‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 52 sur 205 · ISS LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

ISS LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS

mieux depuis la saignée qu'on me fit dimanche, de sorte que je ne pense pas que cela aille plus avant. Je me hâte de vous le mander, de crainte que vous n'appreniez le mal sans savoir qu'il est presque passé. La cliarilé des mères a redoubJé en cette occasion d'une manière tout à fait cordiale. Que s'il y a des rigueurs à porter, cela ne vient pas du dedans de la maison.

Dieu voit tout comme vous dites, mon très-cher frère, et il a tant de bonté que de nous permettre de lui exposer nos peines, et de lui demander la grâce d'en faire l'usage que nous devons, en la vue de ce que Jésus-Christ en a souffert infiniment davantage pour notre salut. La continuation de vos prières me console, et l'assurance que vous me donnez part à vos saints sacrifices.

Votre filleule est toute malade; la tendresse qu'elle a de la séparation de ses sœurs en est cause en partie, avec tout le reste (|ui la touche beaucoup, étant d'un naturel si sensible. Elle ne laisse pas néanmoins de tout donner à Dieu, et de vouloir de tout son cœur que sa sainte volonté soit accomplie. Je suis obligée à mon âge et à mes infirmités, à quoi on a eu égard pour la mettre auprès de moi, ce qui nous est à toutes deux un très-grand soulagement.

CDXCIX. — A Mgr. Henri Amauld, évêque d'Angers.

Elle lui mande la signature de la sœur Angélique de Sainte-Thérèse par suite de la Déclaration que l'archevêque de Paris lui avait donnée ; et lui dit comment elle s'était conduite dans celte circonstance.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !

Ce 8 novembre 1664.

Il y a huit jours, mon très-cher frère, que je devois m'être donné Ihonneur de vous écrire pour vous remercier trèshumblement, comme je fais, de votre dernière, qui m'a apporté comme toutes les autres une entière satisfaction et qui est d'autant plus grande qu'elle est l'unique que je reçoive dans l'état où je suis. Ce qui m'a fait différer, c'est que depuis ce temps-là ma nièce a eu l'esprit extraordinairement occupé

< Kxnx — A M. l"évk(,hf. kangers. 189

et afQigé de la proposition que Mgr larclievèque lui fit de signer, en lui donnant en même temps une déclaration écrite et signée de sa main ', par laquelle il l'assure (ju'ellc ne feroit pas un mensonge ni un faux témoignage, mais que ce seroit seulement U!i autre terme moins clair ', (jiiVlle supplia trèshumblement Mgr rarthevéque d'ôter; mais il ne le lui accorda pas. Elle lui demanda avec grande instance une personne de conscience et de probité pour lui communiquer ses peines; et il lui envoya la personne qu'elle avoit demandée ^ à qui elle a parlé plusieurs fois; et il l'a assurée que cette déclaration la mettoit à couvert. Sur quoi elle s'est résolue de le faire, n'ayant pas d'autre lumière, à ce qu'elle dit, pour opposer d'autres raisons à celles qu'on lui a données.

Vous serez peut-être en peine, mou Ires-clier frère, connue j'ai i)ris celte action. Je vous dirai que cette chère enfant ma ouvert ?on cœur de tout ceci avec tant de conliance, que si je lui avois témoigné (jue je serois altligée qu'elle fît autre chose que moi, elle ne lauroit jamais fait. Mais à Dieu ne |)laise (|ue je domine sur la foi d'aulrui. Je sais (|ue les âmes sont à Dieu, etquec'est a lui a leur donner les sentiinvus (ju'elles doivent avoir. Tout ce que j'ai désiré d'elle, c'est qu'elle prît conseil, et c'est aussi ce (ju'elle a f.sil sans se liàler; au contraire, elle auroit désiré avoir beaucou[) [)lusde temps (ju'elle n'a eu. Je lui ai |)romis que je l'aimerois toujours; et elle m'y oblige en toutes façons, et princi|)al(;meul a cause de la manière dont elle a

' Voici cpUe Déciaialion, qui se Uouve sur la iiiènie feuille <|ue ht lellro (le Mgf de l'erilixeàla siiiiir <jerliu(Je, du G oilohie MiOl : « Aliu de ;ever

« vos SLiiipuli's (|iii jusijiies ici oui éli- le |iiéte\l(' de voire dt'soht'issaiice,

