DLXXXIX. — A MADAME DE FOIX
CDLXXXIX. — A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
La coiiipassion aux misères d'aiilrui est at-réahle à Dieu. — Les prières des autres ne nous serviront pas, si nous ne prions nous-mêmes.
Ce \1 août 1661, à i heures du matin.
La maladie de noire prélat nous ôte l'appréhension de ne pas célébrer en repos la fête de notre père saint Bernard ; après quoi nous n'aurons plus de temps assuré, car il se [)orte mieux, Dieu merci. Nous avons eu, je vous assure, une grande douleur de l'incpiiétude où vous aurez élé de ne point recevoir de nos lettres. C«i (pii me console, c'est que j'esi)ère que Dieu vous comptera tout cela, puisipiil naît de la charité (jue Dieu a mise dans votre cœur, qui vous transforme dans la peine de ceux que vous aimez.
Notre-Seigneur a fait la plupart de ses miracles en faveur de ceux qui le prioient pour ceux qui en avoient besoin, tant il a agréable la compassion qu'on a des misères d'aulrui. C'est ce qui est marcpié dans révangile craujourd'liui ', où on lui |)résenta un sourd qui ne pouvoit avoir entendu parler de lui, et qui étant aussi muet, étoit incapable de pouvoir prier pour lui-mèuie; ce (jiii nous apprend (jue toute l'Église n'est qu'un corps, et (juil dunue aux mis (iiù ne le meriltiil |)as, pour récompenser la charité des aulres qui l'en supplient, et à qui il donne spiritu* Ikineiit ce (|uils lui demandent jiour leur |)i()chain, ce peiq)le ayant reru la grâce de croire la puissance de Jésus-Christ et de linvoquer, avant qu'il eût guéri ce sourd et nuiel. Mai? parce (pi'il n'y conlribiia rien lui-mèine, Jésus- Christ voulut tcmoigucr beaucoup de ditliculk' a lui rendre l'ouïe et la parole, jusqu'à soupirer vers le ciel, comme s'il eût eu besoin d'im autre pouvoii (pie celui que son Père avoit uns entre ses mains. H mit les doigts dans ses oreilles, et leur connnanda de s'ou\rir, et il loucha sa langue potir la delitr, et tout cela après l'avoir tiré a pari; ce (jui mar(|ue plusieurs mystères (jue je ne couquends pas. Je m'arrête seulement a
' XI' diiiiancln' âpre»* la IVriieri'iio. S. Mari", c. vu, v. 'M.
i. II. Il
celte pensée, que si nous ne prions pas nous-mêmes, les prières que les autres font pour nous ne lèveront pas les empèchemens que nous apportons aux opérations de Dieu en nous; ce que je dis pour ne me pas trop appuyer sur les prières de nos amis, encore que j'en sois extrêmement consolée, espérant que Dieu y aura égard pour nous faire une aussi grande grâce que celle de souffrir quelque chose pour l'amour de lui.
Mon Dieu, ma très- chère mère, que je vous plains de la continuelle et \iolente douleur que vous avez de votre perte ' ! Mademoiselle N. m'a fait voir votre lettre qui en est toute remplie. Mais combien vous sera-t-il avantageux de faire à Dieu un aussi précieux sacrifice que celui-lii, qu'il peut si bien récompenser en vous donnant par lui-même ce qu'il faisoit passer par un autre canal! Il veut pour cela que votre foi soit plus pure , et que votre confiance et votre charité le regardent lui seul, qui est toujours immuable. Et bien que ces dispositions qui sont toutes spirituelles ne donnent rien aux sens, elles ne laissent pas de les soutenir et d'adoucir leur amertume.
CDXC— A M. de Sévigné.
Reconnaître les bienfaits flitri' dn manuscritj.
(19 août) 1664.
Je vous rends de très-humbles grâces, Monsieur, du présent (juil vous a plu de me faire. 11 est vrai qu'il y a toujours de l'avantage et de la justice à vous donnerde ces sortes de biens dont vous faites votre trésor, parce que vous êtes persuadé, qu'encore cpie ce soient des choses assez communes, elles sortent d'un esprit qui les concevoit d'une façon toute particulière, (;t qui preiioit sujet de tout pour porter les âmes a la véritable j)ureté et à ce que Ion iloit à Dieu, en leur faisant remarquer les séductions de l'amoui-propre, qui se spiritualise le plus (ju'il peut afin de s'insinuer dans les choses les plus saintes.
