‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 65 sur 205 · DLXXIX. — A MADAME DE SABLÉ · texte numérisé non relu

DLXXIX. — A MADAME DE SABLÉ

et les remèdes si violens, n'y ayant guère de douleur i)lus grande que celle d'arracher les dents, sinon qu'elle est passagère, ce qui fait (ju'on s'y résout pour é\itcr un mal presqu'aust^i grand, mais qui dure Lieu plus longtemps. Je ne doute point, mon cher frère, que quand ces grands maux sont passés, vous ne remerciez Dieu de vous les avoir fait soullVir, pui?que la couronne des chrétiens en celle vie ne peut être que d'épines. Notre mère et les autres du conseil ont jugé que votre tribune seroit mieux au[>rèsde la porte des sacreniens; nous avons cru que vous l'aimeriez autant de ce côte la : elle en sera plus claire, et vous conliuueiez d'être le portier de Noire-Seigneur Jésus-Christ, quand il lui plaît d'entrer dans notre clùlure.

Je me plains de l'humilité de dom de Loron ', elle est excessive en mon endroit; j'ai grand sujet d'en cire confuse. Je ne manquerai pas de lui en faire mes Irès-liumbles remercîmens.

J'es|ière que vous aurez plus de vie que vous ne pensez, et que Nolre-Seigncur aura agréable \olre translation, qui n'a poui- objet que d'être encore plus pénitent, en vous privant de plusieurs commodités que vous quittez de bon cœur, pour respirer un air plus saint ([ue celui où vous êtes.

DLXXIX.— A Madame la marquise de Sablé.

Sur la sincérité de son atVection et He sa reconnaissance envers elle.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

Ce 30 mai (i 669).

Il est arrivé, ma très-chère sœur, qu'au même temps que vous avez eu de l'incpiiétude de ma santé, Je suis autant bien (|iie je le [)uis êtie a mon âge; et quand même je me trouve mal, connue il arrive assez souvent, j'ai toujours le pouvoir de lire les billets (jue vous me faites l'honneur de m'êcrire, parce qu'ils sont tort proporlionnés a ma mauvaise vue. Je

' Duin (Je Loron, «liartrc'ux <ie la inaixin ilc Paris.

suis donc assez solvable pour m'acquitter envers vous de mes très-humbles devoirs, sans que vous preniez la peine de vous adresser à toute la communauté, quoiqu'il n'y en ait pas une qui ne soit très-disposée à satisfaire à tout ce que vous lui ordonneriez. Mais permettez-moi de vous dire, ma très-chère sœur, que je ne pénètre pas dans votre intention, qui vous fait agir d'une manière toute extraordinaire; c'est ce qui me fait craindre que quelque petit démon ne vous ait jeté quelque soupçon dans l'esprit. Si cela est, je vous supplie très-humblement d'y renoncer et d'être assurée que je ne vous donnerai jamais sujet de vous repentir d'avoir donné créance à la sincérité de mon affection et de ma reconnoissance, et que je suis incapable d "être envieuse de la bonté que vous témoignez à d'autres, sachant même qu'il y a quelque nécessité que vous agissiez ainsi, pour vous préserver des injustices que l'on vous pourroil faire. Enfin, ma très-chère sœur, si je suis répréhensible faites-moi la grâce de me le dire, et vous me trouverez fort disposée à réparer mes fautes, comme je le suis à demander à Dieu, pendant ces saints jours, qu'il vous dispose à recevoir la grâce de son Esprit-Saint qui vient remplir tous les cœurs, qu'il trouvera vides d'un autre amour dominant, de celui de Dieu.

DLXXX. — Â Madame la duchesse de Longueville.

Sur le dessein qu'avait cette princesse de venir demeurer à Porl-Royal-des-Chanips.

{Fin de mai 1669.)

