‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 5 sur 205 · CCCLXVII. — A MADAME DE SABLE · texte numérisé non relu

CCCLXVII. — A MADAME DE SABLE

CCCLXVII.— A Madame la marquise de Sablé.

('elle dame avail attribué une lettre de la mère Agnès à la sœur Angélique de Saint-Jean, el en avail adressé la réponse à celle-ci.

Ce mercredi à neuf heures ( vers septembre \ 664 ).

Je rerois romine une pénitence de ce que je vous rends si peu mes devoirs, que vous m'ayez méconnue dans noire lettre d'hier, aussi bien qu'il est arrivé déjà une autre fois que je l'ai passé sous silence ; mais je ne veux pas, ma très-chère sœur, que vous croyiez que jai manqué en celte occasion à prendre part à votre déplaisir. Du reste, tout ce que vous avez fait l'honneur à ma sœur Angélique de lui mander, est tout ce que j'aurois pu désirer d'ap[)rendre sur le sujet dont j'avois pris la liberté de me plaindre. C'est ce que je ne ferai plus, ma chère sœur, puisqu'il faut garder la foi à Dieu et à ses amis. Le billet (ju'il vous a plu d'écrire n'a été apporté qu'aujourd'hui à sept heures du malin ; si on l'avoil reçu hier au soir, la gelée auroit été prête devant midi, ce sera le plus tôt que l'on pourra. 11 faut finir pour ne pas augmenter ce fâcheux rhume qui ne devroit pas élrc si mauvais en la saison où nous sommes, mais il vous traite toujours plus mal que les autres el se renouvelle plus souvent. Il me reste à mettre mon nom, pour ne vous pas obliger à des distinctions assez difficiles à faire, puisque je ne suis qu'un cœur avec celle que vous prenez |)Ourmoi, el que nous avons l'une et l'autre les mêmes sentimeus de respect et d'affection pour notre chère marquise.

C'est sœur catiikrixe-agxks de saint-paul, R"^ indigne^.

' Celle lettre est de l'écriture de la sœur Marie-Angélique de Sajnle- Thérèse Arnauld d'Andilly, ella signature esl de la main de la mère Agnès.

CCCLXVIII.— A Madame la marquise de Sablé.

Llle la remercie de riionneur et de l'amitié qu'elle lui témoigne, et lui parle de madame de Longueville.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

Ce mardi 4 octobre 1 661 .

Je pense, ma très-chère sœur, que vous avez entrepris de me réduire à l'impuissance de rendre les très-humbles actions de grâces que je vous dois de l'honneur et de Taniitié que vous me faites la grâce de me témoigner en tant de manières. Vous ne pouviez aller plus haut que de vous servir pour cela de l'image de celui qui est au-dessus de toutes choses, et qui étoit autant Dieu dans son enfance, comme il l'étoit dans un âge parfait; ce qui nous figure que la grâce qu'il nous donne, (|uand elle seroit des moindres, ne laisse pas d'être capable de nous convertir entièrement à lui; comme le petit grain de moutarde dont il parle dans l'Évangile, qui représente la même grâce, devient un grand arbre quand il est cultivé, et qu'une âme lui ouvre son cœur afin qu'il y prenne racine. C'est de quoi je me souviendrai, ma très-chère sœur, en regardant cette belle et sainte image, pour imiter la sainte Vierge (|ui rendoit à Jésus-Christ une parfaite adoration dès son premier âge, et n'attendoit pas, comme les autres juifs, qu'il fît des prodiges et des miracles parmi eux, comme il y a des personnes qui ne se contentent point si Dieu ne les change quasi miraculeusement, parce qu'ils ne veulent pas passer par tous les degrés qu'il nous marque pour arriver à la dernière grâce par laquelle il nous veut sauver.

J'ai de la confusion, ma très-chère sœur, de n'avoir pu trouver que ce moment pour rendre à la bonté que vous avez pour moi, qui m'épouvante plus que je ne l'admire, cette petite mar([ue de mes très-humbles reconnoissances. Je ne saurois manquer de vous dire l'admiration et l'édification où nous sommes de la vertu de madame de Longueville, en qui je trouve une douceur si attirante, que ma froideur sera obligée de disparoître en présence d'une si grande bonté.

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