" je vous ijcclare bicu \oloiili('i s (jue la sij^iialurc t|ue je vous ordonne n'esl

" point un léninijjna^e, ni un jui^enienl ((lie je veudie que vous rendiez par

• voiis-niêiiie sur la duiiriue de Jaiisenius, jiaice (|iii: vous en èle> inci|i.i-

• hie ; mais que ]<■ dé.-ire seulenienl que par une snuniibsioii res|»i(tueuse, « sincère el de bonne loi, vous :iequiescie/. à la rondainnalion el au jii^c- ■ nienl qu'a rendu le Sainl-Siéj^e de sa doeuine, auipiel je vous «;oininande

• d'(d)eir par la pui>sance (pie Llieu ma donnée sur vous en qualité de votre « arcliexl-que. Je vous assure de plus que cette signature n'e->t point un « mensoni^e, ni un Taux témoignage, et (|ue si eu cela il y a du mal, je le « prends volontiers sur moi. llARnoiix, arcli. de Paris. »

(.l/(j;ii(.srn7 l'.K. 3«, p. 40 ) * Acquiescement à la cuiidamnaliou.

» C'élait M.Cliéron.

agi avec beaucoup de crainte de Dieu et d'appréhension de Toffenser : ce qui lui fait une telle impression que j'ai toutes les peines du monde à la consoler, comme je crois le devoir faire, puisqu'elle n'a eu d'autre motif dans ce qu'elle a fait que de suivre Tavis d'une personne sage et qui est à Dieu. Je vous dirai que ma nièce (Marie-Charlottt') avoit signé, deux jours devant sa sœur, snr la même déclaration. Je les recommande toutes deux et moi à vos saintes prières; et je vous supplie très-humblement de nous tenir toutes trois, sans oublier ma sœur Angéli(jue, sous l'ombre de vos ailes; je veux dire de nous protéger devant Dieu dans ce temps d'affliction, en nous regardant comme des personnes qui sont entièrement à vous, et qui vous demandent en toute humilité voire sainte bénédiction.

Sœur Catherine-Agnès de Saint-Pall, H* ind'^.

D.— A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.

Pour lui servir de témoignage de la nianii're dont elle a\ail signé le Mandement de rarchevêque de Paris sur le Formulaire, en se croyant assurée par sa Déclaration.

Ce î26 novembre 1664.

Je désire, ma très-chère sœur, de vous donner ce petit écrit, qui vous servira pour éclaircir nos amis de ce qui s'est passé entre vous et moi sur le sujet de l'action que vous avez faite.

Et premièrement je vous dois rendre justice, que vous n'avez point manqué à la confiance envers moi dans l'accablement d'esprit où vous vous êtes trouvée auparavant que de signer, voyant que l'on nous lenoit dans ime si grande rigueur que de ne nous vouloir accorder aucune personne à (jui nous puissions parler de nos peines avec confiance, ce tjui vous a donné des angoisses exlrèmes, dans lesijuelles néanmoins vous m'avez dit plusieurs fois que vous ne vouliez rien faire (lue je n'approuvasse ou que je ne fisse moi-même. Mais je n'ai pas cru qu'il fallût régler sa conscience sur celle des autres, ni rien faire par imilalion; que c'étoil à Dieu à donner la force dont

1), — A LA SiFAR MAlUE-ANr.RLIQIE DE SAINTE-THÉRÈSE. lOl

on avoit besoin, et (|uo ce seioit s'appuyer sur nu l»ras île chair que de la prendre en une créature.