A quoi me réduisez-vous, Madame, en m'interdisant les petites reconnoissances que je dois rendre à Votre Altesse sérénissime pour tant de témoignages de bonté qu'elle nous donne tous les jours, sinon qu'il est juste qu'elle prenne tout l'avantage pour elle. L'humilité que Dieu lui donne l'élevant bien au-dessus de ce qu'il l'a fait être par sa naissance est, Madame, ce qui me fait admirer l'ambition que vous avez de tenir un nouveau rang parmi les servantes de Jésus-Christ, qui auront de la peine à trouver une place assez abaissée pour

DLXXXI. — A M. DE SÉVIGNK. 305

imiter \ulre exemple. Quand il vous plaira de venir, Madame, la porte des cœurs et celles de la clôture seront ouvertes, pour recevoir une personne qui vient, au nom du Seigneur, pour y trouver de la solilude etde la pauvreté qui lui aiuoienlmanqué ailleurs. Je crois, Madame, que M"' de Vertus vous aura rendu ce bon office que de vous prévenir sur les difTormilésde nos bàtimens, et sur la mortification de la vue, qui est si bornée qu'il se faut contenter de ce qui se présente devant soi, sans la vouloir étendre plus loin. Quchpie idée qu'on en eût prise, on est encore surpris de trouver plus de désagrément qu'on n'avoit cru qu'il y en avoit. Et ce qui nous met plus en peine, c'est (}ue notre conversation n'est pas plus agréable que le reste. Le royaume de Dieu qui est dans vous. Madame, suppléera à tout, puisque rien ne manque à ceux qui le possèdent «.

DLXXXI.— A M. de Sévigné.

Elle lui envoie quelques billets.

Ce l^' juin (l()60)V

Je vous envoie, mon très-cher frère, le mystère que Notre- Seigneur Jésus-Christ vous a laissé en montant an ciel. Ce mystère est la dernière des humiliations de Jésus-Christ, et celle qui doit donner plus de couliauce; car s'il lui a plu de descendre aux enfers, il n'y a point d'âme dans hniuelle il dédaigne de s'abaisser, quand elle est encore en état de sortir de sa misère. Vous aurez d'autres meilleures pensées sur ce sujet (jui u.érite autant d'adoration et d'admiration que tous les autres.

Vous avez saint Paul pour saint du mois. Ce ne vous sera pas une dévotion nouvelle; car je ne doute point (|uil ne soit un de vos protecteurs. L'on est bien aise de tirer toujours au sort des plus grands saints. Mais ce n'étoit pas la dévotion d'une

> Madame de l^ngueville viiii h Port-Rojal-des-Cliamps au mois de juin 4669. Elle Gl bàlir un bôiel puur s'y retirer, et commença à l'babiler en

* Samedi dan» l'octave de l'Asoen/ion,

T. II. iO

de nos sœurs, qui ainioit mieux en tirer de ceux dont on fait moins de fête.

Vous voulez bien, mon cher frère, que je ne vous en dise pas davantage, parce que les saints jours oîi nous sommes sont des jours de séparation et de silence, pour n'avoir qu'une seule attention qui est de désirer et d'attendre le Saint- Esprit.

DLXXXn.— A Madame de Foix, abbesse de Saintes.

Au sujet de l'arrêt du 13 mai, par lequel le roi séparait à perpétuité les deux maisons de Port-Royal.

(8 jutn) 1669.

Je vous supplie très-humblement, ma très-chère mère, de ne vous point affliger sur le sujet de ce qui se passe dans le renversement de nos affaires, puisqu'il n'arrive rien d'où la providence de Dieu ne lire tout le bien qu'elle veut. Il arrive bien souvent que quand les hommes bâtissent Dieu délruit; et quand ils détruisent, c'est alors qu'il édifie. S'il n'y avoit point d'autre vie que celle-ci, on pourroit appeler une perte et un dépouillement le procédé dont on use envers nous; mais nous désirons mettre notre confiance dans le ciel et non pas en la terre. 11 n'y a point d'api)arence que l'on eût rien gagné à presser davantage après la paix, puisqu'elle n'a point du tout changé le cœur de ceux qui ont toujours eu des desseins contraires à noire repos; et pour moi je vous avoue que je n'aime point les avances, ([ui font tort bien souvent au lieu de servir; nos amis se sont assez remués au lieu de nous, et l'on se plaint qu'ils ont eu trop d'empressement.

