LETTRES UE I.A MÈRE AGNÈS
de penser que Votre Altesse Sérénissime puisse avoir regret à tant de peines qu'elle a prises pour une affaire dont elle voit un succès tout contraire à ses intentions ; il n'y aura que dans le ciel, Madame, où Dieu comblera de biens le désir de ceux qui n'en auront point eu d'autre que d'accomplir sa volonté dans la terre. C'est, Madame, à quoi il dispose Votre Altesse Sérénissime par lessentimens qu'il lui donne d'une piété extraordinaire, ce que je la supplie très-liumblement d'accroître de plus en plus.
DLX.— A M de Sévigné.
Il faut éviter d'avoir la main ouverte pour recevoir, et fermée pour donner à Dieu.
Ce 4 janvier (1669).
Je n'"aurois pas manqué, mon très-cher frère, de vous saluer très-humblement au commencement de celte année, si la mort si surprenante et si affligeante de notre bon frère', et le voyage si prompt de N. ne m'c^n eussent ôté le moyen.
J'ai tâché de m'acquitler devant Dieu de ce que je vous dois, et les billets qu'on vous aura donnés vous auront dit de meilleures choses sans comparaison que ce qui me seroit peut-être venu dans l'esprit. J'espère que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous accordera cequevous lui avez demandé, en un jour auquel les prémices de son sang crient miséricorde à Dieu pour nous. Mais il reste à lui faire un présent à celte grande fête, où ceux qui ne le connoissoient point lui ont offert des dons, pour apprendre aux fidèles dont ils sont les patriarches, de ne pas tomber dans la faute que le Sage nous avertit d'éviter, qui est d'avoir la main ouverte pour recevoir et fermée pour donner. J'espère que vous recevrez de Dieu ce qu'il vous demande, qui est son parfait amour, qui fera que vous ne manquerez ni d'encens ni de myrrhe, Jésus-Christ n'agréant point l'un de ces présens sans les autres.
Vos prières montent devant lui comme de l'encens, et sa providence vous fournit de la myrrhe dans les amertumes
* Antoine Baudri de Saint-Gilles dWsson, mort le 30 décembre 1668.
1»L\I. — A M. UE SÉVkiNÉ. 285
qu'il vous envoie depuis plusieurs années, parce que vous avez tant de bonté que de vous approprier les nôtres. 11 a plu à Nolre-Sc'igneur d'y en ajouter de nouvelles par la mort de notre bon frère, auquel nous sommes obligées jusques-là (juil éloit prêt de mettre sa vie pour nous. J'espère que votre charité fera dire ijuelques messes pour son repos. Je vous en supplie très-humblement, et de croire que mes rcssentimens de ce que nous vous devons augmentent tous les jours.
DLXI.— A M. de Sévigné.
29 )aHt)ie»(1669).
Vous avez trouvé le moyen, mon Irès-cher frère, de changer notre petit présent en une nouvelle dette, dont je vous demeure redevable, en ayant disposé pour satisfaire a un devoir qui ne m'étoil pas assez présent. Je désire que ce que vous avez dit qui étoil déjà le soit à l'avenir, elquc je ne manque plus à prier Dieu pour celte dame, qui a été si longtemps l'objet de notre vénération, lorsqu'elb- ne respiroit que la solitude d'un monastère pour être uniquement à Dieu.
Je vous envoie im petit billet, qui s'appelle un changement, que l'on tire le dimanche (jue Noire-Seigneur change l'eau en vin. Ce sont autant de pelits miracles, s'il plaisoit à Dieu de les opérer en nous, qui seroient préférables à ceux de Cana, parce qu'ils regardent une lin plus excellente.
DLXII— A la sœur Madeleine de Sainte-Melthide Thomas >.
Sur le désir qu'elle avait d'èlre réunie avec ses sœurs de Porl-Koyaldcs-Clianips.— Avis à ce sujet.
{JanviiT 1669.)
