X.— A M. Arnauld d'Andilly
Sur le cliapclel .sccrel du Tics -SjiiU- Sacrement.
De .\nlrc-Dame de Tard, ce 52 <ioiU 1033.
.Mon très-cher frère, Après avoir pensé me séparer de vous pour jamais, dans le péril où j'ai été en ma dernière maladie, il me semble (jue je vous dois otîrir (juehju'usage de ma vie nouvelle, et vous assurer (jue je désire vous y donner toute la part que Dieu me perniettra, l'j.'mployant à invoquer sur vous toutes les grâces du ciel poiu" rendre votre âme digne de la
' Le neveu dunl elle fail une inenliun spéi iale était sans (Junte .M. il> Saey, qui se «lestinail an sacerdoce.
* Marie de Sainte» ".liiire Aniaiild, nZ-e le 23 avril 1000, qui élait aliirs a l'al)Laye de Tard, avec la mère .VgniS». Klle avai» fait profession à Port- Royal le I \ '•eiilendire I01C, ; clli- est niniie le t'ijiiin Hi42.
iG LETTBES DE LA MERE AGNES.
vie que Jésus-Christ \eut avoir avec elle. Je vous dirais mon très-cher frère, que je me trouvais disposée d'aller à Dieu avec repos, espérant en ses miséricordes dans lesquelles je trouverois la grâce que je ne saurois mériter. 11 ne me resloit qu'un regret de ne point voir la maison du Saint-Sacrement ét.iblie, après quoi je ne désirois plus rien en la terre; et quand nous apprîmes les nouvelles que celte œuvre éloit commencée, je bénis Dieu de n'êlre pas morte pour pouvoir rendre des actions de grâces à Jésus-Christ d'avoir accompli les vœux de tant de bonnes âmes. Mais je ne suis guère demeurée dans cette joie, ayant incontinent appris qu'il s'étoit élevé une persécution contre ce monastère, dont je suis la cause, à ce qu'on dit, au sujet d'un petit écrit que je fis il y a six ans fort simplement pour exprimer quelques pensées que j'avois eues, sans en vouloir faire usage ni les communiquer à personne. Je ne puis comprendre qu'une chose de si peu de considération tourne à de si grande conséquence qu'on suspende les faveurs qu'on se promettoit pour l'avancement de ce dessein qui étoit un peu auparavant, à ce qu'on nous a dit, dans l'applaudissement de tout le monde. Je me promets que cela s'assoupira bientôt, un si foible fondement ne pouvant subsister longtemps dans des esprits solides qui voudront faire comme Dieu, qui ne donne que de légères pénitences pour de i)etits péchés.
Je me plains à vous de cette disgrâce que je changerois volontiers en quelqu'autre, s'il plaisoit à Jésus-Christ de m'en donner le choix; mais quand il veut nous faire souffrir, il sait bien par où il nous faut prendre. Il me tarde bien d'apprendre que tout cela est effacé des esprits : le Fils de Dieu le fera s'il lui plaît, puisqu'il connoît parfaitement l'innocence et la simplicité de mes intentions.
Je vous demande pardon, mon cher frère, de vous entretenir d'un discours si peu agréable. Tout est commun entre amis, non-seulement les biens, mais encore les maux : ceux-ci ne sont pas des plus grands puisqu'il n'y a point d'otfense de Dieu, comme je présume, n'ayant jamais voulu adhérer à d'autre lumière qu'à celle de son Esprit-Saint, qui nous est donnée par ceux qui ont la clef de la science.
il y a un autre mal dont je ne me trouve point coupable,