‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 116 sur 247 · LETTRE DE LA MÈRE MARIE-ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA MÈRE MARIE-ANGÉLIQUE

filles du Saint-Sacrement est un surcroît de grâce qui nous rendra plus ingrates, si nous sommes si misérables de n'en faire pas bon usage; car tons les cbréliens doivent être vrais enfans du Saint-Sacrement, puisqu'il est Tàmc de la sainte Église, et qu'il est la nourriture de tousses enfans. La plupart des chrétiens ne le connoissent pas, et sont criuiinels dans leur ignorance et par leur ignorance. Nous ([ui l'avons connu principalement d'une toute autre manière de[»uis plusieurs années, il est certain (jue notre crime sera extraordinaire si nous endurcissons nos cœurs à la voix de Dieu, et si nous méprisons lanl de témoignages que son infinie bonté nous donne qu'il veut être servi dans ce monastère.

Vous me demandez, ma chère sœur, comment nous deviendrons vraies filles du Saint-Sacrement; et je vous réponds en un mot que ce sera en vivant comme Jésus-Christ Noire-Seigneur vit au Très-Saint-Sacrement. Ce (jui m'a fait ailuiirer la rencontre que la divine providence a faite, que le dernier cha[)ilre de notre règle échût le jour que je dis à nos sœurs (pie nos affaires étoicnt faites pour être du Saint-Sacrement; parce (ju'il semhloit que noire père saint Benoît nous disant (jue la perfection n'éloil pas comprise dans sa règle, quoique tout ce qu'un saint homme rempli du Saint-Esprit peut dire de bons enseignemens pour la |)erf<'clion chréliiMinc y soil, néanmoins ce n'est qu'une lettre morte ; et il scmbloil (jue Dieu nous témoignoit que nous devions alors prendre tous ces enseignemens en Noire-Seigneur Jésus-Christ vivant au Très-Sainl- Sacrement, et y continuant par un singulier miracle de charité la vie humble, pauvre et crucifiée (|u'il a menée sur la terre, afin que tous ses enfans (pii vivroicut dans tous les siècles depuis son incarnation ne se plaignissent point de ne l'avoir pas vil vivant dans sa vie mortelle, le voyant encore plus saintement cl plus iililcuieul \ivr(î pour eux dans le divin Sacrement et avec un plus grand exeni|<k' de loulcs les vertus.

Pour nous bien disposer, je pense, ma sœur, qu'il faut espérer que la bouté (h; Dieu (pii se luoutre si abomiaule et surabondante sur noire misère la (hHiiiira, pourvu ipie nous ne cessions jamais de l'en supplier, <pie ce soit notre unicjue désir, méprisant toute autre chose coinuir indigne d'avoir aucune

place dans des filles que Dieu daigne destiner à lui rendre un honneur perpétuel. En quoi nous ne devons pas (nous) attendre à nos sœurs qui sont à l'assistance du Très-Saint-Sacrement, mais nous devons autant qu'il nous sera possible, avec la grâce de Dieu, y avoir toujours l'esprit et le cœur présens; autrement nous ne nous acquitterions pas de notre devoir, et quand notre tour viendra nous serons mal préparées pour nous y présenter, si au moins nous ne nous humilions beaucoup de nos négligences auparavant. Et cette assistance que nous rendrons au Saint-Sacrement n'est pas notre principal devoir, mais c'est l'imitation du Saint-Sacrement, sans laquelle nous ne lui plairons pas en cette assistance, au contraire, nous lui serons à charge et à déplaisir comme les sacrifices des Juifs. Priez Dieu pour moi, ma sœur, comme je le prie pour vous, afin que sa grâce ne soit pas vaine en nous.

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