CXLIX.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte
Sur r<il)ligali<tn de s'a(;(]iiiUfr lidèlenienl de la cliar^e de |trii'uri', ijiioi- (|irell(' ii'v soil Piiiployée que passagèrement. — Ou'elle doil catlier ses lailiiesses, etc.
Ce jour de saint Thonnis [ 2 1 direinbrc I Go I ).
.Ma très-chère sœur, Je ne vous écrivis point hier, croyant «pie ce sentit une superiluit»* et (juc la présence «le .M. Singlin guériroit toutes vos langueurs. J'ai appris par les vôlresa notre mère et a moi, (pic cela étoit déjà fait et «pie vous étiez rétablie dans votre paix par le secoins de son disci|>le. Je ne me suis pas étonnée, ma chère sœur, que vous eussiez eu cet ébranlement, maisj'eus désiré (pie vous n'en eussiez rien fait paroîlre et (pie vous n eussiez pas donné sujet à nossci'iirsdtî voiisdire ce (pi'elles nous ont dit, ipii est si peu rai.-oiiiiable. puisqu'elles ne seront jamais sans mère lors(prelles remailleront comme telles toutes les per.Muines (ju'tuj leur donnera pour tenir cette place. C'est toujours votre delaul de ne point cieher \(»s foi-
21 fi LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
blesses; au contraire, il semble que vous voulez qu'on les sache, je ne sais pour quelle fin, je ne l'ai jamais pu concevoir, puisque cela ne peut être bien, ni selon la grâce, ni selon la nature, car Dieu ne veut point qu'on malédifie personne, et l'amourpropre ne veut point non plus faire connoîlre ses défauts. Que si vous avez beaucoup manqué à cela jusqu'à présent, vous êtes encore plus coupable dans l'emploi (pie Ton vous a donné, où vous êtes le sel de la terre, qui vous rendez sans saveur par vos affoiblissemens. Et ne dites point que cela ne vous convient pas, n'étant employée que passagèrement; car pour peu qu'on fasse une chose, il la faut faire le mieux que l'on peut et vous ne sauriez faire plus mal que de vous amollir de la sorte. Quand vous n'auriez qu'un enfant à gouverner il faudroit que vous fussiez du sel à son égard, en le soutenant et en remédiant à ses défauts, sans lui donner aucun sujet de vous moins respecter, en perdant la gravité et l'ascendant qu'on doit avoir sur ceux qui nous sont commis. Et ne croyez pas que ce soit orgueil, c'est plulôt une mortification continuelle qui exclue une certaine liberté tpi'on se donne de parler selon ses sentimens, au lieu qu'on les doit toujours étouffer.
Le second dimanche n'est pas encore copié, j'espère que cela iia plus vite à l'avenir.
Vous avez fait comme nous en ne communiant à Notre- Dame-de-rO, el de ne point faire d'adoration; il n'y en a durant TAvent qu'à la Conception el à la saint Thomas.
Adieu, ma très-chère sœur, toute à vous.
(De récriture de lanière Angélique.)
Ma très-chère sœur. Je n'ai pas le loisir de vous écrire, et aussi n'en est-il nul besoin ; celle qui est visitée par les anges n'a pas besoin du secours d'une aussi petite créature que moi. Je me réjouis que vous ayez été la première fille de l'Ange du Midi*. Je prie Dieu qu'il vous donne part à sa charité et à sa lumière autant que vous en avez besoin.
Je suis toute à vous.
1 M. deSacy. Cependant il ne commença à confesser les religieuses de Porl-Royal-des-Champs qne le 21 janvier 1654.
t;i.— A INF. stciR. :2I7