‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 73 sur 205 · LETTRES 1)E LA MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

LETTRES 1)E LA MÈRE AGNÈS

retenu copie, le discerneront sans peine, encore que pour lui garder le secret, j'aie à dessein évité de faire paroîlre l'occasion quelle m'avoit donnée de lui parler comme je fais. Votre Grandeur jugera sans doute qu'elle n'a pas fait paroître tant d'amour de la paix dansla réponse qu'elley a faite. Mais je suis néanmoins fort disposée à le dissimuler; et n'ayant eu dessein que de la persuader de la véritable affection que je conserve pour elle, je lui en donnerai désormais des marques par mon silence, puisque mes paroles font sur elle un effet si contraire à mes intentions. Je me promets, Monseigneur, qu'elles trouveront plus de grâce auprès de Votre Grandeur, et qu'elle se laissera persuader par des protestations aussi sincères que cjlles que je lui fais, qu'il n'y a rien qui me donne plus de douleur que de savoir qu'elle ait quelque mécontentement contre nous, ne désirant rien avec tant de passion que de vous pouvoir témoigner combien je suis, etc.

DCXVII. — A Mgr. de Péréfixe, archevêque de Paris.

Elle le remercie de la manière favorable dont il avait reçu ce que madame de Longueviile lui avait dit en sa faveur, louchant sa lettre à la sœur Flavie.

Le 8 juin 4670.

Monseigneur, Ayant appris par Son Altesse sérénissime madame la duchesse de Longueviile, que vous avez eu la bonté d'écouter favorablement ce que Son Altesse sérénissime a bien voulu vous dire en notre faveur; j'ai cru, Monseigneur, que Votre Grandeur me permettroil bien de passer de l'affliction où j'étois d'avoir appris son mécontentement, en une reconnoissance et une action de grâces envers Dieu, et envers vous, Mgr, d'avoir donné créance à l'assurance très-sincère que Son Altesse sérénissime a bien voulu vous donner pour nous, du désir que nous avons de ne manquer jamais à l'obéissance et au profond respect que vous doivent des [»ersonnes que Dieu vous a assujetties, et qui savent que leur salut est enfermé dans la fidélité à un si grand devoir. C'est la protestation que je vous fais , Monseigneur , avec toute l'humililé qu'il m'est possible en qualité. Monseigneur , de votre, etc.

nrxvm — a madame de sablé. 349

DCXVIII— A Madame la marquise de Sablé.

Ati sujet de la visite des évêques de la Rochelle et de Meaux, à Porl-Royal-des-Chanips.

Gloire à Jésus au Très-Sainl-Sacrement!

Ce 1 4 juin 1 670.

Jusqu'à jnésent, ma très-chère sœur, nous avons éprouvé les avanlages spirituels (ju'il y a dans la solitude, et nous n'en prétendions point d'autres; et néanmoins il nous en est arrivé qui nous ont donné une consolation singulière, Dieu ayant inspiré Mcsseigneurs de la Rochelle' et de Meaux' d'honorer notre désert d'une visite. Ce fut la veille de l'Octave du Saint- Sacrement, et tout à fait à propos pour rendre à Notre-Seigneur Jésus-Christ un honneur (ju'il n'a\oil |toint encore reçu parmi nous, (jui lut d'être porté a la procession par l'un de ces prélats, ce qui appartenoit à Mgr de la UochcUe, s'il lui eût plu dédire notre messe convcnluelle, (ju'il voulut lais.-er dire à Mgr de Meaux parce (lue c'étoil a lui (pie Mgr rarchevé(jue avoit donné la |)ermissiou de conlirmer quehiues personnes de céans qui ne Téloient pas.

Mgr de la Mochelle entra dans la clôture à la procession, qui nous éditia exirémemcul de la piété et du grand respect dont il accompagna cette action, après la(|uelle il me fit l'honneur de me demander, et (h; me témoigner des hontes (pii lui sont lieiéditaircs, n'étant pas moindres (jue celles dont il vous a plu de me comhler en toutes sortes de manières. Vous êtes lit'uieu<e, ma trcs-cheie .-<i'ur, (jue Dieu vous ait donné un lils qui est aussi \olre père, (|ui hoiiorc' tant \otre maison. Je crois aussi ipi'il possède toute voire atlection, i>our les grandes qualités ipi'il a selon Dieu et selon le monde. J'ai eu hien de la joie dans l'entretien que j ai eu l'honneur il'avoir avec lui, de remarquer (lu'il s'appli(|ue heaucoup aux devoirs de sa charge,

I iienri Je Laval de Boisdauphiii, fils de madame de Sablé; nommé à révèclH- de Saint Paul de l.cDn en I6Ô1, il fut transféré 'a la Rochelle en Hifii ; il iM mort le il novcml.M' IC.'.i:».

' l><imiriii|iii- de l.i^nv .

et qu'il s'en ac(iiiittc avec autant de sagesse que de douceur; et parce que s^ dignité demande tant de perfection, je me tiens obligée de la demander à Dieu avec grande instance, afin qu'il augmente le nombre des saints prélats desquels il y a beaucoup moins qu'il ne seroit à désirer.

Je ne vous souhaite pas, ma très-chère sœur, un aussi haut degré de vertu, parce que vous n'êtes pas sur le chandelier de l'Eglise comme cet illustre prélat, mais il faut pourtant monter bien haut pour arriver à l'amour de Dieu par dessus toutes choses, sans lequel on ne se peut sauver. Dieu vous en donne un moyen bien puissant en vous privant des choses que vous devriez posséder, mais dont la privation est fort avantageuse pour vous détacher du monde qu'on est obligé de haïr, parce qu'on ne peut servir à deux maîtres. Je sers à Dieu, ma trèschère sœur, en vous rendant mes très-humbles respects, parce que Dieu m'a rendue votre très-humble et très-obéissante servante.

Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul, R« ind«'.

DCXIX.— A M. de Sévigné.

Sur la proposition qu'il faisait de bâlir en entier le cloître de Pori-Royal-des-Cliamps.

Ce 21 juillet \Q10.

Benedictus qui venit in nomine Domini. Je me sers, mon très-cher frère, de ces paroles qui ont été dites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce que vous êtes un de ses membres vivans, et que c'est son esprit et sa grâce qui vous ramène d'un voyage, dont il n'a pas peut-être été l'auteur, parce qu'il aime la stabilité et l'immobilité dans la demeure qu'il a fait choisir. La peine que vous avez eue d'aller et de venir vous aura servi de pénitence ; c'est pourquoi je n'en parle plus.

Pendant votre absence l'on m'a entretenue de la proposition que vous faites de bâtir notre cloître tout entier'. Cette

* Le vendredi 19 mai 1670, l'on commença à travailler au cloître, dont on avoit résolu de faire deux côtés. On oomment'a par le côté qui conduit du réfectoire au bàtinienldes enfans et aux infirmeries. Le 22 mai, M. Arnauld

DCXIX, — A M. DE SÉVIGNÉ. 351

magnificence m'a surprise; jai apprébendé que Dieu nous tentât dans cette occasion, pour voir si nous sommes lidèles dans la pauvreté, qui ne nous |)ermel pas de désirer ni même d'accepter que ce qui nous est nécessaire. Or, vous savez qu'il n'y a (jue la seule fxalerie dont on ne peut se passer, et pour le second côté du cloître qui conduit au chœur il y a aussi quelque prétexte léfritime; mais pour les deux autres (jui feroient l'ouvrage parlait, c'est à quoi nous n'oserions prétendre, et nous craignons même que vous ne fassiez pas bien de nous TolTrir, au préjudice de nos frères et de nos sœurs qui sont plus pauvres (jue nous. Je me promets que cette espèce de remercîment ne vous déplaira point, parce que vous aimez la vérité qui vous découvrira quelque chose de plus parlait dans celte seconde libéralité (jue dans la première où votre esprit et vos yeux auroient jtlusde satisfaction.

Je me dispose d aller derïiain communier à la messe, s'il plaît à Dieu de m'en faire la grâce, au bout des trois semaines (ju'il plut à Notre-Seigneur de venir à moi pour m'ennnener avec lui, comme il y avoit sujet de croire: il nie faut pré[tarer pour une autre fois (jui ne peut être guère éloignée '.

bénit la première pierre de ce côlé, qui fui posée par la mère A^'nès, avec les prières ordinaires, loiiles les mères et quelques-unes des sœurs y éiaiil présentes. — Le 21 juilletun coininença à travailler aux arcades qui appuyeiii le dortoir, et ii eu creuser les fondeiuens, pour faire ensuite le second côté du cloître, qui ujéne de l'église au réfectoire. Le manli 22, M. île Saiiite- Marlhe en bénit la première pierre, qui fut mise |iar la mère ahhesse. — Le 6 août, ou cniiiMieu«i;a les iondatious du troisième côié du cloilre, (|ui étoit entiii résolu après beaucoup de débliéialinns M. le curé de ."^ainl- Heniiit bénit la première pierre, qui fut mise par M. de Sévi^né. Pour ce qui est du ({ualrieine coté qui lient à réalise, et où l'on travailla ensuite, on ne lit point de cérémonie, [tirée <pie Ion s'csl servi de raiieiennc fondation qui étiiit bonne. — Le jeu'li 22 octobre l('>7l, le cloîiie fut «'nlin acbevé; M. de Saint-Menoil en lit la bénédiction, la clôture y fut mise, et les religieuses en prirent possession. [Jiiiiriuil tir l'art-lioijnl. )

' Le maidi l-f juillet, il prit une ^^rande oppression à la mère .V'^iiès, qui obligea M. de Sacy a lui «jonner les sacremens sur les six beures du malin, la mère le souhailaiil beaucoup, et M. Ilanion la jugeant en périL Cvl accident n'eut pui> de suite. (Iikm.)

:^r)2 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

DCXX.— A M. de Sévigné.

Sur divers sujets.

Ce mercredi, juillet 1670.

Vous me rérkiisez, mon très-cher frère, à n'avoir rien à (lire, parce que vous en dites trop. J'étois assez récompensée de ce que vous aviez agréé mes billets, sans qu'il fût besoin que \ous y ajoutassiez plus de remercîmens qu'ils ne valent. Pour expier cet excès de bonté, vous retiendrez, s'il vous plaît, le pupitre dont vous avez fait un si bon usage que de vous en servir à prier Dieu, et une autre fois il donnera quelque petit soulaj^ement à votre corps; ainsi en faisant alternativement ces deux fonctions, il sera plus honoré qu'il n'auroit été dans l'intention de ses auteurs.

Je vous renvoie l'oraison funèbre de Madame', oii nous avons vu de très-belles choses et très- édifiantes, en laissant â César ce qui appartient à César. Celte lecture nous a remis en l'esprit lu mort si étonnante et si surprenante de cette princesse, qui s'etfacera bientôt de l'esprit des hommes, de même que les autres grands coups que Dieu fera pour les réveiller. Vous n'êtes pas de ce nombre, mon très-cher frère, puisque vous observez si exactement vos dispositions , et dans la santé et dans la maladie. Votre état est maintenant composé de tous les deux, étant ni tout à fait guéri, ni tout à fait malade. Je désire que vous ayez assez de force pour présenter demain une victime, qui se promet que votre piété lui servira devant Dieu, pour suppléer à ce qui lui manque par elle-même, qui se prépare à vous le rendre de tout son cœur devant Dieu.

