‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 61 sur 205 · Maduine de Saiiil-An^'o, inurle le 13 décembre IGG · texte numérisé non relu

Maduine de Saiiil-An^'o, inurle le 13 décembre IGG

n\Fv. — A M. \iiN\ii.i». -2(;|

à «0 imrifier, ayant élr si lidcio a eftacer ses ladios à niosiiio qu'iMlc les ieconnais?oiL

Je vous demande très-liuniblement volrc sainle bénédiction |iuiir toulc la liste, et la cunlimiation do la Itonté (jne \oiis avez toujours eue de nous oUVir a Dieu au saint autel.

DXLV.— A M. Arnauld.

Opposition des religieuses à une nuiiselle si^naUirc. — FaliL^dC (ju't'llos ••prouvaieni dolimles les propositions d'acoomuiodenienl, — Leur constance dans l'amour el le respect de la vérité.

Juillet 1668.

Encore que l'état oii nous sommes enferme plusieurs choses fort aftlii-^caules, néaimioins cllfs ne sont pas si pénibles el ne nous in(|iiiètent pas l'esprit, comme les propositions d'accommodement (|ue l'on fait sans cesfe. Nous ne crai<;nons pas, par la jrràce de Dieu, le mj^'issement du lion, mais nous tremblons de peur de la déception du serpent, (|iii assm-e f|u'on ne mourra point lorsqu'on se rend digne de mort, en inlerprétanl les paroles de Dieu <|ui doivent demeurer dans lem* vérité, sans (ju'il soit permis de les altérer ni d'en clian;..a'r un iota. Souvenez-vous, s'il vous plaît, de laqiicus contritus est, que vous avez prononcé avec tant de ferveur et de consolation. (]Vst la seule voie p.ir la(|iielle nous pouvons être délivrées; soit (jue le lilet se rompe a notre i;gard par noire mort, (|ut sera notre parfaite libellé, ou (ju'il soit rompu par la |»uissance de Dieu, sans (|ue l'on y ail lieu (diilril)in'' jiour pr(''v<'riir ses desseins éternels.

Toulcs les personnes (jui sont si zélées pour lairc biaiser les aidres, sous prétexttîde donner la paiv à l'K^lise, sontc(»mme .Marthe, (|ui se troid)loit de beaucoiqi de choses, pembiul (pie Jésus-Christ loue Madeleine d'avoir choisi la meilleure pari, (|ui étoil d'écouter la vérité de la bouche de Jésus-Chri.^l, et de il conserver dans son co'ur sans se mettre en peine d'autre! ( liose. Il n'y a, ce me scMnble, (|ue cette voie pour trouver la paix au milieu des agitations et des troubles qui s'élèvent contre nous. C'est le temps de faire paroitre (jue notre maison est fondée sur la pierre, (|uc les vents et les tempêtes ne peuvent

ôbranlor; et cette imiiuibilité dépend, coninie je crois, de ne rien écouter pour y avoir égard, et d'être comme un sourd qui n'entend rien, et de n'ouvrir non i)lus la bouche que si l'on étoit muet, dans l'espérance que Dieu répondra pour nous en dissipant toutes ces propositions malignes et qui s'en vont en fumée quand on néglige d'y avoir attention. C'est ce que nous avons déjà vu être arrivé plusieurs fois, et que j'espère que nous éprouverons toujours, pourvu que le fondement de Dieu demeure ferme, et que l'amour de la simplicité et de l'intégrité de la vérité demeure dans nos cœurs, comme elle subsistera éternellement en elle-même. J';ii dans l'esprit sur le sujet de ces misérables accomodemens les paroles de sain le Agnès, pereat corpus. Je désirerois que toutes ces subtilités que les hommes aiment tant fussent détruites, parce que nous ne leur voulons point plaire, mais à celui qui nous a prévenues de l'amour de sa vérité et du respect que nous lui devons, qui ne nous permet pas de la blesser le moins du monde, mais au conlraire d'être son bouclier, si cela se i)eut dire, comme elle est le nôtre.

Prenez, s'il vous plaît, tout ceci en bonne part, puisque Dieu veut bien recevoir de? louanges de la bouche des enfans, comme je le suis i)ar ignorance et par impuissance de faire aucun bien, s'il ne le fait lui-même en moi par sa miséricorde et sa grâce, que nous bénissons sans cesse de vous avoir choisi pour le mur de la maison d'Israël, qu'il rendra, comme j'espère, un mur de feu pour consumer tout ce qui voudra approcher de vous qui ne viendra point de sa part. Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul, Re ind».

DXLVL— A M. Arnauld.

Elle le remercie des exemplaires du Nouveaii-Teslament de Mons, qui étaient parvenus dans le couvent malgré la vigilance des gardes, lille regarde M. Arnauld comme le mur de Port-Royal.

{AoiU 1608.)

Nous sommes maintenant en possession , mon très-cher frère, du trésor que vous nous avez préparé avec tant de travail et d'application, je veux dire du Nouveau-Testament (jui

DXLVI. — A M. ARNAII.I). 2<i.'{

nous reni|ilit de consolation et de joie. 11 nous en aiiroit autant donné en un antre tinips ; mais il faut avouer (|ue la providence de Dieu conduit les choses avec une merveilleuse sagesse, afin cjnelles aient a notre étrard un plus grand elVet (ju'elles n'auroient eu sans les circonstances (lu'il y a jointes. Ainsi, Dieu nous récom[iense avec une libéralité infinie des privations où il lui plaît de nous mettre, et nous fait voir jtar ces miracles exléiicurs (jui font venir entre nos mains des choses dont on voudroit que nous n'eussions |)()int la connoissance, combien nous sommes obligées d'espérer qu'il en fera encore de plus grandes, en nous faisant |»ersévérer dans l'état où nous sommes, qui est le plus avantageux où nous puissions être pour notre salut.

Vous nous avez comblées de joie, mon ti'ès-clier frère, en détournant comme vous avez fait la |)roposi(ion qu'on fait dt; chercher des moyens pour nous faire faire une signature (jui auroit été bonne aulrelois, mais (|ui n'est plus du fout de saison. La deuxième voie dont vous parlez isl sans aucun inconvénient, et nous ôteroil la douleur de ce que la persoune qui nous fait tant de bien par l'aversion «piVlIe a de nous, se fait tant de tort a elle-même ; et l'on ne j)eut faire de mal en désirant ce qui seroit juste; mais Dieu nous préserve de nous y atlcndre , car je crois que ce seroit en vain !

