LETTRES DE LA MERE AGISÈS
est allée à Dieu dans la paix de Dieu. Il n'y avoit qu'elle dans cette maison qui eût plus d'âge que moi, ce qui m'avertiroit que je la devrois suivre immédiatement, si Dieu gardoit l'ordre des temps qu'il nous a lait naître au monde. Priez Dieu, mon très-cher frère, que je meure de la mort des justes, et ce sera mon bonheur si cela arrive tôt ou tard. Les rigueurs qu'on exerce sur nous auroient leur comble à la mort dans l'abandonnement où l'on nous met, si la miséricorde de Dieu ne s'opposoit à une si grande durelé, et s'il n'accomplissoit en nous ce qu'il a dit par un prophète : que c'est à lui que le pauvre laisse sa défense, qu'il est le prolecteur des orphelins, quil sera leur refutje dans leurs besoins et dans le temps de leur affliction. L'on ne peut nous empêcher de chanter : Suhvenite , sancli Dei, etc., et la foi nous fait voir qu'il y en a beaucoup plus pour nous que contre nous. Cette heure si effroyable en elle-même, et qui l'est encore davantage dans ces circonstances particulières, n'eflraye néanmoins personne en sorte qu'on voulût lâcher pied. Nous espérons que notre petite armée, qui n'est composée que des valets des princes, comme celle d'Achab, ne laisse pas d'emporter la victoire, parce que Dieu se plaît à se servir des choses foibles pour confondre les fortes.
Que dites-vous, mon bon frère? vous parlez de Port-Roya comme s'il étoit déchu dans l'estime des hommes. Nous n'avons jamais mérité qu'on nous préférât à personne , et nous ne le méritons pas encore, parce que nous ne répondons pas aux avantages que Dieu nous donne; mais hors cela nous sommes les plus heureuses filles du monde, et je suis assurée que vous le croyez ainsi, en nous ramentevant les paroles de notre chère mère K 11 y en a encore une autre qu'elle nous a gravée dans le cœur, qui est que la dignité de nos afflictions la faisoit trembler, voyant que Dieu nous honoroit tant que de nous faire souffrir quelque chose pour sa vérité.
Vous êtes tout à fait un bon frère de vous souvenir de nous en des occasions si divines et si augustes, qui sont lorsque vous entendez la messe et que vous recevez la sainte commu-
1 La mère Angélique.
nXXXIV. — A M. DE PONTCHATEAl. 245
nioii. Nous n'avons qu'à nous souvenir que nous ne sommes qu'un pain et qu'un corps ; et nous nous joindrons à tout ce que voire piélé \oiisfait faire pour nousautanl que pour vousmême. Nous sommes inliiiiment ohlifiées aux deux |)ersonnes que vous nonnnez, de la j;ràce <iu'elles nous font de se souvenir de nous ; mais je ne vous supjdie point de les en remercier de notre part, parce qu'on nous doit estimer connue des morts qui dorment dans leurs sé|)ulcres.
DXXXIV — A M. de Pontchàteau.
Au iiijel de sa lellre à Mgr de Pérélixe, en faveur de M. do Sacy el de Porl-Royal '.
/.f ii novembre 16tj7.
J ai toujours caché dans mon cœur les extrêmes bontés que vous avez |»our nous, pour me conformer à l'intention que vous ave/, que la main gaiiclic ne sache pas ce que fait la droite; mais je ne me puis taire à présent, voyant (juc la même main s'est signalée par une lettre si forte et si généreuse, qui est sortie dune disjiosition toute d'humilité, mais qui s'est rehaussée |tar la charité au-dessus de ceux qui font profession de ne rien craindre. Ainsi, après vous être fort abaissé, vous avez gardé votre qualité de citoyen romain pour une occasion iuii(|ue où je ne puis croire (lu'elie ne porte (pielcjue coup, principalement étant accompagnée d'une si droite intention. i'.i' n'est [las (|ue j'en attende un etlét bien prompt, parce (jue je crois (jiie le temps n'en est pas encore arrivé ; mais à force débattre sur le fer. on en fait sortir des étincelles. Au moins est-il assuré (jue votre paix retournera à vous-même, si elle ne demeure sur celui à (jui vous la souhaitez. Vous nous laites voir l'accomplissement de cette promesse de lEcritiu-e, (|u'il y et» a plus pour nous (jue contre nous ; car une persomie (|ui peut parler de la sorte en peut terrasser un grand nombre (|ui nous ( hargcnt de malédiclicms.
Knliii. quoi qu'il arrive, vous ne pouvez i|ue mériter heau-
1 \(>\ft. Uisinirr ilf foriIdn/'U (0. dj^monctl i. !'. NI \< 2oU.
coup par cette action que vous avez faite pour l'honneur de la Térité, par charité, et un grand zèle que vous avez pour ceux en qui on la persécute. Je vous supplie très-humblement de croire que j'en suis toute pénétrée de reconnoissance. Ah! que je voudrois que mes i)rières fussent assez pures pour monter jusqu'au trône de Dieu ! je tàcherois de les pro|iorlionner à un si grand bienfait, que vous comblerez en demandant à Dieu qu'il nous rende telles que l'on juge que nous devons être, pour tenir le rang où il lui a plu de nous mettre en nous associant à des personnes qui le glorifient par leur confession et par la sainteté de leurs mœurs.
