LXXIV.— A Mademoiselle
4 juillet 1646.
J'ai un si bon sentiment de votre charité pour nous, qu'encore que vous ne prissiez point la peine de nous donner de vos nouvelles, je ne pourrais croire que vous nous eussiez oubliée. Je vous supplie de me faire la même faveur, et de ne point attribuer à aucun oubli le manquement que j'ai fait de ne pas répondre à celle que vous nous avez fait Thonneur de nous écrire. Je me suis acquittée de la prière que vous avez désirée de nous; je vous ai envoyé deux images, et je gardois le petit cœur où il y a des reliques pour vous le donner en main propre. Je remercie Dieu de ce que votre mal n'a pas été plus avant, espérant que vousemploirez votre vie à confesser Dieu par une vie vraiment clirétienne. 11 me semble que je sens dans vos paroles une vérité et une solidité qu'elles ne portoient pas autrefois, étant sujette à vous tromper vous-même en ayant meilleure opinion de vos bonnes volontés qu'il n'y avoit sujet d'en avoir, et que la suite faisoit voir qu'elles n'étoient pas dans la plénitude. Vous voyez, ma chère sœur, que je ne chfuige pointa votre égard, vous parlant toujours dans la même liberté, parce que je sais que vous aimez la vérité, qui est une marque que vous êtes à Dieu, puisqu'il est lui-même la vérité, qu'il est venu pour l'annoncer au monde, et qu'il a promis à tous ceux qui l'aiment qu'elle les déhvrera de toutes leurs misères.