DXCIII.— A MADAME DE SABLÉ
crainte , sachant qu'elle a tant d'ennemis . mais Dieu les peut dissiper dans un clin d'oeil , qiiaml il lui plaira de faire cesser les troubles qui ont si longletnps agité les lidèles. C'est ce que nous lui demandons, enjoignant nos prières à celles que vous lui offrez pour la même fin.
Je demeure dans sa charité et dans sa vérité, Madame, votre très-humble et très-obéissante servante.
DXCIII.— Â Madame la marquise de Sablé.
Sur la privation de l'odorat.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Ce 1*f stptembre 1669.
Je suis bien aise et bien fâchée en même temps, ma très-chère sœur, d'être obligée de me donner l'honneur de vous écrire. Je suis fâchée du sujet que j'ai de vous rendre compte de la perle de mou odoiat, (|iii m apprend (jue vous èles menacée de la même privation. Si je ne l'avois |)oint dt jà, je m'offrirois de vous en soulager en la prenant sur moi, mais je ferois moins pour vous (jue je ne voudrois faire, parce qu'il est vrai (jue cela ne m'a rien coûté. Je l'ai perdu dès l'âge de dix-huit ans, en la même manière qu'on le perd quand on a de grands rhumes, à (juoi j'élois fort sujette. Je pensois toujours <|u'il re\iendroil, mais n'en ayant point de nouvelles je n'ai point couru après, c'est-à-.iire, (jue je ne m'en suis pas mise en peine; non pas que je naime assez tous les sens qui sont nécessaires à la vie, mais je ne mets p;is celui-là du nninl)re; et vous conclurez avez moi (ju'on s'en passe fort bien, ()ni!^(|u'il y a cinquante-huit ans (jue j'en suis privée. Et si j'ose vous dire ce <|ueje pense, vous gagneriez, ma très-chère sœur, à celle perte, >i vous vous en serviez pour salisfain; à IHeu pour avoir pris trop de plaisir dans les bonnes odeurs.
(>«• (pi«' j'ai dit au couitueuceuient, (|ue j'étois bien aise d'avoir rencontré celte occasion de me présenter devant vous, avant bien de la peine de vivre de votre pain s;ins vous payer un petit tribttt de recoiiiioissauce de ce que \nus avez la bond'
320 LF.TTRES DE LA MÈBE AGNÈS.
de vouloir contribuer a la subsistance de mon corps, cependant que vous refusez à mon esprit la consolation d'être assurée que je ne suis point déchue de mes anciens droits, qui ne m'étoient pas dus a la vérité, mais qu'il vous avoit plu de m'accorder sans mes mérites. Notre mère abbesse * vous assurede ses très-humbles obéissances; pour la mère prieure*, c'est à elle à parler pour elle-même et pour se procurer un éclaircissement pour justifier son innocence.
DXCIV.— A Mgr. Henri Arnauld, évêque d'Angers.
Jugement de la mère Agnès sur les conslilulions du Pont-de-Cé ; elle propose d'y retrancher ce qui regarde les communications au dehors*.
Ce 14 septembre 1669,
La mère Agnès n'ayant pas voulu se donner l'honneur de vous écrire le jour que M. le curé partit d'ici, elle m'ordonne de le faire ce matin de sa part, sachant qu'il est encore à Paris où nous lui enverrons nos lettres. Il nous avoit donné à voir les constitutions du Pont-de-Cé, dont vous aviez désiré (à ce qu'il nous dit) que la mère Agnès vous dît son sentiment. Il est en effet de quelque poids en cette matière, où elle sait tout ce que la lumière d'une grande piété, et l'expérience de soixante ans, lui a pu apprendre dans le gouvernement d'une grande communauté où elle a vu établir et maintenir la réforme depuis tout ce temps-là. S'il falloit donc une semblable approbation qui vaudroit bien en ce sujet celle des docteurs (mais des constitutions qui viennent de vous n'ont besoin ni de l'une ni de l'autre), elle la donneroit avec éloge à celles-ci qu'elle a lues avec plaisir, et qu'elle a trouvées les plus justes et les plus solides du monde.
Tout en est beau, et elle n'y verroit rien à ajouter ni à retrancher, sinon sur ce qui regarde les communications au
1 La mère Marie de .Sainte-Madpleine du Fargis.
' La mère Antîélique de Saim-Jean Arnauld d'Andilly, qui fut établie prieure de Porl-Royal-des-Champs le 3 août 1669.