J'admire l'acUvilé de votre charité qui vous fait agir si bien
1 De la mon de M. Siniçlin.
CDXr.I. — A M. I»E 8ÉVIGNÉ. 179
et si proin|>tement , pour sui^re le dessein que vous avez d'agir en notre faveur aux champs et à la ville; et je suis confuse de ma pesanteur (jui me lait demeurer sans remercîment et sans parole pour correspondre à vos bienfaits. Mais je recueille ce que je n'ai [)oint semé, par la grâce que vous me faites de nie considérer comme si j'étois digne de succédera une personne' qui n'a pas reçu en vain l'estime et la confiance que vous avez eue en elle; je vous y renvoie, mon bon frère, afin qu'elle soit le salaire de toutes vos bontés pour moi, qui ne suis cpie son ombre. Pour comble de tout, vour. nous ferez part, s'il nous plaît, de vos ferveurs pour bien célébrer la fête de notre père saint Bernard , (|ui vous regarde comme l'un de ceux qu'il a attirés a Dieu et qui n'ot)t point tourné la lète en arrière, mais regardant plulùl devant vous pour avancer dans votre voie.
Je vous renvoie votre testament; il sera mieux entre vos mains «[u'entre les nôtres, ne pouvant plus répondre de rien. La part (jue vous |)renez aux maux qui nous peuvent arriver, vous fait déjà regarder de Dieu comme si vous vêliez associé ellecti veillent; et peut-être que la meilleure part de la récompense que Dieu promet à ceux qui soutirent [»our la justice sera pour >ous, qui n'aurez que la charité pour motif de votre soulfrance.
CDXCI. -A M. de Sévigné.
l'oiii 11' remercier de l;i narl (jiril iirciid à Pelai des religieuses (le Porl-lUijal
Gloire ù Jésus au Très-Saint-Sacrcment!
Vendredi 2i aoùl t6()4.
Je ne puis apporter plus de créance (|ue je fais, mon bon frère, à votre bonne volonté et à l'effusion de votre cauir pour nous; je vous en rends tous les très-humbles remereîmtiis (|u'il m'est possible , encore que ce soit trop |)eu de chose pour le joindre a la récompi'iise «pie Dieu vous j)romet pour la
> l^u mère Angélique.
bonté que vous avez pour ses servantes. Nous nous atlachecherons à la connnutiiou des souffrances de Jésus-Cbrist, que vous nous proposez, pour |)orter avec humilité celle du saint autel dont nous sommes exclues ' : ce sera en disant , prosternées devant Dieu, les paroles que je vous supplie de dire aussi à noire intention : In spirilu humilitatis, et in animo conlrito suscipiamur a le, Domine ; et sic fiât sacrificium nos- Irum in conspedu tuo liodie, ut placeat libi, Domine Deiis. Je suis, etc.
CDXCII— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur l'approclie de la séparation dont on avait menacé les religieuses de Pori-Uoyal flepuis l()n2;-lemps, et qu'elles appréhendaient plus que toutes choses.
Ce 24 août 1664.
Notre secrétaire a fait sa lettre dès vendredi, et je me serois donné l'honneur de faire la même chose si j'en avois eu le temps, craignant toutes deux de n'avoir plus la liberté d'écrire aujourd'hui. Elle vous mande le sujet qui nous avoit donné cette crainte, et néanmoins nous voilà encore, quoiqu'avec toutes les apparences du monde nous ne pourrons plus bientôt disposer de nous-mêmes. Je ne suis pas exempte de tremblement et d'appréhension dans les approches de ce qui nous arrivera; mais je ne laisse pas de plaindre en quelque façon davantage ceux qui ont de la bonté pour nous, qui participent à Ions nos maux, et à qui peut-être Dieu ne donne pas une certaine force et une espèce de consolation intérieure par les- (juelles il soutient les personnes qu'il éprouve, sans quoi le corps et l'esprit se trouveroient dans une grande défaillance. Je vous regarde, ma très-chère mère, comme l'une des principales, qi;i votis Iransfortnez tellement dans ceux que vous aimez que h.'urs douleins sont les vùlres. C'est ce qui me fait espérer tjne, s'il y a du bonheur et du mérite, connue il y en
1 i.e 21 août, rarciievèquc de Paris, mécontent de la persistance des religieuses de l'ori-Uoyal à reluser la signature du formulaire, les interdit
verltaU'nxi'nl de la [lailicip.itinn des sacrements.