* Henrielte-Ânne d'Angleterre, ducliesse d'Orléans, morte le 30 juin 1670. Bossuet prononça son oraison funèbre, à Saint- Denis, le 21 août 16T0. La lettre de la mère Agnès est donc inexactement datée dans le manuscrit, et doit être du mois de septembre.

DCXXIt.— A MADAME DE SABLÉ. 353

DCXXI— A M. de Sévigné.

Au sujet des sacrilèges (jui se crimmellenl contre la sainte Eucliarislic.

Ce \\ août 1(170.

Je vous envoie, mon très-cher frère, les billets de saint Laurent et ceux de la sainte Couronne. Les billels qui vous .sont échus ne parient pas de l'abus des clioses saintes, parce qtiil y en a sur toutes sortes de sujets, et il n'y a point de doute qiiece no soient les plus cruelles épines (|ue celles (|ui retianlcnt directement riionneur de Dieu et la protanation des âmes, comme M. le curé vous le dit avec tant de zèle et de lumière; et je crois (jue riiorieur tlii sacrilège qui est arrivé ', qui fait gémir tout le mimde, doit principalement servir à nous réveiller, pour considérer avec amertume de cœur des sacrilèges bien plus fiéi|uents ([ui se conmiettenl ati rejjjard de la sainte Eucharistie, qui ne l'rappent pas tant nos sens, parce (juils sont plus secrets, et qu'on n'y fait pas d'attention. Les réparations que Ton fait maintenant finiront bientôt, et il est à craindre (jue 1( s autres sujets (jtii en mérileiil encore davantat^^e parleur réitération ne finissent pas. Nous n'avons encore rien fait extérieurement; l'on nous a dit (ju'il falloit attendre s'il n'y auroit point (juelque mandement poiu- la campagne-.

DCXXII— A Madame la marquise de Sahlé.

Sur l'évangile où Nolre-Seiyneur nous onlonne de clierclier premièrement son royaume et sa justice.

(iloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

Ce 29 d'août 1670.

Je ne puis, ma très-chère sœur, laisser passer cette occasion

' l).ins i'.^nlise de Notre-Dame, le dimandie 3 juillet, et pour la réparalion dui|url l'arclipvèque de Paris rendit une ordonnance qui prescri\ail trois processions et trois jours de jefine.

■ l.f» Journal lir Pnrt-fimial 'lii qu'elles commonccrcnl ces proee«sions leliaoïH.

T. II. i.»

sans vous présenter mes très-humbles respects ; ou pour parler plus conformément à la bonté que vous avez pour moi, sans vous assurer que mon cœur se renouvelle tous les jours dans la tendresse qu'il a pour votre chère personne. C'est ce qui me fait désirer de plus en i)lus que vous soyez à Dieu autant qu'il y faut être pour mériter que Dieu se donne éternellement à vous. Car que seroit-ce si nous n'avions pas cette espérance que TEghse demande à Dieu cette semaine * par l'Oraison que vous aimez tant? Nous allons entrer dans Tévangile oîi Notre-Seigneur nous ordonne de chercher premièrement son royaume et sa justice; c'est sur quoi il se faut examiner; et ce qui me fait peur dans ces paroles, c'est ce qu'il dit qu'il le faut chercher premièrement, parce qu'on ne voudroit pas ne le point chercher du tout; mais c'est après s'être appliqué à beaucoup de choses qui ne tiennent lieu que de bagatelles en comparaison de la grande occupation que nous devrions avoir de ce qui regarde notre salut. Je demande à Dieu, ma trèschère sœur, pour vous et pour moi, qu'il nous fasse la grâce de penser sérieusement aux années éternelles. Je n'oublie point de prier tous les jours Dieu pour 31. de la Rochelle aiin qu'il soit un saint prélat, et qu'en vous rendant ce qu'il vous doit devant Dieu, il vous procure sa bénédiction, comme luimême a besoin de la vôtre.

DCXXIIL— A M. de Sévigné.

Ce 22 octobre 1670.

Je voudrois, mon très-cher frère, que ce fût une chose fabuleuse que ce grand accès de fièvre que vous venez d'avoir; mais c'est une vérité qui me fâche bien fort, et je demande h Dieu (ju'elle n'ait point de suite. Pour ce qui est de la fête d'hier% nous la célébrons avec précaution, en y joignant toutes les saintes vierges marlyres et non martyres qui sont dans le ciel : c'est pourquoi elle nous est fort vénérable. Et

i xiii" après la Peniecôlc.

- De samle Ursule el de ses compagnes.

DCXXIV.— A M. DE SÉVIGNÉ. 35f)

pour mon particulier, j'honore en ce jour la grâce que Dieu m'a faite d'entrer en reli^'ion ; je commençai hier la soixante et douzième année. Si la messe ne sonnoil point, je vous dirois quelque chose sur la visite que Dieu vous lait, dans laquelle je crois que vous lui dites : Benediclus qui venif in iiomine Domini.

DCXXIV.— A M. de Sévigné.

L'incerliltKlo oh nous met la maladie honore la providence de Dieu, dont les tins nous sont cachées. Il faut attendre IJieu et le laisser l'aire.

Ce 25 octol^re 1 670.

