‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 19 sur 247 · XI. — A LA SctLK MAKIE DE SAlM-JdSEFU · texte numérisé non relu

XI. — A LA SctLK MAKIE DE SAlM-JdSEFU

qui est de manquer à ce que je vous dois devant Dieu, (|ue je supplie continuellement de vous bénir et toute votre famille dont je ne sais i>as le nombre, qui me lait dire à Jésus-Cbrist qu'il en conserve autant qu'il vous en a donné, et (|ue sa protection s'étende jusqu'à Télernité, afin que pas un d'eux ne périsse, mais qu'ils obtiennent le salut et la j^râce que je leur désire connue à vous en cjuaiité, mon Irès-cber l'rère, de Votre bonne sœur^

Sœur Agnès DE Saint-Pail. I. R. B.

Permettez-moi, s'il vous [)laît, de me servir de celle-ci pour saluer Irès-bumblement madame de la Boderie et ma chère sœur, si j'ai mérité leur souvenir.

XI— A la sœur Marie de Saint-Joseph '.

EIIp la remercie, en lui faisant quelques réllexions sur ces pnrolt^s : J'fcoutfiai ce que te Sciyneur mon Dieu /«jr/t/a <'U moi, car il parle la paix.

Le 4 janvier i63i.

Ma Irès-clièrc «œur, Vous praticjiicz le conseil de l'Kvanj^ile

de faiie vos aumônes si secrètement que la main gauche ne

sache |)as ce que fait la droite. Ainsi il vient des présens par

le coche (jui semblent èlre tombés du ciel, et on ne sait i)res-

que à (jui en lairc les remercîmcns. A tout hasaid, ma chèi'e

sœur, je vous les adresse, croyant que ce pourroit bien être

vous (|ui auriez fait le coup, car on ne trouve pas tous les jours

une main si charitable et un si bon co'ur pom- no se jioint

lasser de faire du bien à ceux de qui on n'en reçoit point, mais

qui voudroient bien vous en pouvoir faire; et me voyant si

pauvre, j'ai demandé raumône a un grand roi qui m'a donné

des paroles toutes d'or pour vous en faire une étrenne. Voici

ce (jue c'est : J'écouterai rc (juc le Seigneur mon Dieu parlera

en moi. rar il parle la paix. Il ma semblé, ma sn-ur, ciue vous

feriez bien usage de celle disposilion-la, et (jne ce pourroit

bien être celle i|ue la grâce demande de vous.

• La sd'ur Marie <l<' Sainl-Jo-.e|ili Miiior^e, reii^iieuse de S.iint-Aiiloine- (lns-(!lianq)S, associée a l'ori-lloyal. lui ir)2<^, elle lui «-nvovée p(nir<juel(jiip lenqi^ avec la sd-ur Marie <le Saiiile-Olaire Ariiauld, au iii<ina>liMe îles l^le^, a Aiiierre, jtour aider la su|i<'rieuredc ce uionaslere a y élahlir la reforme. Elle L-!<t Diurle le k janvier 1 *>')().

i8 I.ETTKES DE LA MÈRE AGNÈS.

Tout est compris dans le premier mot : J'écoulerai Dieu parler, et sa parole est la vie éternelle; mais Tàme n'écoute pas parce qu'elle n'est pas attentive, ou bien autre chose parle en elle qui emporte son attention. La nature parle, les répugnances parlent et on leur prête tant d'audiences qu'il n'en reste point pour les paroles intérieures de Jésus-Christ qui sont si intimes et si secrètes ({u'on manque aisément à les entendre. Que si l'on écoute, il faut prendre garde que ce ne soit pas par soi-même, mais par l'esprit et l'oreille de Dieu, car il n'y a que lui qui soit capable de s'entendre soi-même. Je veux dire, ma sœur, qu'il faut entrer dans les choses de Dieu si purement, qu'on n'y contribue rien (]ue le simple consentement et acquiescement à ce qu'il veut faire en nous, car c'est à lui d'opérer notre sanclificalion, laquelle se devant faire par des impressions divines que la grâce met en nous , nous n'y devons contribuer qu'une simple souflVance des mêmes effets; comme une personne qui écoute , souffre que ce qui lui est dit soit reçu en elle, et se laisse persuader par ce moyen sans faire autre chose que de laisser parler, et à mesure que les paroles sont efficaces, elles prennent plus d'ascendant sur son esprit.

Or les paroles que je vous supplie d'écouter sont celles dont parle saint Paul quand il dit que la parole de Dieu est péné- Iranle, qui atteint jusqu'à la division de rame et de l'esprit. C'est le langage que Jésus-Christ tient aux âmes auxquelles il demande toujours la séparation et la division d'elles-mêmes d'avec elles-mêmes, afin que de cette guerre il en sorte la paix que le Fils de Dieu promet aux âmes de bonne volonté. Je vous supplie, ma sœur, faites expérience de ceci la première fois que vous vous mettrez devant Dieu; que ce soit pour l'écouter, et rangez tout a olre esprit à cette seule intention, et vous verrez que sans rien entendre, car l'oreille ne l'a point entendu, les vérités divines s'insinueront en votre esprit, et vous demeurerez dans une sérénité qui vous disposera à toutes choses '.

• Il est à observer que, les erreurs et les illusions du système des quiétistes n'élant pas encore nées, les personnages reconimandables par leur haute piété qui vivaient alors n'ont pas toujours mesuré leurs expressions et leurs vues avec toute la discrétion qu'ils auraient fait, s'ils avaient parlé après la naissance de cette hérésie. Le docteur Arnauld pense ainsi de l'abbé

\ii. — A madaml: li: maître. I!>

Voilà, ma clicro >n'ur. mon [(ciil j:raml mi'ici do voire a},n-c'aljlc et utile présent, dont Dieu vous bénisse mille fois |)uis<iuil y a bien autint de lij^aies, et je pense qwv votre bon anjie y a mis la main, car le moyen de tant tiavailler et i)ar un ttMups si rude 1 mais c'est pour Dieu, puisque ce sont ses louanges, et que vous obligez une personne qui ne mérite rien qu'en lui, auquel je suis toute vôtre, ma chère sœur, etc.

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