.Mais ce (jui nous touche phis que toutes choses, je le dis nnc scconde fois, c'est de voir (jue vous êtes le mur de la maison d'Israël, et que nous n'avons rien à craindre sous votre |)roteclion. Nous eslimons comme une trêve la paix où nous sommes présentement ; ce (jui nous oblige de nous fortifier pour nous pré|>arer à (juelipie renveisement nouveau. Kl poui" cela il faudroil èlie plus fidèles (jne nous ne sonunes a ce qiuî Dieu demandi' de nous de joui- en joui-. Je nous su|iplie de le prier pour cela, et de nous bien recounnauder aii\ |»rières di; nos amis, mais surtout de nos saints pontifes, alin que leur bénédiclion nous >oulit'nne. J'ai souvent «'UNie de \ous rcrirc, m.MS ce nt; seroit (|ue nous charger, e! je ne pourrois Nousdlnautre chose (jue ce (jue vous apprem z de celle i|iii nous parle pour nous toutes '.

' l.:i -Miir Aii;;"-rn|iu' il.- >;iiiil J>mii Aiii:iii|iI <I' Aiidillv.

•2(VÏ IKTTRES DR LA MERE AGNES.

l.'uM VOUS a envoyé des [tapiers (jiii me font grande confusion, et j'ai bien regret au temps que l'on met à revoir tout cela. Je ne laisse pas de me trouver fort obligée à celui qui prend la peine de les corriger. Je vous supplie de me permettre de l'en remercier très-humblement, et de le supplier de ne l>oint épargner ce qui mérite d'être su|»primé. \H'.iK

DXLVII.- A M. de Sévigné.

Sur divers sujets.

9 août (1 6G8) .

Si j'avois pu animer le mouvement de mon cœur aussitôt que je reçus votre billet, je vous aurois témoigné la parfaite joie qu'il me donna, de voir que vous avez de si bons sentimens sur les atîaires. Je n'ai garde de penser que votre charité est diminuée envers nous, parce que vous nous souhaitez une grande parla la |)ersécution, mais plutôt qu'elle est augmentée, puisqu'il n'y a rien de meilleur pour nous que de vivre et de mourir sur la croix.

C'est une terrible charge devant Dieu de pouvoir faire la paix de l'Eglise, comme vous l'attribuez à une personne, et de l'empêcher plutôt, comme il y a grande apparence qu'il fera, si ce n'est que Dieu la veuille donner. Car vous dites toujours merveille du pouvoir de Dieu contre l'impuissance des hommes. Et cependant c'est la grande consolation des personnes affligées de considérer que ce ne sont point les hommes, mais Dieu seul qui les met dans l'état où elles sont.

Nous avons bien de la joie de vous donner la marque que vous demandez de notre union, en vous associant à tous nos billets. J'ai tiré si heureusement pour vous ce mois-ci, que vous avez saint Augustin. Je ne regrette point de n'avoir pas la liberté de vous recommander aux prières de nos sœurs, étant assurées qu'elles ne sont pas si méconnoissantes que de vous oublier. Nous faisons tous les mois une neuvaine à la sainte Épine pour tous nos amis, afin d'enfermer dans cette

* 923 est le chiffre qui désigne la mère Agnès.

DNIVIII. — A M. DE SKVir.NÉ. 2(1"

prière prénéralo tous c«;ii\ (|iii le désirent. El tons les jours nous (lisous le pseautier tout entier, (|ui est pour diverses intentions'. En quoi nous n'avons qu'une bien petite charge, parce (juil est distril)ué en particulier de telle sorte qu'on n'a (jue deux ou trois pseaiunes à dire. Le mercredi, il se dit pour les amis de Dieu, pour les défenseurs de la vérité, particidièrement pour ceux <pii sont liés avec nous. Et ce sera ce jour-là (jue nous entrerons dans la communion de M. le curé '.

La pauvre siiMir Dorolliéc est hicii à plaindre de se rendre délatrice de ceux ([u'elle devuit prier d'intercéder devant Dieu poursa conversion, (piiestrexpression dece pauvre misérable.

DXLVIIL— A M. de Sévigné.

17 nom (1068).

Voici le premier des billets «pie la |>rovi(lence de Dieu vous envoie. Il est de grande conséquence, puis(ju'il doit servira vous élever dans le ciel ; et d'ailleurs il ne vous sera pas nouveau puiscpi'il y a assez longtem|>s que vous avez entrepris la même praticpie. Je vous remercie trés-lumiblement de votre dernier billet et des extraits (ju'il contient C'est une bonne marque «pie vous êtes sincèrement et entièrement à Dieu, (jue d'avoir eu |)(3ur d'avoir contribué au malheur du |)auvre Maria. J'espère au contraire (pie Dieu vous saura beaucoup de gré de l'avoir assisté comme vous avez fait. Je suis de votre avis, mon très-cher frère, de remettre entre les mains de Dieu tout ce (pi'on nous propose, et de lui donner un blanc-sifznc' pour toutes nos alVaires, dans le(|uel il mettra tout ce (pii lui plaira.

DXLIX — A M. de Sévigné.

Elle lui [»nrlp des projets ilc trnnsl:ilion dos lelij^ieusos do Porli(uyul-dcs-Cliaiii|)S dans un aiilr»- diocèse.

Pu il septiTTibre 4fi68.

Je suis bien aise ipic vous ayez solennisé la fêle de saint

' Les r«'li(;ipnscs avaient commencé à réciter ainsi le Pseaulier, le i't ocloltrc 1<)(i."). Voy»-/. /)ir«r.s (icfc.t , in-l, u \0, Jiinnum.r. |ia^e 'ii. * L«»uis Mane! , cnré de Sainl-Jact|ues-dn-liaiil-|».is.

Bernard clans votre chapelle, et qu'étant seul dans les senlimens qu'il api)rouve, vous ayez suppléé aux personnes qui l'auroient affligé en chantant ses louanges, si sa félicité le pouvoit rendre capable de ressentir de la peine.

Puisque vous voulez être du pseautier que nous disons tous les jours, vous aurez pour votre part les deux de ma sœur Anne-Kugénie, dont une autre sœur s'éloit chargée depuis sa mort, qui sont : Quemadmodùm desideral cervus, etc., et le suivant : Judica me, Deiis, et discerne, etc., avec un troisième en l'honneur de la Sainte Trinité, qui sera : Deus, repulisli nos, etc.

Je ne me suis point du tout souvenue que vous eussiez demandé des prières et des billets au commencement que nous fûmes ici, et ce qui me l'a fait oublier a été l'impuissance où nous étions d'avoir de la communication. Nous tirons à la Saint-Michel chacun un auge, de ceux dont l'Ecriture sainte fait mention. Je crois que vous serez bien satisfait de celui qui vous est échu, car c'est une excellente chose que de s'élever de la terre pour ne converser que dans le ciel.