3 La mère Angélique de Saint-Jean paraît avoir tenu lieu de secrétaire pour celte lettre.
Dxciv. — A M. l'évèqié d'angers. 321
dehors, qui est un point de si grande importance qu'on hasarde tout le reste si on neUiblit pas bien ce fondement ; et elle croit que si la pratique des maisons les plus réformées est plus exacte au regard des parloirs et des lettres, il ne peut pas être utile de la retrancher dans une maison oii la discipline religieuse est encore peu établie, et où par conséquent on peut davantage abuser de ces libertés; car parmi nous et dans les maisons bien régulières, on ne \oit pas même les pères et mères sans assistante, et on ne leur écrit point non plus sans montrer les lettres.
Mais si vous trouvez à propos de dispenser de cette rigueur, parce (|u'elle ne semble i)as nécessaire au regard des désordres (jui sont à appréhender des autres communications, encore qu'elle puisse souvent beaucoup nuire à la paix des connnunautés, parce que des esprits mal contents prennent ces occasions pour faire des plaintes ^et chercher de l'appui contre la discipline de la maison, il semble au moins qu'on ne devroit pas étendre cette indulgence aux autres parens ; et nous croyons absolument (ju'on ne fera rien du tout si on ne retranche cette liberté, qui est une porte toujours ouverte à la tentation, à (juoi il ne faut i)Oint exposer la foiblessedes âmes, que l'on a assez de peine a soutenir lors même qu'on leur a retranché ces occasions.
Il n'y a rien au reste sur quoi Tévcque ait tant de pouvoir défaire des lois aussi étroites (|u'il le juge nécessaire, parce que c'est une partie de la clôture, dont lui seul peut dis|>enser et qui sert de fort peu quand on se contente d'enfermer le corps dans des jKirtes et des murs, si res|)ril et les sens ont encore la liberté de se remplir au travers les grilles de toutes les idées du monde par la vue et l'entretien des personnes du monde.
Mais par d'autres raisons, nous croyons (ju'il en faudroit aussi tout à fait bannir les réguliers, dont la conduite n'est point du tout propre aux religieuses. Il n'est pas besoin de s'en expli(juer; ou en apprend tous les Jours assez d'exemples qui ne prouvent que trop (jue les uns et les autres étant (ibli^és à la retraite et au silence, ils se nuisent réciproquement (|uaiid ils en sortent; (;l si les évè(|ues ont besdin (|ne les religieux T. II. i\
leur renient quelques services, ils ont assez d'emplois à leur donner sans leur permettre la direction des religieuses. Nous ne croyons pas même que l'on en dût accorder pour les confessions extraordinaires; elles ont droit de demander des confesseurs extraordinaires, mais c'est à l'évêque de les choisir, et elles ne peuvent refuser ceux qu'il leur donne s'il n'y avoit de justes causes de récusations.
Jai oublié de marquer qu'il semble qu'on n'ait pas assez fait entendre, en parlant du parloir, qu'il faut que l'assistante voie et entende tout ce qui se passe, et que pour cet effet elle doit être à côté de la grille et assez proche, quoique non pas en vue, et qu'il soit défendu à celle qui est à la grille de parler bas, ou de s'approcher trop, ce qui seroil contre la décence. Ce sont de petites observations, mais d'où dépend tout; car en vain se donnera-t-on la peine de faire passer des règlemens, qui déplaisent toujours à des filles qui n'y ont pas été accoutumées, si on ne les observe si exactement qu'ils aient leur effet de retrancher toute occasion de mal. Et, au reste, on éprouve tous les jours qu'il n'y a que le commencement difficile en ces sortes de choses. Cela fait du bruit, des filles se plaignent; mais comme leurs plaintes sont injustes , pourvu que l'on tienne ferme et qu'elles voient qu'elles ne gagnent rien par cette voie-là, elles se rendent enfin et s'accoutument aux choses qui leur paroissenl rudes d'abord ; au lieu que lorsqu'elles espèrent qu'on leur relâchera quelque chose, elles se rendent difficiles à tout.
