CXLVI.— A la sœur Mane-Dorothée de l'Incarnation Le Conte
Au snjel do la nouvelle éleclion lie la mère Marie-Angélique Arnauld, qui lui coniinu^e abbessede Port-Royal, une qualrième l'ois, le 26 novembre
•28 novembre (1651).
Ma très-chère sœur, Je vous avois écrit hier malin croyant qu'on tlùl partir: vous nous ave/ prévenues de votre joie qui est la nôtre. Je vous sais bon gré de vous plaindre de n'avoir pas été averties; car il y a sujet de regretter de n'avoir pas assez coutril)ué pour ohleuir une si grande grâce. 11 ne faut pas vous en prendre à ma sœur Madeleine ' qui est à l'infirmerie au bout du inonde, où elle ne sait qui va ni qui vient. C'est ma sceur Angélitjue - qui a fait la faute, et à (jui je in'atlendois de vous en avertir. Elle dit pour ses excuses (jue notre mère ne \ouloit pas(|u'ou en parlât, de belle peur que cela vînt à manquer. Enliu Dieu a exaucé la préi)aration de vos cœurs; nous venons d'achever les quarante heures d'actions de grâces.
Pour votre réception de notre mère, il faut l'attendre à la porte du bas du cho-ur, avec la croix et les chandeliers; et (juand elle sera entrée, on commencera le Te Deuin , pendant lequel on entrera au chœur ; et étant en son siège , on ira faire la icconiioissance : il ne sera pas besoin de l'y conduire, parce qu'elle e^t déjà en possession. J'espère (ju'elle ne sera pas incommodée de cette cérémonie, qui m auroil pas de grâce si elle n'éloit pas faite en arrivant '.
Pour <•(• ([ui est <le madame d'Aumout, ne vous mette/ en aucune jieine si elle vous fait des reproches, car ce sera pour vous faire déba'.tre, n'étant point fâchée en ellel ; au contraire vous êtes dix fois plus en ses bonnes grâces (jue vous n'étiez, car elle aime toujours mieux ce cprelle n'a |>as. T/a été ce mot d'nmrrlinur (|iii l'a un peu piquée, car cll(> voit bien (jue cela
' La Mjur .Miidi'lciiic de Saiiile-At^nès de Ligny.
' La scrnr Annéliijue de Sainl Jean, qui élail alors à Paris.
^ Le ineit' Aiiii''li(jue ne pul aller alors a l'orl-|{ityal-iles-(".liain|is. Elle v vinl le 1 1 on If I i janvier Ifi-ii. (Voyez iMiris de la iiurc AtnjiinjHf, l. IL Leures M\, Mi, Mi )
il "2 LETTRES DE LA MÈKE AGNÈS.
n'est pas beau d'en avoir ; néanmoins il étoit besoin de le dire, étant le plus exprimant. Vous lui direz, si elle vous en parle, que vous avez reconnu que c'étoit cela qui dominoit en vous pendant votre tentation, et que c'est pour cela que vous avez osé lui attribuer la même chose, parce qu'elle vous avoit soufiérte dans vos injustices. Enfin, prenez tout du côté de la liberté et de la gaieté; rien ne la touchera tant que de voir que vous avez ces deux choses, étant dans l'état où vous aviez le plus d'opposition ' ; cela est capable de lui ouvrir les yeux plus que toute autre chose; et il faut, avec la grâce de Dieu, que vous lui soyez un sujet de conversion, comme vous lui avez été une pierre d'achoppement. Le temps ne me permet pas de vous en dire davantage. Je suis, ma chère sœur, entièrement à vous.
CXLVII — Â la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte.
Sur ses bounes dispositions. — l^e reuuncemeul à nos propres salisfaclions nous procure le repos de la conscience et la liberté d'esprit.
Vendredi {\" décembre 165'!).
Ma très-chère sœur, Votre lettre m'a satisfaite pleinement au regard de votre disposition intérieure, qui a maintenant toutes les dispositions essentielles pour être telle que Dieu le demande. C'est déjà une grâce du lieu où vous êtes, d'avoir réduit la multiplicité de vos pensées à l'unité du désir de faire la volonté de Dieu. Vous m'avez toute réjouie de m'avoir mandé ce que M. Singlin vous dit au sermon qui vous toucha le cœur. Et en effet il y a de quoi ; car je ne fais point de doute que celles qui iront à Port-Royal ^ dans l'esprit qu'il faut, n'y reçoivent des grâces très-particulières, et n'aient sujet de dire comme Jacob : Vraiment Dieu est ici, et je nen savais rien. C'est-à-dire, je ne m'y étoispas attendue ni préparée à recueillir les fruits de sa sainte présence, qui est toujours plus sensible dans les déserts, parce que le Père céleste promet de regarder les âmes de son lieu secret.
Je vous supplie, ma très-chère sœur, que votre repos soit
' D'aller a l'ort-l{o}al-des-Cbanips.
- A Porl-Rojal-des-Ciianijis.