L'on nous vint hier ' signifier noire arrêt, et l'huissier du conseil nous dit delà part du roi de l'observer exactement, parce que Sa Majesté ne vouloit plus avoir la tète rom[)ue de cette allai re. Nous sommes dans le même sentiment, étant bien aises de n'être plus dans la suspension de ce qu'on vouloit faire de nous. Cet arrêt contient que le roi veut que les deux

' 7 juin. (Voyez Hist. de P. -II., par liesoigne , l. II, p. 467, et D. Cléinencel. t. VI, p. 434. 'i

DLXXXIl. — A MADAME DE FOIX. 3<)7

maisons soient séparées, que celle de Paris soit a sa nomination perpétuelle, et que les bulles de la sœur Dorothée soient exécutées selon leur forme et teneur; (juo l'abbaye des Champs sera indépendante de celle de Paris, avec la triennalité perpétuelle qui se renouvellera de trois ans en trois ans par les religieuses qui y sont a présent, et qui les suivront ci-après. Le reste de Tarrèl contient le partage du bien, savoir que l'abbaye de Paris aura le tiers, et celle des Champs les deux tiers, ce qui n'est pourtant qu'au regard des fonds; et du reste on fait jdusieurs avantages à la sœur Dorothée, qui sont que la sainte Epine, toutes les autres reliques et l'argenterie de l'église, qu'on a appréciée à soixante mille livres, lui demeurent sans aucun jiariage, et tous les dehors de la maison qui reviendront qnehjue jour à un revenu considérable, y ayant la maison de madame la princesse de Guéméuée.. celle de madame (!*• Sablé, de M"'- d'Alrie, de M. de Sevigné et de madame d'Aumonl; et après tout cela elle se plaint que nous lui ô;ons les deux tiers de son bien. Jugez, ma très cheie mère, si elle n'est pas bien a plaindre de sa cupidité, de son ambition, de son iuhiMnanilé et de son ingratitude; ce sont les conditions de cette pauvre fille, sans rien exagérer.

Je suis bien plus touchée de M'" de P»... ' que de tout ceci, et son état est encore plus deploiahle, parce que si Dieu louchoit nia sœur Dorothée, elle pourioil (|uittfr sou abbaye et rentrer dans son premier état de simple religieuse; au lieu (|ue M" de U... est liée de chaînes de fer (juil n y a (jue Dieu qui puisse ronq)ie. Je ne veux pas diie neanuioms quelle ne se puisse sauver, car tout est possible a Dieu ; et en i énonçant dans son cœur à rengagement où elle est et prenant toutes les suites couMue un sujet de pénitence, il ne lui restera iju'uue très-rude croix, qui lui sera intiniment plus (lénible que ne lui auroit été la vie religieuse. Elle nous a lait l'honneur de nous prévenir par des rtcommaiida lions et des assurances de son amitié, ce qui me donna sujet île lui écrire pour la remercier. Je lui mandai des choses bien fortes (lu'elle a prises en bonne

• M'" (Je lloaiiiifî. tttc s'i-lail mariée le i'.t ;ivril 1667 à M. de La Keuilla'le. iinilui'- •"'Il ML'u «le se lairc relitjieiis.»'.

part, et nie prie de lui dire mes pensée?, ce que jai fait encore plus fortement que la première fois, en lui faisant espérer néanmoins (ju'elle peut retourner à Dieu en se séparant, autant qu'il lui sera possible, de ce qui la fait a|iparlenir au monde. Je voudrois bien gémir davantage devant Dieu que je ne fais pour attirer sur elle des grâces assez puissantes pour rompre ses chaînes; mais je suis trop indigne pour rien obtenir pour les autres, faisant si peu dusage des miséricordes de Dieu sur moi.

DLXXXIII.— A M. de Sévigné.

Visite de M. de la Brunelière à Porl-Royal, le !«' juin.

Ce 9 de juin, jour de la Pentecôte, 1669.

