LXXXIV.— A Madame l'Abbesse de l'Eau K
Elle l'assure des prières qu'elle fail pour elle, et l'informe que la sœur Hélène de Sainle-Agnès de Savenières vient à Port-Royal.
Vers 4 647.
Ma révérende mère, Vous m'obligerez beaucoup de vous assurer du très-humble service que je désire vous rendre devant Dieu, par mes petites prières. Ce m'est un motif de tâcher à les rendre meilleures, afin de n'être pas à votre égard une servante tout à fait inutile, comme je le suis et le serai toujours à l'égard de Dieu. Nous lui rendons, ma révérende mère, de particulières actions de grâces de vous avoir fait trouver la paix de votre esprit en un lieu saint, où il vous a appelée après tant d'agitations et de tempêtes ^.
1 Madame de Chivernv, sœur de madame d'Aumont, et coarljutrice, puis abbesse de l'Eau, abbaye de Cîleaux, près de Chartres.
- L'abbesse de l'Eau, qui avait été interdite, était parvenue à rentrer dans son abbaye; elle présenta une requête où elle demandait que sa coadjutrice (madame de Cliiverny) fût transportée dans une autre maison, ce qui fut ordonné. Celle-ci se retira quelque temps à Gif. — La sœur Hélène de Sainte Agnès de Savenières, qui était religieuse à l'Eau, obtint alors de sortir; elle vint à Port-Royal et y fut reçue en 1617. — Voyez sur celle sœur les Mmoires hist. et chron., lom. 11, p. 473.
l.XXXV.— A LA SOEUR ANGÉLIQUE DE S'-JEAN. \'i^
Ma sœur Hélène nous témoigne qu'elle a aussi du rcoos avec nous, et je lui ai dit de bien sonder de nouveau son cœur sur ce sujet, et de vous exposer ensuite sa dernière résolution de iaciuelle dépend la nôtre, n'ayant autre dessein que de la suivre et de donner à madame d'Aumont le contentement (lu'cUe désire en cela, .à quoi nous ne saurions manciuer sans ingratitude de toutes les bontés qu'elle a pour nous.
Il est vrai, ma révérende mère, (jue la passion qu'elle a que vous soyez une sainte religieuse la presse beaucoup, et comme elle ne désire rien lant pour elle-mcine, elle vous y veut donner autant de part qu'il son amitié, qu'elle nous a dit avoir toujours eue singulière pour vous, à l'égard même de celles «lui lui sont aussi proches. Ce lui est une grande joie d'avoir réussi dans le choix qu'elle vous a conseillé défaire du lieu où vous êtes; votre contentement lui étant aussi cher que vos déplaisirs lui ont été sensibles. Mais je m'aperçois, ma révérende mère, (\ue je vous donne bien iiuitilemeut des assurances d'une chose que vous connoissez mieux que moi, (juidois seulement craindre de ne pas mériter que vous me fassiez l'honneur de me croire autant que je suis.
LXXXV— Ala sœur Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly'. Pour lui léiTioij^ner runioii (lu't'ile a avec elle.
Samedi vniliii '(\ juin K'dS).
Ma très-chère sœur, Nous avons couunencé le temps de Pâques avec vous, et je ne le veux pas finir sans vous dire un
> La sœur Anpt'-liqup do Sainl-.Io.in Arnauil d'Andilly, m'-e le 2S novemltrc 1621. Klle |»ril l'Iiabil de novice à Porl-Koyal le ^TjuinKUt, et (il profession le 2) janvier IGi'}, Peu de ieini)S après, on la chart^ea du soin des enfants, el dans la suite on la lit .Maltresse des novices.
Le 13 mai lOlS, elle fui du nombre de celles qui allèrent h l'ort- Ho>al-des-Cli.tm|)s pour rétablir celle Maison. Klle revint à Paris au mois «l'okobre Ki.'il. — Ln \('>''>:], elle retourna à Porl Hoyal-dcs-Cbamps, el y fui rl:t|)lie. il la fin de l'année , sous-Prieure et Maîtresse des novices. — Hn \i'>'.'>'.) elle revint .à Paris pour y exercer les mêmes fondions. — Lxilée le ÎO aoùl ItHil, elle revint le 2 juillet KKi.'i à Porl-Uoyal-des-C.liamps, en devint Prieure en juillet \C)(,'.i, puis abbesse le A aortl 1078 el continuée le 8 aoiU \(>H\. Hlle e^l morte le i'^ jau\ier KJHi, :'kgée de 50 ans;
d40 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
petit mot qui me rapproche de vous par une nouvelle assurance que je vous donne que je vous porle chèrement dans mon cœur; mais je désire de rendre notre union toujours plus spirituelle en nous voyant en Dieu plus souvent que par un souvenir d'amitié. Voici notre grande fête* qui approche; priez pour moi, ma chère sœur, comme je désire de faire pour vous, afin que nous la puissions célébrer en sorte que nos devoirs extérieurs soient esprit et vie, et non pas des actions qui ne soient spirituelles qu'en apparence. Ma. sœur Marie- Angéhque de Sainte-Anne se porte mal ; elle a toujours roulé jusques à présent, el m'a rendu de très-bons services, et dont je suis très-fort soulagée; mais pour le reste il est besoin que Dieu y mette la main pour adoucir la pesanteur du joug que la seule charité peut rendre doux. Je suis bien ingrate de faire moins pour son âme, qu'elle ne fait pour mon soulagement. C'tst ce que je désire de corriger, et de lui rendre autant de témoignages d'une affection selon Dieu, qu'elle m'en rend par son bon naturel. Je suis contrainte de finir, sans cesser d'être toute à vous, ma très-chère sœur.
LXXXVI. — A Madame la marquise d'Aumont (àP.-R.-des-Champs)^.
Sur divers sujets.
Vers le iO juin 1648.
Ma très-chère sœur, Notre nière^ vous avoit écrit ce matin ; mais le pourvoyeur a fait si belle dihgence qu'on ne l'a plus trouvé. L'on m'avoit dit qu'il y auroit un second messager, auquel je m'étois attendue pour vous donner le bonjour, il s'est trouvé qu'il étoit seulement en idée ; tellement que vous
* La fête (lu Très-Sainl-Sacrenient, le 1 1 juin.
î Madame Anne Hurauli de Cliiverny, veuve de Charles d'Aumont, lieulenanl-général des armées du roi. Deux ans après la mort de son mari, elle forma la résolulion de quitter le monde pour passer le reste de ses jours dans un monastère. Ce fut au commencement de l'année 1646 qu'elle entra à Port-Royal, auquel elle fit beaucoup de bien par ses grandes libéralités, et où elle n'édifia pas moins par ses verlus. Elle est morte le jeudi 19 décembre 1658.
* La Mère Angélique : elle était revenue à Paris pour assister à la bénédiction de l'église de Port-Royal, qui se fit le \ 1 juin.