Jo voudrois VOUS avoir témoigné plus tôt, ma très-chère s<cur, le renouvelleutent de; charité qui s'est tait dans mon
' Celle «inr :iv:iii |.iis Ihaljii de novice le 22 juillet \t',\C), el fait profession le 28 oclobre IGl8. Klle est luorU- le i.i otlobre I(i96.
cœur, depuis que j'ai su que vous désiriez de vous réunir avec nous. C'est une marque que l'interruption qui s'en est faite n'a pas effacé vos premiers sentimens pour des personnes qui vous ont toujours aimée, et qui se réjouissent d'avoir l'occasion de vous en assurer de nouveau, s'il plaît à Dieu que vos souhaits, qui sont aussi les nôtres, s'accomplissent. Je crois que vous aurez encore à souffrir de votre côté, et nous aussi, avant qu'il arrive du changement ; mais tout cela servira à nous y préparer, ayant besoin d'une nouvelle grâce j)0ur bien user d'un état qui paroît plus avantageux, et qui ne laissera pas d'avoir ses périls encore plus grands que ceux où nous sommes, puisqu'il y a toujours plus de sûreté à souffrir que non pas à agir. Vous êtes maintenant dans tous les deux, ne pouvant pas faire ce que Dieu demande de vous, qui est de ne prendre part à rien qui soil injuste, sans que l'on vous regarde comme des personnes suspectes, et qu'on ne vous tienne dans une grande captivité '.
Je prie Dieu, ma chère sœur, qu'il vous fasse faire un bon usage de tout cela, et qu'il vous rende digne d'être une des citoyennes de la cité de Dieu, qu'il bâtit au milieu de Babylone, puisqu'on ne peut appeler autrement le lieu où vous êtes qu'un lieu de confusion -, qui menace d'une grande ruine toutes celles qui s'y veulent établir. Vous avez bien de l'obligation à Dieu, ma chère sœur, de vous avoir ouvert les yeux pour voir ce que les autres ne voient pas. Il faut bien ménager cette grâce, et demander à Dieu qu'il vous confirme dans les bons sentimens qu'il vous donne.
Rendez-vous, je vous prie, la plus régulière qu'il vous sera possible, pour l'amour de Dieu i)remièrement, comme aussi pour ne donner point de prise sur vous. Il faut être comme les IsraéUtes, qui bâtissoient Jérusalem d'une main et qui combaltoient de l'autre; et ainsi vous trouverez la paix parmi la
' La suîur Mclliiicle Tlionius irétuil pas la seule qui souliaitail la réuniou. Les sœurs Marguerite de Sainle-Kuphrosine de Creil, el Marie -Aimée de Sainle-Pélagie de Buzenval, élaienl dans les mêmes seuliments. Elles oblinienl tnliii leur obédience pour l'urUllovul-des-Chanips, el y revinrent le lundi de Quasimodo '29 ;ivril 1(569.
* Voyez l'eial où était alor- la rommunnulé de Porl-Roval de Paris. Mrm. hisl. et'chron , l. I, p. 180, I 90 el suiv.
DLXllI. — A M. OK SÈVIGNÉ. 287
guerre. J'espère que Noire-Seigneur vous fera celte double grâce, et que vous me croirez, ma Irès-chère isœur, entièrement à vous.
DLXIII.— A M. de Sévigné.
Au sujet de sa maladie.
2 février (1669).
Votre maladie, mon très-cher frère, m'a été encore plus sensiljle, de ce ((u'étant malade moi-même je ne poiivois vous témoigner la jtart que je prenois à. vos souffrances. Ça été un prétexte à mon amour-propre de ne pas assez agréer l'état où jétois, parce que j'aurois désiré d'avoir plus de liberté pour m'oLCuper des saints mystères. Je crois (}ue vous avez été plus spirituel (jue moi, et qu'ainsi vous les aurez honorés plus parfaitement (jue si vous aviez été en santé. Une de nos sœurs me fit sortir de mon erreiu-, en médisant (ju'ime toux fâcheuse (jue j'avois étoit mon Allchua; ce (jui me fit agréer depuis d'être privée de toutes les manières de louer Dieu. Ce qui se passe maintenant à notre égard est un autre sujet extraordinairedc louer Dieu \ J'espère qu'il nous fera la grâce de n'avoir rien à dire après tout ce qui arrivera, sinon Amen, et Deo (jralias, à (juoi vous répondrez Fiai, fiai, (jui sont des paroles de résurrection et (jui ne peuvent venir (|ue d'une vie nouvelle.
DLXIV.— A M. de Sevigné.