Etant donc arrivé (jiie Monseigneur l'arclievéque vous apl>orla une déclaration écrite et signée de sa main, par laquelle il vouloit lever nos scrupules, en assurant qu'on ne leroit |»oint de mensonge ni de faux léinoignage en teignant, vous lui demandâtes une personne de piélé |)our lui communiquer vos doutes; et je vous abandonnai entièrement entre les mains de Dieu et les siennes. Vous prîtes son conseil avec un entier désintéressement, le conjurant, comme j'en suis témoin, de vous le donner selon Dieu, sans avoir égard à vos |»dnes, dans lesquelles vous aimiez mieux demeurer toute votre vie que d'ofl'enser Dieu. Il se jtassa huit jouis, que vous employâtes à prier Dieu avec larmes, et à consulter celte même personne, qui vous assura qu'avec cette déclaration vous pouviez et (leviez signer sans crainte et sans être retenue |)ar ce mot d'acquiescement (|ui vous faisoit grande peine. Vous auriez toujours voulu tarder, mais Monseigneur étant venu pour cela, il fallut signer; ce (jue vous fîtes en lui déclarant plusieurs fois (|ue vous ne condamniez |»oint M. d'Ypres, (jue vous l'estimiez, que vous le révériez et y aviez dévotion comme à un .saint; (jue vous ne vous sépariez point de toutes les personnes (jui nous ont conduites, en nommant ceux ([u'on connoit davantage; et (jue vous n'aviez intention en signant que de rendre une soumission de respecta la décision du Saint- Siège. Ce (|ue .Monseigneni- ri'péla en ces tenues : « Je ne vous « demantle qu une soumission respectueuse a une décision « (jue le pape a faite d'une doctrine : (|ue s'il a mal jugé, c'est « pour lui. »

iJcpuis cette action vous n'avez pas éprouvé le repos que les autres sœurs <|ni ont signé ont eu, a ce que l'on dit, car je vous porte témoignage (jue vttlr»; douleur a été excessive, et «pie j'ai été oblif^èi; de la iiio<lerer en vous disant qu'il n'y avoit que l'image du peclié dans votre action et non le péclie même, toutes les circonstances (|ui y sont intervenues vous en ayant exemptée, comiiic je <r(»yoi<. rt pour avoir i('niari|in' en vous une augnieiitation de crainte de Dieu, d'amour pour la vérité, et (luiiion a>ec loiiles nos su-urs qui ne l'ont pas fait, tt il ne

m'a pas été difficile de garder la promesse que vous aviez exigée (le irioi auparavant que de rien faire, qui étoit que je ne me décliargerois pas de votre conduite, ayant trouvé en vous un esprit humilié et docile qui vous fit écouter tout ce qu'on vous (lit; ce qui me fait croire que, par une conduite admirable de la miséricorde de Dieu, il veut tirer de ce mal apparent un bien solide et véritable pour votre âme.

Sœur Catherine- Agnès de Saint-Paul, Rse indigne.

DI— Billet de la mère Agnès

écrit de sa main, au crayon et sans date.

An sujet de la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse, et des peines exirénics où la signauire l'avait réduite.

{Novembre 1664.)

Je fais ces lignes pendant la nuit que ma pauvre sœur a la fièvre, pour vous dire, plus franchement que par elle-même, qu'elle ne fut jamais si bien dis[)0sée qu'elle est, non pas même à Port-Royal où elle hésitoit, pensant qu'on en demandoit trop et qu'il n'y alloit i)as d'im si grand péché. Depuis que nous sommes ici, elle a été dans des l'oiblessrs extrêmes, et (juasi au ilésesjjoir. Mais depuis qu'on lui conseilla de signer, elle eulra dans une si grande crainte, qu'elle demandoit la mort à Dieu devant que d'en venir la. Mais on lui dit que Monseigneur retireroit sa déclaration. La peur de se trouver dans les mêmes angoisses la fit signer, mais avec des larmes infinies : de sorte qu'on peut dire qu'en faisant ce qu'il ne falloit pas faire, elle se convertissoit a Dieu et s'atlachoit à la vérité, dans laquelle L'Ile est à présent si ferme, que son plus grand désir seroit de le déclarer; et elle m'a dit vingt fois, toute fondant en larmes, qu'elle voulait se rétracter : ainsi le poison a été son antidote. Elle est si mal de sa fièvre quarte, que je ne sais ce qui en arrivera. Je l'ai toujours assurée que Dieu l'avoit voulu guérir en la blessant. Je n'avois jamais vu une si grande contrition. Elle a horreur d'elle-mêuie, et révèie toutes celles (jui sont fermes. Elle n'a pu souifrir qu'on l'ait congratulée céans, disant qu'elleavoit suivi leconseil qu onlui avoitdonné,maisavecune

nil. — A M. r.'AUCIIEVKyiK DE PARIS. I 9.'{

extrême {)eine. Je ne saurois dire le quart de ce que je voudrois, à cause de ma vue qui ne me permet pas de relire.

