DLXX. — A M. LE MINISTRE COLBERT
DLXX. — A M. Colbert, ministre et secrétaire d'État'.
Pour le porter à leur élre favorable dans la conclusion de leur affaire touchant la séparation des deux maisons de Port-Royal.
rôMars 1669.
Monseigneur, Etant persuadées qu'un des principaux devoirs de notre piété consiste dans la reconnoissance des bienfaits que nous recevons de Dieu, nous croirions n'avoir pas assez satisfait à celte ini|iorlante oblijîation, si nous n'avions soin de donner des marques de notre {jratiludcà toutes les personnes qui ont contribué a nous faire jouir de la paix qu'il a plu à Dieu de nous rendre. Il suflit. Monseigneur, de savoir le rang que vous tenez, pour ne pouvoir pas douter (juc vous n'y ayez eu beaucoup de part, elilparoît bien que la Providence vouloitvousy en donner une |»arliculière, (fuand elle a permis<jue le premier exercice (jue vous asez fait de voire nouvelle cliarge*, ait été le commencement de notre liberté ^ Nous n'avonspu voir votre nom, Monseigneur, dans cet ordre de Sa Majesté, sans nous flatter cjue vous ly avez misavecjoie, étant persuadées que votre piété vous donne de la satisfaction de voir rétablir une maison consacrée à Dieu, qui s'est trouvée si proche de sa ruine.
Ojmme il nian(|ue encore quelque chose à la perfection de cet ouvrage, nousosons noiiS[)ronietlrc, Monseigneur, que vous voudrez bien contribuer à ne le pas laisser imparfait, afin que Dieu vousn'ude avecunemesure comble aiitantdebénedictions (ju«' vous avez procure <le re|)Oset de iKJuheur a «les [>ersonnes qui mnik lui. Klles en ont déjà, Monseigneur, lesres«3ntimens qu'elles doivent, et <jue je prends la liberté de vous témoigner de la part de toute notre comnuniaulé. Notre mère abU'Sse * vouloil se donner Ihonneur de vous en assurer elle-même, si
> Jean Ibplisle Colbert, marquis de Seignclai, mini.stre de Louis XIV depuis (<i61. Il est iiuirt !«■ 6 ^«'p(eudlle \G^'6, à l'âge de 64 ans.
• Il :i\uil «Mé Ijil Kecri'luire il Klal en KHiU.
' Par I nnlre donné le 1S Icvner de lover la garnison ipii était à Porl- HoN.il-'IcvJ li:in)p>-.
* La iiirrr Madeleine lio Sainle-A^nè» de Ligny.
elle ne fût pas demeurée malade; mais son indisposition m'engage à le faire en sa place, et c'est avec beaucoup de joie que je rencontre une occasion de me dire, etc.
DLXXL— A M. Hamelim.
Sur la soumission à Dieu dans l'affliction.
Ce 28 mars 1669.
Je suis fort touchée^ Monsieur, de l'état où vous êtes, n'y ayant rien si juste que d'être sensible aux souffrances d'un ami aussi particulier que vous l'êtes à toute notre communauté. Néanmoins, ayant appris que vous portez votre mal 'nonseulement sans inquiétude, mais avec paix et bénissant Dieu, je ne puis que je ne vous estime infiniment heureux de ce que votre piété vous rend si conforme à sa volonté, que vous regardez les maux comme les biens, parce que vous les recevez de sa divine main, qui opère le salut de ses élus par toutes les conduites qu'il lui plaît de tenir sur eux. Et comme il n'y en a point de plus sanctifiante que celle de l'affliction, c'est ce qui la doit faire accepter comme la voie la plus certaine qui conduit à la vie. C'est, Monsieur, cet agrément que nous demandons à Dieu pour \ous, avec la persévérance dans ce même état où il vous a déjà mis par sa miséricorde, dans lequel l'amour de la vie éternelle vous détache de la vie présente pour n'avoir plus votre conversation quedansleciel. C'est la disposition que saint Paul demande de tous les fidèles, mais où il y en a peu qui arrivent, en étant détournés par l'altachement au monde, duquel il y a longtemps que Dieu vous a préservé; ce qui vous obhge, Monsieur, de n'avoir plus dans
* Jean Hamelin, contrôleur général des ponts et chaussées de France. La retraite qu'il offrit, en 1643, à M. Arnauld, qu'il garda chez lu' pendant quatre ans de suite, devint pour lui l'occasion d'entrer dans la voie étroite du salut et de choisir , avec son épouse , la vie pauvre et pénitente. Il est mort le 6 juillet 1669, a l'âge de 66 ans.
' C'était une paralysie des plus affligeantCb.
DLXXU. — A M. l'ÉVÈQLE DE MEAIX. "297
le cœur que ces paroles du Pro|)hète : Je chanterai éternellemenl les miséricordes du Seigneur.
Je suis en lui, votre très-humble et obéissante servante, Sœur Catuerike-Agnès de Saint-Paul.
DLXXII. — A Mgr. de Ligny, évèque de Meaux*. Pour le remercier de la part qu'il a eue à la paix de l'Église.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
Mara 1669.