ci)X«;m. — A M. 1,'ÉvÈyiE d'angehs. 181
a sans doute, à boire le calieedu Seifiiieiir, vous parta;ierozces avantages avec celles qui en sont honorées, puiscjuil n'y aura que la churité (jiii les en rendra dignes, et (jue la vôtre est si visible et si sensible pour le même sujet.
Les preuves si continuelles (|u'il vous plaît de nous en rendre m'obligent de vous regarder comme ce bon samaritain, qui pansa les plaies de ce pauvre malade que les voleurs avoient laissé à demi mort. Vous mettez de l'huile dans nos j)laies par la tendresse et la compassion que vous avez de nos maux, et vous y mettez encore du vin par la vigueur et la force de votre amitié, qui demeure constante à justifier des personnes qu'on juge diLine? de condamnation, à les porter dans votre cœur et à recommander h d'autres d'en avoir soin devant Dieu. C'est l'image, ma très-chère mère, de ce que Jésus-Christ fera pour vous, puisqu'il a dit qu'/7 nous mesurera de la même mesure que nous aurons mesuré les autres.
CDXCIII — A Mgr. Henri Arnauld. évéque d'Angers.
Sur l'approche des maux de F(jit-Fl(»);il. — Espérance de ferinclé de la pari desrelijjieuses. — Demande des juières du prélal.
■26 aoùl l(J6i.
Encore (jue l'espérance (juc j'ai presque toujours eue, (juc Dieu feroit (juebiue chose d'extraordinaire en notre faveiu", ait été contraire au dessein (ju'il fait |)aroître maintenant de nous vouloir abandonner à la volonté de ceux (|ui ont résolu de nous poiiss(,'r à toute extrémité, je me promets m'-anmonis «jue cette conliance n'aura pas éle désagréable à Dieu, puis(jue j'ai toujours tâché de l'allier avec la soumission «lue je dois à ses ordres, |)oiu' n'être point surprise s'il lui |)l;usoit d'en disposer autrement.
Nous voici donc arrivées au point d<' notre séparation. (|ui est inlinimcnt aniére à tant de paiivii's tilles (jui oui IoiiJuims été dans une union si [tarfaitc. i/on arriNcra a la lin qu on prétend, de les aflliger ; mais pour ce (|ui est de les désunir et de les aiï(»il)iir dan-^ la résolution ou elles sont de ne jamais
céder à un commandement qui est contre leur conscience, jespère plus que jamais que cela n'arrivera jjoint, ayant déjà l'expérience qu'à mesure que les menaces croissent. Dieu leur augmente la force et le courage pour lui être fidèles. N'est-ce pas, mon clier père, une grande merveille de sa grâce, d'être plus ferme à l'approche de tant de maux, que l'on n'avoit été pendant qu'on ne les regardoit que de loin. Ce n'est pas qu'on ne prévoie bien tout ce que Ion aura à souffrir, et que l'on soit insensible à des choses qui méritent tant d'être appiéhendées; tant de larmes qui se répandent en sont les fidèles témoins; mais nous nous souvenons de ce que dit l'Écriture, qu'i7 vaut mieux être en la maison de pleurs qu'en celte de banquet. Notre douleur est donc accompagnée d'actions de grâces, croyant que Dieu tirera sa gloire et notre salut des maux que nous souffrirons.