Voici, mon très-cher frère, le présent que le Saint-Esprit vous fait de l'un de ses dons, qui est des plus nécessaires , et que je supplie très-humblement de vous le communiquer au sujet du désir que vous avez, et moi avec vous, que vous soyez habitant du désert. Mais l'ambassade de M. le grand-vicaire ' n'est pas si peu de chose que vous croyez. Il y a apparence qu'elle aura encore des suites; et comme ceux qui agissent à notre égard ont une grande activité, sans doute on verra bientôt ce qu'ils veulent faire. Ce^t pourquoi je vous supplie trèshumblement de ne vous point hâter. Il est temps de pratiquer la dévotion desretardemens, quefeu M. deSaint-Cyran recommandoit tant, et qui est une marque, conune il dit, qu'on agit par l'Esprit de D. eu, qui est ennemi des précipitations. Je le dis pour moi qui voudrois que les choses que je souhaite fussent aussitôt exécutées.

Le saint jour oi^i nous sommes ne me permet pas de vous en dire davantage, sinon d'invoquer le Saint-Esprit, afin qu'il soit le lien sacré de l'union sainte qu'il lui a plu de faire de votre âme et de notre communauté : à quoi je prétends d'avoir la plus grande part, vous étant plus obligée que les autres.

» M. de la Brunelière. (Yoyea Hist. de Porl-Royal, par Besoigne, 1. 11, p. 465.)

Itl.XXXIV. — A LA MÈRE MADELEINE DE JÉSUS. 309

DLXXXIV. — A la mère Madeleine de Jésus, religieuse de Notre-Dame de Tard, à Dijon- Sur le rétablissemenl des rclii;ieii#cs de Porl-RoTal dans la parlicipalion des sarremeiUs. — Leurs dispositions. — Séparation des deux maisons de Porl-Rojal ; partage de leurs biens.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement ! De Notre-Dame de Port-Rotjal-des-Champs, ce 26)i/m 4669.

Il e?t certain, ma trè>-chère mère, que si j'avois reçu votre lellre dti A de mars, j'aurois passé par-dessus les rè{,Mes du Carême pour vous donner aussitôt de mes nouvelles, comme je ne m'arrête i):is à pré.-enl à la sainteté de l'octave de notre grande fête ' pour vous faire celle ci, une heure après avoir reçu la vôtre qui ne nous a été rendue que ce mercredi 26.

Je n'ai jamais douté (jue vous n'ayez été pénétrée de nos peines, peut-être plus que nous-mêmes; mais j'ai présupposé que , faisant de jour en jour du progrès dans la vertu , vous auriez accepté comme nous aurions dû faire, avec une parfaite soun)ission, la conduite de Dieu sur nous, (jui nous a été enfin si favorable, en essuyant les larmes de nos yeux, au regard de tous ceux (|ui poiivoient dire : Où est leur Dieu? Nous avons donc été rétablies dans les saints .«acremens le 18 de février. Celte grâce est si grande que , pour être davantage goûtée, Dieu n'a |ias voulu (|u'clle ait été suivie d'aucune autre. On a toujours travaillé depuis à nous réduire à un état qui fût un monument iierpéluel de l'aversion qu'on avoit conçue contre nous. Je crois (pie vous en savez le particulier qui est : qu'on nous a ôté le tiers du bien avtc la maison de Paris, (jue le roi donne à ma sœur Dorothée avec le titre d'abbesse perpétuelle. Elles sont dans celte maison onze religieuses des nôtres , en comptant deux sœurs converses ; et nous sommes ici i-oixante-lniit professes de chœiu* et seize converses. Tout ce grand nombre est loj^é, et il y a encore plac»' pour plus d'une douzaine, la providence! de Dieu ayant fait bâtir un dortoir durant les guerres de Paris, où il y a soixante et doiiz»^

> La féie du Sainl-Sacrement.

cellules , sans les infirmeries. Nous n'avons point encore de supérieur, de directeur, ni de confesseur. M^^r l'archevêque envoya d'abord un Père de l'Oratoire', que nous avons fait revenir de Paris quatre fois depuis, n'ayant pas encore jugé à propos de demander personne de stable. Le 7 de ce mois, un huissier du conseil nous vint signifier un arrêt du roi, par lequel Sa Majesté sépare les deux maisons et donne l'élection à celle-ci avec le titre d'abbaye, ce qui doit être ratifié à Rome. Voilà , ma très-chère mère, ce que je vous puis dire de notre état.