Sœur Catherine-Agisès de Sai>t-Paul, R* ind«.
DXXXV.— A M. de Sévigné.
Après être comme ressuscilée d'une maladie, à l'âge de 73 ans. (Tilre du manuscrit.)
Ce 2o novembre {\C^67).
Voici donc encore votre pauvre sœur qui se \a présenter à vous pour vous offrir tout ce qui dépend de ses impuissances ou de sa pauvreté, qui sont les seules choses qui lui appartiennent, mais qui n'empêcheront pas la continuation de notre alliance spirituelle puisqu'elle est fondée sur la grâce de J.-C, qui lui fait trouver en lui ce qui me manque en moi-même. Encore que ce soit l'inclination de la charité et le sentiment de la foi, qu'il vaut bien mieux mourir que vivre; ce n'est pas à dire que je souffre ce retardement de ce que vous présupposez que Dieu me prépare. Hélas, mon très-cher frère, n'y a-t-il pas bien plus sujet de trembler et de s'humilier, de ce que Dieu a tout fait pour nous, et que nous faisons si peu pour lui ! Il est vrai qu'il donne grâce pour grâce, et c'est le seul fondement de mon espérance. Je mets au premier rang celle qu'il nous fait présentement de connoîlre sa vérité, et de souffrir quelque chose pour elle; ce qui attirera, s'il lui plaît, la seconde, qui sera de nous délivrer par la même vérité de toutes nos misères, pour nous rendre dignes de sa miséricorde. J'ai offert à Dieu votre otfrande, non pas comme petite, car
D.WXVl.— Al\ NOVICES DE l'OUT-UUVAl.. 2 i7
elle procède d'un trop bon cœur, ce qui lui donne un bien plus grand prix que les plus grandes sommés ne peuvent avoir par elles-mêmes. Je demande ;i Dieu , pour récompense, que vous ultleniez la permission de voir l'invisible ' que Dieu veut posséder tout seul, pour détacher les autres de ce qu'ils possédoient le plus léfjifimement, et peut-èlre pour les punir de n'avoir pas assez connu le temps de leur visite. Que ceux qui ont fait ce larcin à leurs frères devroient appréhender les jugemens de Dieu , qui a néanmoins des fins si saintes et si avantageuses en cela ! Je crois que c'est pour avoir un témoin digne de lui, pour mellre à la tèle dune communauté qui n'est composée que de roseaux. Il l'a soutenue par ses conseils, et il la soutient beaucoup mieux à présent [lar un état qui le rend une colonne inébranlable en la maison de Dieu. Si la joie de l'approcher vous arrive, rameutevez lui bien qu*af)rès Dieu nous nous appuyons sur lui, parce que sa providence nous l'a donné [>our soutien. Iiecommande/-nous bien aussi, s'il vous plaît, au bon Pasteur de votre cha[ielle, afin qu'il ne laisse échapper aucune de ses brebis, qui sont aussi capables de s'égarer que celles qui l'ont déjà abandonne.
DXXXVI.— Aux novices de Port-Royal qui avaient élo obligées d'en sortir.
Elle leur donne (|uelques avis pour profiler saintement du jubilé '.
{Diccmbre !G()7.)
Comme Dieu regarde lésâmes en particulier dans les grAces générales qu'il fait à son Eglise, Je crois qu'il regarde nos pauvres novices dans la consolation (pi'il donne à tous ks lidèles en leur accordant un jubilé, qui sera envers elles le gage de la miséricorde (jue Dieu leur fera, s'il lui plaît, de les délivrer du bannissement oii elles sont, de même (juil délivre les Ames des peines (lu péché par les indulgences (juil leur accorde.
l*our se disposer à cette double grâce, elles doivent en juc-
' M.d«' Sacy, alors enrermé !i la Bastille.