Je me trouve parfaitement bien en tâchant de pratiquer ce que dit l'Evangile : qu'*7 ne faut point penser au lendemain Je le dis à propos de notre translation ', de laquelle nous sommes déjà revenues plusieurs fois depuis qu'on nous en a fait la proposition. Nous sommes dans un état où nous devons remettre entre les mains de Dieu, non-seulement notre vie et notre mort, mais encore notre sépulture. Et c'est encore le meilleur de ne la point déterminer de loin, puisque vous seriez bien fâché maintenant d'être au lieu que vous avez tant désiré. Les diverses propositions qu'on nous fait sont une marque que notre état changera bientôt. Priez, mon très-cher frère, je vous en supplie très-humblement, afin que nous ne regardions que Dieu en toutes choses.

1 l^es évéques de Meaiix et de Sens, voulaiU liier les religieuses de Port-Royal de l'étal de caplivité où elles étaieiil, avaient proposé de Iranst'érer dans leur diocèse toute la couiuiunaiité.

1)1.. — A DEl X Srf.lRS. 267

DL. — A deux sœurs qui étaient malades.

Elle les exhorte à ne souli;iiler el à ne ileniantier à Dieu (\ue raccomplissenienl de sa volonlé sur elles.

Ce samedi 20 oclobre 1GC8.

M.1 |)i'emit're iiensée en m'évcillant ayant été, mes chères sœurs, de pitié de votre étiil, comme ce sentiment m'a continué en disant mes Prime, ce verset m'a frafipé l'esprit, et j'ai prié Dieu (jn'il vous l'altrihiiàt et (ju'il vous le lit |>iononcer du fond du cœur : Je vous offrirai, Seigneur, des sacrifices avec une pleine volonlé. Il ne peut maïKpier ipie cela, mes chères sœurs, à l'état saint où Hieu vous met. Tout y est propre pour vous faire approcher de lui, et pour vous séparer de vous-même. Je crois (|ue vous n'en doutez pas, et que votre peine peut être de ce (|U(; vous n'en faites pas Tusafre (jue vous devez. Mais cet état de souilrance est si efficace i\n\\ fait lui-même ce (jue l'on doit faire, pourvu (ju'on ne l'en empêche pas par une volonlé contraire ipii s'opposeroit à celle de Dieu ; ce (jue je crois qui est bien éloif^né de votre cœur, encore (jue vous en ayez peut-être quehiuefois des mouvemens, qui seront aussitôt dissipés (piand vous aurez prononcé ces paroles du Kils d(! Dieu : Mon Père, ({ue ma volonté ne soit pas faite, mais /« rô/rr, et quand vous vous serez souvenues (jue ces divines paroles ont été dites en faveur des foihles, pour qui Jésus- Christ a UK'rité la jitàci' de vouloir ce (|u'ils ne veulent jtas. Si vous avez une volonté é^^■^le d'acce|»tei" la dis[>osition de Dieu sur vous, il acceptera également tous vos sacrifices. Ainsi, celle qui a plus de sujet d'être ennuyée de ses frcMpKMites rechutes, se doit (dusolei- de C(.' (ju'elles sont toutes m;u(|uées dans le livre de Dieu, el (pray.uil semé avec plus d'aliondance, elli; recueillera une plus grande moisson.

Je demande a Dieu, mes clieies sceius, (pi'il j:ra\e dans Notre cœur ce (ju'il a déjà inqirimé dans votre esprit, (pii est de préfi-rer la disposition ([u'il fait de nous, à toutes les lionnes d'uvres que nous voudrions laiic pour lui; car je présuppose qu'on ne désire la santé (pie |>om' l'enqdoyer au service de Dieu, puisqn'.iulreuient ce setuil un .imour-propre qui ren-

2G8 LETTRES DE LA HIÊRE ACNES.

(Iroil plus malade dans rùiiic (lu'on ne l'est dans le corps, lléjonissez-vous donc, mes chères sœurs, de ce que vous êtes appelées au ban{iuet des noces de l'Agneau, où l'on participe dès cette vie en s'unissant à limmolalion de cet Aj^neau divin, duquel nous devons être les victimes, comme il a été la victime fie son Père pour notre salut.

Le temps où nous sommes au regard de nos atîaires, nous oblige d'avoir toujours les yeux élevés vers le ciel. Mais ne vous imaginez {)as (jue vous en soyez incapables, parce «lue vous n'avez pas bien souvent la liberté de votre esprit. L'offrande que vous faites à Dieu de bon cœur de votre impuissance, vaut mieux que toute l'application que vous auriez à le prier si vous le pouviez faire; et les pénitences (|ue vous voudriez joindre à vos prières vous seroient plus faciles, que de trembler la fièvre et de prendre les médecines qui vous affligent après votre accès. Enfin, mes chères sœurs, vous deviendrez riches, si vous ménagez toutes les occasions que vous en avez ; (;t nous vous attribuerons le bon succès de nos affaires, qui consiste à garder nos mains innocentes, pourvu que vous vouliez bien demeurer sur la croix autant de temps que Dieu vous y laissera.

DLL— A M. Arnauld.

Elle lui expose leurs peines au siijel de la signature , el les raisons qu'elle a de ne pas se rendre à ses conseils '.

21 oclohre 1668.

J'ai entendu lire tout ce que vous avez pris li peine de répondre, mon cher frère, à toutes nos difficultés, et j'ai considéré devant Dieu comment nous pourrions faire pour déférer à des raisons qui ne m'ôtent point l'extrême horreur que j'ai pour le formulaire. 11 demeure dans sa forme, nonobstant l'interprétation de quatre évêques dans leurs procès-verbaux, et je crois que le serment y sera toujours, (jui suffit seul pour en défendre l'approche à des personnes (]ui regardent sérieu-

1 Voyez ///.s?, de Porl-Hnija] , par Besoigno, T. 11, p. 42 2 et 428.

1)1.1. — A M. ARNAILD. ^(\[)

sèment ces sortes de professions de foi que l'on donne à TEf^lise, et ciui sont scellées d'un serment. Cela est vrai à l'égard de nous siu-lout, (|ui, outre l'ohlijifation commune im- |)Osée par la loi de Dieu, qui défend de jurer en vain, en avons une [tarticulière par noire rèjîle (|ui i\ou& défend de jurer en (oui, afin d'éviter le |)éril d'un parjure (jui paroît en ce lieu tout évident quant aux termes, puisque l'on y ex[)lique clairement par les paroles que l'on est persuadé d'un fait dont on n'a nullement la créance dans le cœur.

Je me souviens que vous aviez pris autrefois |)0ur devise un passage de saint Hilaire, que dit, qu' « en matieic de religion « il ne doit point y avoir d'intervalle entre le cœur et la bou- « elle dans la déclaration (jue Ion fait de sa créance, et que les « senlimens et les paroles doivent être si unis, (juil ne soit « besoin d'aucune explication. » C'est ce (|ue l'on ne pouriapas dire de cette sorte de signature, où l'esprit et la main se Ibul la guerre, ce (jui ne peut pas donner la paix à la conscience.