Je ne pense pas, mon très-cher frère, que vous ayez été autant siir|>ris(juand la fièvre vous prit hier, comme je le fus d'apprciulie (juelle étoil venue, car je croyijis (|ue l'ayant eue continue depuis le premier accès, elle ne se régleroit point. Mais il est toujours meilleur d'être dans Tincerlitude, pour honorer la providence de Dieu dont les lins nous sont cachées. L'on dit (jueciuaiid la fièvre (piartc prend avec violence, elle ne dure pas; néanmoins je retomhe dans ma première erreur en disant cela, et je me mets au hasard de prendre de fausses mesures; c'est pouniuoi, mon cher frère, il faut attendre Dieu et le laisser faire, dans l'assiuance que tout ce qu'il lait réussit hien pour ceux qui l'aiment. Je le su[)plie de vous faire être de ce nomhre de plus en plus.

Je voudrois qm; vitus eussiez pu enU'ridrc le sermon de jeudi; vous auriez eu de la consolation du voir expliquer les belles armes dont Iht'U nous re\él pour nous défendre dans les occasions, dont la maladie n'est pas des moindres. Vous les aurez lues dans l'épitre du dimanche courant', où il y a la foi, la justice, la véiilé, la i)aiole de Di«.'U. L'on nous a fort recouunandé de ne point mettre ces armes bas, parce qu'aussitôt que nous les quittons, nous recevons (juelque coup dangereux do nos ennemis; et surtout il ne faut point (juitler le bouclier de la foi, puiscjne le juste.' IroiiNc sa vie en elle.

' Lpilrc du i\r dimanche a|)rcï la l'enlccolc, Lplu-s., ili. ix.

Je VOUS supplie, mon très-cher frère, de réduire loule votre piété à peu de pensées et peu de paroles, car quand Dieu agit, il faut cesser; quand il parle, il ne faut qu'écouter, et il fait l'un et l'autre quand il nous visite par des maladies.

DCXXV — A M. de Sévigné.

Les maladies deviennent la sanlé de l'âme quand on les souffre avec patience.

Ce 27 oclohre \ 670.

Je crois, mon très-cher frère, que vous attendez votre fièvre dans votre tranquillité ordinaire; caron nous assure que vous conservez la paix lorsque vous avez plus de mal. C'est une marque que Dieu vous blesse, et vous guérit tout ensemble : car quand on n'a point d'impatience dans les maladies, elles deviennent la santé de l'àme. C'est ce qui me fait espérer que Dieu vous fera devenir un homme nouveau, selon la maxime de M. de Saint-Cyran, qui est que le corps purifie l'àme en celte vie, et à la résurrection générale l'âme purifiera le corps. Cependant, si nous avions un véritable amour pour notre àme qui porte l'image de Dieu, tout ce qui lui seroit avantageux nous seroit agréable, encore que le corps en souffrît beaucoup. Mais ce qui sert de prétexte à l'amour-propre pour désirer de n'avoir point de mal, c'est que l'on craint de s'ennuyer et de manquer de bonne volonté; au lieu que nous.devons avoir une ferme confiance que Dieu tempérera les maux, en sorte que nous les porterons de bon cœur. Nous avons pour modèle ces bienheureuses âmes du purgatoire qui souffrent infiniment, et qui ne voudroient pas souffrir moins, parce qu'elles sont assurées qu'elles auront toujours la force de porter toutes les peines que Dieu leur impose. Notre état est bien différent du leur, n'étant pas comme elles dépouillées de notre fragilité, mais nous avons un même Dieu qui nous peut soutenir comme elles. C'est ce que je lui demande, mon cher frère, et pour vous, et pour moi qui ne suis qu'une feuille que le vent emporte.

DCXXVI.— A M. DE SÉVIGÎSÉ. 357

DCXXVI. — A M. de Sévigné.

Ce 31 octobre (670.

Lon me dit hier au soir que voire fièvre commençoit plus doucement que les autres accès, et ce matin nous avons appris que vous avez été fort mal celte nuit; cela veut dire qu'il ne se faut guère réjouir du mieux, et (juMl se faut balancer entre l'espérance el la crainte. Ce qui nous donne une solide satisfaction, c'est d'être assurée que vous recevrez le bien et le mal de la main de Dieu, et (ju'ainsi tout ce qui vous arrive vous sert à lui donner de plus grands témoignages que vous Irouvez bon tout ce qu'il fait. Vous avez pour voire saint du mois le grand saint Martin, dont la sentence vous convient parfaitement bien, et elle est en elîél l'abrégé de la vertu chrétienne, cl qu'il est toujours au pouvoir de pratiquer, en (jueU|u'état que l'on puisse être. Je prie Dieu, mon très-cher frère, qu'il vous la donne et (juil n'en prive pas celle qui vous la souhaite, et qui en a tant de besoin.

DCXXVII.-A M. de Sévigné.

Klle lui parle de deux buimes leilres qu'on lui avoil lait voir. (Tilre du manuscrit. )

Ce i I novanbre 1670.

Je vous remercie très-humblement, mon très-cher frère, de vos présens, (jui sont l'ellusion de deu.\ cœurs (pii ne respirent que Dieu. Depuis <|ue le monde ne vous a plus été rien, vous avez cru ne pouvoir faire une meilleure ac(|uisilii>u (|ne de vous procurer de véritables amis, (jui ne iuau(iueiil jamais au besoin, el qui vous font part de tout ce que Dieu leur donne. Osl donc mainlcnanl (pic votre œil est sinqdc, ne regardant plus (pi'uu objet ; <|ue tout le corji.s de vos intentions e^t plein (le lumière; je veux dire (jue vous êtes dans une disfxisilion -table de ?nivrc Dieu en toutes choses. J'espi-re (luaprès vous

3o8 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

avoir conduit presque jusques aux portes de la mort par l'appréhension que nous a donnée votre maladie, il vous ordonnera de retourner en la terre des vivans, pour y mener une vie nouvelle, qui sera le fruit de tout ce que vous avez souffert. Je prie Dieu qu'il bénisse le remède que vous allez prendre, et que tous ceux que l'on vous fait se convertissent en des remèdes éternels, comme les appelle l'Église, afin qu'ils guérissent encore plus votre âme que votre corps, duquel il ne faut attendre que la destruction, pendant que l'âme ménage sa réparation pour l'éternité, dont elle fera part à son corps qui lui aura aidé à ce dessein en lui donnant tant de sujets de souffrance.