' ('elui de 1 i-xaltation du p;ipe CliMiicnl IX, successeur «i'.Mexandre N II-
mier lieu ressentir le besoin qu'elles en ont, pour n'avoir pas conservé la liberté^des enfans de Dieu qu'elles ont reçue dans leur baptême, ce qui leur a fait retenir sa vérité, c'est-à-dire, sa grâce, comme prisonnière en elles-mêmes, en mettant des bornes aux effets qu'elle auroit produits dans leurs âmes, si elles s'étoient dégagées de l'affection qui les attachoit à ellesmêmes plutôt qu'à Dieu. Ce premier mouvement de douleur à la vue de leur ingratitude les doit porter à gémir, qui sera l'effet de l'Esprit de Dieu en elles, selon ce que dit Notre-Seigneur, qu'il reprendra les âmes dépêché, de justice et de jugement. De péché, pour n'avoir pas cru en Jésus-Christ d'une foi vivante par la charité, qui les auroit portées à se conformera sa vie humiliée et souffrante. De justice, pour n'avoir pas eu la préparation de cœur à porter les effets de la justice de Dieu, qui n'a point pardonné à son Fils unique. De jugement, pour n'avoir pas condamné en soi-même toutes les choses imparfaites et mauvaises, que Dieu condamne parce qu'elles sont contraires à sa pureté, à sa sainteté, et au dessein qu'il a eu de les prendre pour soi et d'en faire son héritage, comme il veut être celui des âmes qui se donnent à lui. Après avoir été affligées de la sorte par les inspirations du Saint-Esprit, elles doivent respirer dans l'espérance qu'il veut être leur consolateur, en leur permettant de crier à Dieu, et de lui dire : Mon Père! mon Père! ce double titre leur promettant et la rémission de leurs péchés, et le renouvellement de l'état d'enfant de Dieu, qui est à quoi se doivent terminer toutes les grâces qu'on reçoit de Dieu et de l'Église, qui ne nous reçoit point comme des mercenaires, mais comme de vrais enfans qui ne veulent plus abandonner la maison de leur père. Tous les devoirs que le jubilé prescrit doivent naître de cette pureté intérieure, sans quoi ils ne serviroient de rien , et avec laquelle encore qu'on fasse peu de chose on doit tout attendre de la libéralité de Dieu et de l'Église.
Voilà ce que doivent faire ces chères brebis, qui sont séparées du troupeau, et qui s'y doivent croire plus unies que jamais.
DXXXVIl. — A M. DE SÉVIGNÊ. "240
DXXXVII — A M. de Sévigné.
Sur la niuri de Madame de Saint. An^'e, sœur Anne de Saiiile- Kujjénie, le 13 décembre 1667.
9 de janvier (16C8).
Ce seroil bien mou intention, mon très-cher frère, de vous donner plus en cette nouvelle année que je n'ai fait dans les autres, si j'étois meilleure que je n'ai été; mais je ne fais que vieillir dans le corps et dans l'esprit, et je ne me renouvelle point comme l'aijile. Néanmoins, au défaut des vertus que je n'ai point, nous désirons que Dieu vous donne toute la part qu'il lui plaira à nos petites souffrances.
Notre chère défunte s'en est allée à Dieu, parée comme une épouse de toutes nos afflictions, dont elle a fait un parfait usage sans qu'elles aient jamais altéré la paix de son esprit et cette grande douceur qui lui étoit si [larliculière et qui l'a rendue sainte, avec la foi (jui éloil le forulemcnt de son inunohilité. Nous ne manquons pas de béatifier celles qui nous précèdent, non-seulement parce qu'elles sont exemptes des maux (]ui se préparent contre nous, mais i>arce qu'elles avoient un fonds de grâces capable de les soutenir. Car ce sont cellcs-li qu'il a plu a Dieu de choisir, pour laisser aux autres le temiis d'ac(|uéiir une pareille disposition. C'est |»our(|uoi leur assulance fait notre Ireuiblemeut. craignant de n'ètr»; pas dignes de suivre leurs pas. C'est toutefois un gianil secours a dt!S personnes foibles (juc de s'appuyer sur un bâton, et j'espère (jue notre croix nous en servira, et qu'elle suppléera aux forces ijue nous n'avons pas.
Je ne saurois m'empècher d'espérer (pie le Nouveau-Teslament se relèvera de l'oppression qu'on lui a faite, étant lro|» injuste qu'une si grande lumière demeure sous le niuid. Vous m'avez fort obligée de me mander la persécution (jiie l'on fait à votre ami. Ce lui est un grand avantage que la cause en soit innocente. Il paroit bien (jue Dieu le veut sauver |>ar la croix, puisqu'il lui en suscite de plusieurs sortes.
Vous expériiiirntt/, mon cher frère, combien nos proNiden-
ces ' sont incertaines. Car vous avez cru choisir une maison de paix, où l'on désiroit de servir Dieu en esprit et en vérité; et elle s'est changée en un lieu de confusion, où vous ne voyez que des choses qui méritent le nom dhorrihles ^ Si elles 1 etoient moins, elles ne vous fortifieroient pas tant contre un mal qui entraîne avec lui toutes sortes de renversemens de raison et de conscience; ce qui devient le supplice des personnes mêmes qui y ont cherché leur repos en s'y engageant. Je vous rends de très-humbles actions de grâces de la belle sentence qu'il vous a plu de nous écrire, et que je me suis fait interpréter. Vous savez bien trouver ce qui nous est propre, et vous savez bien encore que ce n'est pas tout que nous le sachions, et qu'il faut encore que notre bon Pasteur fasse entendre sa voix à ses brebis, afin qu'elles ne s'écartent jamais de sa conduite. Je vous supplie très-humblement de vous souvenir de nous quand vous entrerez dans votre oratoire, comme je désire de faire pour vous lorsque je me présenterai devant Dieu.