C'est, comme nous croyons, le seul moyen de rendre ces constitutions utiles, que de les faire observer indispensablement tout d'abord : autrement, si on commence d'y donner atteinte en un point, tous les jours on aura de nouveaux sujets de demander des dispenses. La loi ancienne a servi de préparation à la grâce de rÉvangile ; et il est comme impossible de rétablir l'ordre dans une communauté relâchée, si on ne fait d'abord quelque sorte de contrainte aux âmes pour les faire rentrer dans le cht-min où elles courent après d'elles-mêmes, quand la charité a étendu leurs cœurs, et qu'elles sont déliées des habitudes imparfaites où elles s'étoient formé une accoutumance par le long usage et le mauvais exemple. Les méde-
nxciv.— A M. l'évèque d'atigers. 323
cins, apothicaires et chirurgiens ne sont point exceptés de la loi commune, et on ne permet pas non plus cju'une tille leur parle au parloir ou à l'intirmerie sans qu'une assistante l'entende, soit qu'elle consulte ses propres maux ou ceux des autres,
11 nous semble aussi que pour les lettres il faudroit garder la même exactitude, et c'est beaucoup si l'on peut permettre d'écrire aux pères et aux mères sans les montrer; au moins faudroil-il que l'on s'assurât, en regardant le commencement et la Un, en présence de la tille, que c'est véritablement à eux quelle s adresse; puisque le dessus d'une lettre pourroit bien n'être que teint, et couvrir d'au 1res billets que l'on enverroit sous cette adresse. Un a bon te d être contraint d'agir avec ces précautions envers des personnes religieuses ; mais leu la mère Angéliquedisuilfort bien que, lorscju'il s'agit de taire dt s règlenlens, ce n'est pas aux bonnes religieuses qu'il faut avoir égard, mais à celles qui pourroient ne l'être pas; car il ne nuit point aux fortes de se soumettre à ces lèglemens, et il sert infiniment aux foibles de ne s'en [louvoir pas dispenser et île se trouver dans une heureuse nécessité de persévérer dans le bieu, parce ((u'elles n'ont [las, même quand elles le voudroient, le pouvoir de faire le mal.
On ne marque guère l'emploi du temps et le travail. Ne seroit-il point bon de le reconunander davantage, et d'établir surtout (ju elles Iras ailleront toujours dans les temps (jui ne bout point marqués pour d'autres exercices, mais «jue ce ne sera qu'a desouvrages pour la maison et non pour lessecidiers?
Un des points plus esseiiliels et qui seroit plus a souhaiter qu'il fût aussi bien établi dans la pratique de tous les monastères relormés qu'il l'est dans ces conslilulions, c'est la réception des filles, pour en bamur Tinteietel l'avarice qui a introduit la simonie prescpie partout. Mais nous avons su de M. le curé qu'il reste encore un usage dans cette maison, que nous tenons incompatible avec la pauvreté que nous avons vouée, bi»'n(|u aujoiud hui on n'en lasse plus de scrupule eu plusieurs niai.'^ous, (|ui est que b.s religieuses puissent avoir certaines |>clites i»ensions dont elles disposent, et non pas la communauté, quoiqu'elles ne manient pas cet argent et (|ue ce sdil
une boursièrequi le leur garde pour l'employer par leur ordre. La mère Angélique nous a parlé autrefois de cet abus avec une terrible force. Elle disoit que des religieuses qui s'imaginent n'être pas propriétaires en cette manière parce qu'elles ne gardent point d'argent, sont aussi ridicules que si elles disoient que les princes et les grands peuvent passer pour pauvres devant Dieu parce qu'ils n'en touchent point non plus, et que tout leur bien est entre les mains de leurs intendants à qui ils commandent d'en disposer comme ils veulent. L'ordre que les instituteurs des Ordres ont tâché d'apporter pour empêcher que la pauvreté ne devînt trop onéreuse aux foibles, n'a pas été de leur laisser à disposer de quelque peu de bien pour leur petites commodités, mais bien de recommander aux supérieures d'avoir beaucoup d'application et de charité pour leur'donner tout ce qui leur peut être nécessaire. Et ainsi c'est la règle où il se faut tenir. Car aussi bien on ne gagne rien de vouloir céder quelque chose à la cupidité: elle ne se contente jamais , et ce qu'on lui accorde ne sert qu'à lui en faire désirer davantage. De même ces permissions d'avoir des confitures en particulier et d'en pouvoir donner; c'est encore une occasion de plusieurs petits commerces et complaisances, dont le plus sur seroit d'arracher jusqu'aux moindres racines. Et de plus, comme on ne se contente pas de donner à des religieuses des règles pour vivre sagement, mais qu'elles sont obligées de plus à vivre saintement, et que leur règle les obhge à retracer dans leur vie pénitente l'image de Jésus-Christ crucifié, on ne voit pas que ce soit favoriser ce dessein d'une mortification continuelle, que de se réserver quelqu'altaclie à ces délicatesses, qui ne peuvent être au plus permises qu'à des malades, et qui ne leur doivent même être données que de la main de l'obéissance, qui empêche qu'elles ne soient nuisibles, parce qu'elles ne sont pas recherchées ni désirées parcelles qui les reçoivent.
