LETTRES DK LA MÈRE AGNÈS
DXIV.— A Mgr. de Péréfixe, archevêque de Paris.
Elle réiiacle le mot équivoque dont elle s'était servi , et lui demande les sacrements pour toutes les sœurs qui étaient à Port-Royal-des-Champs.
(De Porl-Roijal-des-Champs, 8 juillet \ 660.)
Monseigneur, Depuis que je suis en ce monastère, j'ai appris de la mère prieure % (jui étoit à Monlorgueil, qu'elle avoit eu une grande peine de conscience d'avoir souscrit à la lettre que je m'étois donné l'honneur de vous écrire, où je disois que j'élois dans l'indifférence au regard de la signature, après qu'elle eut fait réflexion que ce terme pouvoit être pris en un autre sens que celui qui étoit selon mon intention, et qu'ainsi elle n'auroit pas dû y prendre part. C'est, Monseigneur, ce qu'elle m'a dit l'avoir lait résoudre de cesser ses communions, croyant que peut-être vous ne lui aviez permis de s'approcher des saints sacremens, qu'en présuppo:?ant qu'elle étoit dans une disjjosilion (|ui ne réloignoil pas de la signature. J'ai été. Monseigneur, dans lui grand étonni'inent, quand j'ai considéré que ce mol d'indifférence, que je croyois indifférent, et dont l'on pouvoit user dans les choses humaines qui sont quelquefois obscuies et queliuefoi.^ évidentes, s ' pouvoit prendre poiuune facilité à se rendre ou à ne se rendre pas à la chose dont il est question; ce qui est très -éloigné de ma pensée, ayant loujoiu'scru qu'il ne m'étoit pas [)ermis de signer le faii par soumission, pendant (jue je scrois dans les doutes où j(> siùs, quoicju'en même temps je crusse (pie ce même fait de M. d'Ypres se pouvoit signer par ceux (pii auroieut l'évidence de la vérité de ce fait; el qu'ainsi s'il éloit {)ossil)le qu'il devînt aussi clair et aussi convaincant que celui de Calvin, les fdles mêmes n'atiroient pas de dilTicullé à souscrire. Ça donc été seulement pour m'exeni|)terdn l'eproclie qu'on nous fait (jue nous sommes entêlérs et opiniâtres, et pour vous assurer, Monseigneur, que je ne suis attachée à aucun parti, sinon à celui de la vérité, et
1 La mi're Marie- Doioviiée de riniMUKillon le Coule, ([u\ avait élé exilée à la Visitation de la rue Montoii;u( il, à F;iris. Voyez la relation de
sa raiiliviU'.
DXIV. — A M. I."a1!( IIKVil^HE DE l'AKIS. ÎÎO'.»
(jiie jo inn ranLa-rni lotijoiirs de ce cùlé-là, (juaiifl je pourrai la discerner : au lii'U <iue je ne pourrai jamais attester par soumission une chose connue vérital)le, iiendant que j'en aurai des doutes irnincililes. Je me siiisdone trouvée, sans y penser, contraire à moi-même, en me servant d'iui mot qui se iiouvoil prendre en un sens tout opposé à mes véritables sentimens.
C'est ce qui me fait vous supplier très-humblement. Monseigneur, (le me Taire la justice de recevoir lexplicatJon ijuc je fais à |)résent, comme j'avois commencé à vous dire ijuand j'eus Ihonneur de vous voir la dernière fois à Sainte-Marie, et que j'avois déjà e\pli(|ué à M. l'abbé Duplessis' et à M. (^hamillard.