Sur la crainlc des religieuse^ de Porl-Royal de dissiper, par des visites trop soudaine:», le iVuil de la paix qui venait de leur èlre rendue*.
Ce 2.3/'.TnVr^1GG9;.
Nous ne craignons rien, mon très-cher frère, que de dissiper
' F.a paix de l'f'Iglise, cpii (ut conclue le 2 février.
* l.c 14 février, les religieuses de Pidl-Ilfiyal-des-Clianips sii^nèrenl une roipiélc el une lettre à l'arclievècnie de Paris, (|ui lui lurenl |>résentées le 4Gpi»r lé\»'*(jue de Meaux. I.e leniiemuin, Mgr de l'én-lixe rendu une urdunnauce par Liquelle il rélalilil les r<ligieuses dans la p:iilicipalii)n des sacrenienl.i et dans les auires droit-» dont elles étaient privées depuis [dusieurs années. Cetli- ordonnance leur lui iippmli'e le |s pnr M. de ji Hiiineii.-re (Vujex il/«f». /il*/, il (hrnn.. \.\. \\.i't\ )
le fruit de notre paix, par des visites trop soudaines. Nous voudrions être un temps fort notable /ior<MSco«c/usws,/bnss?g'na<us, et Dieu nous avoit inspiré d'être un an dans le recueillement, pour honorer les saints anges qui nous gardent avec bien plus de soin que ne faisoient les archers ' ; néanmoins, comme ce n'est point du tout par indifférence au désir de nos amis, qui s'ennuieroient trop de ne pas voir la résurrection des morts, nous n'avons pas osé faire ce vœu-là, comme nous en avions l'instinct. Mais la providence de Dieu, qui a réglé tous nos événemens, nous a marqué un temps que nous ne saurions avancer sans une précipitalion qui lui seroit désagréable, qui est de passer le temps de la sainte pénitence dans le même état que depuis quatre ans et demi, qui n'empêchera pas que nous ne soyons cor unum et anima una, puisqu'au contraire nous en serons unis plus saintement. Je vous prends donc, s'il vous plaît, pour entremetteur entre ces bonnes demoiselles et nous, qui se purifieront comme nous désirons de faire depuis ce temps-là. Nous avons ici des frères et autres parens de nos sœurs, qui ont déjà été renvoyés avec de très-humbles excuses, n'y ayant rien de si juste, comme vous le dites, que de goûter combien le Seigneur est doux. Ce nous est un grand avantage d'avoir des amis et des amies qui ont ce même dessein, que je supplie très-liumblement de pratiquer en notre faveur, afin que le feu de la sainte charité se conserve mieux étant couvert de cendres, au lieu qu'il s'évaporeroil un peu étant découvert.
DLXV. — A Madame la marquise de Sablé.
Elle lui témoigne sa reconnaissance, et l'assure de ses prières pour lui obtenir la grâce d'être entièrement à Dieu.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Le 25 février (4669).
J'ai été fâchée contre moi-même, ma très-chère sœur, de n'avoir pu me donner Phonneur de me présenter devant vous
1 1.a garnison qui était à Pnrt-Royal-des-Champs était partie Je 20 février.
DLXVI. — A M. DE SÉVIGNÉ. 289
depuis que nous sommes visibles ; je me serois persuadée que vous l'auriez eu agréable, après avoir reçu tant de témoignages de l'honneur de voire amitié; mais au milieu de ct'S belles espérances, le silence que vous gardez envers nous m'a fait entrer en défiance que mon peu de mérite ne m'eût fait décheoir dans votre esprit, et qu'ainsi je ne devois pas m'en tant promettre. Que vous plaît-il que je fasse, ma très-chère sœur, de ces deux opinions : suivroi-je la seconde ou la première? Je suis résolue, quoi qu'il en soit, que je ne perdrai point courage, et que je ne penserai qu'à m'atfermir dans les reconnoissances que je dois à toutes vos bontés, quand je duvrois être privée d'en recevoir de nouveaux effets.