Voilà, à ce que je crois, tous les arhcles sur quoi j'avois ordre de vous mander les senti mens de la mère Agnès et les nôtres. Je m'en vais les lui lire, afin qu'elle voie si j'ai bien exprimé ses pensées, et qu'elle le signe si elle l'approuve ; car je ne prétends pas que ce que je disait aucun poids que parce
UXLV. — A M. DE SÉVIGNÉ. Mb
que c'est son sentiment, puisque si j'en ai quelqu'un qui soit bon sur tout ceci, je le tiens d'elle et de ses instructions qui ont formé depuis si longtemps l;i conduite de cette couununauté; n'y en ayant pas une de nous ({ui n'ait appris d'elle les maximes de la \ie religieuse, et qu'elle n'y ait encore plus formée par son bon exemple (jue par ses paroles. Je passerai ces dernières lignes quand je lui lirai cette lettre , car elle ne voudroit pas signer cet article, et je ne voudrois pas que cela l'empèchàt de signer les autres.
Nous allons joindre nos prières à votre zèle pour obtenir de Dieu (ju'il donne bénédiction aux soins que vous prenez de la réforme de cette maison. Il semble que Dieu ait (pieUiue |)ensée de paix sur l'ordre monasti(|ue, car on entend parler de plusieurs monastères qui désirent se réformer sur l'exemple qu'en donne celui de la Trappe, dont la sainteté et la pénitence répand une odeur de vie (jui ressuscite les morts.
Je souscris à tout ceci comme étant ce me semble très-juste. Sœur Catherine-Agnès de Saint-Pall. R« ind*-.
DXCV. — A M. de Sévigné.
15 septembre (1669).
Je vous remercie très-bumblement de votre uniijue et rare fruit. Vous avez le [«rivilége de donner tout ce que vous voulez et d'accorder tout ce qu'on vous demande; et nous, au contraire, nous trouvons des impuissances partout. C'est pourquoi notre bâtiment de dedans ne vous apparoîtra |ioint, parce «ju'il y a un cbérubiu a notre jKMle i\m en défend l'entrée avec une épée de feu, c'est-à-dire un anathème de noire mère ri'^gli>e. El nous en trouNcrions uu ."«emblable conlie nous à votre cliambre, si nous voulions l'aller visiter. Ce qui ol)lige à rendre les privations réciprO(|ues; sinon que nous perdons plus a ne point voir \os jolies inventions, (pie vous ne ferez a voir des aceommudemens loil naturels et grossiers.
326 LETTRES DE LA MKBE AGKÈS.
DXCVL— A M. de Sévigné.
Au sujet des uuvices qui allaient être reçues à Port-Royal pour la première fois depuis le rétablissemenl.
Vers le 20 septembre 1 669.
Je n'eus pas hier un moment pour vous rendre mille grâces très-humbles de vos cachets. Je prie Dieu d'augmenter votre humilité, autrement je craindrois que, réussissant si hien à tout, vous ne fussiez trop satisfait de vous-même. 3Iais la prière la [>lus convenable c'est de demander a Notre-Seigneur Jésus- Christ qu'il se mette comme un cachet sur votre cœur, afin que lui seul, qui entre les portes fermées, y puisse entrer.
Je craius bien , mon très-cher frère, que vous n'ayez été du nombre des timides, au sujet de nos novices. Nous ne savions par quel motif iM. de Saint-Benoît* s'étoit engagé à cette action, mais nous ne voulons pas y profonder : la plupart de nos bonnes affaires se font ainsi par la pointe de l'esprit, sans trop appréhender les suites. Il faut donner quelque chose à la prudence, mais il ne faut pas qu'elle étouffe la confiance en Dieu. Je ne dis pas cela pour vous taxer de manquer à cette grande vertu, car je sais que c'est votre dévotion; néanmoins, comme elle n'a non plus de bornes que l'amour de Dieu, on peut quelquefois imperceptiblement ne lui rendre pas tout ce qu'on lui doit.
Je ne doute pas que vous n'offriez beaucoup à Dieu une chose aussi importante que celle-ci pour le renouvellement de ce monastère, afm que Dieu bénisse son héritage.
DXCVII— A Madame la marquise de Sablé.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
22 septembre 1669.
J'admire votre foi, ma très-chère sœur, qui vous persuade
* Claude Grenet, curé de Saint-Benoît. 11 a été supérieur de Port-Royal depuis le 14 juillet 1669, jusqu'à sa mon le 15 mai 1684.
