‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 77 sur 205 · A M. AHNAILD DE LIZANCY · texte numérisé non relu

A M. AHNAILD DE LIZANCY

On lisoit un de ces jours une parole de Notre-Seigneur à sainte Thérèse, qui est : « Cherchez-vous en moi et vous vous trouverez. » Elle en reçut l'intelligence en même temps, qu'elle ne nous a pas découvcrie; mais s'il est permis de donner tel sens qu'on veut, pourvu qu'il se rapporte à Dieu, je pense que se chercher en Dieu, c'est chercher Dieu en qui toutes choses vivent, et (jue s'étant trouvé en lui do celte sorle, il ne faut pas en sortir pour se posséder soi-même, mais demeurer toujours dans ce centre de tout notre être pour n'avoir de vie et de mouvement qu'en lui, puis(|ue nous ne sommes que comme une goulte d'eau qui se sèche aussitôt qu'elle est sé|)arée de sa source. Cela veut dire, dans la pratique, que les rétlexions (juon fait sur soi-même, si elles ne sont pas inspirées de Dieu, nous retirent plutôt de lui qu'elles ne nous en approchent, et (ju'il vaut hien mieux se perdre en lui par une conversion entière de son cœur lors(|u'on se trouve accahlé de ses misères, pour ne rien espérer (|ue sous lomhre de sa protection, selon le dessein qu'il a de nous rassembler sous ses ailes, comme il le dit dans l'Évantrile. Mais on attend pour cela (lu'on soit mieux disposé, au heu qu'il faut commencer et finir par la même chose, qui est le supplément de ce que nous n'avons pas encore fait, et qui seroit de même l'accomplissement de tout le hien que Dieu nous auroit fait la grâce de faire.

Toute l'éternité doit être employée par les élus de Dieu à le bénir, à le glorifier, sans fiiiic jamais aucun retour sur euxmêmes. C'est ce (juil laul comuierieer a laire des celte vie sans interrompre cet exercice, qu'autant <|ue l'Esprit de Dieu nous y oblige, en nous faisant ressentir l'indignité où nous souunes et les empèchemens qu'on trouve a une occupation si sainte», qui est néanmoins le bonheur de cette vie, comme elle sera la félicité (le l'autre. C est pounpioi il y faut t(Mijours aspirer en fais<'int ce que dit ^ainl Paul, (|u'il tant être.' comme triste, mais toujours dans la joie, c'est-a-dire dans la joie de l'espérance en Dieu qui vous a déjà délivré des |ilus grands maux, (|ui vous en délivre encore en vous en séparant |iar la volonté (|u'il vous donne de vous en pré.^'iver, et (|ui vous en délivrera toujours pour combler ses miséricordes sur votre âme.

III— A M. de Ronceray (Arnauld de Luzancy)-

Sur les nouvelles assurances de son affection — Les défauts dont Dieu ne nous délivre pas encore doivent être un sujet d'humililé et non de découragement.

Gloire à Jésus auTrès-Sainl-Sacrement!

Ce 25 janvier.

La nouYelle assurance que vous avez pris la peine de me donner, mon très-cher neveu, de votre affection pour moi, n'étoit pas nécessaire pour me la persuader, en ayant déjà reçu tant de marques; mais l'on est bien aise d'apprendre ce que l'on sait déjà, quand c'est une chose aussi agréable que celle de savoir que l'on est parfaitement uni à une personne que la nature et la grâce obligent de considérer et d'aimer sans craindre de déplaire à Dieu, qui est l'auteur de l'un et de l'autre de ces motifs. J'espère, mon très-cher neveu, que notre amitié sera plus capable de croître que de diminuer, parce que nous ne désirons l'un et l'autre que d'être plus à Dieu.

Vous ne saïuiez, sans méconnoissance envers Dieu, ne pas avouer qu'il vous a donné une volonté pleine et dominante de ne chercher qu'à lui plaire; et bien qu'il ne vous ait pas encore délivré des misères dont vous vous plaignez, il en faut faire un objet d'humilité, et non un sujet de tristesse et de découragement, puisqu'il vous importe encore davantage de vous occuper à l'action de grâces que vous lui devez pour avoir détruit en vous les principaux ennemis de votre saUit, que de vous plaindre trop de ce qu'il votis en laisse encore quelques-uns pour vous exercer à les combattre, et [)Our vous humilier de l'imptiissance où vous êtes de les vaincre, s'il ne vous donne un nouveau secours qu'il faut totijours demander et l'attendre avec patience, en vous soumettant à la parole qu'il dit dans l'évangile de cette semaine , que son heure n'est pas encore venue '. L'avantage que mon âge me donne sur vous, c'est que

' S. Jean, c. ii, v. 4.

Page 1