DXXXVIII.— A M. de Sévigné.
Sur le déplorable état de la maison de Port-Royal de Paris. — Utilité des écrits faits pour la justification des religieuses de Port-Royal-des- Cbamps.
6 février 1668.
Je vous suis fort obligée, mon très-cher frère, de la bonté que vous avez d'ensemencer mon esprit des vérités et des maximes que vous remarquez dans vos lectures, et sur lesquelles vous faites de si saintes réflexions dans vos prières. Je crois que la providence de Dieu vous a amené à Port-Royal, et vous a engagé à y demeurer pour entretenir en vous-même l'esprit de la maison, et pour cacher dans votre cœur le feu sacré qu'il y avoit mis , et qui y auroit été bientôt éteint étant demeuré sur un pavé couvert de glace. Et j'ai peur encore que vous n'y soyez demeuré pour être témoin devant Dieu du ren-
' Prévoyances.
' A Porl-Royal de Paris.
DXXXVni. — A M. DE SÉVIGNÉ. 251
versement que ces pauvres filles y ont fait dans une maison sainte, qui est un sujet de gémissement à tous ceux (|ui ont le zèle de Dieu comme vous.
Outre le sujet que nous a\ous de déplorer un malheur qui nous louche de si près, parce qu'il retombe sur celles avec qui nous devrions être si étroitement unies par la charité; vous m'en avez donné un autre par l'histoire que vous me mandez, qui m'a percé le cœur, et que je ne voudrois pas ne point savoir, pour y prendre toute la part (jue je dois. Je ne puis comprendre comment une personne (jui d'ailleurs aiu)e le bien et hait le mal, a pu s'aveugler de la sorte en une chose dont une autre personne qui n'est pas scrupuleuse a de l'horreur. Je prie Dieu (ju'il ne lui iuipute point la grandeur de ce mal, où je crois qu'il y a plus dignorance et de faux prétexte que de prévarication volontaire.
Je désire beaucoup que vous ayez un bon succès de la relation, pour votre consolation particulière, et pour celle de ceux qui y auront part. Il n'y a que les bonnes choses qui sont difficiles à obtenir en ce temps-ci, où l'on ne veut ni jdanter ni édifier, mais seulement dissiper et détruire. Je ne me souviens point d'avoir dit que Dieu ne nous défendroit point, parce que nos amis nousavoient troj) bien défendues. En etlet, j'ai bien cru que la juslilicatiou qu'ils lont de notre cause ne nous serviroit de rien, parce que c'est une chose résolue (|u'il nous faut opi>rimer sans ressource. Mais j'ai néanmoins remercié Dieu de ce (ju'cu taisant conuoilre au monde notre innocence au regard du crime (juon nous attiibue, plusieurs personnes non prévenues se préserveroient du jugement téméraire qu'elles auroient l'ail en nous condamnant sans se mcllre en jKjine si nous avons lorl ou non; et ainsi (|u'ou les guériroit des mauvais soupçons que l'on prend aisément sur un bruit cou)num, sans se meltre en pcituî de rcclirrchcr la vérih''. Kl c'est encore uu remède contre ralluililissemciil où luius aurions pu tomber, «le voir que tant île bouches sont ouvertes pour dire des ealouuùes eonire nous, el (jue toutes les aulies st)ut fermé»*» pour nous eu juslilier. Kuliu, conuni; je crois que tout cela s'est fait par l'ordre de Dieu, nous nous croyons ubiigées de lui eu rendre de lits-hiiuibles actions de grâces.
et de nous réjouir de ce que plusieurs par ces éclaircissemens ne seront point scandalisés en nous.
Je n'ai garde de prendre une vaine espérance sur ce qu'on dit dans la relation, comme si notre nouvelle alarme ne devoit point avoir lieu. Vous en apportez une preuve qui fait voir qu'il y a bien plus à craindre qu'à espérer; mais ce doit être notre oraison jaculatoire que ces paroles : In manibus luis sortes meœ. Priez Dieu, mon cher frère, que nous les disions avec la foi, la confiance et l'amour que nous devons avoir pour Dieu, qui nous témoigne tant de charité dans toute la conduite qu'il tient sur nous.
DXXXIX.— A M. de Se vigne.
Il ne faut pas être ébranlé en voyant loul ce que Dieu permet qui arrive.
Ce 17 février (1668).
