‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 165 sur 247 · CXLI. — A LA SCEIR MARIE-DOROTHÉE DE l'FNCARNATION · texte numérisé non relu

CXLI. — A LA SCEIR MARIE-DOROTHÉE DE l'FNCARNATION

lion (le notre amour-propre. Pour s'en préserver il faut descendre^ s'humilier, et avoir patience jusqu'à ce qu'étant débarrassé, on puisse poursuivre son voyai^^e dans le repos de son cœur, (|ui avoit été tout troublé d'une si mauvaise rencontre. Depuis cela vou'^ n'avez eu que de la facilité pour arriver au port, et quelquefois la victoire d'une seule tentation met l'âme dans un état prescjuc inébranlable. Je m'attendois bien (jue vous seriez lecue avec joie, et ([ue vous recevriez dès ce monde la récompense de ce que vous avez quitté pour Dieu. J'espère que la suite en sera avantageuse pour votre âme, et (jue Dieu vous fera participer en (pielque degré à la grâce de celle ' de (|ui vous remplissez la place ; et comme elle vous aimoit beaucoup dès ce monde, je me promets que sa charité sera redoublée à présent qu'elle est abîmée dans la source de la charité.

CXLI —A la sœur Marie-Dorathée de l'Incarnation Le Conte, qui avait été envoyée à Pori-Royal-des-Chainps pour y faire la fuiiclion

de prieure -.

Elle lui parle de madame d'Aumont. — Elle se réjouit des bonnes dispositions où Dieu la met, — Mademoiselle Pascal entre quelques jours à l'ort-Koyal.

{Du jour de saint Charles, 4 nuvcuibre IGal .)

Ma très-chère sœur. Vous avez bien fait d'écrire d'abord à madame d'Aumont, cela vous exemptera de le faire si souvent, après lui avoir rendu vos premiers devoirs. Elle <i eu votre lettre tort agrcable, et vous auruit récrit, si elle iic fût point demeurée malade d'un grand rhume (jui lui pril au sortir de vé|)res le jour de la Toussaint. On les avoit dites dans le cluL^r : je ne sais si la voiite récente lui lit ce mal. Klle pensa étrangler la nuit de vendredi d un mal de gorge. Elle fut saignée hier : nous espérons (jue ce ue ser;i rien.

IJien me [)rend d'être non pas malade, mais attaquée d'un

I De la MiMir ('.allierint' <1»' Sainl-Jeaii, niad.ime le Mailre.

* Olle Mi'ur ne fut élahlie lilulaire prieure de l'orl-Unyal-des-riiainp-. qu'à la tin de ICi.'J. Depuis le reiahiissenienl de Porl-Koval-des-Chanip"., en KiiH, celte plaee avait été remplie par la m<?re Madeleine de Sainle- Agnés de l.igny. (In la lit revenir à Paris vers la lin de novembre, parce qu'elle avait la lièvre quarte.

accident extravagant, qui est de ne pouvoir remuer les mâchoires tous les matins, qui est cause qu'on me tient dans une boîte, ce qui me donne du temps pour être auprès de madame d'Aumont. Si vous entendez dire que j'aurai été saiynée et purgée, vous saurez que ce n'est rien que cette petite incommodité qu'on fait valoir comme mes autres maux, dont une autre ne feroit pas pire mine.

Je suis bien aise que vous fassiez une neuvaine pour madame d'Aumont, et pour les fins que vous me mandez. Je l'ai dit à M. Singlin qui en a ri, et qui m'a dit qu'il n'y avoit point de danger de le dire à madame d'Aumont. C'est qu'il est bien aise qu'elle voie que plusieurs personnes s'aperçoivent de son défaut. Je ne l'ai pu faire néanmoins, parce qu'il y avoit un mot qui l'eût choquée, qui est que vous n'êtes pas fâchée d'être séparée d'elle. Hors cela le reste est trèsbien, et je vous supplie de me l'écrire quand vous aurez fait la neuvaine, qui est que vous l'aurez faite afin qu'elle n'ait plus l'esprit dans l'amertume, et qu'il plût à Dieu lui faire goûter sa douceur, et qu'il fait bon le regarder et le suivre en toutes choses. Je vous dis vos propres termes parce qu'il me semble que vous n'en sauriez dire de meilleurs; et je crois que cela lui agréera et la touchera.

Je le suis, ma chère sœur, de ce que vous dites que la grâce de Dieu vous épouvante de vous avoir mise dans une paix tout entière , et dans le désir d'être toute votre vie abandonnée à Dieu sans réserve. C'est ce que vous avez cru qui vous étoit impossible; et il l'étoit aussi, si vous l'eussiez espéré de vous-même. Mais c'est ne pas croire en Dieu que de s'imaginer qu'il ne peut pas fléchir notre volonté et la faire rendre à tout ce qu'il veut. Je me promets de sa bonfe qu'il vous donnera la liberté d'esprit qui nous élève au-dessus de toutes les passions humaines, et de toutes les bornes que l'on met aux opérations de la grâce qui triomi)he en nous, comme dit saint Paul, quand il lui plaît.

Madame d'Aumont vous salue : elle auroit pris plaisir à vous écrire toutes les nouvelles. Les deux filles qui sont entrées sont mademoiselle Pascal, et la dame de madame de laBessières; celle-ci est en la même qualité que ma sœur

Page 1