Nous ne vous avons pas oubliée devant Dieu, ma Irès-clière sœur, pendant nos afflictions, et nous le ferons encore moins s'il lui plait dans nos actions de grâces de n'être plus du nombre des petites chiennes (jui ne mangeoient que des miettes qui lomboient de la table; nous étant maintenant permis de nous asseoir à la table des enfans de Dieu , nous serions bien coupables si nos prières ne devenoient pas meilleures, et n'altiroienl sur vous, ma tiès-chère sœur, des grâces efficaces pour vous délivrer de tous les empêchemens qui vous font gémir de nètre |)as entièrement à Dieu. Comme je crois que c'est voire désir unique, c'est aussi à quoi nous terminons les nôtres à votre égard; à (juoi j'ajoute la résolution d'être de plus en |)lus.
Votre très-humble et très-obéissante servante,
Sœur Catherine-Agnés de Saint-Pall, R-^' ind'.
DLXVI.— A M. de Sévigné.
Elle lui envoie le billet qui lui cUil échu.
2 mars (4669.)
Pour récompense de votre grand et beau pain béni, Dieu vous envoie pour saint, mon très-cher frère, «t pour protecteur le grand saint Jos«'ph,(jui aconservé/c Fromcnl des J'Uus, l'ayant préservé par ses soins de la fureur d'Hérode. Nous avons une vénération particulière pour ce saint, auquel nous faisons
depuis plus de dix ans des prières continuelles et des vœux que nous avons renouvelés chaque année au jour de sa fête ; et nous croyons lui être redevables de la grâce singulière que Dieu nous vient de faire, de nous avoir tirées d'un pas si dangereux sans altérer le repos de nos consciences. Je vous supplie très-humblement de joindre vos actions de grâces avec les nôtres, et de prier Dieu, par l'intercession de votre saint protecteur et le nôtre , qu'il lui plaise d'achever ce qu'il a commencé , en réunissant avec nous celles * que nous n'avons jamais séparées de notre cœur, et qui ont toujours été le principal sujet de nos vœux et de nos prières depuis notre séparation.
DLXVIl.— A M. Arnauld de Pomponne*.
Sur le rétablissement de Port-Royal. — Les deux filles de M. de Pomponne entrent à Port-Royal pour y être élevées.
(Vers le 8 mars 4669).
Nous étions bien proches de notre liberté, mon très-cher neveu, lorsque vous êtes parti pour votre voyage, puisque c'a été dès le 18 du mois passé qu'on nous a reconnues pour filles de l'Eglise * , et qu'en cette qualité on nous a permis d'approcher de la table de Dieu et de participer à ses divins mystères. Je vous dirai que ce rétabUssement s'est fait d'une manière miraculeuse, en ce que l'on ne nous a rien demandé que nous n'ayons bien voulu donner. Nous avons été si heureusement surprises de la favorable conduite de Dieu sur nous, que nous ne nous pouvons encore remettre de l'étonnement et de l'admiration qu'elle nous a causée.
1 Les religieuses de Port-Royal de Paris.
^ Simon Arnauld, marquis de Pomponne, second fils de Arnauld d'Andilly. Né en 1(318, il lut marié en 1660 à Catherine Ladvocal, qui est morte le 31 décembre 1711. 11 lut envoyé ambassadeur en Suède à la fin de 1665, d'où il revint au mois d'août 1668. Le roi le nomma ensuite ambassadeur extraordinaire en Hollande; il partit le 9 février 1669, et y demeura jusqu'au mois de juillet 1671, qu'il retourna en Suède, où il reçut sa nomination de secrétaire d'Etat. Le 1 8 novembre 1679 il fut disgracié. Nommé ministre une seconde lois en juillet 1691, il remplit celte place jusqu'à sa mort, le '26 septembre 1699.
3 Par la sentence de Mgr de Péréfixe pour le rétablissement de Port- Royal.
DLXVII. — A M. ARNAILD DE POMPONNE. 294
Je vous supplie tres-huinbleiuenl, mon très-cher neveu, comme je lais ma très-clière nièce, de remercier Dieu avec nous pour une grâce qui surpasse toutes les reconnoissances que nous lui en pourrons rendre tout le reste de notre vie.
