‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 49 sur 205 · CDLXXXI. — A MADAME DE FOIX · texte numérisé non relu

CDLXXXI. — A MADAME DE FOIX

de toute éternité, et (juil sait être plus avantageux a notre salut qu'une vie plus douce et plus tranquille, de laquelle nous n'avons pas fait assez de profit jusqu'à présent. Ce sont les sentiniens que l'on doit avoir de la bonté de Dieu qui fait bien toutes choses et avec des desseins de miséricorde , aussi bien par ses cbàtimens que par ses faveurs. Et pour moi, je prends pour devise les paroles de l'Évangile où il est dit : Conlraiijnez-lea d'eitlrer; car certes il tant avouer qu'on lait bien peu pour Dieu, quand on n'a pas d'autre motif que celui de son devoir et de la rcconnoissance de ses grâces, qui seroit cependant bien assez pour porter au detacbeuienl de toutes choses, si ce feu divin etoit assez brûlant pour consumer la pente * naturelle qu'on a a cliercber le repos dans les choses présentes etqui paioissenl justes; c'est pourquoi il est besoin que le vent des contradictions excite une |)lus grande tlauime (jui brûle toutes ces pailles, ce chaume et ce bois que nous éditions sur le londemeut de 1 amour de Jésus-Christ, qui ne souflre point ce mélange.

La providence de Dieu lait arriver en cette semaine l'évangile où le Fils de Dieu nous avertit, que *< noire justice n'est plus grande que celle des Pharisiens, nous n'entrerons point au royaume du ctel. 11 ne nous demande pas plus d'ob.->ervances extérieures qu'ils en avoient, car ils eloienl irrépréhensibles devant les honnnes; mais ils n'avoieiil point Dieu devant les yeux et ne rendoieut point a celle majesté iu\isiblc ijui pciielre le cœur le culte (jui lui est dû, qui est de le rendre le principe et la lin de tous tes désirs et de toutes ses intentions; ce (jui les rendoit les pires de toiis les hommes, (|ui .«-ont a la vérité fort criminels de suivre leurs inclinations contraires a lu loi de Dieu, mai» (|ui n'y ajoutent pas une hypocrisie en couvrant leurs >ices d une a[tparence de vertu. Je tremble toujours (|uand L on dit (jue les IMiarisieiis eloienl lu ligure des religieux de la loi nouvelle (|ui paroissent plus justes (jue les

;i lairtf. I.e 5 juillcl, elles liit-iil iiii in le coiiUmiuiiI leur vi^ril.iblc dis|)usiliuii luiicliam l'unloniciiue (|ni evi^eiiil l;i loi liiiiiiiiiin' ilu fuil 'le Jjiisùiiius. \ity/. Htst. ili-s l'rrsec., i ||, »li. \xi ) ' l'iitlf |i<itir junchaul .

I(j4 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

séculiers, étant fort composés en l'extérieur, et cependant qui, au lieu de ne \ivre que pour Dieu qui devroitètre leur unique partage, tâchent de conserver leurs intérêts, leur gloire et leur repos, d'une manière à la vérité différente de celle des personnes séculières, mais qui tend toujours à la même fin. C'est pourquoi le Fils de Dieu leur détend d'offrir leur présent à l'autel jusqu'à ce qu'ils se soient réconciliés à leurs frères, c'est-à-dire iju'ils tussent cesser le scandale et le peu d'édification qu'ils reçoivent de la vie toute humaine qu'ils mènent, au lieu que leur exemple leur devroit servira se convertir à Dieu.

C'est une pensée bien en lair et qui paroît à contre-sens de celui de lÉvangile; mais il est vrai pourtant (jue nous ne sommes jamais bien d'accord avec notre prochain quand on ne lui donne pas le bon exemple qu'on lui doit, en quoi consistent l'amour et l'union que nous devons avoir les uns pour les autres, aussi bien que dans la compassion mutuelle des maux que l'on souffre. Et c'est, ma chère mère, de quoi vous vous acquittez si parfaitement, et peut-être avec excès, si l'on peut excéder dans la charité, comme on le peut faire dans les ressenlimens qu'elle excite dans un aussi bon cœur que le vôtre.