Monseigneur, Après avoir rendu nos actions de grâces à Dieu et à Mgr rarclicvèque, nous ne nous trouvons pas moins obligées, Monseigneur, de vous en rendre de très-particulières qui soient assez humbles et assez reconnoissantes pour exprimer les ressentimens cjue nous avons de l'extrême bouté (pii vous a fait prendre tant de peine, et employer de si fortes persuasions, pour obtenir de Mgr de Paris la grâce et la paix que nous en avons reçues. Ces ch'ux grotidc? aciion? (jui vous ont rendu, Monseigneur, le médiateur de la |)aix de l'Eglise et de celle des servantes de Jésus-Christ, vous attireront sans doute, Monseigneur, des grâces particulières de Dieu, qui considère ces emplois connue les plus justes et les plus saints à quoi un successeur des Apôtres se peut appliquer.
Si nous n'avions cette espérance, nous nous trouverions fort en peine de nous voir surchargées de tant de bienfaits sans avoir aucun moyen de les reconnoîlre, si ce n'est que vous nous fassiez l'honneur de croire (jue notre impuissance est suppléée par un d(;sir extrême d'avoir toujours présent devant Dieu ce que nous devons à Votre Grandeur, de laquelle nous sonnnes toutes en général et moi en particulier, avec un trèsprofond respect. Monseigneur, etc.
« Dominique de Li^ny. Nuiiiiiié cuadjuteur de l'évéque de Meai 1608, il fui sacré el prit possei>si(in de cel évéchc en 1669. Il est nu
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27 avril 1681.
DLXXIIL— A M. de Sévigné.
Sur l'Évangile du iv* dimanche de carême.
Ce 1^'-ai;n7('1669).
Notre-Seigneur fit hier un festin à une grande multitude qui lesuivoit; nous y fûmes aussi conviées, en qualité de pauvres qui n'ont rien de quoi manger, car nous ne voulons point des viandes du monde. Nous trouvâmes cette nourriture si bonne que nous en demandâmes une petite portion pour vous, croyant qne vous serez de notre sentiment, et que vous [(référerez le pain d'orge de Jésus-Christ au pain des Juifs qui leur fut envoyé du ciel, et que l'Ecriture appelle le pain des anges. Que s'il vous manque quelque chose, votre saint du mois y sup[)léera, puisque la charité est la plénitude de la loi.
Au reste, vous savez ce qui se passe, mais sachez aussi que nous sonuiies les animaux de Dieu, qui sommes obligées de dire jour et nuit, Amen. Dites-le avec nous, s'il vous plaît.
DLXXIV.— A M. de Sévigné.
Dieu a ses moments pour toutes choses.
Ce 14 avril (1669).
Je me trouve obligée contre mon inclination, mon très-cher frère, de vous prier de nous différer l'honneur de votre visite, jusqu'à ce que nos atîi'.ires soient réglées, afin que cela ne donne point à parler au licuoii vous êtes, qui est un lieu tout à fait proi)re pour faire pénitence, lorsqu'on n'y prend que ce qu'il y a de pénible à l'esprit, qui est affligé des yeux et des oreilles; mais je vous renvoie à vos mènies paioles : Sed si angustanlur vasa carnis, dilatentur spalia carilatis.
Dieu a ses momens pour toutes choses ; c'est pourquoi ceux qui sont à lui n'en ont point dont ils veulent disposer, afin de dire, après Jésus-Christ dans l'évangile d'hier: Mon temps
DLXXV. — A MADAME DE FOIÏ. ^9
n'est pas encore prêt , puisque c'est ;\ Dieu à commencer , et à nous a suivre, et que nous n'avons rien à lui dire sinon : Vous m'appellerez et je répondrai: Amen.
DLXXV.— Â Madame de Fois, abbesse de Saintes.
Sur la conclusion procliaine des affaires de Porl Royal, par la séparation des deux maisons el le partage des biens.
(Vera le \o avril) l()69.
Vous recommencez, ma révérende et très-chère mère, à me surcliarj^er de dettes p.ir vos lellres si obligeantes et si fréquentes, que je vous demeure toujours redevable par le retirdemenl des miennes; il faut donc . s'il vous plaît, (|ue votre boulé se satisfasse du désir cpie jaurois de vous remlre tous mes devoirs plus exactement, et de la volonté que j'ai d'y suppléer en m'adressant à Dieu (pie je supplie Irès-huiiiblcnient de vous récompenser de la charité que vous avez i)our nous, en vous augmentant son saint amour, qui est le plus grand de ses dons.
