LETTUES 1)K LA MÈRE AGNÈS
DXC— A M. de Se vigne.
Au sujet d'un cachet à l'effigie du bon-Pasteur qu'il lui avait envoyé.
2o juillet (1669).
Il faut donc vous céder pour ne pas faire une seconde faute, qui seroit de borner votre libéralité, de quoi votre générosité seroit contristée. Vous aurez donc la gloire de votre magnificence, et moi rbuniiliation de vous avoir fait une demande si indiscrète. J'ai remarqué votre cachet du bon Pasteur, qui est tout à fait beau et dévot, et la devise la mieux appropriée du monde, puisqu'il n'y a point de sujet pour lequel nous devions tant d'amour à Jésus-Christ, que pour nous avoir cherché dans notre égarement et remis dans son troupeau.
Nous avons un nouveau motif d'action de grâces à Dieu, de ce qu'il nous a donné une mère * sur qui les marques de l'élection de Dieu ont paru presque visiblement.
Notre malade craint fort de ne pas mourir, au lieu que nous appréhendons fort de la perdre*. La volonté de Dieu déterminera ces deux désirs comme il lui plaira. En attendant vous lui demanderez, s'il vous plaît, avec nous qu'il nous la laisse, pour ne pas diminuer le nombre de ses fidèles servantes.
DXCI.— A Madame l'abbesse de Notre-Dame de Tard. Pour la remercier de sa sensibilité à leurs souffrauces.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
De Noire-Dame de Port-Roy al-deS'Champs, ce 7 août 1 669.
Ma révérende mère, J'ai toujours cru, pendant nos peines,
* Le 23 juillet 1669. la n)ère Marie de Sainte-M.ideleine d'Angennes du Fargis fut élue abbesse de Port-Koyal-des-Champs; elle a été continuée dans cette charge jusqu'au 3 août 1678,
2 La sœur Antoinette de Saint-Joseph de Beauclair, veuve de M. de Rochechouard, chevalier, seigneur de Saint-Cyr. Retirée à Port-Royal en 1b52, elle y til profession le 28 août 1659 ; elle est morte le 8 août 1669, à l'âge de 69 ans.
DXCI. — A MADAME l'ABBESSE DE NOTRE-DAME DE TARD. 317
qne nous n'étions pas si abandonnées à la condamnation de presque tout le monde, (juil ne reslàt encore plusieurs personnes qui avoient de la charité pour nous, mais je ne savois pas en particulier à qui nous étions redevables d'une compassion qui console beaucoup les personnes affligi'es. Vous m'ap[)renez , ma très-chère mère, que vous avez tenu un des premiers rangs parmi ceux à qui le Fils de Dieu promet qu'il fera miséricorde parce qu'ils ont été miséricordieux. Et cest principalement ce cpie je considère à l'égard de ceux a qui nous avons de l'obligation, qu'ayant eu pour motif de leur charité ce que saint Paul recommande, de pleurer avec ceux (pii pleurent, ce scia Dieu même qui nous ac(|uittera desrecounoissances que nous leur devons, pour suppléer au peu de pouvoir que nous avons de nous en acquitter par nous-mêmes.
Néanmoins, ma Irès-chère mère, pour allier ces deux vérités, l'une de Jésus-Christ (jui nous assure que nous ne pouvons rien sans lui , et l'autre de saint Paul qui relève notre espérance , en nous assurant que nous pouvons loul en celui qui nous fortifie , je veux espérer, ma tiès-chère mère, que Dieu donnera à notre impuissance le moyen de vous servir devant lui, et que vous trouverez dans notre communauté des âmes dévouées au désir ipie Dieu bénisse la vôtre, et qu'il se serve de vous pour cela, en augmentant le zèle qu'il vous donne de maintenir l'observance et même de la rentire plus parfaire ()u'elle n'étoil, pour vous faire courir dans ses voies. C'est ce (|ue je vous supplie très-hiimblement de lui demander pour nous, qui avons l)esoiu de ledoubler le pas pour n'être pas ingrates envers Dieu d'avoir soutenu notre foiblesse dans des épreuves que nous n'aurions pu supporter par nous-mêmes. Nous aurons toujours besoin de vos prières |>our cela, ne croyant pas être ericore à la fin de nos é|)reuves.
Vous avez uulanl de besoin (jue Dieu vous assiste, puisque la persécution ne peut man(|uer a tous ceux (jui veulent vivre selon Dieu, qui nous donnera aussi le même sujet de lui demander (pi'il vous donne It; même secouis et (jii'il me rende telle (|ue je dois être pour correspondre aux bous seutimtus que vous avez pour moi.
Je suis en son amour, ma tres-clière mère, votre fres-lium-
ble et très-obéissante servante en Jésus-Clii ist,
Sœur Catherine-Agnès de SaiIst-Paul, Reind*.
DXCn.~A Madame d'Arkel, en Flandre.
Suites de la paix de l'Église par rapport à Port-Royal.
7 août 1669.
Madame , Dieu vous a choisie pour rendre témoignage à la vérité de sa parole qu'il donne cent pour un, puisque nous ayant privées de l'union et de l'amitié de quelques-unes de nos propres sœurs de religion, il lui a plu devons inspirer des sentimens de bonté et d'atîection que votre mérite nous rend très-précieux , et qui, étant fondés sur l'amour que vous avez pour la vérité, ne nous pourront manquer tant que Dieu nous fera la grâce de la [)référer à toutes choses.
Je crois, Madame, que vous aurez de la joie d'apprendre que nous avons le bonheur d'avoir encoie à offrir à Dieu des marques que nous lui voulons être fiilèles dans les rencontres qu'il fait naître pour nous éprouver, et elles nous tiendront lieu d'actions de grâces de celle qu'il nous a faite de nous avoir rétablies dans les saints sacremens qui est une faveur inestimable de laquelle nous ne serons jamais assez reconnoissantes. Vous aurez donc peut être su , Madame , car c"est une chose fort publique, qu'après nous avoir enrichies des biens du ciel, l'on nous dépouille de ceux de la terre, en nous ôlant notre maison de Paris et une partie de notre bien. Nous aurions tort de nous plaindre d'être plus pauvres et plus solitaires, le monastère des Champs où l'on nous laisse étant un désert, mais qui nous est fort agréable, et dans lecjuel nous ne désirons rien que de servir Dieu en paix , sans être privées a l'avenir des assistances spirituelles que nous recevons des personnes qu'il nous a données , et qui ont été dans la persécution avec nous. Ce sont ces personnes que vous regardez avec vénéraUon comme les dél'enseiu's de la vérité, qui les a délivrés maintetenant de la nécessité oii ils éloient d'èlre retirés , ensuite de la paix qu'il a donnée à l'Église. Nous ne la possédons qu'avec