DXCVIll. — A M. l'archevêque DE PARIS. 327
que vous pourriez vous accommoder en un lieu qui n'est ni haut ni spacieux . mais bas el étroit, et dont la situation et la structure est capable de donner du dégoût. Et de plus , je ne sais si l'entremetteur s'est expliqué selon votre intention. C'est pourquoi je ne sais que vous dire, sinon cpie nous désirerions que Dieu fît tous les miracles (ju'il seroit nécessaire pour faire réussir votre dessein. Je le supplie, ma très-chère sopur, qu'il bénisse tous ceux que vous avez pour être entièrement à lui.
OXCVIII. — A Mgr. de Péréfixe, archevêque de Paris. Au sujet des novices qui avaient été reçues à Purt-Iloyal-des-Chanips'.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
Ce :i octobre 1669.
.Monseigneur, Nous ne mériterions pas la grâce que nous recevons de Dieu, et de la bonté que Votre Giaudeur daigne avoir pour nous, si nous n'avions soin dans toutes les rencontres de faire monter notre reconnoissance jusqu'à la source d'où se rép.indenl stu' nous les biens et les consolations dont cette conuiuuiaulé se trouve comblée depuis (lu'il vous a plu la regarder favorablement. C'est la raison qui nous obHgc;, Monseigneur, de ne pas passer cette occasion sans témoigner à Votre Grandeur combien nous lui souuues redevables de ce qu'elle nous a mises en état qu'en auguienlaut le nombre de cette famille, nous augmentons le nombre des personnes (jui seront appliijuées toute leur vie a lui rendre avec nous, soit auprès de Dieu par leurs prières ou envers elle par la soumission de leur conduite, tous les devoirs de respect et d'obéissance i|u'elli' peut attendre des plus humbles de ses tilles, el des plus reconnoissantes de toutes les laveurs (pi'elles recevront jamais de sa main. On nous en fait espérer une , Monscignem-, (|ui manque encore a notre entière satisfaction; el si Votre Grau-
' 1.0 inprcrefli 2 octol)ie, M. le rnré de SainlDenoft donna riialil aux tincj n<i\iri-> <|iii avainil éli- |ii(i|i(jsé(s le l'idn nml>- piérédonl. O lui la niorc A((né« qui le» re^ul el qui til toute la cérémonie, la niére abbei&e étant malade au lit.
deur, qui a témoigné aux personnes de qui nous le savons ' qu'elle vouloil honorer notre solitude d'une visite, nous fait cette grâce, comme nous l'en supplions très-humblement, j'espère qu'elle se persuadera, par expérience, d'une vérité dont Je me rends caution pour toutes nos sœurs, en vous assurant. Monseigneur, qu'elles méritent toutes par leur soumission et leur respect la qualité que jose prendre en me disant, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissante fille et servante, Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul, R^^ ind^
DXCIX— A Mgr. de Péréfixe, archevêque de Paris.
Pour lui témoigner la part qu'elle prenait à sou affliction de la mort de M. son neveu, qui avait été tué à la guerre de Candie.
Ce 22 oc/oi/re 1669.
Il y a des occasions si extraordinaires qu'elles dispensent des lois communes, et quoique notre profession nous oblige au silence et nous défende de prendre part aux nouvelles du monde, nous ne saurions, Monseigneur, demeurer indifférentes à celle qui nous a appris la perte que vous venez de faire de M. votre neveu, ni nous dispenser de témoigner à Votre Grandeur combien nous sommes sensibles à la juste douleur qu'elle en ressent. Car c'est même entrer dans les intérêts de l'Eglise, que de regretter la mort d'une personne qui a signalé sa valeur et sa piété, en exposant sa vie pour sa défense dans une guerre toute sainte. Mais permettez-moi aussi de dire. Monseigneur, que je crois que c'est encore davantage entrer dans les sentimens de cette divine mère, que de se réjouir avec elle de ce qui assure le véritable bonheur de ses enfans. Comme elle n'aime que leur salut, elle ne fait état pour eux que de ce qiii est éternel, et elle croit qu'ils ont toujours assez vécu pour elle, quand ils ont pu mourir glorieusement pour Dieu. Ces occasions sont si rares en ces derniers temps, qu'il y auroit sujet. Monseigneur, de porter envie à la grâce que Dieu vient
' M. l'archevêque a voit témoigné à M. llilaire qu'il vouloit venir céans.
(Note du manuscrit. J
DXCIX. — A M. l'archevêque DE PARIS. 329
de faire à M. votre neveu, de ce quêtant né d'une condition (jui l'auroit toujours engagé à exposer sa vie pour le service du roi, il a été si heureux que de la pouvoir donner en servant Sa Majesté pour la défense de toute l'Eglisr-, et mériter par cette piété autant de récompense devant Dieu, qu'il s'est acciuis de gloire dans le monde par les preuves extraordinaires qu'il a données de sa valeur.
