LETTRES DE LA 3IÈRE AGNÈS
fait le sujet de votre compassion et de votre tendresse ; et c'est ce (lui me donne la liberté de vous demander la grâce qui dci)eud de vous, (jui est qu'on ne nous ùte point la qualité de servantes de Dieu, pour nous donner celle de réfractaires au commandement du roi.
Je fais un essai dans celte lettre des violences où nous allons entrer, n'ayant pas peu de répugnance à vous faire une proposition qui ne vous peut être agréable ni dans sa matière, ni dans sa forme, n'ayant pas des expressions capables de l'adoucir, comme j'ai dans le cœur toute sorte de respect et d'affection pour vous rendre mes très-humbles obéissances et toutes les satisfactions qui pourroient être en mon pouvoir.
CDLIX.— A Madame la marquise de Sablé.
Réflexions clirélieunes pour le commencenienl de l'année.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl!
Ce premier jour de l'année 1664.
Je désirerois, ma très-chère sœur, d'être la première à vous rendre mes très-humbles devoirs au commencement de cette année, comme je suis singulière à vous honorer. Le plus grand souhait que je puisse faire pour vous, c'est de demander à Dieu qu'il vous donne l'amour et le désir des années éternelles qui n'ont ni commencement ni fin. Que nous serions heureuses si nous n'avions point d'autre objet que celui-ci, dans le cours des années que nous devons demeurer sur la terre! et que l'on passe de mauvais jours quand on est occupé du soin de la vie présente, de laquelle on ne se peut rien promettre que d'incertain! Que si cette iini)ression ne peut être la seule en nous, parce que nous avons deux esprits qui se font une continuelle guerre, qui sont celui de la foi et celui de la nature qui est toute terrestre; au moins tachons que le premier soit le dominant, et qu'il n'y ait que la moindre partie de nous qui s'applique aux choses présentes, afin que nous les puissions ijuitter facilement lorsqu'elles nous quitteront les premières. Nous ne pouvons mieux commencer l'année qu'en nous déta-