Ce sera donc en qualité de victimes que vous nous offrirez à Dieu, quand vous lui immolerez au saint autel cet Agneau divin, à qui toutes les âmes doivent le sacrifice d'elles-mêmes. Demandez-lui, mon cher père, que nous le lui présentions avec un cœur humihé, et en considérant que ce que nous faisons est si peu de chose en comparaison de ce que Jésus-Christ a souffert pour nous. La tendresse que votre charité vous donnera à notre égard sera un sacrifice de bonne odeur envers Dieu; et ce surcroît de peine, par la compassion que vous aurez de celles dautrui, vous fortifiera de plus en plus pour porter celles qui vous accablent déjà. C'est ce que nous demandons à Dieu de tout noire cœur, et qu'il nous fasse bien concevoir que c'est votre bonheur et le nôtre d'être condamnés des hommes pour être justifiés de Dieu.
Nous sommes souvent à vos pieds pour vous demander votre sainte bénédiction, et nous la recevons invisiblement, avec une consolation particulière de pouvoir recouvrer en vous ce que nous perdons en notre prélat. C'est pourquoi, tous les évêques n'étant qu'un évêque, nous ne nous tenons point abandonnées ni séparées de la grâce que nous devons attendre de la puissance épiscopale, qui est la protection des fidèles et particulièrement des vierges consacrées à Dieu, desquelles les évêques sont les pères; et je suis assurée que vous nous faites
r.nX(.|\.— V MADAME l»K SAHI.K. I S.J
riionneur île nous ivijanlcr eu cctlo ()ualilé ijui nous esl iuliniment chère '.
CDXCIV.— A Madame la marquise de Sablé.
Trois jours y|)rés qu'elle fill t'ulevée de Porl-Royal, el exilée au couvent (les Filles de la Visilaiion Sainte-Marie.
Gloire à Jésus auTiès-Saint-Sacremenl!
Ce 29 août (1664).
Je n'ai point de ]>aroles, ma très-clière sœur, pour vous exprimer le ressentiment que j'ai île vos bontés ; je les crois si grandes, (|ue je ne doute point que vous ne les étendiez jusqu'à la chose du monde que je désire le plus, (pii e^l que vous soyez assurée que jen ai une extrême reconnoissance ; autrement je serois indij^ne de man^^er lu pain que vous me faites riionneiu" de m'envoyer, et qui nouirit aut.uU mon àme que mon cor|>s, par l'admiration que j'ai de la persévérance de votre amitié qui vous fait suivre une pauvre exilée, mais qui n'est pas pourtant consternée d'un événement si surprenant; tftutc' ma crainte est de n'en faire pas assez d'usaj^e, cette occasion étant si unique, que je serois bien responsable à Dieu de n'avoir pas correspondu au dessein qu'il a de m'obliirer à mourir a toutes choses, en me réduisant à une mort civile, qui est un }irand avanta^^e selon Dieu j)0ur se détacher de tout et jiour lui odrir des prières plus contimiclles pour ceux à (jui nous sonmies plus redevables. Je vous laisse à juger, ma chère sipur, en quel rang je vous mets pour cela, puisque vous ne doutez point avec quel respect je suis entièrement à vous et votre très-ol^H'issantc servante,
SiPiu- (^atiikhine-Agnés de Saim-Pall.
• Ce même jour, mardi 26 août, Mg' de Pén^fixe vint .'» Porl-Roval df Paris, acciiiiipa(;n(^ de la justice séculière, cl lit enlever douze reTnjjii'uses (lu'il exila eu diverses ntaisoiis. Il env<i>a la mère r.alln'rine-At;n>'s de hainl-Paul Arnauld ii la Vi^italiim de l'iris, au faulniurt; .Saint Jacques ; el à cause de son ;e^e et de ses inlirinites, il mit avec elle la &4eur Marie- Angélique du Sainle-TliéHM- ArnuuM il'Aiidillv
CDXCV.— A M. Arnauld d'Andilly.
Dispositions chrétiennes avec lesquelles elle envisage sa captivité. Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Le 7 septembre 4 664.