Vous anticipez, ma très-chère mère, le jugement que l'on fera de nos affaires, pour le rendre le i)Ius favorable que vous le pouvez Nous sommes dans l'attente de la dernière conclusion, (jtii sera telle (|u'il plaiia à Dieu d'en ordonner, et je m'imagine que vous le saurez aussitôt (pie nous, car les nouvelles (|ui nous regardent ont des ailes |ioiir voler partout ; et comme je suis assurée (|ue ce qui sera h notre désavantage ne vous plaira fias, je vous sup[>lie |»ar avance de l'ollrira Dii-ii, el de ne vous en fâcher jioint, jniisque ce (jui [)aroît un mal en soi-m'*me se convertit en bien , lorsque Dieu le dirige el nous en fait useï' pour notre saint. Nous sommes à la veille de perdre une de nos maisons, et ce iiue Ion trouvera à propos de nous (Mer de notre bien pour faire subsister la sœur Dorolb(!'e dans la (pialité d'abbesse titulaire, eu dounaut l'éleelioii u l'un des deux moiiasli-res (pi<- Ion nous assignera. Voila, ma tn,*s-clière mère, de (|uoi il sa;jil ci la pari (pir l'on nous donuealapaix de l'KglIsc!, ce qui m- imus fuqM-i lie pasd'es-
pérer la paix de Dieu qui surpasse tous les sentimens. C'est une faveur quïl nous fait qu'on nous traite de la sorte, dans un temps où la patience du Fils de Dieu, dans ses souffrances, nous fortifie pour accepter tout ce qui nous arrivera : cette épreuve suppléera au peu de vertu que nous avons pour honorer dignement la Passion du Fils de Dieu, qui doit être le modèle de la vie chrétienne. Nous le supplions très-humblement de répandre ses bénédictions sur votre communauté.
DLXXVI.— A Mgr. de Ligny, évêque de Meaux. Au sujet des services qu'il rendait à Port-Royal.
{Vers avril) 1669.
Monseigneur, La continuation des soins et des peines qu'il vous plaît de prendre pour ce qui nous regarde m'oblige de témoigner à Votre Grandeur de nouvelles reconnoissances qui ne seroient pas suffisantes si elles ne duroieut autant que ma vie. Je désire, Monseigneur, de l'employer à demander à Dieu qu'il vous fasse ressentir, par l'accroissement de ses grâces, combien il a agréable la protection que l'on rend aux personnes délaissées, dont lui-même se déclare le défenseur. Il est aisé de voir qu'il vous a choisi , Monseigneur, pour se représenter lui-même à notre égard, en vous donnant son Esprit- Saint pour agir d'une manière si sage et si uniforme , en ne considérant que ce qui est plus avantageux au repos de nos âmes, que nous préférons à tout le reste. C'est ce qui nous oblige de mettre toutes nos aventures entre les mains de Dieu et entre les vôtres , Monseigneur, et de vous supplier trèshumblement d'offrir à Dieu en vos saints sacrifices toute celte communauté, et moi particulièrement qui suis, avec un trèsprofond respect , etc.
DLXXVII. — A M. l'ÉVKQIE D'aI.ET. 301
DLXXVII— A Mgr. Pavillon, évèque d'Aleti.
Dans quel esprit elle envisage la privation de leur maison de Paris. Elle lui demande ;ivis au sujet de M"<^ de Vertus, et le consulte aussi sur leur nombre, qui s'augmentait tous les jours.
Ce 12 mai 1669.
Monseigneur, Nous avons reçu une consolation sensible d'avoir appris que vous nous estimez heureuses de ce qu'on nous a ùlti la maison de Paris. Dieu nous avoil fait la grâce de ne pas désirer d'y retourner, mais plutôt de le craindre, pour la charge qu'il y a d'avoir deux maisons, comme aussi j)our n'être [)lus sti[tarées,ce (jue nous aurions Irouvé fort rude après avoir goûté la douceur de notre réunion. Lelat où nous nous trouvons à présent nous oblige à un renouvellement d'esprit que je vous supplie trés-iunubkuu'nt, Monseigneur, de demander a Dieu pour nous, et qu'une plus grande solitude et une plus grande pauvreté nous détache de tout et nous rende plus spirituelles que nous ne sommes. Nous nous joignons en esprit au voyage de la personne (jui vous reutlra celle-ci , pour arriver avec elle et nous prosterner ensemble pour recevoir votre sainte bénédiction.
Je vousdemaude aussi très-humblement,Monseigneur, (ju il vous plaise d'ètrejuge dansuneproposilionqueM'"* de Vertus* nous a faite, ensuite du dessein (ju'elle a de se retirer avec nous, qui est que nous voulus.^ions bien prendre une demoiselle qu'il y a vingt-cin(i ans (jui la sert. Nous lui avons témoigné non-seulement de la difficulté à lui accorder cela, mais de l'impossibililé, parce (jue nos Constitutions ftortent (|ue les bienfaitrices seront servies (lar des religieuses, et non par les persomies (jui éloient a elles dans le monde. M'"' de Vertus est si raisonnable (lu'elle ne veut rien exiger de nous (jui soit
• Nicolas Pavillon, w ii Puris en 1."»fl7, fui sacré l'-véque d'Alet en Ki.J'J. Il niourul daui Ij :i"J'- ièniife d'un t'piscopat lnul apostolique cl de résidence non inicrriiiiipne, le H dé.emltre Hi//, à;;é de SO ans.
' M"« <!«• Vertus, de l'illuslre maison de iJuMa^nc, vintà Porl-Hoyal-des- Cliamps dès le 8 avril lOi)'.» ; elle s'v relirait de temps en temps, et s'y consacra loLileniJ-nl à l:t relraitei-n IT.'to.