L'on parle de la disgrâce de M. d'Alet ', ce qui doit faire craindre pour les deux autres prélats, celui-ci étant dans un éclat de vertu plus grand que pas un autre évêque du royaume. Il semble que tout soit conjuré contre les amis de Dieu, aux- ((uels il distribue le calice qu'il a préparé à son Fils, afin de leur augmenter son amour et sa grâce. Vos prières, ma chère mère, et celles que vous nous procurez, sont notre consolation et notre espérance; nous vous en sommes infiniment obligées, et de l'assurance que nous avons que votre bonté sera toujours la même envers nous, qui ne la méritons qu'en considération de la parfaite reconnoissance que nous en avons, et qui nous oblige d'avoir recours à Dieu afin qu'il vous en donne la récompense.

* Nicolas l'avilldi), <''vè(|Ht' il'. Mol.

CniXXXII. — A >l. I "kVKQI E I»A>(.ERS. 1 H5

CDLXXXII.— A Mgr. Henri Arnauld, évéque d'Angers.

Elle ras?iiie de sa reconnaissance, et qu'elle prie Dieu pour lui. — Applicaiion de quelques endroits de l'Écriture sainte à l'étal des religieuses de Port-IJoyyl.

12 juillet 1664.

Je me promets, mon très-cher père, qu'encore que je me donne si peu souvent l'honneur de vous écrire, vous ne laissez pas de voir dans mon cœur tous les scnlimens que je dois avoir de reconiioissance de vos bontés pour nous, et d'action de grâces à Dieu de la fermeté qu'il vous donne et qu'il vous augmente à mesure que l'orage grossit. J'ai toujours de l'impatience (jue vous sachiez (ju'il ne nous est encore rien arrivé de tous ces divers genres de supjdices dont nous sommes menacées, et que votre espérance en Dieu pour ce (jui nous regarde se vérifie tous les jours par ce relardcment, (|ui est une marqtie visible de sa protection, (juand même elle ne continueroitpas. Nous en remarquons tous lesjours des circonstances (pii sont admirables, et cpii nous confirment dans la créance infaillible qu'il ne nous arrivera rien (pie ce qiu> Dieu voudra et dans le temps «piil aura marcpié, voyant qu'il a arrêté jiis- (jua cette hetire des desseins et des volontés si ardentes de nous exterminer.

Jusqu'où ne va point votre bonté de vous applicpier à tirer au sort pour nous dans VInii(alinti , qui est comme im oracle cpii répond à tout ce (piou a dans le cœur 1 C'est notrt' consolation de tirer souvent de la même sorte, principalement dans l'Kcriturc sainte. La dernière chose (pii m'est arrivée, c'est les trois (.'ulauls dans la loiiiiiaise di; i'.iliyloiic'. La léponse (|n'ils tirent au roi est noire rej^le pour nous faire allier ensemble la foi (pie Dieu nous peut délivrer et la résolution (|u'('iu-orc «|u'il ne le fasse pas, notis n'adorerons point lidobî du formulaire;', l'iie auln; fois j'ai lire bî songe de Nabntbodoiiosor (pi'il vouloit cpion devinât, et (|u'ensuile on lui en dît i'iuler-

' Daniel, . m, v. t».

46(i LETTRES PF, 1.A MÈRE AGNÈS.

l)rétation '. Il me semble que ce (jii'on nous demande a du rapport à cela, car on veut (pie nous parlions avec science d'une chose que nous ne savons pas , en nous servant de ces mots : Je crois et je confesse de cœur et de bouche, etc.; et l'interprétation de iout cela est fondée sur la révélation qui en a été faite au pape, et qui nous a été proposée en notre chapitre comme une vérité constante.

C'en est une indubitable, mon très-cher père, que si Dieu est pour nous^ personne ne sera contre nous^ et cependant ceux qui sont plus à lui ont le plus d'adversaires. C'est à lui-même à nous faire comprendre l'accord qu'il y a entre ces deux paroles, puisqu'on effet personne n'est contre nous quand leurs contradictions ne peuvent empêcher que Dieu ne tire notre avantage de tous les maux qu'on peut nous faire.