Je crois, mon très-cher frère, «|ue vous n'êtes point en peine de mes infirmités, sactiant que je suis en un lieu où la charité règne |)Our prévenir tous mes besoins. Du reste vous voudrez bien (|ue je boive le calice que le Père céleste m'a préparé, et que je désire qu'il m'enivre pour me faire oublier toutes choses, sinon Jésus et Jésus crucifié. C'est ma deuxième vocation , la première ne m'ayant pas donné des moyens si propres et si efficaces pour imiter le Fils de Dieu dans sa vie humiliée et inconnue dans laquelle je désire de me cacher avec lui. Je devrois parler en pluriel, ma chère compagne ' étant dans les mêmes senlimrns, et s'étant proposé un renouvellement d'ime vie religieuse dans ce changement d'état qui nous fait sacrifier à Dieu à tout moment tout ce que nous avons de plus cher ; ce qui est en effet un devoir indispensable de ceux qui veulent être à Dieu, mais de quoi on ne s'acquitte que fort imparfaitement et avec beaucoup de réserve. Nous n'en avons point, mon très-cher frère, ni l'une ni l'autre pour vous rendre devant Dieu tout ce que nous vous devons, étant entièrement à vous par les premiers titres qui y peuvent obliger^.
CDXCVI.— A M. de Sévigné.
Pour le remercier de son souvenir et de sa charité.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !
9 septembre 1664.
Encore que ce ne soit pas une chose extraordinaire de re-
> La sii'ur Marie-Angélique do Sainte-Thérèse .Arnauld d'AnHilJy. - Ce billet tie fut point envoyé. Voyez, la llelaliuii de la La[)Uvilé de la sœur Maiie-Anyclique de Sainlc -Thérèse.
CDXCMI. — A .M. LliVÊyiE DAX.KRS. 185
cevoir des marques de votre cliarilé, je ne laisse pas d'être toujours surprise lorsque j en reçois de nouvelles, parce qu'elles sont toujours au-dessus de mes attentes et de mes mérites. Je vous eu remercie très-lnunblement, Monsieur, après avoir remercié Dieu de la grâce qu'il vous fait d'aimer tant à bien faire. J'aurois beaucoup perdu du fruit de ma solitude si j'avois eu riionneur de voir madame de Sévi-^né '. (uiis(|u'une seule personne (|ui lui ressemble tient lieu dune grande compagnie. Elle auroil vu une cliose assez rare, qui est d- s prisonnières volontaires et (jui se consoleut d'être [)rivées de toute consolation. Vous savez les motifs (ju'elles en ont, et je vous supjilie de les exposer à votre bon Pasteur atin (ju'il se souvienne d'elles. C'est le dernier objet (jue j aie vu en passant par votre chapelle, de mèuie que les dernières paroles que nous avons dites, notre mère* et moi, au pied de l'autel, furent : Bonc Paslor, panis vere, Jesu, noslri miserere ; etc.
Je vous dem;mde, s'il vous i)but, une grâce, qui est de faire tenir ce billet a mon frère d'Andilly; je me |)ersuade que vous trouverez (juelque voie pour cela '.
CDXCVII.— A Mgr. Henri Arnauld, évéque d'Angers.
Klle lui rend coiii|il(,' de l'élal où elle élail dans sa cajiliviié, cl Ini demande sa liénédiclion et ses prières.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !
Ce 22 septembre 1664.
Je ne me suis donne riioiincur de vous écrire (|u'une ftiis, mon trè<-cher tière, de|iuis (|ue je suis en cette maison, n'ayant |(.is eu la liberté de le faire depuis le uouncI ordre
• Elle élail venue à la Visilalion, ayant grande envie de voir la mère Aj;nès. maison l'enipèrlia : elle pria done la sii|)crieiirf de lui «lire (|u'elle avait charge de M de Sévi^-né d'assurer la mi-re Agnès qu'il n'y avail rien qu'il ne voulût faire pour la servir.
' i.a mère M.ideleine de Sainte-Agnès de I-igny, abbesse de Porl-Royai : elle fut exdé»' aux l'isulinrs du faubourg Sainl-Jaeques, el ensuite aux Filles de Sainte-Marie, ;i Meaux, dont son frère étui' fWripie.
* (><■ billet iif fui point envové.
qu'on me donna de ne point du tout écrire, jusqu'à me rendre un billet de vingt lignes que j'avois écrit à mon frère d'Andilly. Mais depuis deux jours la mère supérieure m'a dit que j'avois permission pour votre personne, et je me trouve obligée de le faire pour justifier les mères de ce monastère, de qui on vous a dit qu'elles nous traitoi(Mit inhumainement, ce qui est très-éloigné de la vérité, puisque nous en recevons toutes les assistances que nous pourrions désirer pour nos besoins, qu'elles nous donnent même avec profusion et d'une manière si cordiale, que nous manquerions beaucoup à la gratitude si nous n'en avions toute sorte de reconnoissance.