Il faut pourtant que je vous dise encore que notre rétablissement s'est fait d'une manière miraculeuse, ensuite d'une requête que nous avons présentée à Mgr de Paris, pour le supplier (te nous donner part à la paix de l'Eglise, l'assurant que nous n'avions aucune erreur dans l'esprit, et (|ue nous étions pour le fait dans le respect qu'on doit aux décisions des papes. L'on ne nous a pas demandé davantage, et Mgr de Paris, ayant dressé lui-même la requête que nous lui devions présenter, il nous fit dire en propres termes les propres mots que disent les quatre évêques dans leurs procès-verbaux, sans faire aucune mention du formulaire qui est notre partie adverse.

Après avoir signé cette requête, Mgr de Paris nous envoya son grand-vicaire pour nous annoncer sa réconciliation et sa paix, que nous avons reçues avec de grandes actions de grâces à Dieu; car c'est une chose terrible de se voir arraché du sein de l'Église, comme nous avons été, lorsqu'on se rend témoignage à soi-même qu'on est plus attaché que jamais à cette divine mère , et que c'est pour suivre ses règles que l'on s'expose à toutes sortes de mauvais traitemens. Tout ce qu'on nous a fait depuis n'a [m diminuer la joie d'une si grande bénédiction que celle que nous recevons d'être appelées au banquet des noces de l'Agneau, après avoir lavé nos robes, c'està-dire nos âmes dans son sang, par les états où il lui a plu de nous faire passer.

Je vous supplie, ma très-chère mère, d'assurer la révérende mère abbesse que je me tiens très-obligée à sa charité , de la-

. * Le père Bouchard.

PLXXXV.— A MADAME DE SABLÉ. Jl I

quelle je n ai jamais mérilé les etlels ; elle l'a exercée envers des personnes aftlifrées, desquelles Dieu se rend le protecteur, et tient pour fait a liii-inèuic ce qiTon fait i>onr elles. Je crois que la luere prieure, que je salue tres-hunibieuienl, n'est pas non [dus de nja conuoissance , puisque vous ne me la nommez pas. Pour mes sœurs Marie de Jésus-Clirist. et Marie-Tliéodore deSainte-Aynès, je lesconnoiset le? connoitrai toujours, parce qu'elles ont été des noires. Je vous supplie très-humblement de les assurer de mon affection , et de prendre [lour vous les plus^M-ands témoignaf,fes<|ue je vous puisse rendre d'une constante et ferme amitié en Jésus-Christ, qui m'a rendue depuis si longtemps entièrement à vous.

Sœur Catuerine-Agnès de Saint-Paul, K-«'inde.

DLXXXV— A Madame la marquise de Sablé.

Fille l'assure qu'elle esl incapable de fliani,'enienl à son égard, ni de iiianqiior aux ju^les devoirs qu'elle lui d«iil .

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !

Ce 29 juin 1669.

Quel style VOUS plaît-il (}ue je prenne avec vous, ma trèschere sœur, pour coirespoudre au votre eu me donnant l'iionneurde vous écrire? car vous me traitez en tierce personne, et je nesuis pas résolue de faire de même, car ceseroit démentir mon cœur cpii esl incapable de cliau},a'meut a votre égarel. Ce tjueje vous puis dire, ma très-chère sœur, en attendant que je voie plus clair dans la manière d'entretenir notre conunerce, c'est que je ne manquerai |»as d'obéir a ce (juc vous désirez, (jui est du supplier très-bumblemeut madame de Longueville de se servir de maître Joseph, encore que je croie (jue ce que vous en avez témoi^'ué à Son Altesse soit tres-sulfisanl pour cela.

