CL.— A une Sœur
Elle lui envoie la règle de saini Bennîi, el l'engage à la bien considérer avant que de l'embrasser.
(l'er.s I60I.)
Ma très-clière sœur, Nous avons été bien aise d'ajiprendre de vos nonvelies par vous-même, et de ce que Dieu vous continue la volonté d'èti'e à lui dans une voie plus t'lroile(|ue celle que vous poin'i'icz embrasser pour vivre cliétiennement dans le monde. Je vous envoie noire rè^'le pour contenter madame votre mère, que je supplie |)Ourtant de ne vous la pas faire pratiquer pendant que vous êtes avec elle, parce que vous n'y réussiriez [)as. Kt prenez garde que dans la lin du quatrième chapitre saint Benoît dit (|ue le lieu et l'état propre pour pratiquer ce <|u'il enseigne, c'est le secret et la solitude d'un monastère, liors lequel les âmes qui tendent à la religion sont comme le poisson hors de l'eau. Je crois, ma chère sœur, que ce que vous avez vu [)rali(jiier de la règle vous lera mieux juger si les forces de votre corps et de votre esprit vous permettent de l'embrasser, que ce que vous en lirez, qu'on ne comprend presijue pasen le lisant. Vous y trouverez des vertus excellentes que vous n'avez pas vues exprimées dans nos actions parce que nous en sommes fort éloignées; mais saint Benoît dit (|ue sa règle est une école dans lafjiielle nous devons a|»prt'ndre juscju'a la mort, et il restera toujuius des degrés de perfection où nous n'arriverons point. C'est p<)ur(|uoi on ne detnande pas (jue les religieuses soient paifaites, mais seulement (jnelles ne perdent jamais le désir de tiavailler à le devenir.
Je loue madame voire mère d'avoir désiré de sa\oir la règle à quoi vous voulez vous engager, et de vouloir que vous la considérie/. bien auparavant; mais ce dessein ne vous seroit pas si avantagi'ux, paice <iu'il témoigneroit ijue voire bonne volonté a des bornes et que vous voulez capituler avec Dieu. C'est un si bon maître, ma chère sœur, qu'il faut se donner à
' Elle était encore dans le monde quand la mère Agnès lui écrivit celle lettre. (\olf du Mx.j
son service sans vouloir savoir ce qu'il exigera de nous. C'est assez qu'il nous assure que son joug est doux et sa ciiarge légère; mais comme il n'y a que ceux qui s'y soumettent qui éprouvent la vérité infaillible de celte promesse, c'est pourquoi les autres ont tant de peine à le croire; et je ne voudrais pas même vous alléguer ces paroles sacrées pour ne faire pas une trop forte impression sur votre esprit, n'éloit que je présuppose que Dieu vous les a déjà imprimées dans le cœur et que vous êtes du nombre de celles qu'il attire par l'odeur de ses parfums, qui sont les exemples de sa très-sainte vie.
Nos sœurs du noviciat vous assurent de leur affection et de leurs prières. Je suis....