DCXXVIII.— A M. de Sévigné.

C'est prendre le parti le plus sûr que de s'attendre aux maux. — Réflexion sur le martyre des Machabées, et sur celui du proplièie Daniel.

Ce 15 novembre 1670.

Je passai la journée d'hier, mon très-cher frère, entre la crainte et l'espérance. Mon espérance étoit fondée sur le sentiment de M. Hamon, qui se promeltoit que vous ne l'auriez pas % et ma crainte sur ce que vous vous attendiez de l'avoir. Vous avez bien jugé l'un et l'autre. C'est prendre le parti le plus sûr que de s'attendre aux maux, pourvu que cette attente soit sans inquiétude ; car s'ils viennent, on les souffre plus doucement; et s'ils ne viennent pas, on a presqu'autant de mérite que si on les avoit soufferts. Vos conjectures sont toujours bien fondées, parce que vous n'y regardez que l'ordre de Dieu; ce qui vous fait juger que, vous ayant envoyé une maladie, ce n'est pas pour vous rendre si tôt la santé, laquelle vous ne voulez recevoir que de sa main, sans vous vouloir appuyer trop sur les remèdes.

Le temps qui court toujours nous a déjà fait passer l'histoire du martyre des Machabées, et celle du martyre du prophète Daniel quand il fut jeté dans la fosse des lions. Dans les pre-

1 La fièvre.

ncxxix. — A M. DE SÉVir.NÉ. 3.'S0

miers, le martyre a été ett'ectif, et dans le second il n'a été que dans la prép;iralion du cœur. Les premiers ont parlé au tyran avec une force et une constance admirablcfi; et le second n'a pas <lit un mot lorsqu'on le précipita parmi les bètes. Dieu a fait parler les premiers, et il a fait taire le second jusqu'après sa délivrance, qu'il dit à Darius, qui le croyoit dévoré, (|ue Dieu avoit envoyé son ani^^e qui l'avoit préservé des lions, parce qu'il avoit trouvé la justice en lui et même qu'il n'avoil point péché conire 1(* roi. Il pouvoit rendre ce témoit'na<:e de lui-même auparavant cjue ilètre jeté dans la fosse, mais il éloit si occupé de l'esprit de la prière qu'il avoit faite avec tant de fidélité en se mettant au péril de sa vie, qu'il la conlinuoit encore pendant (ju'on le jui-eoit à mort, comme aussi ()u'il ne vouloit [)arler que pour glorifier Dieu, et non pour s'exempter de souIVrir. Vous faites présentement le pn.'mier, mon trèscher frère, en ne vous plaignant i)oint ; et vous ferez le second avec nous quand nous lui lendroiis les actions de grâces de votre santé. Je le supplie tiès-humhlement (jue ce soit |dus tôt que vous ne le croyez, afin que Dieu exauce nos vœux et nos prières.

DCXXIX.— A M. de Sévigné.

Au sujet d'une lelire <le dom I^onm, bur la souffrance.

Novembre IfiTO.

Pendant que je manque à vous rendre mes devoirs, pour avoir pris médecine deux jours de suite, vous pensez, mon très-cher frère, à me gratifiei-, en me coiuninni(|nant la lettre du |)ère de Lorou, (|ui est excellente. Je vous en remercie' Irèstnunblement, comme d'un présent fort utile à une personne (|ni ne soutire point encore, mais qui doit attendre lasoullrauce tormuc le connnrncement de la vieillesse. Dieu vous y fait entrer le premier, afin (|ue ce me soit une obligation pressante de marcher sur vos pas, et d'aspirer à tous les degrés de perfection <jue le bon l'ere vous manjue dans sa lettre, dont le degré le plus élevé, c'est de craindre (|ue la soullrance ne se relire de nous. Ce <|ui me lait souvenir de ce (jui est dit dans

■{Go LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

Ja vie des Pères, qu'un bon ermite ayant été un an malade, après avoir recouvré la santé, il se plaignoit que Dieu s'étoit déguerpi de lui. Ce mot de vieux gaulois vous fera sourire, mais il est néanmoins fort exprimant, et l'on s'en sert encore dans les affaires. Le sentiment de ce saint m'a fait admirer que tout ce qu'on peut dire par lumière des mouvemens qu'on doit avoir pour Dieu, soit ratifié par la pratique des âmes saintes; afin que l'on ne s'imagine pas que ce soit assez de conserver les vérités, mais qu'il n'est pas possible d'en posséder l'effet ; au lieu qu'il se trouve des âmes qui s'en nourrissent, encore qu'elles ne les pénètrent pas.

Vous vous êtes acquis un parfait ami en la personne de dom de Loron, et un second en M. le curé. C'est un grand avantage d'être aimé des amis de Dieu, ce qui donne droit de lui dire ce verset auquel j'ai grande confiance : Aspiceme et miserere met, secundum judicium diligentium nomen tuum.

