‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 45 sur 205 · CDLXXII. — A MADAME DE FOIX · texte numérisé non relu

CDLXXII. — A MADAME DE FOIX

fait exercice désarmes, il peut vaincre les plus aguerris dans l'artd'une milice (]ueles siensne veulent point savoir, les cinq pierres de David leur étant plus propres que les armes de Saùl. Je ne vous demande (jue ces paroles : Saint Athanase, priez pour elles.

CDLXXII. — Â Madame de Foix, coadjutrice de Saintes. Pour la consoler dans raflliclion qu'elle ressentait de la mort de M. Singlin.

Ce 3 mai 1664.

Que vous puis-je dire, ma très-chère mère, qui ait du rapport au besoin que vous avez d'être soutenue dans l'extrême douleur où vous êtes de votre perte et de la nôtre, jn;ipant bien (jue votre ressentiment surpassera tous les autres (jui pleurent avec vous cette aftliction commune, pour des circonstances qui vous sont très-particulières! Je me perds dans cette pensée, et je ne vous dirois rien du tout, sachant que mes paroles sont infiniment au-dessous de ce que je devrois dire, si ce n'étoit (jue je ne puis vous ouvrir mon cœur autrement que par cette voie, qui n'a rien de conforme à mes sentimens.

Il n'y a que Dieu seul, ma très-chère mère, (jui ait le pouvoir de vous faire souffrir avec soumission à sa volonté une si rude épreuve. Rendez-vous ce témoignage à vous-mcrtie, en disant mille fois Àmcn, (jui est la prière des saints dans le ciel, que vous ne consentez point à l'accablement où vous vous trouvez, et (|u'il est |ihitôl un sacrifice (pTune résistance à l'ordre de Dieu ; regaidez, s'il vous plaît, cette occasion connue la plus iu) portante de votre vie, et dans laquelle vous pouvez lin donni'i" davantage (pic dans une iiiliiiilé il'anlres. Je suis fort en peine (\o votre lièvre (piaiic (|iii trouvera dans cette; rencontre de quoi s'entretenir. Kiilin je ne vois rien ijui me jiuissc faire espérer du soulagement dans votre douleur, si Dieu même n'y apporte du remède, et c'est la ressource (|ui demeure à tous les aitligés, |iourvu cpi'ils soyent si heuri'ux de se souvenir (jue Dieu leur demeure a[)rès avoir perdu ce (|ui

étoit plus capable de les soutenir et de les aider pour leur salut.

L'on ne peut douter de l'affliction des apôtres après la mort de Jésus-Christ;, et dans quel trouble ils étoient de se voir comme des brebis sans pasteur; et pour guérir leur tristesse et les délivrer d'une si grande agitation, il leur donne sa paix en leur disant seulement cette parole : C'est moi, ne craignez point (S. Luc, ch. xxiv, v. 36). Je le supplie de tout mon cœur qu'il vous fasse entendre sa voix dans le fond de votre âme, et qu'il vous imprime cette vérité de foi, puisqu'elle est de l'Écriture : Qu'il est avec ceux qui sont dans l'affliction, et qu'il les en délivrera (Ps. xc, v, IC). Il est vrai que le prophète ne dit pas si ce sera bientôt qu'il consolera ses élus dans leurs souffrances; mais il faut ajouter ce que Notre Seigneur dit aujourd'hui ' dans l'évangile, où il parle d'un peu de temps, que saint Augustin exphque de toute la vie, qui ne nous paroîlra qu'un moment quand elle sera passée, et de même le temps de l'affliction qui paroît si long et si insupportable. Quand il plaît à Dieu de visiter une âme de nouveau, il efface cette tristesse et la change en une joie de confiance qu'il fait naître de la douleur passée , en la guérissant par l'onction de sa grâce, qui est capable d'adoucir les plus grandes amertumes.

Je crains que les nouvelles que nous aurons de vous ne nous apprennent que vous êtes demeurée malade. Au nom de Dieu, ma très-chère mère, n'y contribuez point en faisant des réflexions volontaires sur votre perte, mais détournez-en plutôt votre esprit, comme l'on fait des objets qui tentent notre foiblesse, à quoi l'on résiste en ne les voulant point envisager, pour mettre à la place d'autres pensées qui portent à espérer le secours de Dieu, et que rien ne nous pourra séparer de sa charité qui est plus forte que toutes choses.

Dieu, qui est fidèle, tempère les afflictions, en sorte que nous les pouvons bien porter ; que si elles nous accablent, c'est une marque que nous y avons ajouté nous-mêmes par des retours sur le passé et des prévoyances pour l'avenir que Dieu

* III' dimanche après Pâques, Saint Jean, ch, x\i.

CDLXXIII. — A UNE RELIGIEUSE UE l'ORT-ROYAL. 151

n'approuve pas , voulant qu'on s'attende à lui, qui peut réparer les perles qu'on a faites, par des moyens qu'on ne peut concevoir et qu'il accorde à ceux qui ont une foi vive de ses promesses, qui sont non-seulement au-dessus de nos mérites, mais encore de nos désirs. Je vous laisse, ma chère mère, dans le sein de sa divine boulé, atin qu'elle vous console dans une affliclion (jui est inconsolable en elle-même, et non pas à l'égard de celui qui est le souverain consolateur des âmes.

CDLXXIII. — A une religieuse de Port-Royal. Gousidéralions sur le jour de leur profession .

Ce 5 mai (1664).

Je n'avois garde de vous oublier, ma très-chère sœur, le Jour de votre fêle, non plus que mes autres sœurs, (jui ont eu la grâce de faire profession le même jour'. J'ai demandé à Dieu qu'il nous imprimât dans le cœur que c'a été en celte action <pie nous avons juis la cjualilé de victimes qui doi\ent être inujiolées a Dieu dans loulcs les actions de notre vie; i[ue v'a été en ce jour que nous sommes tombées en la terre de la religion connue le grain de froment, pour y mourir à toutes les inclinations du vieil lionnnc, pour poi ter des fruits dune nouvelle vie. LKglise regarde les âmes (|ui entreprennent \\n si grand dessein connue incapables jiar elles-mêmes de l'accomplir; c'est ce (jiii l.iil que lie accompagne la cérémonie de leur consc'craliou de tant de prières, alin (jne Dieu lecneille en elles ce (piil \ a semé, et (ju'il accom|tlisse ce (jue lui seul a été capable de couunencer par les inspirations (|uil leur a données. VA il veut, ma clièic so-ni- , (pielles y eorres|ion(lenl parla même voie, eu invo(juanl toujours le secours de Dieu pour se rendre sa grâce aussi présente qu'elle leur a été dans le moment de lein* \oiation.

C'est une mar(jue (pie la même grâce n'est pas vaine eu \(nis, de ce (|U(; vous avez plus d(î recounoissauee que voii<; n'avez

' \.d mère Agnès avait fait |trofession le \" mai KM.'.

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