Comme il est donc impossible, Monseignem-, que Votre Grandeur n'ait des sentimens fort partagés en une occasion qui a deux faces si différentes, dont l'une peut être le sujet d'une affliction fort sensible et l'autre le doit être d'une joie trêssolidc et toute cbrétienne; nous tàchofis de i)rendre part à l'une et à Tautre, dans l'espérance néanmoins que la douleur cédera bientôt à la consolation de la foi, et qu'après avoir satisfait à notre devoir par les prières que nous faisons. Monseigneur, i)Our le repos de celui que vous regrettez, nous passerons à l'action de grâces de la miséricorde que Dieu lui a faite, et de l'Iionneur (ju'il fait à votre maison en sa personne d'avoir choisi celui qui en devoit être le soutien, pour lêtre de la religion et de la foi, et s'élever, en mourant pour une si juste cause, à un rang de gloire infiniment au-dessus de tout ce qu'il y a de grand dans le monde, et qu'il y auroil pu prétendre dans la suite d'une |)lus longue vie. De quelque durée qu'elle i)uisse être, elle trouve sa (in, et elle disparoît en un moment lorsque nous arrivons à l'éternité. Et pour moi, Blonseigneur, je m'en trouve déjà si proche, que j'ai de la peine à regarder les choses présentes d'une autre manière que je les verrai bientôt, (juand la lumière de la vérité en découvrira le néant et le mensonge.
Je vous honore trop parfaitement, Monseigneur, pour ne vous souhaih'r pas les avantages «jue j'eshme les plus réels et les plus solides, les autres ne méritant pas d'être demandés à Dieu, (iuoi(|u'il les donne cjuebjuelbisde surcroît, à ceux (|ui ne clierclient (jue son royaume et sa justice, (l'est pouniuoi, Monseigneur, je ne cesserai jamais de le supplier qu'il vous remplisse do toutes les grâces (jui peuvent vous rendre véritablement grand devant ses yeux; et je m'esliiue la |ilus heureuse du monde, depuis (jne Votre (irandeur ma fait riionneur dt
me témoigner par la dernière, qu'elle est persuadée que ce sont mes véritables sentimens, et que c'est avec une parfaite sincérité, de même qu'avec un très-profond respect, que je suis, etc.
DC— A Madame la duchesse de Longueville.
Au sujet (Je Mgr le duc de Longueville, son fils, qui voulait entrer dans les ordres; la mère Agnès loue la peine qu'elle en éprouve, et le dessein qu'elle avait de s'y opposer.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Ce 24 octobre 1669.
S'il plaît à Dieu, Madame, de continuer d'exercer Votre Altesse sérénissime non-seulement au dedans d'elle-même, mais encore au dehors, comme il arrive maintenant au sujet de la conduite de Mgr de Longueville ^ (de laquelle Votre Altesse sérénissime ne peut pas n'être point touchée, ayant, comme elle a, tant d'ardeur pour les intérêts de l'Eglise et pour le salut d'une personne qui est une partie d'elle-même), il faut, Madame, être bien sincèrement à Dieu, pour ne s'emporter point dans le juste ressentiment qu'il est [lermis d'avoir de ces excès. Je me promets, Madame, que Dieu donnera tant de modération à Votre Altesse sérénissime, qu'en exerçant son autorité sur une personne qui en doit entièrement dépendre, elle se soumettra en même temps à la providence de Dieu, sans laquelle il n'arriveroit pas de pareils désordres. Et comme cela n'est point encore fait, j'espère que Dieu l'empêchera une seconde fois, comme il a déjà fait la première. Cependant le zèle de Votre Altesse sérénissime lui sera trèsagréable, et la crainte qu'elle a que sa divine majesté ne reçoive du déshonneur d'un dessein si irrégulier au regard d'ime chose si sainte, lui sera un témoignage qu'elle est bien éloignée des vues que le monde pourroit avoir en une telle occasion.
Je [)rie Dieu, Madame, qu'outre la sagesse qu'il a donnée a
' Jean-Louis-Cliarles d'Orléans, duc de Longueville, né le 12 janvier 4646, reçut l'ordre de prêtrise en décembre 1669; il est morl le 4 février 1 694.
DCA. — A M. DE SÉVIGÎSÉ. 331
Votre Altesse sérénis?iiue, il inspire aux personnes de qui elle prendra conseil, la manière d'agir qui sera la plus droite, la I)lus juste et la plus efficace i)our réussir dans le dessein qu'elle a de prései'ver celui dont elle désire tant le salut, de se précii»itcr dans une condition qui lui seroit si ruineuse.