Je vous dirai, Monseigneur, (jue j'ai eu une douleur trèsgrande de la méprise que j'avois faite; ce (|ui m'a obligée de me priver de la sainte communion, quoiciu'il fût le jour de la dédicace (de l église) de ce monastère - ; et j'ai eu un second motif de m'en séparer, pour me conformera toutes mes sœurs, que vous n'avez pas rélablit's, connue j'espérois iiuelles le dévoient être, pendant l'intervalle du temps qui nous étoit donné pour jirendre notre dernière résolution, et qui étoil, ce me semble, très-favorable pour lever rinlenliclion à laijuelle il vous avoit plu de nous assujettir. C'est ce que je vous supplie très-humblement. Monseigneur, de considérer, et de vouloir vous lelâcher d'un si laide cbàliment (|ue celui de priver nos âmes de la nourriture cêlesleciue le Filsde Dieu leur a préparée. Si nous sommes si heureuses que vous nous disiez que vous voulez bien (jue Jésus-Christ entre dans la maison de notre ciL'ur, connue il dit a Zaehêe, dans l'évangile de la fête, je vous supplierai très-hundtlemeut, Monseigneur, que ce ne soit pas une grâce de parole seulement, mais ipii ikhis soit rendue certaine par deux lignes de votie main
Que si vous agréez (jini la manne du ciel, ((ue vous avez ferme depuis si longlenqis poui' nous, toud)e dans ce déserf, ce nous sera im moyen d»; lenilre les piières que nous otlrons a Pieu p(tur Notre personne saciée plus dignes d'avoir accès
« l>u|ilrs>.is lie la HriiiM-liore, t;i;tii(J-\icaiie de f'jrib ' Le iliiiMiH-lie, o juillet.
T. II. U
:2I() i.KiiULS i)i: i.A Mi:iti: aumcs.
au liùiu; (le la inisôricorde, et de nous rendre de plus en idus, el moi en particulier, dans un profond respect, elc.
DXV. — Relation très humble de la mère Agnès de Saint-Paul Arnauld,
Qui se regarde coupable de la signature de ma sœur Angélique-Tliérèse, de ne l'avoir pas empêchée de signer le formulaire. (Copiée sur l'original.) (Tilre du nianuscril.)
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
[Juillet I660.)
Je désire de rapporter sincèrement ce qui s'est passé en la signature de ma sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse, la part que j'ai en sa chute en ne l'ayant pas retenue , et par quelle raison je l'ai laissée à elle-même en la remettant au conseil qu'elle avoit demandé.
Avant sa signature , pendant deux mois qui se passèrent depuis notre enlèvement, elle fut dans une grande foiblesse, qui étoit fondée principalement sur l'ennui de notre captivité, qui lui fil entièrement oublier la bonne volonté où elle étoit ces premiers jours de demeurer ferme. Je la soutenois du mieux que je pouvois: mais cela duroit fort peu, et elle retomboit aussitôt dans une extrême tristesse. Quand nous aUions prier Dieu devant le Saint-Sacrement, je l'entendois derrière moi qui ne faisoit que pleurer, et cela d'une manière qui faisoit juger qu'elle n'exposoit pas à Dieu ses peines, mais plutôt qu'elle s'en entretenoit; ce que j'aurois pris pour une tentalion nouvelle, si je n'avois su que même à Port-Royal elle branloit fort, et quelle n'avoit jamais pu croire qu'il y avoit autant de mal à signer comme nous lui voulions faire croire. Elle ne vouloit pas néanmoins signer le formulaire sans quelque accommodement; et elle me dit un jour qu'il lui étoit ■venu en l'esprit d'envoyer un blanc-signé à iM. rarclicvêcjue et de le supplier de le remplir de quelque chose de bon : cela me faisoit grande frayeur qu'elle ne s'engageât à quelque chose de fort mauvais.
Sur cela M. rarclievè(|ue ^ int à Sainte-Marie pour me refuser
I»XV.— UtI.ATloN KE LA .MKIŒ AliNKS. fill
la >aiiJlL' comiiiiiiiion que je lui avois demandée pour la Tonssaint, qui devoil êlre dans deux jours. Après m'avoir exaj^â'ré mon indijrnilê jM)ur communier, il nous répéta tout ce qu'il a accoutumé de dire pour prouver (jue nous étions en péché mortel, et (jiielle opinàtreté c'éloit de ne vouloir pas obéir en une chose où il n'y alloit que d'acquiescer au jugement de l'Église. Sur ce mot, ma sœur Angélique lui dit : u Monsei- « gneur, ne nous demandez- vous que cela? » (lelte parole me pénétra de douleur et n)e fit croire (prelle étoit prise, comme il fut vrai. M. rarchevèque ayant pris une grandi' espérance qu'elle étoit gagnéi; , elle lui ilemauda du conseil; et il lui ofl'rit (|ui elle voudroil. Elle choisit M. Chéron (pi'il lui envoya dès le lendemain malin. Après (|u'ell(! lui eut découvert toutes ses peines, et (ju'clle lui eut représenlé qu'elles la melloient en un étrange état, (ju'il lui sembloit (|uelle ne croyoil plus en Dieu; il lui dit que Monseigneur avoitfait une déclaration qui éloil i)nMiqiie, et (jU(; selon cela elh^ pouvoit signer, mais (pi'il uie voiildil parlei- poui' me demander mou avis. Il me parla donc de l'état où il avoil trouvé ma sœur Angéli(|ue qui éloil, à ce qu'il dit, tout à l'ail contraire à son salut et (|ui pourroit encore liù l'aire peidre r(S[»rit. Je lui dis que je ne croyois pas que cela allât si avant, mais puisqu'elle désiroit de se rap|»orter à lui, <|ue je ne m'en mèlerois jioinl.