Nous faisons votre neuvaine, avec le plus de dévotion qu'il nous est possible. J'ai fort aimé le choix que vous avez fait de l'hymne : Jesu dulcis memoria. Je crois que vous avez envisagé ces paroles : Jesu spes penitentibus, et vous avez éprouvé les autres qui suivent ; car le Fils de Dieu a agréé vos prières; il vous a été bon quand vous l'avez cherché, et il vous l'est encore davantage après l'avoir trouvé par la souffrance. Il faut donc, mon très-cher frère, que je vous porte une sainte envie, selon la doctrine du bon Père, et pour cela que Dieu m'augmente le zèle pour désirer de dire avec saint Paul : Chrislo confixus sum cruci.

DCXXX.~A M. de Sévigné.

Sur la coiUinualion de sa maladie.

13 décembre 1670.

Je crois que vous aurez su, mon très-cher frère, que j'ai été toute la semaine dans un si grand épuisement de forces que je n'ai pu vous faire un pauvre petit billet, pour vous témoigner la part que je prends à l'épreuve où Dieu vous met en ce qu'après un petit intervalle de mieux, vous retombez

DCXXXI. — A M. DE SÈVIGNÉ. 3t)l

plus mal qu'auparavant. Dieu vous tenle de ces heureuses tentations par les(iut'llesil veut s'assurer si le fond de voire cœur est ferme et immobile pour lui, comme l'Eglise le dit de sainte Lucc. Les marques que nous recevons comme il faut ces conduites de Dieu, c'est de faire ce qu'il dit dans l'Evanjfile : Quand vous verrez ces choses, levez vos lèles, parce que votre rédemption approche. Ce (jui se peut, ce me semble, appli(|uer il tous les rtiiver^tniensqui arrivent en nous-mème, (jui sont des maniues de rédemption quand nous les recevons non pas avec décourai^iement, mais en relevant la tète de notre confiance vers Jésus-CInist qui vient à nous par la même voie par laquelle il a marché pour notre exemple.

Il y a quehpies jours que je trouvai écrit dans un pelil livre une explication de saint Au{iuslin sur un verset des pseaumcs: Bonilalem cl disripUnam , etc. Je ne m'arrèl.ii (ju'au second, ou il dit : Doce me discipUnam, dunando paticndam, tcmperando flagellutionem. Je me servis de ces paroles, dontj'avois lors un besoin particulier. Elles sont fort propres dans toutes les rencontres où il plaît à Dieu de nous chàlier. Je les dis à votre intention, mon cher frèie, afin que Dieu vous donne cette grande vertu de patience, sans buiuelle nous ne |)Ouvons posséder nos âmes, ce qui nous rend incapables de posséder Dieu. C'est une des vertus qui me manque davantage, et que je désire le plus, afin ([ue le Dieu de patience ne m'abandonne pas.

DCXXXI— A M. de Sévigné.

Au sujet (le son testament ({u'il lui avait envoyé.

Décembre 1G70.

Nous avons reçu, mon très-cher frère, le saint dépôt (|M'il vous a plu nous envoyer; il nous a atleiulrie d'abord, mais il faut plutôt louer Dieu (pii vous fait agir si chrétiennement. Jespère «pie l'accident (|ue vous aNez eu n'aura pas de iii.iuvaises suites, et (|iu! Dieu vous fera habiter longtemps le désert |Mjur y perdre entièrement ce qui vous peut rester de res}tril du monde, et poui vous rendre conforme à ce divin

Enfant, qui se présentera à nous j)our être notre modèle dans la simplicité et l'innocence ; et qu'ainsi on pourra dire de vous comme de saint Siméon, que l'ancien est devenu enfant en recevant lEnfant entre ses bras. Je vous demande voire obéissance pour M. Hamon, et je le prierai de vous traiter selon votre infirmité et non selon votre zèle.

DCXXXII— A M. de Sévigné.

Elle lui demande ses prières pour le jour anniversaire de son baptême.

• Ce dernier jour de \ 670.

Je vous envoie, mon très-cher frère, des billets du premier jour de l'an, dans lesquels on demande à Notre-Seigneur Jésus-Christ, en faveur du nom de Sauveur qu'il prend, sans lequel nous n'aurions jamais aucun droit de lui rien demander. Je vous demande vos prières, mon cher frère, pour un enfant nouveau-né, qui recevra demain le saint baptême. C'est un petit emblème, que je crois que vous entendrez bien, parce que je parle de moi-même qui suis née aujourd'hui, et qui renaîtrai demain en Jésus-Christ, après soixante-dix-sept ans accomplis, qu'on peut appeler courts et mauvais, selon l'Ecriture sainte. Je ne vous demande rien, mon cher frère, (|ue je ne vous veuille rendre, désirant beaucoup de me bien acquitter de tout ce que je vous dois.

DCXXXIIL— A M. de Sévigné.

Pour le commencement de l'année.

Ce premier jour de \ 671 .

Je prie Dieu, mon très-cher frère, que ce que je lui ai demandé pour toute TEglis^e, qui est qu'il couronne l'année de toutes sortes de biens par ses influences favorables, vous soit particulier, et que votre âme soit engraissée d'une nouvelle abondance de grâces qui seront la suite du dépouillement du

nCXXXIV. — A M. DE SÉVIGNÉ. 363

vieil hoiiime que nous avons dû faire hier, afin que n'ayant plus (le vieux levain, nous soyons une nouvelle pùte. Je vous envoie ce que Dieu vous a donné par sort, et à iM. le curé; il n'y a qu'un saint pour doni de Loron, n'ayant pu lui envoyer les autres; et puis, que ne tire-t-il point du bon trésor de son cceur, au(juel je désire d'être unie, au coniinencenienl de cette année el {)onr le reste de ma vie; et je me joins, mon trèscher frère, à la dévotion que vous avez de garder le silence qui remplit autant le cœur, que la facilité de parler est un instruuHMil (|ui le vide, comme notre père saint Bernard nous renseigne.

