‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 38 sur 205 · CDLX. — A LA SOEUR ANTOIÎÏETTE DE SAINT-AUGUSTIN. I · texte numérisé non relu

CDLX. — A LA SOEUR ANTOIÎÏETTE DE SAINT-AUGUSTIN. I

tures. Espérez donc de Dieu, ma très-clière sœur, votre pain de chacjiie jour. Assurez-vous (ju'il vous donnera autant de forces que vous en aurez besoin, et faites-lui cette justice de vous fier en lui, comme vous ne doutez point de l'assistance des personnes (]ui ont de la charité pour vous. On se persuade aisément que celles-là ne nous abandonneront point, encore que cela puisse bien arriver, puisqu'il n'y a personne qui ne Foit sujet au clianjjemcnt, ou par sa volonté ou par son impuissance : et à peine peut-on croire avec fermeté que Dieu nous assistera toujours, quoiqu'il soit imnmable en lui-même, véritable dans ses promesses et invincible dans le pouvoir (|u'il a de soutenir une âme dont il veut être le protecteur. Abandonnez-lui donc la vôtre, ma très-ebère sœur, et pcrdez-Ui dans une confiance sans bornes en sa charité, afin que vous la trouviez en lui-même dans lecjuel loutes choses vivent, et avec lequel rien ne peut périr (jue ce qui est séparé de ce divin principe, qui est aussi la fin de toutes choses.

Que si la Majesté de Dieu en elle-mên)e vous effraye, rejxardez-la dans le tempérament de sa bénignité et de sa douceur qui nous est apparue en ces saints jours. Approchez-vous de celEnmianuel (pii s'abaisse jus(ju'à nous, parce (jue nous ne pouvions nous élever jusqu'à lui. Dieu disoit autrefois : Celui qui approchera de la montagne mourra, parce qu'il ne vouloit être approché que de Moïse seul. Mais il nous dit maintenant que celui (;ui n'a[tprochera pas de la grotte de Kethléem mourra, parce (ju'il vient pour communiquer la vie à tous ceux (jui se hâteront de venir à lui. El c'est vous (ju'il appelle princi|talement jiar ces paroles : Venez à moi, vous qui êtes Iravaillés et surrharyés de douleur, et je vous soula<jerai. Prenez mon jowj sur vous, en vous soumettant à mes desseins, et je vous le rendrai si doux, qu'au lieu d'en être accablés, vous y trouvère: le repos de vos nntes.

il est dit de ce divin Knlant, (jue .sa principauté est sur son épaule, parce qu'il nous |)rète son épaule toute-puissante jiour porter ave'c nous la charge (pi'il nuiis imiiosc; cl c'fsl une principauté (|ui n'appartient (|u'a lui (|ui est le cheldcs pasleurs, cl de CCS bons pasteurs (|ui donnent leur vie pour leurs brebis. Laissez-vous conduire à lui, ma trés-chci»' .•^oiii ; (|n< I-

que difOcile que soit la voie par laquelle il vous mène, il vous y fera trouver un bon pâturage. Que si vous êtes froissée par (juclque mauvaise rencontre, il vous guérira, et quand vous ne pourrez niarclicr, il vous portera dans son sein. Ce pasteur si plein de bonté nous cherche toujours, parce que nous nous égarons toujours; et quelquefois aussi il veut que nous le cherchions. C'est ce que l'on voit dans l'Évangile de celte semaine, où Jésus-Christ se cache, afin qu'on le trouve de nouveau. Nous l'avons cherché à l'imitation de la sainte Vierge, et nous avons passé par tous les lieux où il a été durant le cours de sa vie et de sa passion.

Je vous envoie le billet qui vous est échu, et que j'ai commenté pour votre consolation, quoiqu'en une manière bien éloignée de ce qui se devroit dire. Vous trouverez dans ce mystère une prière abrégée et bien propre à votre état, en disant seulement à Dieu : Que voire volonté soit faite, et non pas la mienne. Et sans doute que dans le fort de votre douleur il n'enverra pas seulement un ange, comme il nous a mérité d'en avoir un pour protecteur, mais il viendra lui-même vous fortifier et vous rendre victorieuse dans la suite de vos souffrances.

Je vous assure, ma très-chère sœur, que toutes nos sœurs vous portent dans leur cœur, et qu'elles vous regardent comme l'objet de la miséricorde de Dieu sur toute la communauté. Je suis avec elles , et avec encore plus d'obligation qu'elles, ma bonne et très-chère sœur, toute à vous.

CDLXI.— A M. de Sévigné.

Pénitence en loutes choses.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !

Mercredi matin (février) 1664.

Je vous remercie très-humblement. Monsieur, de votre admirable présent, qui est capable d'embaumer toute notre communauté ; elle demandera à Dieu que la vertu de ce Nom divin se répande dans votre cœur comme ime lumière et une

Page 1