Après une consolation si sainte et si spirituelle, il nous en est arrivé une seconde plus sensible, (jui est l'arrivée de mes deux chères petites nièces ' que mon frère - nous fit amener mardi dernier ^ Je vous dirai, mon cher neveu, qu'encore qu'on nous eùl prévenues qu'elles étoient fort jolies, nous les avons encore néanmoins trouvées plus aimablf.'s que nous ne nous les étions représentées; elles n'ont pas jeté une larme, et ont été sitôt accoutumées avec nous; elles nous caressent tout Cduune si nous étions de tout temps leurs plus grandes amies; et ce (|iii m'en plaît davantage, c'est qu'elles ne s'en souviennent pas moins de leur cher [lère et de leur chère mère, IKiur (jui elles ont tout ce ([u'elles doivent avoir. Je remercierai Dieu tous les jours de ma vie, mon très-cher neveu, de la grâce (ju'il vous a faite de n'exposer i>oint ces chères enfans à une éducation (jui auroit contristé le Saint-Esprit en elles. Nous continuerons de prier les saints anges, comme nous avons fait pendant votre voyage, afin (|u'ils conservent ma nièce dans létal où elle est.
Mes nièces vos sœurs * parlent avec moi dans ce billet, et vous remercient toutes deux de tout leur cœur du |»résent (|ue vous nous avez fait, dont elles seront de fidèles dépositaires, en leur rendant toute l'assistance (pi'elles auroient pu recevoir chez vous. Je vous envoie des lettics de vos [)elites; vous jugerez bien par le style (jue c'est elles-mêmes qui les ont dict('M'S. Toute la communauté a de la joie de ces jx'tites colombes, qui ont apporte'' la bianche d'olive en rouvrant la porte qui ctoil fermée aux grandes et aux petites *.
' Marie EiiimaniicIIe, née en 1063, el CharloUe née le 26 mars 1665.
* Arnauld «i'AndilIv.
» 5 murs 1(i(i'J.
* Lui bwurs Angul'uiue de Sainl-Jean, el Marie-Angélique de Sainle- Tli«''n'se.
' l.i'8 ileiiioiselies de poniiioiino fiireni it-s deux preniières |i<>iisionnaires (|ue leh reli)(i«u»ea lie l'url-ku>al reçurenl de|iiiis leur rélablibbcment.
DLXVIII.— A Mgr. le prince de Condé*.
Pour le remercier de sa protection el de ce qu'il avait fait auprès de Mgr de Péréfixe pour l'engager à rétablir les religieuses dans la maison de Paris.
Ce 19 mars 1669.
Monseigneur, Encore que le silence soit aussi naturel au profond respect que nous avons pour Votre Altesse sérénissime qu'il l'est à notre profession , nous avons douté s'il s'allieroit bien en cette rencontre avec les devoirs d'une reconnoissance aussi extraordinaire qu'est celle dont nous sommes comblées, en apprenant, Monseigneur, ce que Votre Altesse sérénissinie adaigné faire pour nous, en considération d'une personne dont le mérite est si grand qu'il semble en donner aux personnes qui en ont le moins, parla seule raison qu'elle les honore de sa bienveillance. Nous osons dire néanmoins, Monseigneur, queVotre Altesse sérénissimea autant travaillé poursa propre gloire en se rabaissant ainsi par sa piété, qu'elle a eu de dessein de contribuer par là à l'atTermissementde la tranquillité de l'Eglise, après avoir pris tant de part à lui procurer la paix dont elle commence de jouir; car il n'y a rien de plus certain dans notre foi, que c'est à des actions semblables que Dieu donne son royaimie éternel pour récompense, lorsqu'on a cherché ce royaume et aimé sa justice en exerçant ces œuvres extérieures d'une piété et d'une charité chrélienne.
Un des grands avantages. Monseigneur, que nous prétendons tirer d'être devenues si extrêmement obligées a Voire Altesse sérénissime, est que nous aurons plus de droit de faire violence au Ciel, comme Jésus-Christ nous le permet, afin d'obtenir par la persévérance et l'importunité de nos prières que Dieu récom[)ense, avec une magnificence digne de lui , ce que Votre Altesse sérénissime a fait pour lui, en protégeant des personnes qui lui appartiennent. Elles s'en sentent si redevables à l'extrême bonté de Votre Altesse sérénissime, que n'ayant
« Louis de Bourbon, prince de Condé, frère de la duchesse de Longueville.
DLXIX. — A M. L'ARCHEVÉyiE DE SENS. 293
point de paroles pour exprimer leur reconnoifsance, elles sont contraintes de se contenter que Dieu la voie dans leur cœur, et que j'en assure au nom d'elles toutes Votre Altesse sérénissime, comme j'ose prendre la liberté de le faire aussi bien que celle de me dire avec un très-profond respect,
Monseitj^neur, de Votre Altesse sérénissime, la très-humble et très-obéissante servante, Sœur Catherine- Agnès de Saint-Pail.