Toute sorte de raisons nous devroient porter a ollrir ce que l'on nous demande, s'il étoil en notre pouvoir, uou-seulemenl parce que le rétablissement de notre maison en dépend, mais beaucoup plus parce (jue le respect (jue nous |)ortons à vos senlimens nous donneroil celte inclination, si l'infirmité de notre conscience ne rein|)orloit par-dessus celte autorité si forte, mais (|ui étant après tout une juitorilé de cliarité, aura enlin, comme je l'es[>ére, la condescendance de se proportionner a notre foiblesse. (^arje vous avoue (jU(,' ce <|ui me pcnelie leca'urest le nomtju'on dounea notre refus, en l'appelant (ui scandale et un Irès-yrand péché, digne de la privation des sacremens et de tous les Iraileniens que nous avons soullerls jusqu'ici.

En (juel état nous veut-on mettre, mon trèsclirr frère, sinon de nous faire dire, a\ec unesainl(.' lennne, (jue noua sommes en awjoissc de toutes parts, i>ui>qu(' nous ne |)Ou\(»iis eloutVerla peine de nolie conscience, (,1 tintii dciiK iiiaul dans la disposition où nous sommes nous nous trouverons criuiinelles, loisqiic nous ne crai;:nous rien que d'otVenser Dieu'.' .Mais j'espère plus «le sa boute el de la votre; de celle de Dieu «jui juge le fond de noire cœur, el de la Notre <|ui est si éloignée en

toute autre chose de ])orler des juji^cniens si pleins de rigueur. J'espère donc, qu'encore que vous nous assuriez que nous pouvonssiguer sans péché, vous vous relâcherez à dire que ne pouvant surmonter notre scrupule, nous pouvons préférer le repos de notre conscience à tous les jugemens qu'on fera de nous. Pour ce qui est d'exposer les âmes foihies de notre communauté, nous ne voulons insinuer nos sentimens à personne, mais plutôt leur repn'senter les vôtres, et les laisser libres de faire ce qu'elles voudront. Je crois néanmoins, par l'expérience que nous en avons déjà faite, que le nombre sera petit de celles qui surmonteroient la peine et l'aversion qu'elles ont de toute signature du formulaire de Rome, Mais je vous supplie très-humblement de me dispenser de leur dire qu'il y auroit grand péché de ne point signer, puisque cette alternative ne rend pas plus croyable que la signatiue soit plus permise, mais que c'est une exagération qui fait mettre la signature au rang d'une loi indispensable.

Pardonnez-moi, s'il vous plaît, mon cher frère, si je décharge ma douleur d'une manière (jui [)eut sortir un peu des bornes du respect que je vous dois. Je parle plus par mouvement que par réflexion, parce que je laisse à mon cœur la liberté de s'ouvrir à vous, dans une occasion où je ne saurois n'être pas fort sensiblement touchée de ce qui se passe. Cela n'empêche nullement que nous ne reconnoissions votre affection à noire égard, et que nous n'en ayons un extrême ressentiment. Je vous supi)lie très-humblement de le croire, et d'assurer M. l'abbé de La Lane que je regarde de même celle qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire, mais que je le supplie très-humblement de nous juger avec plus d'indulgence, puisque Dieu fera miséricorde à ceux qui auront fait miséricorde en excusant les foiblesses que l'on ne peut vaincre. Nous demandons à Dieu qu'il ne nous réduise pas à l'état de Job, qui avoit tous ses amis pour adversaires, au lieu que nous avons eu jusqu'ici tous les nôtres pour protecteurs. Et j'ose me mettre à la place d'Ezéchias, en désirant que la paix el la vérité soil faite en mes jours (jui ne peuvent plus aller loin. Je me reconunande de tout mon cœur à vos saints sacrifices. Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul.

1)1.11. — A M. DE si:vi(;>E.

DLII.— A M de Sévigné.

Elle lui lémoigue sa joie de la liberté de M. de Sacy.

Ce 2 novembre '1668).

J'ai attendu la fin du mois pour vous envoyer vos billets. Vous êtes satisfait de tout ce ipie le sort vous donne, parce que vous avez des.-ein de profiter de tout. Encore qu'il y ait eu beaucoup d'interNalle depuis votre dernier billet, nos atlaires sont aussi peu avancées (ju'elles lï'loient en ce lenips-l.i, mais je suis réïoliie de ne m'en pas ennuyer, et dalleridrc avec indiflérence ce que Dieu ordonnera de nous en prati(|uant la maxime de M. d'Aiii^ers, (|u'il faut laisser taire Dieu, parce qu'il lait bien toules clioses, et (piil n'y a de mal (jiie ce (|u'ii ne fait |)as.

Si nous avcMis l'iiomieur de voir madame la maicpiise, ce sera pour lui |>arler de l'éternité, et non pas d'un temps aussi misérable (jue celui (|ui s'est passé depuis notre séparation. Et je suis bien éloijrnée, grâce a Dieu, de vouloir faire aucun reprocbe à personne. Si elle avoit i»u recevoir une bonne conduite de M. Cbamillard, je mettrois à [)art le trailemeiit (ju'il nous a fail, pom* me réjouir de l'avantage qu'elle en auroit reyu. Mais l'Evangile m'aiiprend (ju'on reconnoîtde tels propbèles a leur fruit.

Je vous rcMuercie très-bumblement de la Iraducliou de votre pseaume. Tous les présens ([ue vous me faites m'instruisent et médilienl, de vous voir toujoms appliqué au\ vérités h;s plus solides.

L'on nous a recom'.nandé monsieur votre neveu <pii va en Candie. Je prie iMeu «piil ail encore plus de dessein de signaler sa foi que sa valeur. J'admire le courage de ceux (jui font de si grandes actions et qui n'ont, pour la plupart, que la gloire du monde devant les yeux, et pour motif l'obligalion <le leur naissance ; au li(;u (|ue nous sonunes si lài-Jies a MirmonU-r les moindres diflicullés (|ui se rencontrent dans la voie de Dieu.

Vous pouvez, bien juger de la j«tic (|ue nous avuns de la

liberté de M. de Sacys par celle que vous en ressentez vousmême par un mouvement tout spirituel. Mais pour moi, ma joie tient de l'un et de l'autre, la douhh; liaison que j'ai avec lui me faisant souvenir de ce verset : Cor mcum et caro mea exullaverunt in Deum invum. Car c'est vraiment Dieu qui est l'auteur de cette délivrance, dont on nous avoit ôté l'espérance il n'y a que deux jours. Je vous supplie très-humblement de lui demander sa bénédiction pour nous, et de l'assurer que nous disons de tout notre cœur : Quid relribuam Domino? Si la grâce n'iniprimoit pas la j^ravité et le silence, il y auroit parmi nous des transports et des cris de joie, secundum mullitudinem dolorum meorum, connue sa détention nous avoit [)énélrées de tristesse.