Je me sers encore, mon cher i)ère, de ce verset : Maledicenl illi, et tu benedices^. Car quand il nous souvient de toutes les bénédictions que vous nous donnez de la part de Dieu, nous ne craignons point les malédictions qui nous viennent d'ailleurs; ce qui nous oblige de croire qu'il y en a bien plus pour nous que contre nous, puisque ceux-ci ne s'appuient que sur un bras de chair, et que nos défenseurs n'espèrent qu'en un Dieu fort et vivant, et qui donne la vie et la force à ceux qu'on entreprend d'accabler.

Nous n'avons à vous offrir que nos petites prières pour les très-humbles remercîments que nous vous devons; elles deviendront meilleures , à mesure que Dieu nous fera la grâce de confesser son nom et de le glorifier par nos souffrances.

CDLXXXIII.— A Madame deFoix, coadjutrice de Saintes.

Mgr de Péréfixe refuse d'accepter la signature que les religieuses de Port- Royal lui avaient lait présenter.

Ce 13 juillet 1664.

Vous désirez toujours, ma chère mère, de savoir de nos

1 Daniel, c. ii , v. 1 et suiv.

^ [Romains, c. VIII, v. 31.

■^ Ps. cviu, v. 28.

CDLXXXIV. — ATX KELII.IKISES l»E l'KBT-ROV.AL. I(i7

nouvelles, et je ne vous en puis dire (jui ne vous soient un sujet de |)itié et d'aftliction . Mj,^ iarclievé(jue n'a pas voulu accepter la siirnature que nous lui avons lait présenter ', et Ton croit (|uila dessein de nous en demander une autre quand il viendra, ce qui sera au premier jour, et d'user d'une grande sévérité si nous ne nous rendons. Voilà où nous en sommes.

Cet état me fait souvenir de celui de ce peuple qui suivoit Jésus-Clirisl avec tant d'ardeur de demeurer eu sa compaj^nie qu'il ne se soucioit |ioinl du besoin qu'il avoit de nourrituns n'en pouvant trouver en ce lieu-là, parce quec'étoit un désert; de mèuie, nous devons continuer de marcher par le clieniiti étroit où Dieu nous a enfxajiées, sans crainte de ne pouvuu" subsister, pourvu que nous ayons la même affection que ce peuple pour Jésus-Christ, et plus de foi qu'il n'avoit de sa puissance et de sa bonté; et il ne faut point douter qu'il ne nous traite encore plus favorablement, en nous donnant un pain spirituel pour nous empêcher de défaillir dans nu chemin si ruile. C'est une grande consolation que [ces paroles du Fils de Dieu : J'ai pitié de ce peuple. Car (juc ne veut point dire cette expression en la bouche de celui qui est toutpuissant, et de qui la compassion est le remède de tous les maux?

CDLXXXIV.— Aux religieuses de Port-Royal-des-Champs.

pour les fdrlilitT dans riillciilc où elles étaient îles maux iloiil on les inenaçuil.

18j(/i7M 16tii.

Mes trcSHhères sipurs, J'avois cru dans mon dernier rhume (jue Dieu me vouloit séparer de vous sans attendre l'ordre des hommes : je tiens jiour une grâce (ju'il m'a faite (|ue cela n'ait pas été, aiin (piejesois plus en état de me présenter devant son jugement, a[>rès (jue j'aurai eu le moyen d'exfiier nies

l.e S juillet, les reli(?i<Mises dressèrent un [inijel de si^inaliire. dnqne M^r de iVrélixe ne fui |ias saii>fait. l.e < I», elles lireiil une sii-nature en leur manière ; it If \ l, <1Iin la lui linnt |»résenter a\ic l'.iele du ."> juillet.

Mis LE'ITKES l)t LA MÈRK AGMiS.

fautes par les privations et les humiliations qui ine pourront arriver. C'est déjà quelque chose <|ue l'incerlitude où nous sommes, et de nous voir réduites à l'état des novices qui n'appréhendent rien tant que de sortir de la maison qu'elles ont choisie; en quoi notre vœu du stabilité se doit terminer à une instabilité sainte, qui nous rendra plus stables et plus fermes dans l'amour et la fidélité que nous devons avoir pour Dieu.

