‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 41 sur 205 · A0 LETTRES DE LA MÊUE AGNÈS · texte numérisé non relu

A0 LETTRES DE LA MÊUE AGNÈS

CDLXVI. — A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.

Senliments chrétiens dans lesquels elle envisage l'arrivée de M. de Péréfixe à l'archevêché de Paris.

6 avril 1664.

L'on attend aujourd'hui les bulles *. Vous avez grande raison, ma très-chère mère, d'avoir sur cela la pensée que vous avez ; néaniTioins nous voulons toujours nous affermir dans la foi que c'est en l;i main de Dieu , et non en celle des hommes, qu'est tout notre sort. Ce ne sera pas toutefois sans augure, si c'est celte semaine qui est un temps d'immolation, que Dieu nous donne un juge suprême qui aura la puissance de nous condamner ou de nous délivrer. Que de motifs, ma trèschère mère, Jésus-Christ nous donne pour nous abandonner à ce qu'il lui plaira faire de nous, comme il s'est soumis à la justice de son Père, sans vouloir qu'il eût égard à son innocence qu'il avoit engagée pour sauver les pécheurs ! C'est un des respects qu'on doit à la passion de Jésus-Christ que de garder le silence pour honorer celui qu'il a gardé, s'étant laissé conduire à la croix sans ouvrir la bouche. C'est ce qui m'oblige de me taire, avec l'incapacité que j'ai de parler d'un mystère qui étouffe les pensées de l'esprit, et qui tarit les paroles de la bouche. Je vous supplie très-humblement, ma chère mère, de demander à Dieu pour moi, comme je le ferai de tout mou cœur pour vous, que la mort de Jésus-Christ opère en nous une véritable mort à toutes les choses qui nous ont empêchées jusqu'à présent de vivre à lui seul.

CDLXVII.— A la reine de Pologne».

Sur le bonheur des soutTrances.

(Vers le Mi avril 1664.)

Celle dont il a plu à Votre Majesté de m'iionorer est rem-

1 De M. (le Pérétixe, nommé archevèciue de Paris. * Louise-Marie de Gonzaguçs deClèves, reine de Pologne. Elle est morte le 10 mai 1667.

CDLXVII. — A LA REINE DE POLOGNE. iA{

plie d'une bonté si extraordinaire, qu'elle me comble de reconnoissance et de désir de mériter devant Dieu qu'il vous regarde avec autant de miséricorde (jiie Votre Majesté témoigne en avoir pour ses servantes. C'est à lui, Madame, à donner un heureux succès à l'entremise de votre charité en notre faveur. Que s'il arrive autrement, comme Votre Majesté le croit avec grande ai)parence, elle ne laissera pas de recueillir le fruit d'une action si juste que d'avoir voulu protéger tant de pauvres filles innocentes, qui n'ont pu éviter le sujet qu'on prend pour prétexte de leur condamnation.

J'apprends, Madame, avec grande douleur, que Votre Majesté souffre en beaucoup de manières. C'est une chose bien moins étonnante cpic des religieuses qui sont mortes à tous les avantages du siècle soient traitées comme les balayures du monde, (jue de voir (|u'il afflige ceux-là mêmes qui sont assis dans les trônes, et (|ui doivent régner sur lui. Mais ce qui est arrivé tant de fois |)ar la perfidie des hommes a sans doute une cause plus sainte au regurd de Votre Majesté, et je crois pouvoir dire, par l'idée (jue j'ai de lamour de Dieu envers elle, que la voulant sauver dans un état si peu favorable au salut, il la veut rendre sainte en se servant du même moyen ducpiel il étoit nécessaire que Jésus-Christ se servît, comme il l'a dit lui-même, pour entrer dans sa gloire.

Vous êtes. Madame, une grande reine, mais ce titre n'est pas au-dessus de celui de chrétienne et de fille de Dieu, qu'il faut conserver au préjudice de tout le reste ; de même que le peu de temps (jue Votre Majesté doit régner sur la terre n'est pas comparable aux années éternelles dans lesquelles Dieu vous prepar»; un royaume (pii ne seia jamais ébranlé. 11 v a peu de rois et de reines dans le ciel, mais encore y en a-t-il, car Dieu veut sauver toutes sortes de personnes, et TÉglise lionoie un aussi grand saint comnie il a été uti grand roi, auquel Votnî M.ij(;sté a l'hoimenr d'appartenir; et il v en a aussi dans la Pologiie, mais ils ont été martyrs; de même que saint Louis, ayant la jiaix dans son royaiune, a entrepris, par le /.ele de la gloire de Dieu, une guerre sainte dans laquelle il a fini sa vie.

Votre Majesté sait bi(>n. Madame, (pie le chemin i\\i'\ eouduit

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