Je prie Dieu, mon très-cher frère, qu'il vous donne l'humilité et la patience que vous désirez tant pour accompagner les autres grandes vertus que vous possédez déjà, qui sont l'amour de la vérité, le zèle de Dieu, la charité el la foi si ferme qu'elle vous donne part à la parole de J.-C. : Bienheureux est celui qui n'est point scandalisé en moi. C'est ce qui m'édifie tout à fait que vous ne soyez point ébranlé de voir que Dieu permet un renversement si éti\inge, et qui néanmoins est si juste, piiisiju'il n'y a rien qui ne le soit dans les règles de sa sagesse incompréhensible. Vous avez grande raison de me représenter ce que l'Eglise souffre, qui doit fermer la bouche à tous ceux qui se voudroicïnt plaindre qu'on leur fait injustice. J'admire la providence de Dieu de vous avoir fait connoître une chose qui ne doit point être sue, et qu'il nous est fort utile de savoir pour nous y préparer. Nous sommes dans un siècle où l'on accorde les desseins les plus criminels avec la passion du service de Dieu; je crois qu'il en seroit de même de cette douceur prétendue, et qu'elle se termineroit en une tyrannie effroyable. iMais Dieu qui met des digues à la mer, saura bien apaiser tous ces flots et toutes ces tempêtes, et réduire les choses à la juste
DXL.— A M. I)K SKVIGNK. 253
proporlion qu'elles doivent avoir, pour n'excéder pas la grâce etlaforcequ'illui plaira de donner à des personnes opprimées. C'est un bonheur et un avanlaj:e , (ju'il n'y a rien à faire à un état tel que le nôtre, que de prier Dieu, etquil nous délivre de la vaine contiance que nous pourrions prendre en un autre bras que le sien. C'est ce qui lait que tous nos amis doivent être en repos, voyant que tout ce qu'ils ont fait pour notre défense, et qui devoit être si ellicace, n'a servi de rien. Ils n'ont donc rien plus à faire qu'a recommander nos âmes à Dieu comme au fidèle Créateur, et le supplier de nous faire faire tout le bien qu'il demande de nous. Vous avez trop de bonté pour nous, mon Irès-clier frère, pour ne nous pas assister d'un si grand secours, que je vous demande tres-humblement.
DXL.— A M. de Sévigné.
Sur le carême. — Apologie des religieuses de Pori-Royal, par M. de Sainle-Marlhe.— Mon de M"* Lombert.
Ce 20 février (1668).
J'ai trouvé votre pensée si bonne, mon très-cher frère, de passer le carême dans une retraite absolue, que j'ai été en doute si je la devois interrompre par ce billet. Mais comme je les fais courts, et (pi'ils sont de si peu de conséipience, j'ai cru que ne vous prenant guère de temps pour le liie et le brûler aussitôt, je n'interrouqirois guère votre recueillement, (jui est sans doute le meilleur moyen de piuilier son cli'iu' par une pénitence spirituelle, (jui sanctilie les pénitences extérieures <|uan(l on en peut faire, et qui y sup|)lée quand on man(|ue de forces pour en faire comme on le désireroit.
Vous êtes si rempli de saint Augustin (ju'il vous en échap|)e toujours (pielqu'excelleute jiarole. Celle (|U(! vous |)rene/ la peine de me dire, (jue : a Dieu exauce toujoms les âmes qui « préfèrent sa volonté à la leur propre », est une source de paix. Je vous supplie Irés-humblemenl (K- lui demander (pi'il me mette dans cet état, (|ui arteler.i loiiles sortes de desus el
2o4 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
de pensées, pour ne faire qu'attendre les événemens qu'il plaira à Dieu d'ordonner.
Encore que vous ayez un zèle de Dieu contre les signeuses, je crois néanmoins qu'il est tempéré i)ar une grande compassion de les voir dans un labyrinthe dont il est difficile qu'elles puissent jamais sortir. Nous avons grand sujet de croire que nous ne sommes pas telles que nous devrions être, puisque nous n'avançons rien pour leur conversion.
Il est vrai que le livre de M. de Sainte-Marthe* est un chefd'œuvre. On y voit un zèle ardent contre celui qu'il réfute, mais sans intéresser la charité. Il semble qu'il n'ait dessein que de repousser ses calomnies; et avec cela il nous instruit, comme s'il n'écrivoit que pour nous. Il traite toutes les vérités avec rétendue qu'il faut, sans être ni trop long, ni trop court. Il paroît que cet ouvrage a été fait par Tesprit de prière, car encore que l'esprit en soit entièrement satisfait, on se trouve obligé de s'arrêter davantage à en recueillir le fruit. Je ne m'étonne pas de la grande estime qu'on en fait, parce que c'est la récompense du mépris qu'il a de tout ce qui vient de lui. Ce qu'il y a plus à désirer, c'est que Dieu donne des yeux et des oreilles à celui- à qui il parle, et auquel il ôte toute excuse de n'avoir pas connu Tétat dangereux où il est, par la peinture au naturel qu'il lui fait de lui-même.
Il est aisé de juger que l'affliction de M. Lombert a été grande, parce qu'il a une tendresse toute particulière pour ses enfans, et qu'il aimoit beaucoup celle que Dieu lui a ôtée '. Nous avons appris par vous cette mort, c'est pourquoi sa fille * n'a pu lui écrire plus tôt. Nous nous servirons d'une voie qui ne commettra personne. Nous sommes fort obligées à M. Lombert de la libéralité qu'il lui a plu de nous faire. Nous avons tant de bienfaiteurs spirituels et corporels que nous sommes accablées de dettes j mais Dieu sera, s'il lui plaît, notre caution.