Le même jour, Monseigneur lui envoya .M. 1 abbé Hossuet qui lui apporta la déclaration. Je la trouvai mauvaise dans toutes ses pai'lies, excepté dans ce (pi'il déclare i\\i'o)i ne fait point de faux lémoi(jna<jc ni de mcnsunyc en siyndnt. J'élois tellement privée delà lumière, (juc je crus que ces paroles mettoient à couvert du jugement et du mensonge , ayant entendu dire, à ce ipj'il me sembloit, (jU(! les évèijues |)ouvoiont interpréter le formulaire ; de sorte qu'il ne me restoit que rarf/u/r.sTcmf/j/ (pie je prenois , comme il est vrai , pour un parlait consenlemenl a la coudainnalion de .M. d'Ypres. Je le dis a M. Chéron, (|ui me répondit (|ue e'étoil un terme du droit canoui(pie , (|ui jxirte (|ue ({uand ime personne a été cxconuuuniee injustement, avant (jiie de lever la censure, l'Kgli-e vouloit (jue la persoime ac(piies(;àl à la sentence «pii avoit clo interjetée contre elle. Je ne me pus peisuuUcr cela, el
l>lr> LETTRES DE LA MERE AGNES.
je (lis à ma sœur Angélique que M. l'archevêque ne pouvoit tlomandcr qu'une soumission de respect.
Elle avoit une grande appréhension de signer pendant sept ou huit jours que dura celte malheureuse négociation 3 néanmoins elle ne se pouvoit résoudre non plus au parti contraire, craignant trop l'état où elle avoit été. Je ne lui disois quasi rien , craignant que je ne ferois que la troubler sans fruit, et étant moi-même dans un si grand aveuglement que je croyois que des personnes foibles comme elle , pouvoient être à couvert sur cette déclaration , cl pour moi que je croirois être criminelle de m'en contenter.
Enfin Monseigneur l'archevêque arriva pour la faire signer. Elle fut cxtrcinement saisie de celte nouvelle, et me vint dire tout en larmes : « Ma mère, que ferai-je? » Je demeurai en suspens , un moment seulement, car il n'y eut jias plus d'intervalle qu'elle n'ajoutât : « Mais je crains que Monseigneur « ne retire sa déclaration ! » Cette parole me détermina , car je m'en allois lui dire qu'elle ne fît rien; mais je crus que ce seroit toujours à recommencer , ce qui me fit lui dire que je pensois qu'elle pouvoit suivre le conseil (ju'on lui avoit donné. — Et c'est en quoi je me trouve coupable de sa signature, puisqu'il y a apparence qu'elle ne l'eût pas faite cette fois, et je devois remettre à Dieu la suite que je n'aurois pu empêcher, quand je ne l'aurois conservée (ju'un seul jour : et j'avois encore celte fausse persuasion, (jue Télal où elle avoit été n'étoif i)as meilleur que la sorte de signature qu'on lui demandoit, à hujuelle je m'imaginois qu'il y avoit de l'excuse.
Mais depuis que Dieu m'a ouvert les yeux sur ce sujet, et môme le bruit commun qui est qu'il faut bien que je croie qu'il n'y a point de mal à signer, puiïque j'ai permis à ma nièce de le faire, je me trouve dans une aussi grande confusion , au moins selon la foi, que si je l'avois fait moi-même; et je ne vois point de raison poiu"quoi Dieu m'en a préservée, ne méritant point du tout cette grâce après une telle faute, sinon en laveur de la cause qui auroit reçu une plus grande plaie par ma chute que par celle des autres.
