‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 40 sur 205 · CDLXIV.— A MADAME DE FOIX · texte numérisé non relu

CDLXIV.— A MADAME DE FOIX

n'auroit i)as interrompu d'un seul moment sa vie humiliée et méprisée des hommes ; et nous trouvons au contraire bien long le temps de nos humiliations, (|ui doivent durer jusqu'à la vie éternelle où nous serons transtij;urés à jtroportion que nous aurons été déligurés pour l'amour de Dieu durant celle vie.

J'admire votre ferveur, ma très-chère mère, de choisir une grande fête où l'office est si long, principalement en carême pour donner l'habita votre postulante. 11 n'y a guère de mystère plus propre pour cette cérémonie (|\ie celui auquel le Fils de Dieu s'est revêtu de notre mortalité , après s'être dépouillé de tous les avantages qu'il avoit dans sa nature divine, comme l'on renonce à tons ceux (|u'on pourroit avoir par sa naissance, ce qui ne mérite point le nom de rabaissement si on le compare à cet anéantissement incompréhensible qui est enfermé dans ces divines paroles : Le Verbe a été fait chair, que l'Église nous ramentevoil • tous les jours, pour nous donner des arnies contre lu vanité qui nous lait tous les jours la guerre.

CDLXIV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.

Sur la morl de la sœur Gabrielle-Marie de Saiiile-Jusline de Conseil*. Réflexion sur révaitjjile du IV' diniantlie de carême.

Ce 23 mars MAii.

Je commencerai ce billet, ma très-chère mère, en ^ous suppliant très-humblement de recommander à Dieu une de nos sœurs qui moiuiil ^endre(li dernier, jour de Sainl-lJenoît , a Porl-Uoyal-des-dhamps; c'etoit une de nos meilleures filles et le modèle (Vnur. \raie religieuse, la plus humble, la plus obéissante, la plus charitable et la plu"^ cordiale a servir toutes les sœurs, et (|ui étoit infatigable dans la pénitence et l'observance de la règle. C'étoit elle qui avoit été avec madame de

' Remet en mémoire.

* l'.lle avaii i'U> plarée clii'z M"' de Crèveccrur, qui lui procura d'cnlrer il l'on H«)\al le 22j.invier Ifi.'H, :i I';V^'p de 21 ans. hlle (il |ir<>fession le 11 juin |)')50; elle mourut lu 2< mars \')('>\.

Crèvecœur, et je crois que la providence de Dieu n'avoit amené celte dame céans que pour nous exercer et pour nous donner cette bonne fille. Je ferai , s'il vous plaît ^ par votre entremise la Dicme supplication très-humble avec tout le respect que je dois à madame votre abbesse^ afin qu'elle fasse prier Dieu par sa communauté pour notre bonne sœur.

Je conviens avec vous, ma très-chère mère, qu'il n'y a rien à attendre de la personne qui devroit calmer Torage. C'est notre devise de dire à Dieu : Da nobis Domine, auxilium de tribulalione, quia vana est sains hominis. (Ps. LIX, v. 13.) Cependant nous tâchons de ne point penser au lendemain, comme Jésus-Christ nous le commande ; nous avons assez d'affaires pour remplir chaque jour de l'application que nous devons avoir à Dieu et à la fidélité que nous lui devons.

L'Évangile d'aujourd'hui est tout de joie et de confiance, voyant le soin que le Fils de Dieu prend d'un peuple qui le suivoit dans le désert sans se mettre en peine qu'il n'y trouveroit rien de quoi manger. Ce qui me semble le plus remarquable, et en quoi il y a plus d'instruction, c'est ce que l'Evangéliste dit qu'on distribua à tout ce peuple autant de pain et de poisson qu'il en voulut. Ce pain miraculeux, qui étoit la figure de la grâce de Jésus-Christ, n'ayant point d'autre mesure que celle du désir et du besoin de ceux à qui on le donne, selon qu'il est dit dans les Pseaumes : Ouvrez votre bouche, et je la remplirai. C'est donc rétrécissement de notre cœur qui fait que nous recevons si peu, puisqu'il ne coûte rien à Jésus-Christ de multiplier ses dons, et qu'il lui en reste beaucoup davantage que ceux qu'il a déjà communiqués. Je vous souhaite, ma très-chère mère, un élargissement de cœur pour Dieu, qui le tienne fermé à tous les autres désirs qui le partagent.

Nous n'avons garde d'oublier votre bonne postulante le jour de sa grande fête; elle prendra la place de notre défunte, puisque toutes les religions n'en font qu'une, et que le nombre des servantes de Jésus-Christ s'accomplit en divers lieux. Je lui souhaite les mêmes dispositions qu'avoit celle-ci, et qu'elle vous soit un gage que Dieu regardera favorablement votre monastère pour le remplir de bonnes religieuses.

CDLXV.— A MAhAME DE FOIX. 13'J

CDLXV.— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.

Celui qui est né de Dieu écoule sa parole. — Nécessité de la coQliance eu Dieu.

:}0 murs 16fii.

Vous vous devez consoler, ma très-chère mère, de trouver en vous la marque que le Fils de Dieu donne en l'Evangile pour connoitre si on lui ajjpartient, qui est d'écouter sa parole avec amour et de liiscerucr ceux (jui l'annonccut sincèrement. Car il y en a (jui prennent pour la parole de Dieu ce (jui n'est que la parole des hommes; et comme celle-ci est destituée de grâce, elle ne fait [toint d'autre elfet que la loi, qui monlroit ce qu'il falloit faire sans donner le pouvoir de l'acconqilir, comme il se rencontre dans la plu|»art des directions de ce temps, dont il faut excepter celle ipie Dieu vous a donnée et (|ue vous cultivez avec tant de fidélité. Elle vous j)orte sans doute a vous ailresser à Dieu (pii ne met point d'intervalle de temps dans la permission qu'il nous donne d'aller à lui, et qui nous commande même do riin|>ortimer, parce qu'il pn'ud plaisir aux vink-nces (prou lui lait pour obtenir les grâces (lu'on ne mériteroit pas d'ailleurs de recevoir. Il est un médecin siqaéme (|ui ne donne jtas SL-uIcMuent îles remèiles, mais qui les rend cflicaccs pour rétablir la sanlc : et connuent ne le seroient-ils pas, puisqu'il les compose lui-même de choses si précieuses juscpi'a nous faire un bain de sou pro|»re sang |>our nous y lav<,'r ? Et cependant nos langueurs couliuuent, parce que nous n'avons pas le courage de nous applicpier ces remèdes, de même (juc s'ils n'éloient pas pom- nous, comme il semble (jue ce soit la |>ensée des àmes(|ui mancpicnt de confiance, lesquelles n'osant pas dire qu'il n'y ait des ressources infinies dans les mérites de Jésus-Christ poiu* suppléer à toutes leurs misères, demeurent aussi découragées (|ue si elles n'y devoie-nt point avoir de part; au lieu (pielaeonliane(!est un \ase quie8luulantrenq)li(pril a de capacitéde recevoir. Jedemaude à Dieu, ma très-chère mèr«'. (|u'il élargisse lellenieiil voire cteiir ipi'il soit <apabl(,' de l'aboiidaïu-e <lrs grâces dont Jésus- Christ fait profusion en ces jours saints.

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