' Apologie des religieuses de Port-Royal.
* M. Chamillard.
s Marguerite Lombert, morte le 10 février 1G68, à l'Age de 23 aus. Elle avait été élevée à Pori-Roval.
* La sœur Geneviève de Sainte-Dorothée Lombert. Professe en 4639, elle est morte le 21 novembre 1696, âgée de 39 ans.
DXLI. — A M. DE SÉVIGNÉ. SriS
Je le supplie, mon très-cher frère, de vous combler des bénédictions que vous désirez.
DXLI— A M. de Sévigné.
{Mars 16G8.)
C'est, mon très-cher frère, au sortir de la messe, à laquelle je n'avois point assisté depuis quinze joiu's, que je vous écris ce billet, pour vous dire que je suis rentrée dans l'état auquel jY'tois auparavant, au moins à votre é^-^ard, me trouvaut [dus disposée (jue je n'ai point encore été, à vous rendre les devoirs d'une bonne sœur, autant quemon impuissance et mon inutilité le pourront permettre. Je vous regarderai souvent durant la sainte (juarantaine, en la com[)agnie de Jésus-Christ, d'où je lâcherai autant qu'il me sera possible de ne me point éloigner, atin qu'il soit au milieu de nous, et que nous jiuissions avoir quelque pari au témoignage qu'il rendit à ses apùlres, ([\nl leur ditiposoil un royaume parce qu'ils avoienl persévéré avec lui dans ses tentations. Celle que nous devons le plus craindre c'est l'inconstance qui nous empcchcroit de demeurer fermes à refuser toute autre consolation que la sienne : Renuil consolari anima mca, etc-
DXLII — A M. de Sévigné.
Sur la niori do plusieurs «les snlilaires cl donipsliquos de Poil-Royal.— .Sur la discUc des secours s|iirilnels, el la privation où il olail de la chapelle tpi d avait à l'orl-Uuyal de Paris.
U tuai 1068.
Nous avons regardé la mort si surprenante de nos amis ' comme un acheminement au dessein de Dieu, (|ui nous veut ùler tonlce (ju'il nous adonné de plus favorable dans un clat de paix. Ce <iui est le plus nécessaire en l'état où nous somnies,
' Depuis le 20 mars, il y avait six personnel qui éiaionl niorles it Porl- Royal-de»-Cliainps.
256 lElTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
c'est de ne tenir à rien et de se détacher peu à peu de toutes choses; de quoi ils nous ont laissé l'exemple, ayant prévenu la mort par une séparation de tout ce qui les pouvoit détourner du service de Dieu.
Je demeure d'accord, mon très-cher frère, que votre vie est plus dure que la nôtre, et que ceux qui ont l'intention de nous mater se sont beaucoup relâchés quand ils nous ont réunies ensemble, ce qui nous fait goûter tous les effets que vous jugez bien que cette union produit. Il faut que la rareté des personnes capables de donner une véritable consolation spirituelle soit bien grande, puisque dans une grande ville où il y a tant de gens qui disent: Suivez-nous, soyez d'avec nous si vous voulez bien vivre , vous n'en trouvez (pas) qui vous puisse conduire par le chemin où vous voulez marcher. Mais vous avez fait comme les fourmis que le Sage loue tant parce qu'elles font provision pour l'hiver, et ainsi vous vous êtes rempli pendant le temps que vous étiez dans l'abondance, en sorte que vous avez de quoi vous soutenir longlemps sans consolation humaine, parce que vous faites profession de vivre comme un pèlerin et comme un étranger dans le monde qui ne respire que d'arriver à sa sainte patrie; ce qui lui fait dire : Renuit consolari anima mea; memor fui Dei et deleclatus sum. Car, quoi qu'il en soit, la bonté de Dieu donne toujours quelque consolation pour soutenir les foibles, à mesure qu'il leur retranche les autres satisfactions.
Vous voilà donc privé de la résidence de votre petite chapelle que vous aimiez tant, ce qui vous prépare une ])liis grande récompense de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour qui vous l'aviez faite^, puisque vous n'en faites plus d'usage pour vous-même.
Nous aimerions bien mieux avoir sujet de louer M. le curé, que d'être louées de lui d'une louange dont on ne peut se priver sans beaucoup perdre. Noire-Seigneur commande de haïr son âme en ce monde, afin de la conserver pour la vie éternelle; au lieu qu'on la perdra, si on l'aime pour la vie présente. Il est vrai néanmoins ce que dit Notre-Seigneur, qui n'est point contre nous est pour nous; car on est fortifié de ce qu'encore
nXLIII. — A LA MÈRE GABIUELLE DE GADAGNE. "Ihl
que la vérité ne suit pns suivie, elle est néanmoins connue d'un yraml nombre de peisomios.
