V.— A Madame d'Aumont
Il ne faut pas vouloir faire tout le bien que l'on conuaîlj mais seulement celui que la grâce nous inspire.
Ma très-chère sœur. Il me semble qu'il n'est pas encore temps que vous fassiez des humiliations au réfectoire. Il ne faut pas prendre loi de ses répugnances pour s'obliger à faire les choses qu'on appréhende; c'est faire aller les lumières de l'esprit devant le mouvement du cœur. Le premier représente la loi, et l'autre la grâce dans laquelle vous devez être. C'est pourquoi il ne faut pas vouloir faire tout le bien que vous connoissez, mais seulement celui que la grâce vous inspire, mais d'une inspiration victorieuse qui s'empare de tout le cœur et l'emporte après soi avec autant de suavité que de force. Vous ne devez vous prescrire autre chose pendant ces deux jours de rehaite, sinon d'être plus disposée à écouter ce que Dieu vous dira dans le cœur, en vous purifiant par la séparation des créatures qui nous attachent toujours. Au reste, ne sondez point le fond de l'abîme (l'Écriture sainte appelle ainsi notre cœur), pour discerner ses replis et ses cachettes; c'est assez que vous n'en ayez point de volontaires. Il vous faut dire à chaque pas : N'allez pas si vite. C'est le défaut qui vous est le plus ordinaire. Adieu, ma chère sœur; Dieu sera avec vous, c'est bien assez.