Pour votre retraite, ma très-chère sauir, en la disiraut sincèri'ment, je crois que Dieu vous en saura gré et «jue votre impuissance ne vous eu ùtera pas le mérite devant Dieu. Car (ju est-ce <pi(: Port-Udval- des-Cbam|>s au rej^'ard de madame la manjuise, sinon un tort armé (lu'on ne sauroil vaincre a cause

de l'air qui n'est pas sain, des fréquentes maladies, et qu'on ne peut où fuir pour les éviter ; et outre cela des personnes indignes de l'affection qu'on a pour elles, et qui n'ont que de l'oubli pour des personnes qu'elles sont tant obligées d'honorer ! Si tout cela étoit vrai, comment pourrois-je entreprendre de faire leur apologie? Mais étant assurée qu'il y a du jugement téméraire, ou au moins de l'injustice à condamner des innocents, j'en appelle à vous-même. Je vous supplie très-humblement de me dire si un silence respectueux est un mal, principalement quand on n'a pas encore déclaré qu'on s'en lient désobligé. Expliquez-vous donc, s'il vous plaît, ma très-chère sœur, et quand vous aurez marqué les justes devoirs qu'on vous doit rendre, vous verrez si l'on y manquera. Cependant j'avois la présomption qu'en vous écrivant seule, vous me feriez la grâce de le recevoir comme de toutes celles qui auroient eu autrefois l'honneur de le faire elles-mêmes, et qu'ainsi le foudre de votre indignation ne tomberoit pas sur elles, puisqu'elles sont aussi bien que moi , vos très-humbles , trèsobéissantes et très-fidèles servantes.

DLXXXVI.— A un chartreiix (Dom Loron).

Pour le remercier de ses sentiments charitables pour leur communauté.

[Vers juin 1669.)

Mon Père, La lettre qu'il vous a plu de m'écrire m'a comblée de confusion, de voir que vous me traitez d'une manière si disproportionnée à ce que je suis. Ce qui n'empêche pas que je ne remercie Dieu de vous donner des senlimens si charitables pour notre communauté, que Dieu a relevée en la rabaissant, par la bonté qu'il a donnée pour nous aux personnes qui sont à lui.

Vous m'obligez, mon Père, d'entrer avec vous dans l'admiration de ce qu'il a plu à Dieu de choisir des âmes si foibles comme nous sommes, pour leur faire mettre la main à des choses si fortes, ce qui fait bien voir qu'il n'y a rien du nôtre. Ce que nous avons à craindre est qu'une grâce, que nous mé-

DI.XXXVII. — A MADAME HAMELI>. ."ÎIS

ritions si peu, ne soit vaine en nous. Et il arriveroit ainsi, si elle n'avoit jias les suites (|uVlle doit avoir, en nous faisant avancer dans la voie de Dieu jusqu'à la perfection de notre état. Je vous supplie de lui demander pour nous une nouvelle grâce pour cette lin.

Nous nous sommes soumises à l'ordre de Dieu qui nous a fixées dans ce désert par sa providence, oîi nous prenons pour modèle l'esprit de solitude de votre saint Ordre, qui est le don sinj:ulier (jue Diru lui a fait; et (ju'au lieu que nous ne sommes pas séparées extérieurement les unes des autres, comme vous êtes, nous le soyons par un recueillement intérieur qui nous préserve de la distraction qu'on peut contracter par une conversation' presque continuelle : ce qui ne peut être que par une grande fidélité au silence , que nous n'avons pas encore au point (ju'il faut et (jui est si nécessaire pour conserver l'esprit de religion.

Je demeure avec tout le respect que je vous dois, etc.

DLXXXVII.— A Madame Hamelin».

Sur la mort de M. Hamelin, son mari, arrivée le 6 juillet.

Je désirerois, ma très-chère sœur, de vous faire connoître combien je suis touchée de la perte que vous venez de faire, (|iii ne peut être plus sensible qu'elle est par toutes les ci rcduslances (jui l'accompagnent , je veux dire par l'extrême boulé de C(,'lui (pje nous regretlons et la parfaite iniiou dans laquelle vous avez toujours été ensemble. C'est ce qui vous donne sujet, ma ti ès-chèrc sœur, de faire la plus grande action (jue vous ayez jamais faite \umv Dieu, (jui est dt; lui ollrir avec ime [larfaite soumission ce que vous avez de plus cher au monde. Vous n'avez (|ue ce seul moyen de remplir ce grand vide(jui s'est fait dans votre co-ur, de nu lire Dieu à sa place.

' Dans le sens de communications ou rapports.

• Mur-ueriie de Faverole<, veuve de M. Hamelin, amie de Port Royal pcndjnl |>lus de iO ju>; i-llc mourut a Pari;, le 'i M'|>li'ml»io lOSi, à fige de 69 ans.