Ma sœur me pria encore, avant (|ue de signei", que je ne me déchargeasse pas de sa conduite. Je lui promis que je ne le
DXVI. — A M. DE LA HRI>F.TIÈKE. :2I3
ferois pas; ce (|iii lui lut ontore une misérable conpolalion ; et je crois (|iiL' j'en pris tro|) mui-inènie de ce (lu'après a\oir signé, et même en le faisant, elle uvoit lémoigné tant damour pour la vérité, et assuré jdusieurs fois (|u'elle ne vouloil rendre (jti'nne soumission de respect (comme si c'eût été assez de l'avoir dit pour faire (|u'il fût vrai); (|ue je lui disois, |)Our modérer ses larmes qui éloient dans l'excès, cpie sa faute n'éloit que l'image du péché et non le péclié même.
DXVI. — A M. de la Brunetière, grand-vicaire de Paris.
Au sillet de la défense que M. l'archevêque «le Paris avait faite le fi septembre aux relii,'ieuse>^ de l*uil-Rov:il de clianter l'ollice divin . cl de ce qui s'élail passé à Poit-Huyal, le 8 bcpleiubre '.
Monsieur, Nous trouverions (luehjue consolation dans Taccablement de toutes nos peines, si elles éloient au uu>ins de celles qui se peuvent soutlVir dans le silence, et <pii n'obligent point à se rendre soi-même pénible à personne. Mais conmie elles ne viennent pas immédiatement «b; Dieu. (|ui entendroit assez ï-i nous n'avions à lairt; qu'a lui les gémissenu'nsde noire cœiu", et (ju'il exerce sur nous son autorité par le minislère des lionunes<iui ne peuvent être informés de la vérile de beaucoup de choses (lue sur les rapports (|ue l'on en fait, nous nous trouvons obligées. Monsieur, de vous rendre compte de ce qui s'est passé dans la suite d'une allaire dont vous avez sti par vous-même le connnencement, atin (|ue vous ayez la bonté declaircir à M. l'arclievêiiue les cbose> ([u'on lui pourra l'aire entendre à notre désavantage.
Nous savez, Monsieur, ce (jue nous vous témoignâmes toutes quand vous partîtes d'ici, ensuite de la signitication (|ui nous venoit d'être faite de l'ordonnance dernière de M. l'arcbevèque ', (lu'encore (|uc nous eussions toutes sortes de sujets de protester de mdlilé et d'appel d'une sentence qui nous
1 Voye/ llisi. de r.-l(. (M. llesoigne), Touie II, i». iM'. • l.p diinaiiclit* <) >.i'(ili'iiiltre.
punit comme on pourroit faire les plus criminelles et les plus scandaleuses religieuses du monde, avant que de nous avoir convaincues d'aucun crime, la crainte d'offenser Dieu qui, du consentement de M. rarclievèciue qui venoit de nous le dire, esl la seule raison qui nous empêche de signer, n'en pouvant pas être un, quand même notre scrupule seroit mal fondé; nous vous dîmes expressément (jue nonobstant que nous en opposassions à tous les tribunaux où nous pourrions être ouïes, et même à celui de Jésus-Christ, néanmoins, pour témoigner notre respect, nous nous tiendrions aux limites de la sentence en ce qui est de ne point chanter l'office à haute voix ni en public, nous contentant de le réciter ensemble dans le chœur, d'un ton si bas, que ce soit seulement pour nous entendre les unes les autres, et non pas être entendues du dehors; et vous jugeâtes, Monsieur, que par la règle du droit qui veut que les choses de rigueur soient restreintes aux seuls tenues de l'ordonnance et non amplifiées, on ne pouvoit donner d'autre signification à cette défense que nous faisoilM. l'archevêque de chanter en public et à haute voix. Nous crûmes ensuite de cela n'avoir autre chose à faire qu'à avertir ces messieurs les ecclésiastiques que M. l'arclievê(|ue a mis ici, de la manière dont nous avions résolu d'en user, afin que M. du Saugey ' qui a témoigné en toutes occasions depuis qu'il est en cette maison, qu'il ne cherche pas à nous procurer la paix, ne prît pas occasion (le nous rendre quelque mauvais office, ou de nous faire quelqu'insulle, s'il ne savoit les raisons de notre conduite. Il témoigna les approuver; mais en même temi)S il chercha à y former des difficultés, sur ce qu'il prétendoit avoir pénétré autre chose dans l'intention de M. l'archevêiiue, que ce que les termes de la sentence portoient, et s'offroit de lui en demander une plus ample explication.