Nous attendons l'événement de ces allées cl de ces venues dont vous parlez 1, et nous tâchons de leur opposer un repos et une coniiance en Dieu (jui est seul l'immolMlité de ceux (jui espèrent en lui. Les deux maximes de notre clièro mère nous sont nécessaires pour cela, avec une Coi pareille à la sienne (jui a été le princij»e de ces j^Maiides vérités.
Je crois qu'il vous souvient i)lus de nous dans une autre Eglise, que si vous étiez dans celle (jue vous aviez choisie pour joindre vos dévotions a des persomies dontUieu vous a voulu séjtarer. (ja élé suivie llieu que de désister de le suivre selon votre première vocation, puisqu'il a chanj^é de conduite pour éprouver votre lideliléciui consiste a n'être attaché à rien. Je le supplit.' de me lendre digne de vous lendic; en sa prési'uce ce (jue nous lecevons de vous, par des prières aussi charitables (jne lus vôtres.
DXLIII— A la mère Gabriellc de Gadagne, supérieure des Célestes de Lyon'.
neineriiiiiciis pour la iiiaiiioio clirélieiiue doiil elk- lui a écril sur l'élal ilr l'orl-Hity.il. C;i|itivil('> lie la sdur Aiii;érKjiio di- Sainl-Jcaii. Danger (rmif obéissance truiii|touse. liitn iK- plii^ laro (jiie les bous direcleuis.
(Jloiie ;i Ji>us au Très-Sain l-Sacremenl! Cf li iivii l(i(is.
Ma révérende meie, Il y a (Icja (|ii(l(|u<' temps (|ue j'avois appris que Dieu vousavoit reganb Ccl l(iul(! Nolrecduununauté, pour vous préserver d'im mallK'iu' (pu ('nvel()|ip(; une iulinitc' de personnes. C'est poiU(pioi je n'ai pu n(! p;is recevoir une exlrêmc joie de la lettre dont il vous a plu m'honorer, n'ayant pas osé me promettre d'avoir tant de part à votre charité dont je vous rends, ma très-chère mère, de très-hiunhles grâces;
' |j iiiiTc .\j;nc's v«'iil parler «les nt't^iMialions pinir la paix ib' I T-nlisc. ■ Vojc/. l'floni; lit* cellf n'Iigiciiso, par M. l.aïuflol, dans la /{lUltiDii du ro'jdijr fait (I Mit, pa-^e \ .'.
T. II. 17
:2o8 LKTTUES DE LA MÈKK AGNÈS.
et de ce (lu'aii lieu de nous plaindre de l'étal où nous soninics, vous nous faites voir notre bonheur (jue nous ne saurions jamais assez estimer, et dont nous reconnoissons que nous avions un extrême besoin, pour suppléer à une vie religieuse aussi imparfaite (ju'est la nôtre, et pour payer les dettes dont nous sommes redevables à la bonté de Dieu, de nous avoir donné une conduite qui nous devoit aider à devenir [)arfaites. 11 lui a plu de nous Toter, pour nous donner à la |dace des personnes qui nous voudroient porter à sortir de notre voie; dont Dieu nous a préservées jusqu'à présent. Mais il nous reste un grand chemin à faire, et les choses se dis|)Osent en sorte que les derniers maux seront encore-bien plus grands que les premiers ; ce qui me fait vous demander très-humblement le secours de vos prières, et celui de votre sainte communauté, afln que Dieu nous continue sa miséricorde, pour porter jusqu'à la mort les privations où l'on nous a réduites.
Ma sœur Angélique a été bien édifiée du monastère de son exil, pour ce qui est de leurs observances, où elles sont fort exactes. Dieu l'a favorisée d'une plus grande captivité que toutes nos autres sœurs qui furent enlevées aussi bien qu'elle, ayant été six mois enfermée sous la clef, ce qui n'a été exercé envers pas une autre. Elle a bien reconnu que la révérende mère avoit de la bonté pour elle, encore qu'elle ne soit pas passée jusqu'aux eft'ets, sa charité n'ayant pas été assez grande pour chasser la crainte d'intéresser l'obéissance aveugle qu'elle a vouée à son supérieur auquel elle fait gloire d'obéir, comme elle le mandoit à la supérieure du lieu où j'étois.
L'obéissance a toujours été le fort des âmes religieuses, et qui leur a fait emporter plus de victoires sur le démon ; c'est de quoi il se veut venger maintenant, en leur proposant une obéissance trompeuse pour les faire tomber, ou pour les faire passer pour criminelles si elles ne s'y rendent.