Mais pour expliquer ce terme d'inhumanité, je crois qu'il peut être justement appliqué à ce que nous vivons entièrement séquestrées par un ordre supérieur , qui nous interdit toute sorte de communication hormis avec trois personnes , qui en effet ont beaucoup démérite, mais qui ne peuvent pas remplir la place de tant d'autres que nous avons laissées dans une extrême douleur, et de qui nous n'entendons aucune nouvelle, particulièrement de mes nièces', qui sont sans doute autant en peine de nous que nous sommes d'elles. Que si elles éloient en même lieu, elles se pourroient consoler ensemble, surtout la jeune qui avoit supplié instamment Mgr l'archevêque de la mettre avec sa sœur.
Je pourrois encore appliquer ce terme d'inhumanité, que je veux supprimer par respect pour donner seulement le nom de sévérité excessive, à la continuation de la défense (ju'on nous a faite de participer aux divins mystères, sans nous faire espérer d'en approcher qu'après avoir fait une chose que notre conscience nous fait toujours connoître comme n'étant pas permise. Vous pouvez juger, mon très-cher frère, de quelle force nous avons besoin pour porter un si grand jeûne, et pour souffrir l'indignation de notre prélat, à qui nous voudrions rendre toute sorte de respects et d'obéissances, comme nous faisons en effet en nous soumettant à toutes les peines
1 La sœur Angélique de SainUleau Arnaiild d'.\ndilly, exilée chez les Annonciades, à Paris, et la sœur Marie-CharloUe de Sainie-Claire Ariiaidd d'Andillv, exilée chez les Filles de Saint-Thomas,
CDXcviii. — A M. l'évèqie d'ant.ers. 187
qu'il lui plaît de nous imposer ; et nous voudrions encore iivoir pour lui les mêmes tendresses (jue les religieuses de votre diocèse ont pour vous, de qui elles reçoivent les témoignages dun véritable père ; mais puisque Dieu permet que nous soyons traitées dune autre manière, ce nous est un moliC d'avoir une i>lus particulière confiance en notie Père qui est es cieux, et (|ui est le jugeéijuitable de nos intentions. C'est au trône de sa miséricorde, où vous ne pouvez man(]uer d'avoir accès, pour de? personnes abandonnées de tout secours. Je vous demande Irès-liumblemenl votre sainte bénédiction pour les quatre personnes qui vous apftartiennent , et pour toutes les autres qui sont dans la même affliction , et que la charité de Jésus-(;iirist vous fait aimer et regarder comme ses servantes (|ni vous honorent singulièrement.
La secrétaire ' vous supplie en tonte Immilité ih? lui conseiver le lang particulier que l'Kglise lui a donné à votre égard, en la rendant votre filleule : ell»; auroit bien dévotion :m miracle du prophète liabacuc pour être transportée auprès de vous.
CDXCVIII. — A Mgr. Henri Arnauld, évéque d'Angers.
Elit' lui léniuigne ses (iisposilioiis, cl lui donne ilo ses nouvelles elde celles de la sœur Angélique de Sainle-Tliérèse.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
7 octobre 1064.
J ai rern, mon très-cher frère, une <'\trème consolation du Itiilfl dont il vous a pin m'honorer. Je desiie de gra>er dans mon cd'ur les tt-rn'es de la «lisposilion où \oiis me prescrivez (|ue je dois être, d'un*; entière et paisible soumission à la Irèssainle et adorable volonté de Ifieu, ce (jui doit être le soutien de ceux qui en man(|uent d'ailleurs.
Je suis tombée depuis (jualre jours dans un accident, de ceux qui me sont déjà arrives, et (|u'on cramt (|ui ne degenè'reut en apopli-.xie. (le fut \tiidrcdi an >oir, et je me li(in\ai
' I.a MiMir Marie-An^éliimc de Sainle-Tliérèse.