DLIII. Au Roi.

Sur son droit à r.Thbaye ile Port-lloyal.

Du 17 novembre 1668.

Sire, Le profond respect que nous devons aux ordres de Dieu et à ceux de Votre Majesté nous a réduites, depuis se[)t ans, à soufïVir dans le silence l'accablement de toutes sortes d'afflictions (|ui nous ont rendues un spectacle de douleur à toute la Fiance, et, si je Fosiî dire, à toute l'Éylise, sans avoir osé implorer dans une extrémité si jurande la clémence de Votre Majesté, quoique ce soit une qualité conmnme à tous les grands princes (|ni sont conmie vous, Sire, limage de la bonté aussi bien que de la puissance de Dieu, que d'être l'asile de leurs sujets (juand leur innorcnce a besoin de leur royale lirotection.

Quoique nous fussions persuadées (|uc la justice de V. M. ne nous refuseroit ()as celte grâce si elle étoit informée de notre innocence, nous n'avons osé nous la promettre [)endant que les contestations (jui trouhloient la paix de l'Église obscurcissoient si fort le fond de cette grande affaire, (lu'il étoit facile à des personnes mal atïeclionnées de prévenir contre nous

' II toitil de la Uisl Wv le nieicicdi :5I uelobic Il>G8.

DLIII. — U Rul. 273

l'esprit de V. M.; mais maintenant que sa lumière et son équité ont dissipé ce nuage et rendu le calme à l'Eglise de France, ce seroif, Sire, diminuer quelque chose de ce qui est dû à la piété de V. M. de craindie qu'elle voulût exclure de la participation delà paix une communauté si affligée, que Ion napris sujet dinquiéter jusqu'ici, que parce qu'on prétendoit qu'elle étoit devenue suspecte pour avoir été conduite par les mêmes personnes que V. M. vient d'honorer du témoignage de son approbation et de sa bienveillance.

C'est pourquoi ne pouvant plus douter. Sire, que les raisons qui ont persuadé V. M. de leur obéissance à l'Eglise ne la persuadent aussi de la nôtre, puisque nous en avons il y a longtemps donné les mêmes marques, lorsque M. Tarchevêque de Paris entra dans le diocèse et qu'il exigea de nous un témoignage de notre soumission à la condanmation que les [>apes Innocent \ et Alexandre VII ont faite dans leurs constitutions des erreurs contenues dans les cinq propositions, ce que nous finies très-sincèrement par la signature que nous lui envoyâmes alors , j'ai cru ne devoir i)lus appréhender de me jeter aux pieds de V. M. pour lui présenter ayec un profond respect les larmes et les prières de (juatrc-vingts filles, dont Dieu m'a en (juelque sorte rendue la mère, n'y en ayant pas une (jue je n'aie reçue dans cette maison depuis plus de soixante ans qu'il y a (lu'il m'a fait la grâce de l'y servir.

Je ne sais pourcjuoi Dieu m'auroit conservé la vie jusqu'à un si grand âge et parmi tant d'afflictions et de maladies, qui ont pensé me la faire perdre plusieurs fois depuis quatre ans, si ce n'est peut-être j)Our porter devant lui la recounoissance dont je serai redevable à la piété et à la clémence de Votre Majesté, si elle daigne accorder sa protection à cette comuninauté qui l'implore dans une occasion où elle ne peut éviter de prendre cette hardiesse, puiscpie nous ne saurions. Sire, demander qu'à Votre M;ijesté de révoquer par sa justice ce «|ue l'on a obtenu d'elle par une surprise manifeste, quand on l'a portée à donner le brevet de cette abbaye (en mai KKiH) à une de nos religieuses (la sœur iMariede S.iiute-Dorothi e Perdreau) qui s'étoil déjà intruse dans la charge d'abbtsse triennale par une élection irrégulière (le \A novembre l()(i,'Si,quoi-

T. II

qu'elle n'ait ni les qualités d'esprit, ni celles de la vertu qui sont nécessaires pour bien gouverner les autres.

Le respect que je dois à Votre Majesté ne me permet pas de lui exposer ici toutes les nullités qui se rencontrent dans les huiles (du 7 juin) que cette religieuse vient d'obtenir de Rome, ensuite desquelles elle a pris possession (le 6 novembre 1608), nonobstant nos oppositions, que nous lui avons fait signifier par un acte signé de nous toutes, qui est entre ses mains (du 41 juin 1668).

Mais ce que j'ose, Sire, représenter à Votre Majesté, est que le droit d'élire notre abbesse, dont nous jouissons depuis près de quarante ans, étant une grâce dont nous sonmies redevables à la piété du feu Roi, votre père, de glorieuse mémoire, qui nous l'avoit accordé à la prière de la Reine, sa mère, aïeule de Votre Majesté, laquelle nous avoit fait l'honneur de se déclarer fondatrice de notre monastère de Paris, nous ne saurions croire que Votre Majesté ait voulu empêcher l'effet de leurs pieuses intentions, mais bien plutôt qu'on lui a mal exposé l'état véritable de celte affaire, puisqu'on ne lui a pas fait entendre que quand même on auroit voulu nous inquiéter dans notre droit d'élection, on n'auroit pu, Sire, établir une autre abbesse titulaire durant ma vie, puisque le feu Roi, votre père, m'ayant honorée de sa nomination pour la coadjulorerie de cette abbaye dont j'avois obtenu les bulles et pris possession dès Tannée 1620, je n'ai donné ma démission en faveur du droit d'élection, que la feue mère Marie-Angélique, ma sœur, et moi désirions de voir établir dans ce monastère comme le plus grand moyen d'y établir la réforme, que sous la condition et pour autant de temps que cette succession d'abbesse triennale se conserveroit dans cette abbaye, me réservant le pouvoir d'y rentrer s'il s'y faisoit quelque changement.

Ce n'est point cela néanmoins. Sire, que je désire d'obtenir de l'équité de Votre Majesté; je sais trop par expérience le poids de cette charge, qui oblige de rendre compte à Dieu des âmes de qui l'on a eu la conduite, pour ne la pas appréhender en un âge où je suis si proche de lui aller bientôt rendre compte de la mienne. Mais comme l'autorité souveraine que

DLIII. — Al ROI. -Ith

Dieu a mise entre les mains de Votre Majesté l'oblige à procurer le bien de tous ses suj» ts, et surtout des personnes (bibles et des humbles, dont lui-même se déclare le père et le protecteur, c'est pour celles qui dans ce nombre peuvent passer pour les plus alfligées, (|ue je vous demande, Sire, un rejrard favorable, puisqu'il suffira pour essuyer toutes leurs larmes et pour faire cesser tous leurs maux, dont la représentation touclieroit certainement de itilié la bonté de Voire Majesté si josois entreprendre de lui faire le tableau de l'étal oii se trouve réduite, di'puis quatre ans, une conmiunauté religieuse que l'on a dépouillée de tous les secours tem|)Orels et spirituels qui [»euvenl la faire subsi>ter, et exposée dans un si grand abandonnement a des exliémiles dont la seule protection de Dieu l'a préservée jus(ju'à celte heure.

