CXLV.— A LA SttlR MAHIE-CHaRLOTTE DE SAINTE-CLAIRE
(|u'il est [iliis aisé de vouloir le bien que de le pratiquer. Pour y commencer, je vous conseille, ma chère sœur, d'entreprendre quehju'un de vos défauts, et de vous appliquer à celui-là comme si vous n'en aviez point d'autre ; caria sainte Écriture dit que les justes vontf/e r<';7i< en vrlu, pour nous apprendre qu'on ne les acquiert pas toutes ensemble, mais l'une après l'autre. Celle (jui vous est la i»lus nécessaire c'est la dévotion, je veux dire Tattention et la révérence à l'office divin ; car il faut dire de cet exercice ces paroles de Jésus-Cbrist: 5/ voire (Pli est simple, (oui votre corpa sera rempli de lumière. J'appelle l'oraison Tceil de lame, parce (|ue c'est elle <pii la conduit et qui dirige nos pas, qui nous instruit dans nos ignorances, qui nous ra[»pelle de noségaremens. qui nous relève de nos chutes, cl qui nous faisant voir Tiiivisible nouscjupéche quasi de voir les choses qui nous frappent les yeux, c'est-à-dire (ju'elle nous rend presque inconsidérable tout ce (jui nous arrive: au lieu(ju'une àuiequi ne goûte point Dieu et qui nVst pas recueillie en ellemême, se distrait de tout et est touchée des moindres choses. Je ne vous demande [>as néanmoins (|ue votre oraison soit si parfaite, ni qu'elle vous élève si haut, mais au moins faut-il tâcher de la rendre la plus pure (|u'il vous sera possible, en n'allant j)oiul à Toflice sans atléclion et sans préparation. Que si après avoir eu Tune et l'autre, \otre mauvaise habitude ne laisse |)as de vous y faire faire des fautes un peu volontaires, ou par négliger.ce, il ne faut point vous letirei sans eu avoir fait pénitence devant Dieu par queh|ue prière, ou par quelque humiliation , et avec dessein (|ue l'ollice suivant répare celte négligence. Je crois, ma sirur, (|Ui' c'est la meilleuic pratitpie que vous puissiez entreprendre pour votre avancement, et (|u'il vous ai rivera ce (|ue dil Nolrc-Scignein- Jcsus-Chrisl : .S» voire ifil esl simple, lonl voire rorps sera rempli de lumière. (/est-a-tlirc (pic si vou> laites bien les exercices S|)irituels. qui sont comme les yeux de l.i religion, tout le corps de vos actions sera éclaire de la linnicre de la grâce.
Kt je crois aussi (|ue c'est a (pioi vous êtes plus obligée couune étant la |tremière profcs>e du Saint-Sacrement'.
Les religieusi's ilu Poil-Hoyat a\.tu'iil |nis l'iial.ii du Sailli -.Sacrenicnl T. I. <4
210 LKTlKtS l)K LA MKHE A(iNÈS.
puisque cet institut est tout s[)irituel. Comme le mystère qu'il adore n'a rien qui ne soit au-dessus dos sens et de toute la capacité de l'esprit humain, qui ne peut lui rendre ses hommages qu'en renonçant à sa propre lumière pour embrasser celle de la foi ; de même, vous ne sauriez être fille du Saint- Sacrement si vous n'êtes spirituelle et rehaussée par-dessus vous-même en ayant ^^oiro. conversation dans le ciel, comme dit saint Paul, cest-à-dire votre cœur attaché à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, qui est le paradis de la terre.
La troisième raison qui vous oblige d'être dévote, c'est pour apprendre par votre exemple celle vertu aux enfans avec lesquels on vous a mise, n'y en ayant point qui leur soit si nécessaire pour conserver la grâce de leur baplême, puisqu'on ne la i)eul conserver sans l'accroître, et qu'on ne la peut faire croître qu'en recevant de nouvelles grâces qui s'obtiennent par la prière et par la piété qu'on leur inspire d'avoir pour Dieu, c'est-à-dire un mouvement d'amosr qu'il faut tâcher de leur faire concevoir en se servant de divers motifs, comme des bienfaits de Dieu vers elles, de ses promesses, de l'amour qu'il nous porte, de ses perfections infinies, de ses richesses éternelles, etc. Je n'entends pas qu'on leur parle de ces choses en de grands discours, mais seulement en leur insinuant par quelques bonnes paroles, et surtout en priant Dieu de leur ouvrir le cœur pour recevoir ce qu'on leur dit, et en exerçant la patience envers elles, à laquelle Dieu accorde principalement ce qu'on lui demande pour elles.
Je vous dis tout ceci inutilement, puisque vous avez des personnes qui ont plus de lumière et plus de droit de vous instruire. Nous nous souviendrons de vous demain, s'il plaît à Dieu, qu'il est vos deux grandes fêtes. Ma sœur Anne vous salue de tout son cœur, et ma sœur Marie-Angélique de Sainte- Anne qui se recommande à vos prières.
J'ai écrit cette lettre en trois fois et en divers jours; c'est pourquoi il y a des répétitions que vous excuserez s'il vous plaît. Je salue ma sœur Madeleine Melthide.
le 24 octobre 1647, et la sœur Maiie-Cliailulle de Sainte-Claire avait lait profession le 28 novenilxe suivant.
' cxi-vi. — A IV S(>:i R >iARii:-n(»R0TnÉE de l'incarnation, ml