CLII.— A Mademoiselle Perdreau, à Blois
Sur le retardement de cette demoiselle à venir à Port-Royal, et sur un vœu qu'elle avait fait, au sujet duquel elle avait demandé conseil.
De Port-Royal, 1 0 janvier \ 652 .
Ma très-chère sœur, Nous avons reçu vos lettres du 6 de ce mois; je me hâte d'y répondre pour vous tirer de la peine où vous êtes, de peur de perdre votre place, à cause du retardement que vous faites de venir ici. Je vous dirai, ma chère sœur, que vous ne devez point avoir cette crainte, puisque le sujet qui vous arrête est légitime. Au contraire, vous auriez tort de vous présenter, et ce seroit résister à la providence de Dieu qui fait naître cet empêchement, n'y ayant point d'apparence que vous quittiez monsieur votre frère en l'état où il est, et même étant sur le point de prendre une résolution pour son salut, à quoi il y a apparence qu'il n'auroit pas peutêtre pensé sans cette maladie ; c'est pourquoi vous ne vous en devez pas ennuyer, et elle servira aussi pour vous séparer des emplois que vous aviez, ce qui fera qu'on vous regrettera moins, car je crois que vous ne faites plus qu'assister monsieur votre frère et lui tenir compagnie.
Enfin tout ce que Dieu oixlonne est toujours avantageux quand nous le recevons de sa main avec autant de soumission et de joie que s'il étoit plus favorable à nos desseins ; comme a fait la sainte Vierge en ce temps où elle quitte sou pays pour aller en Bethléem, se laissant condtiire à Dieu, ou plutôt aux hommes qui lui commandoient; et ce qui sembloit si peu convenable, étant proche d'enfanter le fils de Dieu, c'étoit ce qui devoit être selon le dessein du Père éternel qui vouloit cacher celte naissance admirable, et pour cela il fit aller sa sainte