‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 166 sur 247 · CXLII. — A LA SCELR MARIE- CHARLOTTE DE SAINTE-CLAIRE · texte numérisé non relu

CXLII. — A LA SCELR MARIE- CHARLOTTE DE SAINTE-CLAIRE

de Beauregard, c'est-à-dire, |tour faire une retraite; je crois qu'elle réussira mieux que laulre, étant tort Iranclie et tort bien intentionnée.

Pour mademoiselle Pascal, encore que M. Singlin eût résolu qu'elle n'entreroit point, M. de Rebours la emporté. On lui mit l'babit le jour de la fête, en suite de quoi elle a été à tout l'office et au réfectoire, sans (|u'il ait été besoin de la conduire, car elle a tout à l'heure compris le sou de la cloche et les chemins, en sorte qu'on la prendroit pour une ancienne postulante, mais simple comme un enfant et sans aucune façon. Je Tai déjà mortifiée à la conférence de ce qu'elle avoit les jambes l'une sur l'autre ; elle l'a reçu à merveille ; c'est dommage qu'elle n'est en état d'avoir un voile noir, puisque tout le reste y est. Elle s'en retourne dimanche au soir pour leurs allaires. M. de Hebours voidoil (|n'ou la retînt; mais .M. Singlin, pour imiter la sagesse de Dieu, veut que tout se lasse suavement et sans effort.

Adieu, ma très-chère sœur; je suis toute à vous.

CXLII.— A la sœur Marie-Charlotte de Sainte-Claire Arnauld d'Andilly, à Port-Royal-des-Champs.

EIIp doil iet;:ir(li'r comme uiir ^'lâce «le Dieu d'avi)ir élé envoyée à Porl- Koval-des Champs; ce clian^enient lui sera avantageux, s'y élanl soumise par obéissaDce el avec bonne volonlé.

Dimauclie o novembre (<6o1 ).

Ma très-chère sœur, Je vous remercie très-hundilemeiit d'avoir rendu pour moi mes devoirs à ma so-ur Catherine de Saint-Jean ', mais je vous avois priée de dire mi De profuiulis, parce qu'il faut croire (jue les âmes en ont besoin, el non pas les traiter en saintes; si «'Ile l'éloit, elle ne laissertut pas de vous savoir bon gié d'avoir ollert des prières a iMeu jjourelle, l»iiis(|iril tant toujours se mettre au dernier lieu, el supposer que h.'S autres y veulent aussi être.

Je vous sais bon gré de l'estime que vous faites de Notre solitude ; vous devez estimer votre voyage une grâce singulière

' Midanie le Mailre, inorlo le 22 jainier IC.jl, à Porl-lloyal-des- Cliani|is.

:20i LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

que Dieu vous a voulu faire pour vous renouveler au temps de votre baptême et de votre profession, afin que vous commenciez voire année de majorité* dans un esprit plus sérieux et plus religieux, en vous éloignant des bassesses, des mollesses et des inutilités à quoi votre esprit se porte, et dont j'espère que Dieu vous fera la grâce de vous retirer par ce changement ; car toutes choses réussissent à bien à ceux qui aiment Dieu, comme je crois que vous faites; et vous avez sujet de vous consoler dans cette créance, Dieu vous ayant fait la grâce de quitter de bon cœur pour l'amour de lui des personnes que vous aimiez; et quoique vous Tayez fait par obéissance, c'està-dire par obligation de le faire, néanmoins la bonne volonté que vous y avez apportée a rendu votre action toute libre, en sorte que vous pouvez dire à Dieu : Je vous sacrifierai volontairement. J'espère que votre joie, votre satisfaction et votre paix augmenteront toujours, et qu'ayant éprouvé combien il est avantageux de se laisser conduire, vous n'aurez le reste de votre vie aucune difficulté à vous rendre à tout ce que l'on désirera de vous.

J'approuve fort que vous fassiez le lit de ma sœur Marie Dorothée*, pour lui épargner son temps; il lui faut faire du feu soir et matin pour sécher la chambre ; c'est un privilège de Port-Royal de faire bon feu parce qu'on en a besoin, et que Dieu a donné du bois qui ne coûte guère. Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.

Je vous supplie de présenter mon très-humble salut à M. de la Place ^, quand vous le verrez.

CXLIII. — A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, à Port-Royal-des-Champs.

Sur divers sujets. — 11 faut faire toutes choses avec maturilé.

{Vers le 10) novembre 1651 .

Ma très-chère sœur, Nous ne demandons pas mieux, sinon

t La sœur Marie-Cbarlotte de Sainte-Claire allait entrer dans sa vingtcinquième année.

2 La sœur Marie-Dorolliée de l'Incarnation Le Conte.

^ A. Arnauld, le docteur. On le trouvera plusieurs fois encore désigné sous ce nom d'emprunt.

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