qui l'aime, il la perdra; c'est-à-dire, «pie celui (|ui aime la vie présente au préjudice de la vie spirituelle. (]ui consisie à vivre de la foi et suivre les maximes (|ue le Fils de Dieu nous a enseignées, cet amour, dis-je, s'il est dominant et excessif, est capable de perdre notre âme.
Je ne veux pas dire, ma chère sœur, (pie les frayeurs que vous avez des maladies et de la mort soient de ce rang, puisqu'étant naturelles et extraordinaires elles sont prescjue invincibles; mais il les faut pourtant diminuer en (pieU] ne manière, en vous opposant aux grandes iiupiiétudes (pi'elles vous apportent; et c'en est un fort bon moyen que <le regarder Ions les événemens comme des pénitences, qui ne méritent point ce tiom si elle« ne <;onl vo)nnt.iirp<:. ;i\\ moins d.jn<5 la paili»' su-
•no LETTRES DE LA MERE AGNÈS.
périeure qui commande à l'esprit de ne s'en point troubler, et à la bouche de ne s'en point plaindre, sinon par entrelien et [)our faire plaisir à ses amis qui seroient fâchés de n'avoir y)as leur part des maux qui arrivent à ceux qu'ils aiment. Nesuis-jepasbien dure de vous parler de la sorte? Maispourrai-je d'ailleurs parler un autre langage dans le temps où nous nous préparons à perdre je ne sais pas quoi, pourvu que ce ne soit pas notre àme, que nous sauverons plus aisément en perdant tout le reste. Vous savez les progrès qu'on fait pour hâter l'exécution de nos affaires. Priez Dieu, ma chère tœur, que nous en fassions d'aussi grands dans la constance et la force, pour repousser tous leseti'urts qu'on nous pourra faire contre notre résolution, que nous ne pouvons non plus changer que l'obligation d'être, ma chère sœur, entièrement à vous.
CDXLIV. — A Madame deFoix, coadjutrice de Saintes.
Sentiments dans lesquels ello envisage l'approche de la persécution.
7 octobre i 663.
Il semble que le temps soit arrivé auquel Notre-Seigneur nous ordonne de lever la tète parce que notre rédemption est proche. C'est parler le langage de lÉvangile que d'appeler ainsi la proximité de la persécution, de laquelle on nous menace, et où on travailb;. Quel besoin n'avons-nous pas, ma très-clière mère, que vous nous continuiez l'assistance des prières que votre extrême charité fait faire pour nous! Nous ne les demandons pas afin détre exemptes de souffrir, étant persuadées que cette conduite de Dieu nous est favorable, selon le sentiment d un serviteur de Dieu et lun de nos meilleurs amis (jui se met du nombre en disant qu'il ne sait pas si sans la persécution nous aurions eu assez de quoi nous sauver. C'est donc un avantage de rencontrer une occasion de payer nos dettes, ou plutôt que Dieu nous les remette tout d'un coup, comme à ce serviteur de l'Évangile*. Ce qu'il lait par sa niisé-
' Évangile du XXl» dimanche après la Pentecôte. Saint Mattli , c. xviii, V. 23.
CDllv. — A Madame de sAblé. 111
ricorde à ceux qui lui sont fidèles en une rencontre importante; au lieu que tonle une vie (ju'on passe dans la négligence à son service, non-seulement ne nous acquitte pas de nos péchés, mais nous donne sujet d'en commettre tous les jour de nouveaux. Il nous reste à nous préserver du malheur qui est marqué dans l'Évangile de celui à qui les |)écliés avoient été pardonnes, mais à qui ils furent imputés une seconde Ibis, parce qu'il ne voulut pas (juiltei- à sou prochain ce qu'il lui devoit. C'est ce que j'espère que Dieu nous fera la grâce d'éviter envers ceux qui ne nous traitent pas selon la charité chrétienne, ayant plus de pitié d'eux qu'ils n'en out de nous, parce (jue nous attendons la miséricorde de Dieu en suite des mauvais traitemens(juon nous fera, au lieu qu'ils doivent craindre le châtiment de leur injustice.
Noire perc saint Bernard nous donne un sujet de consolalion par des paroles (jue je désirerois qui fussent gravées dans notre cœur, connne elles sont écrites dans notre cloître ;« Les « souffrances de la vie présente ne méritent pas d'entrer en « comiiaraison avec les péchés passés que Dieu nous parce donne, avec les grâces présentes (ju'il nous accorde, et avec a la gloire future cjuil nous promet. »
CDXL'V.— A Madame la marquise de Sablé.
Au sujel de M. de Saitite-.Mjrllie. — A cluqiie jour suflil Son aflUction ; il ne laul point prévenir celle ([ui pourra suivre.
Gloire à Jésus au Très-Sai ut-Sacrement!
Le lundi malin (15 octobre 4663).
Je désirerais, ma très-chère sœiu*, vous pouvoir dire (juaud M. de Saiute-.Marlhe reviendra pour votre salisfaelion et la nôtre, la présence d'une personne qui conduit si purement a Dieu et par ses paroles et par ses exemplis, «taut très-avantageuse. 11 n'a\oit pris (ju'uu mois de terme en parlant, mais je croii qu'il aura été plus loin |>our une dévotion qu'il ne s'cloit pas proposée, et que nous l'avons supplié de faire à notre inlontion. J'espère (ju'il s^'ra ici devant la Toussaint, tout au plus tard.