Voire Majesté, Sire, qui a autant de lumière (jue de justice pour pacilii.r les cliosts les plus dilliciles, n'aura pas peine à mettre la dernière main à ce grand ouvrage de la paix de l'Eglise (jui lui a ac(|uis tant de gloire; et elle jtrendra sans doute plaisir à éleiiulre jus(ju'à la dernière étincelle le feu de ces conlestalions (jui l'avoient troublée, en rétablissant les ruines qu'il a faites dans celle maison, afin (|ue les personnes qjii la composenl, et tjui n'ont point d'aulic emploi que de prier Dieu et de le louer, soient continuellement occupées à lui otVrir leurs vœux pour la [irospérité de Votre Majesté, avec toute l'ardeur ijue leur inspirera la leconnoissance d'un si grand bienfait.

Encore (jne je sois, Sire, la moiiulre de toutes, je me trou- Nerai la plus redevable, si Voire Majesté daigne avoir (piehpie compassion pour la douleur d'une mere(pii ressent l'aftlit tion et le péril de tant de filles. Celle douUur est si vive, «pTelle [•eut en partie excuser la hardiesse que j'ai osé pieiidie d'importuner \olre Maje>lé par ce long récit <le nos peine.^; et je me promets de su boute qu'elle voudra bien me |iardouner ce (|ue Diuu pardonne tous les jours aux plus misérables, (|uand ils ont recours a sa miséricorde au plus fort de leur afllrction èl de leur crainte.

Je lu supplie, Sire, qu'il comble de ses plus saintes bénédictions \oUe personne sacrée, pour ^u propre gloii e. porrr le «^a-

lut de Votre Majesté, el pour le bonheur de ses peuples. Ce sont les vœux les plus ardents, et les souhaits continuels de celle qui est, avec un très-profond respect, etc.

DLIV. — A Mgr. de Péréfixe, archevêque de Paris.

Au sujet de la paix de rÉglise, qu'il semblait qu'il dût faire suivre de celle des religieuses de Port-Hoyal.

2i novembre l()68.

Monseigneur, Je n'avois que trop de sujet, par mon âge et par l'état où nous sommes, de croire qu'il ne se rencontreroit peut-être jamais plus d'occasion où je pusse importuner Votre Grandeur par mes lettres. Je me suis même vue plusieurs fois toute proche de n'avoir affaire qu'à Dieu seul et à son jugement suprême, où les pauvres et les affligés ont un droit particulier d'espérer qu'ils obtiendront miséricorde. Mais quand on nouscompteroit en efTet au rang des morts, je pense, Mgr, que, quand Dieu a parlé aussi favoralîlement qu'il vient de faire en rendant la paix à l'Eglise , on peut dire que ceux mêmes qui sont dans les tombeaux doivent revivre en entendant cette voix, et doivent parler pour lui témoigner leur reconnoissance.

Il est bien j uste après cela, Mgr, que je vous rende aussi de trèshumbles actions de grâces de ce que vous daignez vous appliquer, comme on nous en assure, à chercber les moyens de nous faire avoir part à ce bonheur universel : à quoi vous n'aurez jamais de peine, Mgr, quand vous voudrez bien m'écouter par les sentimens de votre bonté et de votre équité naturelle, et que vous ne donnerez plus de créance aux personnes mal affectionnées qui s'efforcent de vous rendre notre sincérité suspecte, et qui vous auroient irrité très-justement contre nous s'ils avoient pu prouver la moindre des calomnies qu'ils ont osé, encore depuis peu, avancer dans des écrits publics où ils nous font passer pour des personnes qui font une Eglise nouvelle, et qui ne reconnoissent plus la véritable Eglise, mais (jui se sont séparées de ses pasteurs et de sa foi. J'avoue, Mgr, que nous avons besoin de quelque modération, pour pardonner de tels excès à un prêtre et à un docteur qui s'attribue

1)1.1 V. — A M. l'archevêque DE PARIS. "277

d'avoir toujours agi par vos ordres en ce qu'il a fait en cette communauté; mais nous ne trouvons nullement étrange (|ue, sur de telles suppos-ilions, vous ayez pu nous traiter comme criminelles, puisqu en effet nul crime n'égaleroit le nôtre, si nous étions, comme le dit M. Cliamillard ', des maîtresses d'erreur qui dogmatisent comme les hérésiarques, et qui répandent dans les âmes le poison de l'hérésie, au lieu de les nourrir du lait de la [)iélé.

Je veux espérer, Mgr, de trouver encore assez de créance dans votre esprit, pour oser me promettre que vous me ferez la justice de recevoir le témoignage que je vous rends eu la présence de Dieu, comme de l'unique témoin de mon cœur et de la sincérité avec la([uelle je vous parle.

Il y a {)lus de soixante ans que je le sers dans celte maison. J'y ai vu établir la réforme et l'étroite observance par le zèle et la jtiété de feu la mère Marie-Angélique, ma sœur, qui en étoil abbessc. Elle a toujours eu soin depuis de procurer à sa communauté la conduite des directeurs (jui avoient la réputation d'être les plus saints et les plus éclairés. Saint François de Sales a été de ce nombre, qui lui a donné jusqu'à sa mort ses avis par ses lettres, et j'ai eu part à celte grâce. Le père Suffren, jésuite, avoit une affection [larticnlière pour celte communauté, et nous rendit beaucoup d'assistances spirituelles, ainsi (|u'oiit fait plusieurs autres personnes de grand mérite et irré|»rochables, qu'il est superllii de nounner. Après avoir été instruites de cette sorte pendant tant d'années, il scroit impossible (ju'il se fût fait un si grau'l changement dans l'esprit et dans la conduite de ce monastère, que d'y avoir renversé les fondemens même de la Religion cl de la foi, sans que |)as une de nous s'en fût aperçue. Or, je le déclare a Votre Grandeur, et nous sonnnes toutes prêtes de le témoigner à l'Eglise, qu'on ne nous a jamais enseigné d'autre doctrine et (jue nous n'avons jamais eu d'autre créance {|ue celle que l'Eglise enseigne à ses enfaiis, (|ui est la même aujourd'hui qu'elle étoil il y a soixante ans et qui ne change jamais parce que la vérité est immuable.

1 Apparemment dans son écril inlilulé : Déclarulion de la amduUe qu'a (ênw M. iarrh^rfqui' dr PnriK rnnlr^ («•» Hdigicitseê d<' Port-Rnynl.

