‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 173 sur 247 · CXLVIII.— A Mademoiselle Perdreau, àBlois · texte numérisé non relu

CXLVIII.— A Mademoiselle Perdreau, àBlois

Elle lui promet qu'elle sera reçue à Porl-Royal, puisque son dessein d'y entrer paraît veuir de Dieu, et que les obstacles qu'on lui a opposés n'ont servi qu'à l'afferinir dans son désir.

De Port-Roijal, ce 2 décembre 1631 .

Ma très-chère sœur, Encore que nous ayons été longtemps sans apprendre de vos nouvelles, je n'ai pu néanmoins me persuader que vous eussiez changé de résoluiion par inconstance d'esprit; mais j'avois eu la pensée que vous aviez peutêtre pris un autre parti par soumission, ou pour avoir cru n'avoir pas assez de force pour notre règle. Nous avons été bien aise que vous nous ayez rendu un témoignage contraire, et que ce retardement avec les oppositions qu'on vous afaites aient servi à vous affermir davantage, aussi bien que la terreur de notre lettre, qui n'étoit pas pour vous rebuter, mais pour éprouver si vous seriez capable de porter la conduite de notre règle, qui veut qu'on parle fortement à ceux qui se présentent à la religion, jusquesà leur dire des injures, qui est bien loin de les attirer par des caresses et des louanges. Pour continuer donc d'obéir à notre règle, je vous dirai, ma chère sœur, que notre mère vous assure d'être reçue. Car saint Benoît veut qu'on donne l'entrée à ceux qui auront supporté avec patience les rebuts qu'on leur aura faits; et de plus vous avez encore été tentée d'ailleurs d'une manière qui m'étonne bien fort. Tout cela est un sujet de croire que votre dessein est fondé sur la pierre qui est Jésus-Christ, puisqu'il n'a pu être ébranlé par im si grand orage. Il faut continuer de plus en plus de vous affermir en Dieu,«en vous défiant tout à fait de vousmême, dans la connoissance que vous devez avoir que l'état auquel vous aspirez est fort diUérent de la vie que vous menez quoiqu'elle soit bonne, et qu'on ne sauroit se le proposer tel qu'il est, sans en avoir l'expérience. Néanmoins je vous avoue que quand Dieu appelle une àme, il enferme dans sa vocation

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