DII. — A Mgr. de Péréfixe, archevêque de Paris.

Elle fait sa profession de foi, et lui demande la permission d'approcher des saillis sacrements.

Je, sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul, religieuse de Port- Hoyal du Saint-Sacrcnient, prolcsle devant Dieu (jue je veux vivre et mourir lille de l'Église; que je crois tout ce qu'elle croit, et njelle toutes les erreurs qu'elle rejette. Je me souniels eu particulier à tout ce(|ue les souveraius ponlil'es. Innocent X et Alexandre VU, ont décidé de la foi ilaiis leurs constitutions, connue je l'ai déjà déclaré [ilusieurs fois, et eu particulier par les deux actes que nous avons fait présenter a •M. rarclievèque de Paris, du .•» vi du 10 juillet l0(ji. Que si jai refusé de signer simplement le lornuilaire, je puis dire avec vérité que ce n'a été (juc par la seule crainte d offenser Dieu, en alleslant un fait corileslé, (jue je ne suis point eapalde de connoilre par niui-méme, et au(|iul je n'ai nulle ol)li;:.ili(»u de prendre part. Qtie si ce sentiuieut ne lu'aMiil mise dans l'impuissance d'oheir au counnaudmient de .M. rarclieM'cjiie, je lui aurois lait paroitie eu cette occasion, connue j(.' fais en toutes les autres, que je révère de tout mon cœm- l'autorité (lue Dieu lui a donnée sur moi ; et (ju'il n'y ama jamais rien qui borne mon olieissaiici.' à son égard, de tout ce i\u\ me sera |»()ssible de faire selon Dieu. Je supplie donc M. rarche\é(pie avec toute l'hiunilité (ju'il m'est possible, de lever la défense (|ii'i[ m'a faite, connue a toute notre comnmnauté, de m'appioi'lier des saints sacremens ; et de me faire la miséricorde que je les re^'oive avant ma mort, alin (|ue soi tanl de celle vie avec la paix de Dieu et celle de mon prélat, mou àme ne se plaigne point à celui (pii est \r Immi Pasteur, et ipu a laid

T. II. I "

d'amour et de douceur pour ees brebis, de l'extrême sévérité de celui qui me lenoit sa i)lace enterre. ,Fait à Sainte-Marie, ce 10 décembre 1664.

Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul, R. ind.

DIII — A Mgr. Henri Arnauld, évêque d'Angers.

Conliarice qu'elle avait en rinlercession de saint François de Sales. Cliarité que ce bienheureux avait eue pour toute la famille Arnauld.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !

Ce 1 5 décembre 1 664 .

Encore que je n'aie point douté, mon très-cher frère, du miracle de votre [)réservalion, je n'ai pas laissé dèlre bien aise d'en être assurée par vous-même, et d'en pouvoir tirer la conséquence que Dieu agrée le service que vous lui rendez, et que le bienheureux veut vous témoigner qu'il vous est redevable de la charité singulière (jue vous avez pour ses fdles. Ce choix que vous faites de ce saint pour intercesseur envers Dieu, pour ce qui nous regarde, nous oblige d'imiter l'exemple de l'union qu'il avoit avec la volonté de Dieu, et de nous abandonner entièrement à lui, tant pour la qualité que pour la durée de nos afflictions, que pas une créature ne peut ni augmenter, ni prolonger qu'aulant cju'il plaira à Dieu.

Il est vrai que la charité du bienheureux s'est étendue sur toute notre famille. Je porte sur moi une lettre à feu ma sœur le Maître, écrite de sa main, dans laquelle il nous nomme tous l'un après l'autre, et vous j êtes en particulier en qualilé de son bon frère, après avoir salué ma mère, en disant qu'il étoit de cœur l'un de ses enfans, mais qu'il le disoit en vérité. Je ti(;ns ces pioniesses fort précieuses, et je ne doute point qu'il ne les accom[)lisse dans l'état d'une charité parfaite où il est maintenant abîmé. La mère Françoise-Angélique qui est retournée aui)rès de vous, nous a promis de faire faire plusieurs neuvaines à Anneci à notre intention, ce qui me console beaucoup.

Ma secrétaire a eu de la douleur de ne se point trouver dans votre dernier billet. Je lui ai dit qu'en parlant à n)oi, vous

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