‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 37 sur 205 · CDLIX.— A MADAME DE SABLÉ · texte numérisé non relu

CDLIX.— A MADAME DE SABLÉ

chant de toutes celles qui pourront suivre; encore sera-ce bien moins que ce que l'Évangile nous ordonne de faire, qui est de ne point penser au lendemain.

Je présuppose toujours, ma tros-clière sœur, que toutes les obligations dans lesquelles on nous propose qu'il faut entrer nous sont impossil)les , mais tout est possible à Dieu, qui ne nous commande rien dont il ne nous ^euiile donner le pouvoir; et qu'il n'y a qu'un milieu entre ces deux choses si contraires qui sont le commandement et l'impossibilité , et ce milieu c'est la i>rière à (juoi il nous oblige d'avoir recours, n'ayant pas voulu nous délivrer de nos impuissances, aussi bien iju'il a fait de la servitude du péché, afin de nous tenir attachés à lui comme un enf.uit an sein de sa mère par l'instinct (}ue la nature lui donne qu'il ne s'en peut passer. Et |ionr nous rendre dignes (ju'ii nous écoule dans nos prières, il veut que nous lui offrions (piehjues présens, comme les hommes ont accoutnmé de faire (juand ils se veulent rendre les autres favorables; mais il a pourvu lui-même à noire pauvreté et à l'inégalité infinie qu'il y a entre lui et nous, en nous donnant ce (jue nous lui devons donner. Et c'est pounjuoi l'Église commence l'année par une fête en la(juelle Dieu nous donne son Fils en (pialité de Sauveur, pour en faire tous les usages dont nous aurons besoin pour être sauvés i)ar kii. Il ne faut donc l)liis dire (|ue nous n'avons rien à offrir a Dieu, puiscpie nous avons droit de nous approprier celui qui est né pour nous et qui nous veut êlre toutes choses. Faisons donc cet heureux -échange de renoncer à nous-mêmes pour le posséder, car il vient pour remplir ce (jui est vide, et il n'entre point oii il voit que tout est déjà rempli des choses (|u'il n'aime pas et qu'il n'a|»pi(»uve |ias. Quand nous aurons bien em|>loyé ce premier jour de l'année, ce sera un londemenl pour espérer (pie Dieu bénira tous les autres, ayant satisfait au eulte qui lui est du de lui offrir les [trémices de toutes choses.

El, comme il f.iul descendre du respect (ju'ou doit à Dieti à celui qu'il veut qu'on rende aux personnes à (jui il nous a liés par des devoirs de reconnoissance et d'amitié, je vais à vous, ma Ires-chere sœur, |)Our vous tt'moigner (pie je couuuence l'année dans une forte inclination de rendre ce (jue je dois à la

douceur ol à la bonté incomparable de laquelle il vous plaît de m'iionorer. El pour obtenir que vous me fassiez la grâce de me croire dans la protestation que je vous en fais, j'y joins un présent conforme à ma petitesse et que vous ne pourrez pas dire qui n'ait cette qualité, puisque, selon l'expression générale de tout le monde, il n'y a rien de quoi Ion fasse si peu de cas que d'une mouche. Mais pour ne la pas être dans la fâcheuse propriété qu'elles ont de se rendre fort importunes, je finis ce billet par les très-humbles obéissances d'une personne qui est, ma très-chère sœur, entièrement à vous.

CDLX.— A la sœur Antoinette de Saint-Augustin Le Gros, à Port-Royal-des-Champs '.

Au sujel de sa maladie. — Sur la paix d'espiil dont elle jouil, et sur l'assurance qu'elle doit avoir d'un secours de Dieu proportionné à ses maux.

Mi janvier 1664.

Je désirerois, ma Irès-chère sœur, de pouvoir vous exprimer la compassion que j'ai de votre mal, et tout ensemble combien je me trouve obligée de remercier Dieu de la paix d'esprit qu'il vous donne dans une rencontre aussi fâcheuse que celle où vous êtes. Il est de la foi et de la confiance que vous devez avoir en la bonté de Dieu de ne point appréhender la durée de votre mal, ni même l'augmentation, pifisque Dieu mesurera l'un et l'autre à la proportion de la grâce qu'il vous voudra donner pour porter une si grande épreuve. Il vous a engagé sa parole qu'il vous sera fidèle pour ne pas permettre que la tentation surpasse vos forces; et il n'y a que la prévoyance, ou plutôt ranlici|)ation de l' ivenir qui nous affoiblisse, i)arce que le secours de Dieu ne nous est donné que pour le moment présent, de peur que si nous avions une provision de patience, nous ne cessassions de la lui demander, et qu'ainsi nous ne trouvassions la pauvreté dans notre richesse, parce que la nature de la grâce est d'être toujours nouvelle, puisque les sjijels mêmes qui la reçoivent sont appelés de nouvelles créa-

1 Celle sœur est morte le S décembre 1666.

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