Cette affliction, Madame, n'est pas du rang de celles dont on voudroit consoler Votre Altesse sérénissime; au contraire on la loue, et ou resliuie heureuse de s'affliger pour un sujet ijui donne une si grande preuve de sa piété qu'elle signalera encore davantage, si, après avoir fait tout ce ((ui sera en son |)ou- Noir, Dieu ne permet pas qu'elle y réussisse : n'y ayant point de plus grand hommage qu'on lui puisse rendre , que de trouver bon qu'il renverse nos meilleures intentions, sa gloire et sou houueiu' n'étant allachés(|u'a ce qui dépend de sa sainte volonté ; en sorte néanmoins qu'il ne laisse pas de récompenser la fidélité qu'on a eue de procurer ce qu'on a cru être le meilleur; et, comme dit le |trophèle, il réserve dans un vase les larniLS (ju'on a répandues pour son i)ropre salut ou cehii des autres. iNous lui exposerons, Madame, de tout notre pouvoir, le besoin qu'a Votre Altesse sérénissime d'une grâce très-|)articulière pour purler le poids de ralllictiou qu'il lui envoie. Sœur CvriitiuNE-AtiNES de Saim-Pail, h^ ind'^.
DCI — A M. de Sévigné.
Cv 10 ili'ccnxbrc 1()6Î).
Je vous suis tant obligée, mon très-cher frère, de la copie qu'il vous a plu de nous envoyer de votre excellente lettre, <|ue je ne puis iu;ui(|uer de vous eu remercier très-humblemeut, et de demandiM' a Hieti pour récouq)euse (|u'il vous I imprime dans le cœur. Je (lé.sireiois (ju'il me fît la même l^ràce, ne me trouvant pas assez pénétrée de ces grandes vérités. J'ai été touchée de la h;llre de M. le cure de .Saiiit- Jac(|ues, (|ui fait paroitre sou humilité, en faisant cas d'un petit billet. Cecjui m'a fait souvenir de ce (|ue disoit feu M. de .Saiut-(>yran,que lésâmes de grâce étoieiit comme les oiseaux qui se désaltèrent d'tme poulie dVau. et qu il en faut des
seaux aux bêtes de la terre. Je vous demande vos prières, comme je vous promets les miennes, pour nous disposer d'aller au-devant de l'Époux.
OCII. — A Madame la duchesse de Longuevllle.
Sur la peine que ceUe princesse ressentait de ce que le duc de Longueville entrait témérairement dans les ordres.
Vers le 20 décembre 1 669.
Dieu traite Votre Altesse sérénissime, Madame, comme il fait souvent les justes, auxquels il n'accorde pas ce qu'ils lui demandent dans la droiture de leur cœur et pour le seul intérêt de sa gloire; ce qui n'est pas contraire à ce qu'il promet dans l'Evangile quand il dit : Tout ce que votis demanderez en mon nom, je vous le donnerai. Car saint Augustin remarque que Jésus-Christ ne dit pas, je le donnerai à ceux pour qui vous le demandez, mais je vous donnerai à vousmême le fruit de votre prière, qui me sera toujours fort agréable. Ne regardez donc pas, s'il vous plaît. Madame, ce qui est arrivé comme le refus de vos prières; Dieu a ses fins, qui doivent régner sur toutes les nôtres: Mgr de Longueville n'est pas le seul qui s'engage témérairement dans les ordres; tous ceux qui commettent ce sacrilège déplaisent autant à Dieu que lui et doivent être l'objet des larmes de l'Eglise; mais il est vrai que ce qui est général touche moins, et que Dieu a donné à Votre Altesse sérénissime celui-ci pour son partage, afin que la douleur qu'elle en a satisfasse à Dieu pour le peu de respect qu'il porte à un état si saint. Mais, Madame, Dieu ne veut pas qu'on s'afflige trop; et lorsqu'on a reconnu sa volonté par l'événement, il faut l'accepter avec une entière soumission: ce que l'on doit faire principalement quand on n'a rien omis de ce qu'on devoit faire pour s'opposer à ce mal. C'est ce qui oblige Votre Altesse sérénissime de remercier Dieu de l'avoir rendue l'instrument du salut de Mgr son fils, en vous efTorçant par tant de manières de le détourner de son dessein; ce qui a même attiré sur Voire
nClII. — A M. AHNAULD D'aNDILLY. 333
Altesse sérénissime le Lldiiie des gens du monde qui ne craignent point Dieu.