J'ai cru, Monseigneur, vous devoir faire cette protestation tout de nouveau, dans le temps que Votre Grandeur daigne s'appliquer au jugement qu'elle doit porter de nous, afin que des jugemens si désavantageux n'obscurcissent point la lumière par laquelle elle se conduira dans cette rencontre, mais que sa sagesse et sa justice lui fassent discerner combien il a été facile que la calomnie lui ail fait passer une peine de conscience pour une opinion criminelle, en posant ce fondement si faux, que nous avons de mauvais sentimens contre la foi et que nous n'avons point été sincères quand nous avons souscrit entre vos mains, Mgr, à la condamnation des erreurs que les papes ont condamnées. C'est en ce point, Mgr, que nul témoignage n'est véritable, que celui que chacun rend de soi-même. Dieu demande la créance du cœur pour nous rendre justes, et il exige la confession de la bouche pour nous donner part au salut qui ne se montre que dans son sein.

Recevez donc, s'il vous plaît. Monseigneur, celle que je vous ai faite ici comme à Dieu au nom de nous toutes, et ne différez plus à nous donner votre bénédiction avec toutes les grâces qui en seront une suite, dont une des plus grandes sera de pouvoir persuader à l'avenir à Votre Grandeur, par toutes sortes d'expériences, avci", quelle soumission et quel profond respect nous sommes toutes, et moi en particulier, etc.

DLV.— A Madame la duchesse de Longueville*.

Elle la remercie de tout ce qu'elle avoit fait poiir la paix de l'Église, et de tout ce qu'elle taisait encore afin de la procurer aux religieuses de Porl- Royal.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

(Novembre) 1668.

Je n'ai pu. Madame, me réjouir pleinement de la paix de lEglise, qu'après la liberté de M. de Sacy. C'est ce qui a relardé

1 Anne-Geneviève de Bourbon, née le 28 août 1620. Elle épousa, le 2 juin 1642, Henri d'Orléans, duc de Longueville. Elle esi morte le 15 avril 1679. (Voyez un abrégé de sa vie, Hist. de Port-Royal (D. Clémencel\ t. VII, p. 55 et suiv.)

DLVI. — A M. DE SÉVIGISÉ. 279

les très-humbles reconnoissances (jue nous devons à Votre Altesse Sérénissinie d'avoir travaillé à ce grand ouvrage avec tant de zèle et d'aOection. Je sais, Madame, que vous avez la bonté de continuer à faire tout ce qui se peut pour nous faire avoir part à ce bonheur universel. 11 y a présentement tant de difficultés, qu'il seroit besoin d'un miracle pour faire réussir votre dessein; mais il est facile à Dieu d'en faire autant qu'il sera nécessaire fiour accomplir ses desseins. J'espère qu'il nous fera la miséricorde de nous faire accepter de bon avwv tout ce qu'il ordonnera, et ce sera un miracle de sa grâce qui sera préférable à tons les antres.

Quoi (ju'il arrive, Madame, vous aurez le mérite d'avoir fait tout ce (pie Dieu deuiandoit de Votre Altesse Séréuissime qu'il a mise en une place si éminente pour être la protection des petits: ce (|ui fait la principale partie des moyens qu'il donne aux grands pom- 1» s sauver, comme il donne à ceux qui reçoivent leurs bienfaits l'humble reconnoissance qu'ils doivent à leur secours. J'espère, Madame, qu'il noiis rendra dignes de satisfaire à ce devoir, et (]ue rums ne tondjerons jamais dans l'ingratitude et dans l'oubli qui y sont si contraires.

Je suis, avec un Irès-profond respect. Madame, votre trèshumble et très-obéissante servante.

DLVI.— A M. de Sévigné.

Sur l'iiislabililt^ où i-llt-s élaienl nar les projets de (ran.slution dont ou parlait encore. Mlle lui envoie un liiilel pimr le dernier mois de l'année.

Ce dimanclic 2 dtct'mbre (!668).

Vous avez tant de bonté pour nous, mon très-cher frère, <ju'il semble (|ue vous ne soyez occupé «pie de ce(jui nous ro garde.el (|U(; vous soulfriez par avance de ce (ju'on nous >eut chasser de nos maisons '. Je crois néanmoins que cela nous |irollte, parce (ju'elle est accompagnée de réflexions si bonnes et si loïKliaules, (|u'elles m'ont extrêmement édiliéi'. Vous

' Par une translation.

parlez des événemens les plus fâcheux comme étant des effets absolus de la volonté de Dieu; ce qui est bien plus capable de les faire accepter^ et même qui oblige à les adorer et à les aimer, que quand on en parle comme s'il ne faisoit seulement que les permettre. L'on sait bien qu'il n'a aucune part à la mauvaise volonté des hommes, mais en les dirigeant comme il fait pour des fins très-saintes. Il n'y a que cela qui doive être l'objet qui calme notre esprit. Et s'il arrive, comme vous l'espérez, que nous tombions entre les mains d'un charitable prélat, qui a pi lié de nous comme de la poussière que le vent emporte de dessus la terre, nous serons fort heureuses d'y trouver toutes sortes de secours spirituels, quand même nous n'aurions pas où reposer notre tête. Vous voulez donc faire de surérogation ce que nous serons obligées de faire par nécessité, et vous rendre volontairement instable, pour nous donner l'exemple d'accepter de bon cœur l'instabilité où Dieu nous réduit.

Nous avons une extrême joie de la délivrance de M. de Sacy, même pour notre intérêt, ne voulant pas quitter notre part des nouvelles grâces qu'il aura acquises dans sa solitude, et que Dieu veut qu'il com.Tiunique aux personnes qu'il lui a données, du nombre desquelles je vous ai considéré le premier. Et cependant il vous est échappé bientôt ', et vous a laissé dans la privation d'une consolation si juste, pour demeurer dans l'état d'un vrai pénitent qui est, comme vous dites, un pèlerin qui ne fait que passer par tous les lieux les plus agréables.

La providence de Dieu vous a préparé une demeure pour le dernier mois de l'année; ce qui signifie qu'elle ne doit point changer : ce sont les plaies sacrées de Notre-Seigneur Jésus- Christ, où saint Tliomas a trouvé tant de lumière et d'amour. Etant dans les trous de celle pierre, vous serez à couvert de toutes les surprises de vos ennemis; et en disant seulement : Mon Seigneur et mon Dieu, vous vous trouverez dans une parfaite assurance.

• Ce l'ut vers le 25 uoveinbie iCOH que M. de Sacy se relira à Pomponne.

DLMI. — A LA NiLK J'tRPÉTLE. '281

DLVII.— A la sœur Perpétuel

Sur l'espérance que la paix serait aussi rendue au monastère de Porl Royal.