DCXXXIV.— A M. de Sévigné.

Il n'y a poinl de vie qui soil bonne si clic ne devient toujours meilleure : deux sortes d'humilité.

Ce 1 0 (le janvier 1 0,1\ .

Le billet (|n'il vous plut de m'écrire, mon très-cher frère, le premier jour de l'an, méritoit ime action de grâces bien prompte el bien |)articulièrc; mais ayant toujoiu's été dans l'impuissance de la faire, je vous en suis toujours demeurée redcvablf.' jus(ju'a présent, (]ue je vous supplie très-luimblenieiit de la recevoir; mais non pas en toutes ses parties (jui com[)renoienl une erreur, (pii est le souhait (pie vous faites (jU(.' je meure aussi bien «pie j'ai vécu, à (pioi je m'oppose de toutes mes forces, n'y ayant point de vie «pii soil bonne si elle ne devient toujours meilleure, selon le vieux proverbe gaulois qui m'apprend (pie mal vit (pii n'amende.

i'eiidant quej^ii été dans la |irivation de toutes les choses saintes, vous ave/ fait des vaillances admirables, allant à la n)esse(ilà\èpr('S, etc. Voici des billets (jiie l'on app(!lle des rccluirhes, sur l'évanfiile de la perle de Notre-Seignem' au temple. Le sort vous le fait trouver dans un étal le plus humilié (le toute sa vie. el où il n'y a ipie ses plus ti(i('l( s seiviteiirscpii b; veulent bien accompagner, ou plul('>t rimiter;car, quel()U(; boime |iensée (pi'on ail (pii porte au mépris de soi- HK-'ine, on ne désin; point qui* cela s étende plus loin (p»e le

temps de la niédilalion. C'est ce qui fait distinguer à saint Bernard deux sortes d'humilité, l'une de connoissance, et l'autre d'affection. Parla première on se dit mille injures à soi-même, et par la seconde on aime mieux que d'autres nous les disent, parce que l'humilité devient réelle et véritable en celte seconde manière où même Ihumililé ne paroît pas, mais seulement un mépris et une abjection, à quoi Tamoiir-propre ne sauroit trouver de prise, et qui d'ailleurs est capable de purifier tout l'orgueil de la vie; comme les indignités incompréhensibles que Notre-Seigneur a souffertes en la nuit de sa Passion ont été capables d'expier l'orgueil de tous les hommes.

Les deux autres billets se rencontrent tout à fuit bien, ce me semble, principalement celui de dom de Loron, qui comprend la solitude et le travail qui composent une vie toute sainte. Je m'excite à profiter de nos billets par l'exemple de ces personnes si élevées et si rabaissées. Je prie Dieu, mon très-cher frère, qu'il m'apprenne à le mieux prier cette année que les précédentes, afin que je vous puisse payer toutes mes dettes.

DCXXXV.— Au père Bouchard, prêtre de l'Oratoire de Jésus, à l'Institution.

Après l'avoir remercié de la charité qu'il avait eue lors du rétablissement des religieuses de Port-Royal, elle lui parle du mauvais service de deux prêtres de l'Oratoire.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

De Porl-Royul-des-Chainps, ce \ ^r février \ 67< .

Mon révérend Père, Depuis que nous avons eu la bénédiction de vous connoître, j'ai toujours conservé dans mon cœur la reconnoissance de la charité que vous nous avez rendue en nous rétablissant par l'ordre de notre supérieur dans la liberté des enfans de Dieu, je veux dire dans la participation des divins mystères % ce que vous avez fait avec une bonté toute

» Lorsque M. de laBrunetière vint, le 18 février 1669, apporter l'ordonnance pour le rétablissement des religieuses de Port-Royal-des-Champs, il amena a\ec lui le père Hugues Bouchard, prêtre de l'Oratoire, qui commença ce même jour à les confesser.

DOXXXV.— AL PÈRE HOLCHARD. 365

particulière, nous ayant encore promis de nous faire participantes de vos saintes prières, et de rendre un bon témoignage de nous à feu Monseigneur l'arclievèque *.

Tous ces bienfaits, mon révérend Père, nous ont été fort considérables, et je vous l'aurois témoigné comme je fais à présent, si je n'avois cru que vous ne doutiez pas que nous ne fussions dans ce senliuient. Le sujet de celle-ci est pour vous supplier très-humblemenl d'ajouter à ces premières grâces celle que je vais vous demander, qui est de nous acquitter envers votre congrégation de la Irès-bumble action de grâces que nous lui devons, d'avoir témoigné qu'elle nous croit dans l'état où nous devons être ; au lieu que deux de vos pères nous ont fort desobligées en une occasion (jue je crois (|ue vous aurez apprise. Nous ne demandons point de louanges, parce que nous n'en méritons pns, mais nous désirons qu'on nous fasse justice en ne nous esliuuuit point suspectes, comme ces deux |Kires le publient.

J'ai cru, nion révérend Père, (pic vous auriez agréable que je vous lisse celte petite plainte, croyant être obligée de procurer à notre communauté la réputation (jue doivent avoir des servantes de Dieu pour édifier les personnes (jui sont a lui.

Je vous demande très-bumblement vos saintes prières pour nous obtenir la grâce d'avoir autant de lidélitédans la vertu, comme nous en avons pour embrasser la vérité dans toute notre conduite, ne désirant rien tant que de suivre les règles que l'Eglise nous pro|)Ose.

