‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 203 sur 247 · CLXXVI.— A la mère Marie-Angélique Axnauld · texte numérisé non relu

CLXXVI.— A la mère Marie-Angélique Axnauld

Sur l'aflaire des religieuses des Iles d'Auxerre, qui, par le conseil de la mère Angélique, s'étaient soustraites k la juridiction des moines de Citeaux.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremcnt !

Lundi matin [mura 10.'j3).

Ma très-chère mère. L'on dit que le roi de Pologne n'est pas mort; qu'il a élé empoisonné, mais qu'im contre-poison l'a sauvé.

M. Sinylin fit hier un S(Mmpn merveilleux. Mgr d'Auxerre s'y trou\a qui en fut fort satisfait. Il vint tard, c'est pourquoi il ne put entrer, et tout ce qu'on |>ut faire fut de lui donner une cliai>e auprès de la porte de la sacristie. Il vint au parloir après le sermon pour remercier du sccuiiis (piou donna a madame des Isles et apporter sa leltre. Il dit toute l'aUaire qui n'est pas telle qu'on pensoit. Le fait est tel. L'évêque (lui a permis l'établissement dans Aiixern; npii fut Mgr de Meaux) y mil cette cttndition que les PP. de Tordre ne les pourroient visiter sans sa permission. Mgr d'Auxerre leur défendit ensuite d'en recevoir aucun s'il n'avoit celte permission. M. de (liteaux ayant envoyé un conunissaire avec une carte de visite, l'abbesse lui fit voir la lettre de défense de Mgr de Meaux, et lui (lit qu'elle ne rcfusoil point de recevoir ses ordres le reconnoissaul pour son siqM'Tieiuv, maisipril fit donc lever la défense de l'évêque. Là-«lessus il menace d'excomnuinicalion et la jetle en même Itiniis, sans considérer que ces filles éloient liées et (ju'elles ne pou\oi»'iit éviter la désobéissance de |)art ni d'autre.

Or, cette clause de leur élablisscincnt avait élé agréée par M. de Pontigny, ayant pou\oir du cliapilre général de traiter cette alla ire.

Mgr de Meaux leur conseilla d'appeli r a Kome de cette exconuuunication. Le pape (-onunet lioisévêtpies : .Mgr deNevers en éloil I iMi. M. de Citeaux conqiaroil devant Un, il lecoule.

Il étoit question ensuite d'entendre les filles sur cela. M. de Cîteaux appelle comme d'abus et plaide depuis quatre ou cinq ans. Dans cet intervalle, les filles obtiennent un bref sur lequel elles ont des lettres patentes avec les conclusions du procureurgénéral. M. le premier président, qui étoit pour lors leur ami, leur conseilla de ne point iioursuivre la vérification, parce que l'arrêt qui seroit donné sur l'appel leur en serviroit, croyant leur affaire indubitable.il y avoit donc procès quand elles ont obtenu le bref, mais non pas sur la juridiction qu'on ne leur a point contestée, mais sur un appel pour une excommunication injuste.

A la dernière audience, l'avocat des filles fit voir que l'appel connue d'abus n'étoit pas valable. Cela fut jugé tel. L'autre avocat dit qu'il vouloit appeler- du bref. On lui répondit qu'il falloit donc appeler Mgr de Meaux qui étoit en possession depuis deux ans. Il n'a point encore été appelé, c'est pourquoi cela va bien loin. Et M, de Cîteaux a reçu un coup de massue de se voir si loin de ses espérances. Mais ce qui est fâcheux, c'est qu'il a fait florès à madame de Saint-Antoine, qu'il a bénie avec grand applaudissement, ce qui l'a fait caresser à M. le premier président.

Mgr de Meaux dit que c'est un paradis que cette maison, et qu'elles sont si unies qu'il n'y en a pas une qui n'ait signé la supplique; qu'il n'y a que la considération de l'avantage des filles qui le porte à se maintenir dans leur conduite, qu'autrement il s'en tiendroit fort chargé, qu il a employé trois semaines à y faire la visite; qu'il a de la peine à leur trouver des confesseurs; néanmoins il se trouve bien récompensé de ce qu'elles sont bonnes. Il croit que l'affaire ira bien, et qu'elle fera la planche à plusieurs autres pour se délivrer du joug des moines.

M. Singhn nous a dit de faire un annuel à saint Joseph pour M. de Luynes. Nous ne venions (jue d'achever la neuvaine de la marquise, et je n'avois point encore rien dit de l'annuel, c'est pourquoi j'ai dit qu'on le feroit pour M. de Luynes, et qu'on diroit une oraison pour la marquise.

Je suis toute à vous, ma très-chère mère.

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