Je crois, ma révérende mère, que vous n'avez guère besoin de la conduite du dehors, ayant avec vous l'Esprit de vérité qui vous enseignera toutes choses. Il n'y a rien de plus rare maintenant que des directeurs (lui nous mènent à Dieu sans aucun mélange des traditions humaines. Le grand désir que vous auriez d'en avoir, vous donne le fruit de l'entière sou-
1>\LIV. — A M. L'ÉVÈyiE d'aNGEUS- '2.M)
mission (\\\e vous leiii' voiuliiez ivndi'o. Il f.uit prendre tout ce qu'il va de lion dans ceux (jue Dieu donne, et allendie le reste de sa bonté, qui conduit ceux qui ont le cœur droit dans ses voies. C'est où nous lâchons de inelire toute noire confiance, et le sujet de l'extrême besoin (|tie nous avons de la continuation de votre charité devant Dieu, (jui voit notre foiblesse et (jui connoît les jx-rils où nous sonmies exposées, descjuels il nous peut délivrer en nous révélant de la force de son Esprit.
Je demeure avec beaucoup de respect, ma révérende mère,
Votre très-humble, etc.
Permcltiz-moi, s'il nous i»laîl, ma Irès-clière mère, de saluer la bonne mademoiselle Michon, et ma chère sœiu' Anne IMjicon qui nous lémoi;j:iie tant d'alVeclion dans la bonne Icllre iiu'elle nous écrit, a laquelle je n'aurois i)as manque de laire réponse en un autre temps où l'on ne craindroit pas autan t'(|ue Ton l'ail de multiplier les lettres et de grossir les pa(|uets. Nous acceptons comme un don (|ue Dieu nous fait runion (|ue sa providence nous donne avec elles, qui est plus iulime eu ce tenqis-ci (|uelle ne seroit en un aulre, les amis de la cioix étant si rares .
DXLI"V.— A Mgr. Henri Arnauld, évèque d'Angers.
.\ii sujt'l (lu iiiiraclt' opéré au Sainl-Sacri'imMil, en la |)dn)i.s^c des l'Im-'s- Saiiil-Florenl, jjrés de Sauiiuir, le 2 juin, samedi dans l'Uclave de la Féle-Dicu. 1Gtif<.
Juin 1668.
Le miracle (piil a plu à Dieu de l'aire dans votre diocèse nous a donné beaucoup de joie et d'aduMralion. Il y a grand sujet de croire (jiie la providence de Dieu la lait en voire laveur, et qu'il veut faire voir à ceux qui ont de mauvais desseins contre vous, (pie c'est lui-même (pi'ils allaipieul. Il étoit besoin de quebpie chose evlraordiiiaire pour les toucher, el peut-être ne le seront-ils pas encore; car (juand Dieu veut afiliger une personne ou, pour nm u\ dire, «juand il la veut couronner, rien lU' peut cmpêclui (pie cela u'ariiNe, el htiiU s choses n contribuent. (>e prodige du Ciel m'a fait croire (|ue Dieu \ouloit bien «pie je me donnasse riioniieur et la consolaluui île
VOUS faire ce billet qui sera peul-ètre le dernier, une personne de mon âge ne se pouvant rien promettre de sa vie, si ce n'est que Dieu me réserve pour voir quelque renversement nouveau dans notre monastère, connue il y a apparence qu'il en arrivera bientôt. Mais Dieu nous fait la yràce de ne pas trop appréhender tout ce qu'on pourra l'aire, et de regarder comme une grande faveur que de petites brebis soient associées aux pasteurs de lÉglise, dans l'espérance que leur force et leur générosité toute chrétienne rejaillira sur nous pour nous préserver de toutes sortes d'atf'oiblissemens, étant assurées que ce que vous demandez à Dieu pour vous-même, vous le demandez aussi pour nous qui respirons sous l'ombre de vos ailes.
Nous avons cru devoir prendre part à votre miracle, et que Notre-Seigneur Jésus-Christ auroit agréable que notre foi nous transportât au lieu où il lui a plu de l'opérer, pour lui en rendre de très-humbles actions de grâces et pour lui offrir les vœux de toute notre communauté. .Mais afin que cela se fasse plus dignement, j'ose vous su|)plier très-humblement, s'il n'y a point trop d'indiscrétion à le faire, d'être vous-même notre médiateur envers Dieu en disant la messe à notre intention en cette Eglise, et de mettre la j)rière que nous vous envoyons au même lieu où vous avez ordonné que cette hostie miraculeuse seroit conservée.
L'on a mis tous les noms de nos sœurs à la fin de la prière, que vous regarderez, s'il vous plaît, comme des voix qui vous demandent très humblement quelque part à votre charité paternelle. Je ne doute point qu'en n'y trouvant pas notre chère sœur Anne-Eugénie ' , la douleur que vous avez eue de sa mort ne se renouvelle. Dieu l'a trouvée digne de lui, et il nétoit pas besoin qu'elle fût éprouvée davantage. Elle a toujours eu un respect pour vous et un intérêt pour tout ce qui vous touchoit, qu'elle exerce maintenant devant Dieu comme je l'espère. Encore qu'il y ait peu d'âmes de qui l'on se puisse promettre l'assistance sitôt après leur mort, il me semble qu'il nous est permis de croire que celle-ci n'a été guère longtemps