J'avoue, mes très-chères sœurs, que la vue de cet état, ou d'un autre qui seroit encore phis fâcheux, est capable de faire trembler : aussi ne faut-il pas beaucoup s'y arrêter, de peur de se tenter soi-même, mais considérer plutôt l'obligation qu'on a de s'abandonnera Dieu et d'espérer en sa protection, qui saura bien mesurer les forces que nous devons avoir,' et qui ne nous peuvent venir que de sa grâce, avec les tentalions dont il lui plaira de nous éprouver. Ce que nous avons à faire, c'est de nous regarder comme si nous entrions de nouveau au service de Dieu, et de nous appliquer les paroles de l'Écriture, qu'il faut se tenir en justice et en crainte, et préparer son âme à la tentation. C'est de quoi notre ennemi invisible tâche de nous détourner, afin que nous pensions moins à nos devoirs présens qu'à prévenir des mauv qui ne sont pas encore arrivés; ce qui n'est pas une préparation, mais plutôt une indisposition poiH" en faire un bon usage; n'y ayant que la pratique de la justice, qui consiste à notre égard dans les vertus rehgieuses, qui nous puisse fortifier pour être capables de soutenir les épreuves de Dieu.

Nous avons trouvé dans nos Matines une instruction fort nécessaire pour nous bien préparer; c'est une prière que le prophète fait à Dieu, afin qu'il le conduise dans sa voie, pour le faire entrer dans sa vérité '. 11 n'y a rien de plus aimable que la vérité, et tout le monde se metlroil de son parti s'il n'y avoit qu'à la confesser et à l'honorer, mais il n'y a guère de personnes qui en soient dignes, parce que Dieu ne la leur découvre pas et qu'il veut qu'elle soit la récompense de ceux qui observent sa loi,

1 l\. i.xxxv, V. 10.

CULXX.W. — A MADAME I»K FOIX. \V)\)

El c'esl ce (juc Jésus-Christ mènie nous apprend, (juaiid il dit qu'*7 est la voie, et ensuite qu'il eai la vérité. C'est donc se flatter et se tromper de croire (ju'on est quelcpie chose parce (inon aime la vérité, si l'on n'étend cet amour de la vérité, (|ui consiste principalement à ne rien croire et à ne lien emhrasscr (|tii ne lui soit conforme, a une autre vérité qui est celle des UKeurs, sans (juoi celle première [)arlie de la vérilé ne peut subsister; et quand on ne vicndroit |)as jusqu'à y man- (juer, ce seroit comme une lampe qui s'éteindroit bientôt parce qu'il n'y auroit pas assez d huile.

Je vous conjure donc, mes très-chères sœurs, et je m'exhorte moi-même avec vous, de nous appliquer sérieusement à profiler du peu de lemps que Dieu nous doime pour nous exercer dans la vertu, de laquelle nous devons tant craindre de man- «luer, lors(|uc nous nous trouverons dans l'obligation de la prali(iut'r dans un dcj^^é extraordinaire. Les rencontres que l'on trouve à |)résent de se mortifier el de renoncer à soimême ne sontcpie des peintures, en comparaison des difficultés où nous nous trouverons cn^ajiécs. Dieu nous liemandc les [)remières,et il nous promet qu'il nous donnera les secondes. Ne pensons donc point au lendemain, en craij^nant trop de U)an(pier de la griice (jui nous sera nécessaire, mais employons bien celle <|u'il nous donne aujourd'hui, et ce sera une semence qui produira cent fois autant. Il y faut ajouter les prières continuelles, c'esl-à-dire celles du cœur, qui ne sont point iul(Tr(>m[)Ucs, parce (pi'il désin; toujours d'être à Dieu et de lui plaire. Je vous les demande très-humblement pour moi, mes très-chères sœurs, et je vous promets les miennes, bien qu'elles soient très-indignes, |)uis<prelles vous sont toutes acipiiscs , étant entièrement à vous et votre Ires-humble Sd'ur el servante.

CDLXXXV — A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.

I/obéissaiiic liiimaiiuî lu- |itMil jamais sersir d'excuse dans les elii>>es iini sont cfinlraires à la loi deDien. On ne peut signer le formulaire sans dés(il)cir aux coniinandenienls de Dieu.

CeiOjtiiU't f6Hi.

Il |iaroit. ni.i Ires-chere inere. que Dieu n'a pas eiuore

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