‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 193 sur 247 · CLXV.— A Mademoiselle Perdreau · texte numérisé non relu

CLXV.— A Mademoiselle Perdreau

Combien il importe d'employer le lemps à penser à son salut. — Reconnaissance que nous devons ii Dieu quand il nous fait ceUe grûce.

De l'orUlhiitil, ii août 1052.

Ma très-chère sœur, Nous avons été bien aises de recevoir

t Charles le Maitre de Valleiinml, (pii luduriil pieuseiiieiil au deliors de l'orl-ilfival de Paris, le 21 juin Hi'>2.

^ Mad(■ul()i^,elle Billion, lille de .M. Biguun, a \ocat général. Elle mourut le 2i juin.

votre lettre, qui nous a ôtées de la peine où nous étions de n'avoir point de vos nouvelles. Il faut louer Dieu de donner encore du temps à monsieur votre frère pour penser à son salut, quoiqu'il soit bien h craindre qu'il ne l'emploie pas à im usage si saint. Il faut faire en cette occasion ce que dit Notre-Seigneur Jésus-Christ : laisser les morts ensevelir les morts, et prendre sujet de la misère où les autres sont réduits de passer leur vie dans de si grands périls de perdre leurs corps et leurs âmes, en tirer, dis-je, un motif d'admirer la miséricorde de Dieu, qui nous donne une volonté toute contraire, qui est celle de u "être jamais du monde et de ne servir que lui seul. Nous devons bien craindre, ma chère sœur, de ne reconnoître pas assez celte grâce et de tomber dans l'ingratitude de ces lépreux de l'évangile de cette semaine , qui furent plus misérables après leur guérison qu'ils n'étoient auparavant. Dieu vous fournit une occasion de ne tomber pas dans cette faute par le retardement qu'il apporte à votre dessein , et vous lui devez offrir cette suspension pour reconnoissance, étant raisonnable que vous ayant acquis cette grâce par la vertu de sa croix et de ses soufTrances, puisqu'il n'y a point d'autre cause de toutes les grâces que nous recevons, il est, dis-je, raisonnable et très-juste qu'il nous coule quelque chose pour posséder les dons de Dieu. J'espère néanmoins, ma chère sœur, que Dieu vous donnera par sa bonté l'accomplissement de vos désirs, et par l'intercession de saint Joseph, votre médiateur, auquel nous vous recommandons toujours pour nous joindre aux prières que vous lui offrez à cette intention.

Pour votre musique, votre maître a raison de dire que les dièses, lestremblemens, les sou[)irs, les passages, etc., ne sont pas nécessaires au plain chant; c'est pourquoi vous pouvez maintenant ne vous appliquer qu'au plain-chant. Mais je ne sais ce que c'est que vous dites qu'ont fait ces messieurs sur le plain-chant. Nous l'apprenons à nos pensionnaires dans les livres d'église sans autre méthode particulière, sinon par des si et des za pour supprimer les nuances.

Nous avons été dans la crainte de quitter notre monastère pour enlrer dans la ville ; mais il n'en a pas été besoin jusqu'à celle heure, Dieu merci! et l'on nous fait espérer bientôt la

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paix. IMai.-e à Dit'ii (juc nus péchés n'y nu'Hcnl point deinpéchemenl, en nous l'aisiuit la grâce île les (juiller par une véiitable conversion qui apaise sa divine majesté vers nous.

Noire mère vous salue de tout son cœur. Madame d'Auniont fait de même : elle a été malade depuis quinze jours; elle commence à se porter mieux, Dieu merci.

Je suis toute à vous, ma très-chère sœur, et votre servante très-humble et très-afîectionnée, en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

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