Vous savez qu'il veut être appelé dans l'Ecriture sainte le mari des veuves et leur unique consolateur. Et ce sera la plus grande des grâces qu'il vous a faites (jue celle de lui être fidèle en une si grande occasion. Vous devez prendre pour modèle l'exemple que vous a donné ce cher défunt, dans l'entier détachement oîi il a été de toutes choses ; et son application à Dieu nous est une preuve qu'il l'auroit béni dans toutes sortes d'événemens, comme il a fait dans sa maladie, qui Ta mis si longtemps dans un état où il ne vivoit pres(|ue plus, ne pouvant avoir de commerce avec les vivans. Nous ne manquerons pas de faire un service pour nous acquitter de ce que nous devons envers l'un de nos plus chers et de nos plus anciens amis.

Cependant, ma très-chère sœur, nous demanderons h Dieu qu'il vous fortifie dans tous les momens que vous avez à passer, et qui sont remplis d'une douleur si amère. Je crois qu'il n'est pas besoin que je vous assure que notre atîection et notre reconnoissance seront toujours les mêmes a votre égard, comme elles ont toujours été à tous les deux. C'est de quoi je vous supplie très-humblement de ne point douter et de croire que je serai toujours , ma très-chère sœur, entièrement à vous et votre très-humble servante.

DLXXXVIII— A M. de Sévigné.

Sur le désir qu'il avuit de venir demeurer à Porl-Royal-des-Champs.

{Juillet 1669.)

Il y a tout sujet d'espérer que votre translation au désert vous sera doublement profitable, puisqu'elle n'a pas été faite au temps que vous vous y attendiez : les meilleures volontés que l'on a étant pour l'ordinaire mêlées avtic une volonté humaine dans laijuelle M. Singlin nous a dit que le culle de Dieu, qui doit être tout spirituel et divin, ne se trouve point. C'est pourquoi le retardement ayant purifié cet ardent désir que vous auriez d'y voler, vous n'irez plus à présent que par les pieds du nouvel honnnc, qui ne marche point plus vite qu'il

DLXXXIX. — A M. DE SÉVIGNÈ. 31 H

ne faut, selon le précepte de saint Pierre, qui dit que celui uni croil ne se hàle point.

Je crois que vous prenez à contre-sens une autre parole de TEcrifure qui dit que lejusle vil de ses inventions; car vous eu cherchez de toutes sortes, non pas pour devenir plus juste, mais pour satisfaire à l'inclinalion que vous avez à la lihéralilé et à la tentation qui vous porte à rendre les relij-ieuses délicates. Je vous fais ce reproclje au lieu du remercînient que je vous dois de votre excellent beurre, (jui me donne plus de honte que de satisfaction, ce qui me feroit envie de l'envoyer au grand hôpital pour voir si vous ne diriez pas que ce n'est point la du beurre des pauvres ; et par conséquent vous reprocher (|ue vous nous faites tort de ne nous pas mettre de ce rang-là. puisque nous devons avoir de l'amour uour la pauvreté, au lieu que les autres n'ont que l'état de |>auvres. Si je ne parlois pas à un bon frère comme vous, je prendrois plus garde à ce que je dis, mais tout est bon pour les bons.

DLXXXIX.— A M. de Sévigné.

Échelle de Jacob. (Tilre du manuscrit.)

(/hi7/cH669.)

Puisque vous voulez être notre frère, il faut que notre père saint Benoît soit aussi le vôtre, c'est ce qui m'a fait vous tirer un billfl. Celui (|ui vous est échu vous appretuira à ujonter et a descendre par réchelle de Jacob, a monter sans vous élever, et à descendre sans découragement; cela vous rendra capable de faire des miracles aussi bien (|ue notre saint. Vos présens sont si excelleus en leiu- espèce, que les nôtres spiriluels devroienl être de même; on peut bien faire venir du beurre de Bretagne, mais non pas faire venir des pensées d'en haut, à taule de (juoi Ion dit ce (|ui se préseule, pourvu (pi'ii n'y ait rien contre la loi et les bonnes mieurs

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