LXXVI. — A MADEMOISELLE
autre chose et rien de plus. C'est ce que dit saint Jacques de ceux qui se regardent dans un miroir, et en passant outre ils oublient leur image. Je tremble pour vous, ouqueDieunevous abandonne et ne |)arle plus à votre cœur, ou quil vous laisse tomber en quelque faute si notable que vous soyez contrainte de vous apercevoir du précipice où vous êtes. Nous ne sommes pas assez bonnes pour obtenir votre conversion ; les personnes comme nous ne sont exaucées que quand elles demandent des choses faciles et pour lesquelles il ne faut [las de miracles comme pour vous faire rendre à Dieu. Ce que je ferai sera de gémir devant lui pour la pitié (jue j ai de votre àme. Si Dieu avoit commencé et (juil vous eût donné la résolution d'entrer dans la voie du salut, nous nous mettrions toutes en prières pour le supplier d'achever son œuvre.
LXXVI— A Mademoiselle...
Elle IVxIiorle à reniror on relii^'ion el lui oU're une occasion de la conduire
à Poiliers.
27 neptembre^GiG.
Je ne pus répondre lundi à votre lettre parce qu'on me venoit de saigner. Nous avons fait ce que vous désirez de nous, qui est (le vous recommander aux prières de nos sœurs, afin (lu'il plaise a Dieu de remédier a celte grande peine que vous ne pouvez dire ; mais les prières des autres n'auront d'efficace qu'en laul(|ue vous y joindrez les vôtres. Priez Dieu moins de temps à la fois, afin de ne vous l'aire pas tant d'ell'uil ; et faitesle souvent pour récompenser la brièveté par la fréquence. La peine (jue vous y avez n'empêchera pas (jue Dieu ne l'ait agréable, pourvu que cette peine ne soit pas un désordie ou une mauvaise disposition d'esprit (jui soit vcdoutaire, car lors nos oraisons se tournent en péché, ayant la hardiesse de prier et de nous piésiMiler devant celui aucpu-l nous ne voulous pas obéir. l'reuez garde si vous ne résistez point a Dieu, et s'il ne veut point autre chose de vous que ce «jue vous laites, et que votre orgueil ne se veuille abaisser sous la conduite de sa providence a votre égard. Je lie sais pas si Dieu veut (pie vous fassiez cUbrt pour entrer présentement eu religion, mais je sais bien qu'il ne veut pas que vous en parliez de la sorte que
i'2è LETTRES DE LA 51ÈKE AGNÈS.
\oiis faites, et que vous devez ne respirer autre chose, et prier Dieu continuellement qu'il vous en ouvre les moyens, et qu'il prépare voire cœur à y rentrer d'une si bonne manière que vous n'en sortiez plus : quoique vous ne deviez pas faire réflexion sur la sortie, dont vous serez toujours moins coupable que de ne pas poursuivre l'entrée. Je sais bien que la prudence humaine a des raisons contraires si vous la voulez suivre. Il ne vous faut pas plaindre des remords de votre conscience. Vous ne sauriez manquer d'en avoir en jirenant un si mauvais guide. Mais sans envisager ni l'un ni l'autre, humiliez-vous devant Dieu, et renoncez à ce mauvais courage que vous exercez contre vous-même, puis(iu"il n'y a que vous qui en receviez du dommage.
En écrivant ceci j'ai appris qu'il se présente une occasion la plus favorable du monde pour vous conduire à Poitiers, qui est un voyage de M. et madame de Ghazé avec M. Singlin. .le vous le dis sans apparence que vous soyez assez bien disposée pour vous prévaloir de cette occasion, ayant trop de consultations a faire avec la chair et le sang et avec ce faux honneur du monde que vous croyez si engagé en vous exposant de nouveau à être renvoyée. C'est de quoi l'on ne vous sauroit rien assurer : mais si l'on doit hasarder quelque chose, ce doit être pour un si grand bien. J'aurois cru vous donner sujet de vous plaindre de moi, si je ne vous avois fait une si belle offre. Voyez, ma sœur, si elle est à négliger, et si vous ne devez pas demander incessamment à Dieu qu'il vous mette dans le cœur les mouvemensque vous devez avoir pour une chose si importante à votre salut. Et ne vous imaginez pas que l'on vous en prie et que vous ferez beaucoup de l'accepter, puisque c'est au contraire un effort de la charité que l'on a pour vous, qui fait passer par-dessus les imperfections de votre esprit, pour contribuer a quelque bonne volonté que Dieu vous adonnée avec la connoissance de la vérité qui fait espérer que Dieu vous fera miséricorde.
Adieu, ma chère sœur, je suis toute ix vous, je le supplie de vous faire être toute à lui.
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