Notre mère abbesse ', ipii ma ordonné de faire celle-ci, croyant que vous l'aurez agréable de notre part, >ous salue Irès-bumblemeiit.

Je demeure avec respect,

Mon révérend Père, Votre très-liumbleet très-obéissante servante en Jésus-(^lirist, S«rur Catiierine-A(JNès de Saint-Pail, Relig*" ind'.

' Mgr de iV'r^fue ; il «'-lail décédé le 1" janvier 10*1. ' l/j iiuTc Marie de Sainle-M:i<lp|fine du Karnis.

DCXXXVI.— A M. de Sévigné.

Elle s'eslimerait plus heureuse si elle eût achevé sa course. — La froideur est parfois plus profitable que la ferveur.

Ce b de février i 61 \.

J'avoue, mon très-cher frère, que j'aurois été plus heureuse si j'avois achevé ma course, que d'être sortie de ce mauvais rliume que j'ai eu si longtemps. Car encore que je confesse que tout ce que j'ai fait jusqu'à présent ne mérite que confusion devant Dieu, néanmoins je crois que la mort, acceptée de bon cœur comme la fin des pécliés, est plus capable de satisfaire à Dieu que tout ce que nous pouvons faire en ce monde.

Au reste, il n'importe guère que vous soyez plus froid que vous n'avez été, le feu de Dieu subsiste dans la glace, et quelquefois la ferveur où l'on est, n'étant pas essentielle, ne fait que couvrir la froideur du cœur dont on ne s'aperçoit pas, parce qu'on se repose dans ces mouvemens de dévotion dans lesquels il peut arriver que les passions ne sont qu'endormies, mais non pas surmontées; au lieu que quand on se trouve tout froid, on ne pense qu'à se défendre des ennemis qui nous viennent attaquer.

La lettre de dom de Loron est très-éditîante, et tout ce que j'apprends de ce bon Père me donne une grande vénération pour lui. Que vous êtes heureux d'avoir de si bons amis! C'est une marque que Dieu vous aime, et une obligation que vous avez de l'aimer davantage de ce qu'il vous associe à ses plus dignes serviteurs.

Je n'ai point été à la messe depuis le jour de sainte Geneviève, et par conséquent je n'ai bougé du lit, ce qui me fait croire que nous serons encore quelque temps sans nous voir que devant Dieu.

DCXXXVII. — A M, LÉVKQLE DALET. 367

DCXXXVII.— A Mgr. Pavillon, évèque d'Alet.

Elle lui léiuoigne sa reconnaissance, el lui rend camiile de Télal de la communauté'.

Gloire à Jésus au Très-Saint- Sacrement !

De Port-Royal'des-Champs, ce 10 février 4671.

Monseigneur, La grâce que Dieu nous afaife d'avoir tant de part à voire charité, nie presse depuis quelque tem[(S de me donner l'honneur de vous écrire pour nous renouveler toutes dans votre souvenir, et vous témoigner que notre reconnoissance augmente tous les jours, et que nous nous estimons très-heureuses davoir acquis votre sainte protection que vous étendez avec tant de honte sur le général et sur le particulier de notre monastère. C'est et qui m'oblige devons rendre compte de laccroissement de notre conummauté, comme aussi de la diminution que Dieu en a faite en retirant plusieurs de nus sœurs a lui, ce qui sera marqué sur la nouvelle liste que j'ai cru, Monseigneur, (juc vous auriez agréable que nous vous envoyassions.

Nous aurions désire de ne point accroître de nombre, mais nous u"a\ons pu l'éviter; ce cpii nous est un sujet, ce me semble, de nous conlier en la providence île Dieu, (jui pourvoira s'il lui plaît aux personnes qu'il a envoyées, et pour le s|iiriluel et pour le temporel, le grand nombre étant cause «ju'un a beaucoup plus de peine a s'applicjuer au.\ besoins de leurs âmes autant qu'on le désireroil et qui! seroil utile. C'est ce (|ui rend les granibis connnunautes jilus chargeantes, et «jui met les su|)érieures (jui les conduisent dans une plus grande nécessité d'une assistance de Dieu e.xtiaorduiaire pour porter ce poids sans en être accablées, et de telle sorte que Dieu n'impute pas a leur iiégligence ce «pi'il pourroit y avoir de déchet dans le troupeau tpj'il a soumis a lem* conduite. Nous sonnnes obligées de conlesser (ju'il y a beaucoup de de-

I Lctlrt* de la nierc Agn<'S (inclle nt- pul bniisciiro, étant dans la maladie duiil elle niuurul neuf juurs après. (Aott; du tiuinu,scril.)

faiils parmi nous, et, qu'encore que Dieu nous ait fait la grâce de nous mainlenir dans la vérité, nous ne nous sommes pas avancées dans la charité. Faites-nous la grâce, Monseigneur, de nous obtenir de Dieu la fidélité à marcher dans ses voies avec un nouveau courage. Nous ne manquons pas de secours pour notre perfection, ayant la liberté de communiquer avec les mêmes personnes de qui nous avons toujours reçu conduite, et par qui la bénédiction de Dieu s'est répandue sur cette maison. Il nous a aussi donné une mère abbesse qui a beaucoup de zèle pour maintenir une exacte observance. Elle m'a ordonné de vous supplier très-humblement. Monseigneur, de lui donner votre sainte bénédiction et à toute la communauté. Je vous la demande s'il vous plaît, Monseigneur, pour moi en particulier qui en ai plus de besoin que personne, quand ce ne seroit qu'ayant égard à mon âge, qui est de soixante-dixsept ans.

Je suis, avec un profond respect.

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissante fdle et servante.

LETTKES SANS DATE

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