Mais dès le soir même, il nous fit paroître qu'il se vouloit établir son interprète, ayant em|)êché qu'on sonnât VAuijelm, quelques raisons qu'on lui eût pu représenter que cela étoit tout distingué de notre affaire particulière, parce que notre
1 Le 3 juillet, M. de la Biunelière avait amené M. dii Saugey à P.-R.des Champs, et l'y avait inslallé comme c-li;ip('l;iiii el confesseur.
nXVF. — A M. I)F I \ RRINETIERE. ^2\">
éjjrli^e élnntooniimiiio a loiit notre dehors et aux fermes d'alenloiir, et n'étant pas interdite, il n'y pouvoit avoir de raison d'inférer d'nne sentence (jui ne regarde que nous feules, que M. rarclievè(|ue eût voulu retrancher à l'édification de tant d'autres penonnes qu'il ne veut pas punir, une chose ([ui n"est étahlie (jiie jiour exciter leur piété.
Il ne nous fut jtas diflicile déjuger de là (juil ne cherchoit qu'à appesantir notre joug, puis(|uMl y ajoutoit lui-inèuic, et (jue c'a toujours été sa conduite en toutes les occasions (|ui se sont présentées (le[»uis (|u'il est ici. C'est pouniuoi notre mère lui manda par un billet à l'heure même, (|u'elle le prioil de ne s'entremettre point d'écrire à M. l'archevêque, et (jue nous nous en tiendrions aux ternies de la sentence, en les entendant à la lettre, selon la maxime du droit, ainsi (jue nous nous en étions, Monsieur, expliquées devant vous. Comme son dessein néloil pas de nous ohliger, il ne s'en est jiorté tpi'avec plus d'empressement à solliciter l'interprétation des termes qui n'exprimoieiit pas à son gré assez de rigueiu-.
Mais comme il nous lit ilire hier, au malin, (|u'il avoit une lettre à nous lire de M. l'archevêciiie avant l'oftice , on lui Ht réponse de notre part, (jue s'il vouloit monter au parloir avec deux témoins, nous serions prêtes à lui aller |»ailer. Il ne voulut jamais consentir à celte condition, ni nous à désister de la demander parce (|u'elle éloit de justice, |)uisqne l'ayant regardé dès h; comm<;ucemeut connue un hounne choisi de la main de M. Chamillard notre partie déclarée, et (|ni imite de près sa Cfuiduile, il ne seroil pas de la prudence de s'attendre à sa lidélifédu rapport (ju'il pourroit faire de nos actions et de nos paroles en des choses d'importance, s'il n'y avoit point eu de témoin (|ue lui.
Après (jue l'on eût allmlu longtemps de p;ul et daulre, il piil un consril ;iss ■/ mal concerté, (^.ar sans avertir personne, il ïomia la messe, et fut la dire, un jour de tête (|ui' l'on eloit au hasard de n'avoir que celle-là, et (|u'il falloit par consé- (|uenl doimi.-r un peu d'ordre, que des iniirmes et d'autres (|iii sont oceupes la pussent entendre, et <|ue ceux de la ferme y plissent Neiiir.
Mais nous fûmes plus surprises encore de ce que prescpi'aii
210 lETTRKS I>r. IV MKUE AGNÈS.
