‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 70 sur 205 · DCVII. — A I.A S(TAR MADELEINE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

DCVII. — A I.A S(TAR MADELEINE DE JÉSUS

Dieu est si puissant, Madame, qu'il peut calmer l'esprit de Votre Altesse lorsqu'il lui plaira de dire à votre cœur : Je suis avec vous. Et en effet, il n'a que cela à faire pour prendre la place de celle que vous regrettez, puisque c'est pour être plus à lui ijue vous consentez à en être privée, ce qui change la disposition de Votre Altesse, qui étoit bonne auparavant, en une très-bonne el qui , selon la parole de l'évangile de cette semaine', portera un grand fruit parla patience.

Je prie Dieu, Madame, que ce qui peut être si avantageux à la santé de votre âme ne fasse point de tort à celle de votre corps. Votre Altesse ayant besoin de toutes ses forces pour porter les épreuves (jue Dieu lui fait en tant de manières, et pour lescjuelles il Ta prévenue d'une droiture de conscience et d'une pureté d'intention qui lui tait toujours prendre les meilleurs conseils que la lumière de son esjtrit naturel ne lui découvriroit pas. Ce sont, Madame, les grands dons de Dieu, (jiii ne sont |>as toujours accompagnés de la paix de l'esprit, et qui n'ôtent pas les appréhensions du succès (jue peuvent avoir les choses; mais étant fondé sur un principe immobile comnie est celui de la vraie crainte de Dieu, on n'est point ébranlé et l'on se trouve d'autant i>lus ferme que Ton ne donne point de lieu aux raiïonnemeiis humains.

Je demande à Dieu, Madame, que les prières que je lui offre pour Votre Altesse sérénissime aient de l'accès vers sa miséricorde, et que je ne sois jias si misérable (pie de manquer aux grands besoins qu'elle a que Dieu l'assiste cxtraordinairement, puisqu'il m'a rendue, i>ar tant de titres, la très-humble et Irès-obéissanle servante de Votre Altesse sérénissime.

DCVII.— A la sœur Madeleine de Jésus, bernardine. Au sujet de ses fréquentes maladies.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !

Ce 5 mars 1670. Je crains, ma très-chère sœur, que votre devise à l'avenir ne

' fivan^ile du dimanche de la soxan«^simp. S. I.iir, rh. vin.

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soit ces paroles de l'Écriture : Le Seigneur mortifie, et il vivifie; il mène jusques à la mort, et il en ramène : car voici la troisième fois , en comptant votre maladie de l'hiver. Je ne laisse pas, ma très-chère sœur , de regarder votre état comme une faveur que Dieu vous fait, de multiplier les occasions de lui faire un sacrifice de votre \ie, étant trop peu de ne mourir qu'une fois pour Jésus-Christ, qui est mort depuis le premier instant de son incarnation jusqu'à ce qu'il ait expiré en la croix, par une vive représentation et une acceptation volontaire de la mort qu'il devoit souffrir. Ainsi vous accomplirez la parole de saint Paul :Je meurs tous les jours. Et en même temps Dieu renouvellera en vous la vie de sa grâce, selon que dit le même apôtre : Nous sommes comme morts, et voici nous vivons. Je vous supplie très-humblement, ma chère sœur, de faire réflexion sur ce que je vous dis pour me l'appliquer à moi-même qui suis en un âge plus proche de la mort que vous, et moins disposée à la rendre une offrande agréable à Dieu. Je ne désire point de recevoir de vos nouvelles par vous-même; au contraire je l'appréhende jusqu'à ce que vous soyez en état de n'avoir aucune incommodité de m'en donner. Cependant je prie Dieu, qui est spectateur de ce qu'il a mis en nos cœurs l'une pour l'autre, de l'augmenter et de le purifier de plus en plus.

Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul, Rs<= ind^.

DCVIIL— A M. de Sévigné.

Sur les soutFrances.

Ce 'iO de mars 1670.

Je suis fort édifiée, mon très-cher frère, de ce que vous me témoignâtes devant le Carême, que vous désiriez passer ce saint temps dans le silence, ce qui me fit juger que je devois interrompre le [jetit commerce de nos billets ; ce qui n'a pas empêché que je ne me sois toujours enquise de vos nouvelles, et ce que j'en appris hier m'oblige de vous témoigner la part que je prends à votre mal, qui est accompagné d'une si grande douleur qu'il vous fait avoir besoin d'une grande patience; je la

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