Gloire à Jésus au Très- Saint-Sacrement î

Ce 5 décembre 1668.

Vous n'avez point perdu de temps, ma très-chère sœur, pour nous témoigner les bons mouvemens de votre cœur qui vous lait sentir de loin une paix et une délivrance qui nous paroît encore fort éloignée; néanmoins, comme ce doit être l'ouvrage de Dieu, les difficultés qui s'y rencontrent ne nous doivent point empêcher de croire que cela arrivera aussitôt que son heure sera venue. Cependant, je vous assurerai que nous n'avons point perdu l'affection ni le souvenir de notre petit troupeau dispersé; et que c'est un grand préjugé (jue. Dieu nous voudra unir pour toujours, de ce qu'il vous a donné la persévérance à ne désirer autre chose depuis notre séparation. Je ne doute point que noire sainte mère Angéli(jue ne nous assiste de ses prières; mais je ne sais si c'est son sentiment que nous soyons en repos, car elle connoîl bien mieux (jue nous le besoin que nous avons d'être humiliées, et de réparer dans la solitude les fautes que nous avons faites dans la conversation avec le monde dont les grandes conuuunautés sont toujours obsédées. Si nous nous retrouvons dans la même nécessité, ce ne sera pas sans regretter le silence de notre désert, (jui seroit bien plus agréable, s'il n'éloil accompagné de très-rudes privations des choses les plus saintes, dont il n'est pas permis de désirer la conliuualiou, mais (ju'il faut soull'rir néanmoins autant de tem|)S tpie Dieu l'ordonnera.

Je vous remercie très-humblement, ma très-chère sœur, du présent cpi'il vous a plu de me faire par ma sœiu' Cuvilliers ' ; il me représerile (jue (luaud les croix (jue Dieu nous envoie

' La sdur Jeanne-Marie de Sainle-Perpélne llurlol, veuve Ua/in, jiiil riial)il de novice à l'orl-Ilo) jl-des-Clianips le 2.'J avril 1661 . Klle fui oMi^jée d'en sortir le i mai suivant. Elle y revint en 1669 après la paix, et lit profession le 3 oclohre 4 670. Klle est morte le 30 août 1678.

.Marie (jiivillicrs, l'une des posluhntes qui sortirent de Porl-Uoyal.

sont embellies des saintes affections avec lesquelles on les reçoit, il n'y paroît rien que de fort agréable. J'attends cet effet de vos prières, que je vous demande très-liumblement, afin de ne point recevoir en vain une grâce si particulière de souffrir quelque chose pour l'amour de Dieu.

Je suis, ma très-chère sœur, entièrement à vous.

DLVIII.— A M. de Sévigné.

Elle le remercie de ses bienfails, et témoigne sa compassion de la conduite de la sœur Dorolliée.

23 décembre (1668).

J'aurois gardé le silence, mon très-cher frère, le reste de l'année, si vos bienfaits ne m'obligeoient à le rompre, pour vous en rendre de très-humbles actions de grâces; ce que je fais avec d'autant plus d'affection que j'ai de confusion de ne pouvoir faire que cela pour vous témoigner ma reconnoissance. Je n'aurois fait (jue vous envoyer votre billet de Noël, où Noire-Seigneur vous parle lui-même. Je crois que vous serez consolé des paroles de douceur et de bonté qu'il vous dit, comme un véritable Emmanuel qui vient nous honorer de sa présence, afin de nous obliger de ne désirer point d'autre compagnie que la sienne, encore que pour y être il faille demeurer en un état oîi il y a bien des incommodités à souffrir. Mais il ne faut que vous entendre parler pour demeurer d'accord que c'est le meilleur pour nous, puisque la santé est préférable à tous les maux qu'il faut souffrir pour la recouvrer.

L'exaltation de l'abbesse * nous est assez indifférente, pourvu que nous n'y prenions point de part, en lui cédant volontairement un lieu pour dominer selon son désir qui nous fait grande pitié. Je ne sais comme elle fera [lour adorer Jésus- Christ enfant, et si elle peut oublier la terrible sentence (ju'il a prononcée : Que si nous ne devenons semblables à lui dans cet état, nous n'entrerons point dans le royaume des deux. Je la plains extrêmement de l'aveuglement où elle est; et je me plains moi-même de ne pas assez connoîtix^ la visite de Dieu

' De l^rt-Roj;tl de Taiis, Mario do Saiiite-Dorotluc Perdreau.

ni.IX. — A MADAMK DK I.ONGIEVILLE. 283

qui nous paroîl, comme dit votre billet, la tèle toute remplie du serein de la nuit ( Cant. c. .%, v. •2) ; ce (jui est bien plus avantageux que d'avoir une crosse à la main, et de ne point craindre la |)rophélie de la sainte Vierire (juaiul elle dit : Deposuit patentes desede.

Je me reconmiande, mon très-cher frère, à vos prières, et je l»rie f)ieu qu'il me fasse la grâce de lui en otlrir pour vous qui lui soient agréables.

DLIX —A Madame la duchesse de Longueville.

Pour la remercier des soins qu'elle avait pris an sujet <ie la lianslalion des religieuses de Port- R«ijal-des-Cham|)S dans les diocèses de Sens ou de Meaux, et qui n'avaient pas réussi.

{F in de 1668.)

Je ne doulc pas, Madame, (pie la bonté de Votre Altesse Sérénissime ne m'excuse de manquer de paroles qui soient dignes de lui rendre Us très-liumbles actions de grâces que nous lui devons, au lieu (pie mou silence seroil inexcusable, sachant , Madame, que Votre Altesse Sérénissime s'intéresse si fort dans ce (pii nous regarde, et qu'elle continue de le faire lors même (juil y a moins d'apparence que nos allaires réussissent selon son désir, ce (jui couronnera sa charité, dont Tune des [irincipales (jualités c'est d'être audessus de tous les événemens et de ne finir jamais.

C'est, Madame, l'avantage! (pi'il y a de s'enqdoyer aux affaires de Dieu, (|ue l'on ne perd rien, encore (juc l'on perde tout ce que l'on avoit sujet d'c.'spérer, parce tiuece que Dieu refuse d'un côté, il le donne de l'aulri-, en tiraul des privations dans lestpielles il nous laisse lomber, autant d'avantages pour notre salut, lorscju'on les accepte de sa main parune parfaite soiunission à ses ordres, ipiil y en auroit eu dans la possession des choses <|ue l'on soubailoit |iour la même lin ; mais il fautpoincela exercer sa foi, (pii nous oblige de croire que Dieu |)0uvant toutes choses, il tiici.i le bien du mal et la Inuiirre des téui'bres.

I..a récompense intérieure et spit ihidle cpic Dieu thuine aux t)ons desseins (jUc l'on a pour son service, ne iin' pi.'rmet |>as

Page 1