Il vous reste encore, Madame, des ennemis invisibles à combattre, qui s'efTorcent de vous plonjrer dans une tristesse excessive qu'ils couvrent du prétexte que vous en avez grand sujet. Mais quoi qu'il puisse arriver, il faut que la paix de Dieu qui surpasse toute pensée garde nos cœurs et nos esprits en Jésus-Christ \otre-Seiijneur. C'est l'instruclion que saint Paul nous donne cette semaine ', et que Dieu vous a préparée dans le besoin que vous en aviez après la nouvelle que vous avez reçue.
Je supplie donc très-bumblement, Madame, Votre Altesse sérénissime de croire que Dieu veut absolument qu'elle résiste à sou afilicliou, et qu'elle lasse une sainte diversion de cet objet qui l'accable, en celui de la consolation qu'elle attend de la venue de Jésus-Cbrist en la terre. C'est ce que nous lui demanderons dans toute l'humilité de notre cœinv, qui est tout pénétré du ressentiment de la peine de Votre Altesse sérénissime.
DCIII— A M. Arnauld d'Andilly.
Au sujet de Madame de Loiigueville.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !
Ce 24 décembr<' \mVJ.
Je suis en extrême peine , mon très-clicr frère , de madame de Ujngueville (jui se consume toute de tristesse , à ce (ju'ou nous a dit. Ce (jui me soulage de la grande compassion que j'ai de ce (lu'elle soulfre, est de savoir (jue vous l'assistez et que Dieu vous donne tout ce (jui est nécessaire pour cela. Je le supplie très-humblement qu'il vous augmente ce que vous avt'Z déjà, etiprelh; dcuieure persuadée de rafVcclion et de l'applicatioii (pie vous avez j)Our ses besoins, connue elle a tout sujet de l'être , ne doutant point de la très-abondante charité que vous avez pour elle , et que vous auriez gratuitement,
' Pain» ri'|>llr«' du m' dim:in<lip di- l'Aveiil, l'hill|»., c. iv, v. 7.
33i LETTRES DE LA MÈRE AGNES.
quand ce ne seroit pas le payement d'une dette qu'elle s'est acquise par tant de bons offices dont tous nos amis, et nous particulièrement, lui sommes redevables.
DCIV. — A Madame d'Elbène, religieuse de Fontevrault.
Pour la remercier de l'union qu'elle demande avec la maison de Porl-Roval.
Je regarde comme un présent que Dieu nous fait linspiration quil vous donne d'avoir de Tunion avec nous. Nous entrons dans votre dessein, ma très-chère mère, et nous estimons beaucoup l'avantage que nous aurons d'avoir acquis une nouvelle amie, du rang de celles que nous chérissons davantage parce qu'elles sont aimées de Dieu. Toutes les religieuses qui sont dune même profession ne devroient être qu'une même chose, et cependant il arrive peu que l'on étende sa charité hors de son pro[>re monastère. Vous êtes des premières à rompre cette règle , et à nous prévenir des offres de votre charité. Je vous en remercie très-humblement , ma très chère mère, et de l'exemple que vous nous donnez de parler si humblement de vous-même. Est-ce que vous penseriez que nous serions si injustes que de nous attribuer la grâce que Dieu nous a faite de connoitre la vérité, et de ce qu'il lui a plu de nous donner quelque force pour souffrir pour elle? Cette résolution nous appartient si peu, que nous ne saurions trop admirer que Dieu ait choisi des sujets si loibles pour mettre la main à des choses si forles.Mais outre cela, comme nous sommes tres-impartaites, tout ce que nous faisons est accompagné de tant de défauts qu'il ne nous reste que de llmmilialion et un sujet éternel de louer Dieu de ce qu'il n'a pas permis que nous ayons été emportées parle torrent. 11 nous seroit désavantageux, ma trèschère mère, que vous eussiez une autre idée de nous que celle que je vous en donne, qui est tres-véritable et qui vous oblige, comme je vous en supphe de tout mon cceur, à demander à Dieu qu il achevé eu nous la miséricorde (ju il a commencé de nous faire en nous rendant les filles de la vérité, en nous augmentant sa charité qui nous purifie de toutes nos taches.
DfV. — A MADAME DE ROTHELIN. 335
M. de Sainte-Marthe, «jui est rentremclteiir de l'union que Dieu nous donne avec vous, sera notre caution pour vous assurer combien elle nous est ctiére et que nous la conserverons (le tout notre pouvoir.
Je demeure, ma révérende mère, votre très-humble et trèsobéissante servante.
DCV.— A Madame de Rothelin, religieuse à Chelles.
Sur les peines d'esprit.