‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 46 sur 205 · J52 LETTKES DE LA MÈRE AGNES · texte numérisé non relu

J52 LETTKES DE LA MÈRE AGNES

point encore eue de la miséricorde qu'il vous a faite de vous choisir pour son service. Conservez soigneusement, ma chère sœur, cette disposition qui ne peut subsister que par la fidélité que vous aurez à vous rendre à tous vos devoirs, et à gagner tous les jours quelque victoire sur vos inclinations, afin de faire régner Jésus-Christ en vous.

Je vous demande part en vos prières, que je désire qui soient sans intermission, comme l'Évangile le commande, ce qui n'est pas impossible, puisque c'est toujours prier que désirer Dieu, ce qu'il n'est pas permis de ne faire que par intervalles. Il est plus aisé de s'en oublier quand on est dans les satisfactions de la vie ; mais dans l'affliction , il faut retourner incessamment à lui, comme la colombe fit à l'arche.

Je suis, ma très-chère sœur, entièrement à vous.

CDLXXIV. — A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.

Il faut se confier à la loule puissance de Dieu. — Elle lui dit quelques parlicularilés de la mort de M. Singlin.

Ce 7 mai 1664.

Il ne faut point borner la puissance de Dieu, ma très-chère mère; il peut former d'autres personnes et vous en faire rencontrer contre toute espérance, comme il vous avoit fait rencontrer M. Singlin, après que vous aviez peut-être eu la pensée, lorsque vous perdîtes le premier que Dieu vous avoit donné, qu'il n'y en avoit point au monde de semblable. Si l'on n'arrétoit point, par le peu de confiance qu'on a en Dieu, le secours qu'il nous peut donner, l'on trouveroit en lui des ressources infinies pour réparer toutes les pertes. Que s'il y en eut jamais qui parût irréparable à l'égard des apôtres, c'a été l'absence de Jésus-Christ, et cependant elle étoit nécessaire, comme il dit lui-même, pour les mettre en état de recevoir le Saint-Esprit que le Fils de Dieu a envoyé à sa place, pour achever l'ouvrage qu'il avoit commencé, et qui ne pouvoit avoir sa dernière perfection jusqu'à ce qu'ils fussent détachés de la douceur sensible qu'ils ressentoient de la présence de leur maître ; et c'est la même conduite qu'il veut retracer dans

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