DLXIX— A Mgr. de Gondrin, archevêque de Sens». Elle le remercie de ce qu'il s'était employé pour leur procurer la paix.
Te 22 mars 1669.
Monseigneur, Encore que vous nous ayez accablées de dettes, il se peut faire (pie vous n'attendez rien de nous, sinon ce (ju'on se promet toujours du bien que l'on fait aux pauvres , qui est le mérite même; de la charité. Néanmoins, Monseigneur, j'appréhende que Dieu n'exige ce que vous ne redemandez jias, et que nous ne fussionscoupables devant lui, si nous cachions dans notre cœur la reconnoissance (|ue nous avons des obligations infinies dont nous vous sommes redevables. L'état oiijemesuis trouvée depuis (leu m'a (piasi fait croire. Monseigneur, que je n'einporterois devant Dieucjue ce désir inutile de m'acquitter de mes devoirs envers vous Ç'auroil été pour moi im sujetde confusion et de regreten mourant, ituistpi'i! mesembieciuelon n'a véritablement occasion de se consoler à cette heure-là, (jue lorsque l'on peutdireen (juelcjue manière avec Jésus-Christ que tout est accompli, parce (pu; l'on a tâché de satisfaire à toutes les obligations (ju'il nous avoit imposées. Ainsi, Monseigneur, puisqu'il me donne encore un peu de temps par sa miséricorde, il est juste que je me hâte de rendre à Votre Grandeur
> Louis-llt-nri de I':ir(l.iill;tti de Gondrin. Nommé en 1614 coadjulcur d'Oclave dr B«-ll(>(;:irdi>, arclievèque de Sens, son cousin, sous le litre d'évéque d'HéracIée; il prit [lossession de cet archevêché le 16 août 1646. et le nouxerna avec beaucoup de M>in et de zèle jusqu'à &a mort, le 20 septembre 1674, i l'ige de û4 ans.
une petite partie de ce que lui doit toate notre communauté.
Les paroles ne sont rien en une telle rencontre, au moins celles qui ne se terminent qu'à des complimens qu'on emploie ordinairement pour toutes sortes de sujets. Je sais, Monseigneur, que vous nous demandez autre chose, et que c'est à Dieu que vous désirez que nous parlions et non pas à vous; parce que, comme c'est de lui que vous avez reçu la grâce d'aimer la justice el de protéger l'innocence, c'est encore de lui que vous souhaitez d'obtenir toutes les autres grâces qui sont nécessaires à l'accomplissement d'un ministère aussi éminent et aussi redoutable que celui quevous exercez. Je comprends parfaitement bien que c'est le seul moyen que nous avons. Monseigneur, de nous acquitter envers vous. C'est pourquoi vos bienfaits nous serviront de motifs pour travailler, avec la grâce de Dieu, à nous sanctifier nous-mêmes, afin de pouvoir élever nos mains pures, avec nos prières ardentes, pour attirer du Ciel sur vous. Monseigneur, une aussi grande abondance de saintes bénédictions, que vous nous avez comblées des témoignages et des elTets d'une charité toute extraordinaire.
Nous ne perdrons jamais , Monseigneur , la qualité qu'elle nous a fait acquérir; et nous croirons avoir toute notre vie par votre adoption le même droit qu'ont naturellement les religieuses de votre diocèse, de nous considérer comme vos filles. Ainsi, l'obligation que nous avons de vous honorer et vous rendre tous les services dont nous serons capables étant devenue pour nous un des commandemens du Décalogue, jugez vous-même, Monseigneur , si nous voudrions être moins scrupuleuses à l'égard de l'observation de ce précepte , que nous avons cru le devoir être à l'égard des autres.
Pour moi. Monseigneur , je me sens si pénétrée de ce que toute notre communauté doit à votre bonté, que n'ayant point de paroles qui répondent à mes sentimens, j'aime mieux que ce soit mon cœur qui conclue ce (jue je ne puis dire , en vous assurant que personne au monde ne sauroit être avec plus de respect et de reconuoissance, etc.