sorlir (le raiilcl, la tommmiaiilé s'étant déjà retirée, et ne reslaiil dans \c chœur t\\u'. ciiKj ou six personnes, on l'entendit prononcer quelijue chose à haute voix, contre la grille qui éloit fermée. Lessœurssoilirentpour nous en venir donner avis; et à l'instant nous l'envoyâmes prier de monter au parloir, à condition (ju'il y amèneroit ([uekju'un avec lui. Mais étant venu lui-même tout seul, au tour, dire qu'il avoit à nous lire une ordonnance de M. l'archevêque, et qu'il n'avoit que faire de témoins, nous allâmes le trouver avec la plus grande jiarlie de la communauté, et lui déclarâmes que ne le pouvant considérer que comme notre partie, nous ne recevrions aucun ordre de M. l'archevêque par ses mains; et que de plus nous ne pouvions déférer à des explications qui ne fussent pas au moins aussi juridiques que la sentence qui nous a été signifiée, et contre laquelle même nous avons eu sujet de faire nos {)rotestalions et nos appels, des affaires de cette nature ne se traitant pas par lettre, et Mgr larchevètiue sachant bien le moyen de nous faire signifier ses intentions selon les formes, puisque l'Eglise a ses lois, dont ses juges mêmes ne se peuvent pas dispenser. Ensuite de quoi nous nous retirâmes, comme n'ayant plus rien à lui dire, ni lui à nous, après une si nette déclaration.
C'est ce qui causa notre extrême surprise quand à la fin de None, sur le point (jue nous nous allions lever pour sortir du chœur, nous entendîmes sa voix dans l'église prononcer d'une force toute extraordinaire quelque chose que personne ne put discerner, mais que plusieurs s'imaginèrent être quelque sentence terrible. Comme la communauté sortit sur cela avec assez de précipitation, et que de hasard quelques-unesfirentdu bruit par accident, d'autres qui ne savoient ce que c'éloit que tout cela eurent l'opinion que ce bruit étoit une formalité qu'il falloit garder, et causèrent un désordre qui nous a d'autant plus humiliées et mortifiées, que ceux qui ont pu s'en scandaliser ne voudront peut-être pas se laisser persuader de l'innocence avec laquelle cela arriva, mais d'une manière si soudaine, que (pioique la comnmnauté ne fût encore (ju'à peine hors du chœur, elle ne put assez tôt arrêter ce qu'elle n'avoit pu prévenir.
DXVI. — A M. DE LA lUU NF.TIKRE. "21 /
Cependant, Monsieur, il ne faut pas douter qu'on ne nous condamne bien fort sur une cliose que nous-mêmes ne voulons |»as défendre, (|uoi(|ue la sini|»licilé de celles (jui l'ont fait soit un peu excusable. Tout ce que nous aurions à souhaiter seroit qu'on nous rendît justice en tout, et qu'on nous excusât aussi (ians les choses où notre conscience nous assure que nous ne sommes nullement coupables. Et c'est alin de vonscionner lieu déjuger de tout avec connoissance, que nous avons cru. Monsieur, vous devoir informer si particulièrement de celle affaire, sur laquelle on n'aura pas manqué de vous prévenir. Le récit en est trop long, et passeroit pour importun à tout autre qu'à une personne qui tient le rang (|ue \ous tenez auprès de M. Tarchevèque qui est noire juge. Mais comme il se repose sur vous d'une partie des soins de sa charge, il n'approuvera je m'assure (pie trop la retenue (jue nous cause le respect (jue nous portons à Sa Grandeui,(jui nous ôle la liberté de lui demander ni grâce ni justice, après qu'il nous a fermé la bouche; si ce n'est, Monsieur, que nous puissions obtenir l'un et l'autre par voire entremise (pie nous avons osé rechercher, [iarce(|ue nous avons cru (jue la compassion vous emiH'ch(!roit de la {louvoir refuser à des aflligées (pii vous la demandent Irès-huudjlement, et ([ue vous êtes témoin (jui sont réduites dans l'état le l>lus digne de pitié où puissent être des religieuses, (jui n'axant plus de part aux consolations du monde parce ([u'elles y ont renoncé, n'en ont presque plus à toutes les grâces visibles de l'Kglise cl de la lic-ligion, parce (ju'on les en a privées. Kt connue il ne leur reste |)lus (pie la liberté du cœiu- pom- s'ac- (juitter par leur amour de ce qu'elles doivent a Dieu, et par leurs respects (K; c(! ipi'elles doivcul aux personnes (|uelles sont oblig(;es d honorer, vous trouvère/ bon. Monsieur, que je m'ac(|uitte de ce dernier devoir, eu vous assur.inl (pie ji," suis avec toute sorte d(i vérité, etc.