VI. — A Madame d'Aumont
Elle lui propose quelques pratiques pour le temps du Carême.
Il me semble que le plus essentiel du Carême, c'est l'esprit de retraite pour accompagner Notre-Seigneur dans le désert. Pour vous disposer à cette grâce, j'ai eu pensée de vous proposer de prendre tous les jours ime heure de silence, que vous emploierez à ce qu'il vous plaira de lecture, ou de travail, avec attention à vous tenir dans la séparation de toutes choses, et dans un simple recueillement en votre intérieur, qui nous tient bien
Vlli. — A MATAME d'aLMONT. 379
souvent lieu d'un désert, parce que c'est où nous nous tenons le moins.
Je desi rerois aussi que presque à toutes les heures du jour, quand l'action que vous terez vous le permettra, vous fissiez un peu d'oraison l'espace de trois Faier, pour gémir devant Dieu de Toubli que vous avez de lui, qui devroit être la pente de noire cœur et de nos aileclions.
Pour l'oraison, je ne pense pas que vous en deviez faire plus d'un quart d'heure, à cause de votre douleur, (jui est excitée par la contrainte. 11 t'audroit ajouter des morlificalions d'esjirit, en su|)primanl quelques paroles satisfaisantes, en supportant ijuehjues méprises sans s'en plaindre, au moins à l'heure nn'-me; en retraudiant (luehjue petite curiosité, en amortissant quelque désir trop ardent, en faisant une chose au lieu d'une autre, quand il n'y a que l'inclination qui nous y porte; enfin, en se faisant la guerre a soi-même, en l'honneur des comhats que Nolre-Seif:ueur a soutenus contre le démon, pour nous mériter la grâce de le surmonter dans nous, où il sème sans cesse sa zizanie par un grand nomhre de pensées, de désirs et de mouvemens imparfaits.
VII —A Madame d'Aumont.
Ma trés-chére so'ur, Je m'actiuitlerai très-volontiers de la commissiun (|ue vous me donnez au reyard de M. Singlin. Je suis marrie que le jour n'est pas favorahie à ce qu'il vous put voir. Néanujoins, le sujet (jui l'en empêche est cela même qui y suppliM'ra, comme vous espérez, et moi avec vous; car ses sermons ont ctila de |>articulier, que, pour parler à tous, ils ne [larlenl pas moins à elia(pie personne et donnent la paix à tons ceux (|ui les entendent. Vous vous étonnez trop de ce qui vous est arrivé, puisijne c'est la suite du sermon de dimanche; après jurati et statut, il faut (\\ihuniiliatus suin arrive.