‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 177 sur 247 · CLI.— A une Religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

CLI.— A une Religieuse de Port-Royal

Considérations pour passer utilemenl le leinps de la naissance de Jésus-Chrisl.

4 janvitT 1 652.

Ma chère sœur. J'ai long-temps retardé à répondre à votre lettre, ne voyant rien qui pressât. Je me suis acquittée de ce que vous avez désiré de moi, qui étoit de remercier M.Singliu de la charité qu'il a pour vous. Ce vous est une marque, ma chère sœur, que Dieu vous aime et qu'il ne méprise point votre petitesse; au contraire, si elle vous conduit à Thumilité, il vous préférera à ceux à qui il a donné plus de talens de nature et de grâce, s'ils sont moins humbles que vous.

Je crois que votre dévotion sera augmentée pendant ces saints jours ; mais il faut bien prendre garde de la conserver, car c'est un défaut assez ordinaire, qu'après s'être bien piéparé pour célébrer les fêtes, quand elles sont passées, on se ralentit ; de sorte qu'au lieu qu'on devroit avoir profité de la grâce des mystères, on se trouve aussi sècbe qu'au[)aravant, parce qu'on amis ses richesses, comme dit l'Écriture-Sainte, dans un sac percé, c'est-à-dire, dans un cœur qui se réjjand par les pensées et par les paroles inutiles. Il faut donc se proposer de perses érer dans la même retenue, dans le même silence, et dans un aussi grand recueillement tout du long de cette quarantaine, (juc vous avez tâché d'avoir le saint jour de la nais-

cil. — A l NE REUr.IElSE 1>E POnT-ROYAF.. 2lQ

sance de Jcsus-Clirist ; car il ne s est j)as manifesté à nous ce jour-là pour se ntirer aussitôt, mais pour demeurer avec nous non seulement plusieurs heures, mais (|uarante jours; et nous au contraire, nous croyons avoir assez fait de l'avoir honoré ce jour-la et tout au |)Ius pendant l'octave, et puis nous n'y pensons plus. Jésus-Christ prolonge la grâce de ses mystères, afin de nous donner le temps d'en recueillir le fruit avec plus d'abondance ; et nous sonnnes si misérables que de nous lasser de nous approcher de lui pour recevoir ses divines intluences. J'espère, ma chère sœur, que vous ne ferez pas ainsi, et (jue vous ne manquerez point, durant celte quarantaine, de faire votre demeure intérieure dans la grotte de Bethléem pour adorer tout c«; que Jésus-Christ y fait pour notr(î salut, tous ses mouvemens intérieurs vers son Père éternel, les affections de sa charité vers les hommes, les larmes cpTil répand par la compassion quil .i de nos maux, le froid qu'il endiue, et le rabaissement extrême oii il se réduit pour satisfaire à notre orgueil. Vous vous entieliendrc z aussi de ce <ju'ont dit les anges en cette tète : Gloire à Dieu au lieii très-haut, et ])aijr sur la terre aux hommes de bonne volonté. Us nous ont ap(>ris à commencei' toutes nos |)rieres pai- raclion de grâces, afin de mériter d'avoir accès aupiès de Dieu; car telle persoune qui ne mérite pas de rien demander à Dieu, (parce qu'elle use mal des dons (ju'il lui fait), ne sera pas néanmoins rejetée de lui lorscju'elle se présentera pour lui rendre j^ràces, parce <|ue Dieu est jaloux d(.' sa gloire, et il regarde toujours de bon ci'il ceux i|ui ont du ressentiment de ses bienfaits. Kt comme la naissance du (ils de Dieu étoit inconnue aux honnnes, les anges ne purent soullrir que cet élat si prodigieux de l'iiuiour de Jésus-Christ demeurât sans reconnoissance ; c'est |iour(|uoi ils ont été les premiers a publier sa gloire, ensuite de quoi ils annoncent la paix aux honnnes de bonne volonté. Cette paix e^t un don jirecieux de la grâce de Jesus-Christ naissant, puiscjue c'est la réconciliation de l'homme avec Dieu, par le moyen de la bonne v(»lonte (|iie Dieu leur donne en les délivrant de la servitude de leur propre volonté, qui est toujours mauvaise et opposée a celle de Dieu, et (|ui est connue le cceur de |>ifire. an lien ipi«' la bonne \o|onl»! est le eo-ur nouveau,

et ce cœur de chair dont parle l'Écriture, qui reçoit les impressions et les mouveniens de la grâce. Je vous supplie, ma chère sœur, de le demander à Dieu pour moi, comme je fais pour vous, qui suis,

Ma très-chère sœur.

Votre Irès-humble et très-alîectionnée sœur et servante, Sœur Agnès de Saint-Paul, R^ ind.

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